Le 3 au matin, le docteur, un peu désappointé, courait chez le vieux
Abdoul, qui lui donna une explication toute naturelle. On avait trouvé
l’armée de Yamina répandue dans la campagne, entre Yamina et Banamba, et
elle ne pouvait venir que le lendemain.
Le soir, on n’eut pas de nouvelles par lui ; Samba N’diaye nous dit
qu’Ahmadou demandait une armée, mais que les Talibés ne voulaient pas
partir sans un cadeau de cauris, parce qu’ils n’avaient rien à laisser à
manger à leurs femmes et à leurs enfants. Ce n’était pas la première
fois que j’entendais de pareilles doléances. Généralement on se
plaignait de l’avarice d’Ahmadou, qu’on rejetait sur le dos de ses
conseillers ordinaires Bobo, Sidy Abdallah et Oulibo.
Cependant le jour même il avait donné pour l’armée de Nioro deux cent
mille cauris et dix pierres de sel ou bafals, et de plus à chaque chef
une femme (esclave destinée à être épouse[172]), et une captive. Mais en
somme, quand il faut partager dix bafals et deux cent mille cauris entre
plus de mille personnes, la part n’est pas grosse et on ne vit pas
longtemps là-dessus.
Le 4, l’armée de Yamina n’arriva pas, et Tierno-Abdoul, sans doute à
bout de raisons, ne bougeait plus de ses lougans, situés à une lieue et
demie au Sud-Ouest de Ségou. Le docteur le guettait en vain.
[Illustration : 2e Vue de Ségou du haut de la terrasse de Samba
N’diaye.]