Le 24 au matin le vieux Tierno-Abdoul, qui avait été, comme chef des
Peuhls, chargé de nous fournir le guide de nos courriers, termina enfin
cette grande affaire, et, vers midi, mes hommes étaient en route.
Je pouvais à peine le croire, tant j’étais habitué à la lenteur des
noirs pour les moindres choses ; il me semblait que cette affaire avait
marché avec une rapidité effrayante.
Dès que Seïdou et Yssa furent en chemin, chacun se vanta de m’avoir
aidé, mais en somme, avec Samba N’diaye, il n’y avait eu que Tierno-
Abdoul dans cette affaire, ainsi que quelques vieux Toucouleurs, entre
autres Alpha Ahmadou, cousin germain d’El Hadj par sa mère, qui
demeurait dans notre voisinage. Il était, bien entendu, désigné sous le
nom de frère d’El Hadj, et Ahmadou l’appelait son père ; c’est à la mode
des noirs, qui ne connaissent que fort peu de degrés de parenté. Voici
comment on les désigne en Peuhl :
Père, _ba_ ; mère, _né_ ; frère aîné, _maono_ ; frère cadet, _minié_ ;
sœur du père, _gourgoul_ ; grand-père, _mama_ ; frère de la mère _kaw_.
En dehors de ces parents (_legniol_, tous les parents) les cousins et
oncles se désignent sous le nom de grand frère, petit frère, petit père,
etc.
Cet Alpha Ahmadou ne jouissait pas d’un grand crédit auprès d’Ahmadou,
vis-à-vis duquel il ne se gênait pas beaucoup pour exprimer son opinion,
avec cette indépendance de caractère qui est le propre des Toucouleurs
dans les relations de famille ; mais ses avis, s’ils n’étaient presque
jamais écoutés, étaient souvent désagréables, et alors Ahmadou s’en
vengeait à sa manière habituelle. Il faisait la sourde oreille, quand
son vieux cousin venait lui demander un captif ou une _bafal_[155] de
sel pour nourrir sa maison. Le vieux était du reste assez mendiant, j’en
ai eu souvent la preuve, et il m’a fallu quelquefois répondre par des
refus à ses demandes un peu trop indiscrètes. Néanmoins nous étions bien
ensemble.
[Décoration]
[Note 150 : Le gros vaut environ 12 fr. 50 c.]
[Note 151 : Galadjo, chef du Macina avant la conquête de Mohammed Amat
Labbo.]
[Note 152 : Je le croyais alors ; mais mon opinion à cet égard a été
complétement changée depuis.]
[Note 153 : C’est encore aujourd’hui, suivant moi, une estimation très-
restreinte.]
[Note 154 : Le docteur Quintin relevait de maladie.]
[Note 155 : Pierre de sel de Tichit, décrite plus haut.]