Le 9 mai, le vieux Tierno reprenait ses confidences. Suivant lui l’armée
de Koghé était partie la nuit pour opérer sa jonction avec l’armée de
Tidiani[162] à Sansandig.
Ahmadou voulait, disait Tierno, attaquer les rebelles, mais El Hadj
n’avait pas voulu et déjà il était mécontent qu’on eût été deux fois
attaquer ce village, et il avait envoyé avec Tidiani le frère de Boubou
Cissey (qu’il avait emmené au Macina), afin de tâcher d’arranger les
affaires à l’amiable.
El Hadj, d’après Abdoul, savait notre arrivée[163], mais il croyait que
nous étions quatre. Il avait demandé si nous étions des blancs de France
ou des blancs de Saint-Louis (mulâtres). Il avait aussi entendu parler
de notre canot, resté comme on le sait à Bafoulabé.
Le docteur demanda alors au vieux noir pourquoi on ne nous avait pas
envoyés avec l’armée, et il lui répondit avec un calme imperturbable,
que l’ordre était arrivé trop tard, puis il se leva en disant qu’il
allait voir Ahmadou à ce sujet. D’après Abdoul l’armée de Koghé avait
fait un tour pour traverser le fleuve au-dessus de Ségou-Sikoro à un
gué, et il ajoutait que maintenant nous n’aurions plus besoin d’attendre
l’arrivée de Nioro.
Le même soir, Samba N’diaye nous annonçait, et c’était vrai, que l’armée
de Koghé avait campé à Cochonna, que l’armée de Ségou se rassemblait à
Soninkoura, où Ahmadou avait passé toute la journée, et qu’on faisait le
plus grand mystère de sa destination. Il y avait bien eu un mouvement
fait par l’armée de Koghé, mais ce n’était qu’une bande de cavaliers qui
avaient traversé le fleuve à Sama Bambara, avaient fait des prisonniers,
et on venait de les exécuter au nombre de dix-huit. Déjà la veille on en
avait tué plusieurs.
11, 12 et 13 mai 1864.
Le 11 mai, on battait le tabala et l’armée se rassemblait. Le 12 mai
cela continuait encore. Enfin le 13, à deux heures, l’armée partait et
personne ne savait où elle allait, ou du moins ceux qui le savaient ne
le disaient pas ; mais nous, tout entiers sous l’inspiration de Tierno-
Abdoul, nous pensions qu’on allait attaquer Sansandig.
Le soir, cependant, Ahmadou appelait les chefs et demandait cent hommes
de bonne volonté pour aller défendre Koghé pendant cette expédition,
disant qu’il craignait Sansandig. Cela paraissait incompatible avec ce
que nous croyions savoir ; aussi nous supposâmes que c’était une ruse
pour cacher la direction de l’armée.