Ce ne fut que le 7 juin, deuxième jour du grand anniversaire musulman,
qu’il parvint à le joindre. Avec son air tranquille ordinaire et
toujours souriant, le vieux lui dit qu’Ahmadou était un enfant, qu’il
disait une chose et l’oubliait après, qu’il ne finissait de rien et
qu’après avoir remis jusqu’à aujourd’hui, il avait dit ce matin que nous
serions partis avant Tamkarette (fête musulmane), qui tombe le 15 ; que
l’armée de Yamina était occupée à ramasser les armes dans les villages,
mais que sous peu cela serait terminé et que le 10 elle serait ici.
Comme le docteur lui signalait mon impatience, alléguant que l’époque
que j’avais fixée au gouverneur comme date de mon retour approchait, et
que je voulais aller le dire à Ahmadou, Abdoul insista pour qu’on prît
patience trois jours encore, affirmant que cette fois l’armée était bien
pour nous et qu’on ne s’occuperait de rien avant notre départ. Il
ajoutait qu’Ahmadou était si pressé, qu’il lui avait défendu d’aller
coucher à ses lougans, avant que l’armée ne fût en route.
Les jours suivants nous acquérions la certitude qu’on désarmait le pays,
et on nous faisait espérer qu’une fois ce désarmement terminé, nous
pourrions partir.
J’envoyai Samba Yoro chez Ahmadou, mais sans obtenir une réponse
catégorique, et par-dessus le marché nous étions de plus en plus
malades. A l’hépatite avaient succédé des clous. Aujourd’hui, je
souffrais encore de faiblesse et de maux de tête continuels, et le
docteur avait quelquefois la fièvre.