Le 25 mai, Samba N’diaye nous racontait qu’une femme, venue du Macina,
avait vu El Hadj et annonçait son arrivée prochaine, et que c’était sans
doute pour cela qu’on ne nous faisait pas partir.
Quant à Alpha Ahmadou, il me dit qu’il fallait que j’écrivisse une
lettre à Ahmadou ou que j’allasse moi-même le trouver parce que lui ne
pouvait plus lui parler, et j’appris qu’en effet aux premiers mots qu’il
avait prononcés de notre affaire, Ahmadou l’avait engagé à ne pas se
mêler de ce qui ne le regardait pas.
Pour ce qui est de la nouvelle donnée par Samba N’diaye, nous n’y
croyions pas, mais nous craignions que ce ne fût un nouveau prétexte.
Restait Tierno-Abdoul, et, si j’étais découragé, le docteur avait encore
foi en lui. Le vieux lui disait bien que la femme du Macina avait menti,
mais il soutenait qu’on s’occupait de nous, et que dès que le partage de
Fogni, qui n’était par terminé, serait enfin fini, nous partirions.
Pour moi, je ne croyais pas à Tierno-Abdoul ; j’étais découragé. Je ne
croyais pas davantage à Samba N’diaye, mais je sentais que je ne pouvais
plus retourner à Saint-Louis par suite des menaces de l’hivernage qui
chaque jour s’annonçait par des tornades avortées, des coups de vent, un
temps lourd et les autres signes connus de l’hivernage du Sénégal.
Quant aux laptots, jusque-là si résignés, ils commençaient à s’aigrir et
demandaient à partir ; et convaincu que personne ne comprenait ce que
nous souffrions, j’étais presque content de les trouver dans cette
disposition, espérant que lorsqu’on verrait que nos noirs même
souffraient, on apprécierait mieux notre situation.
Alors je m’écriais : « Que je comprends ce que Barth a dû souffrir
pendant sept mois à Tombouctou !... » Et pourtant, il y trouvait plus de
ressources que nous n’en avions, mais sous bien des rapports sa position
était semblable à la nôtre.
Cependant, Abdoul persistait dans ses affirmations.