24 avril 1864.

Le 24 au matin le vieux Tierno-Abdoul, qui avait été, comme chef des

Peuhls, chargé de nous fournir le guide de nos courriers, termina enfin

cette grande affaire, et, vers midi, mes hommes étaient en route.

Je pouvais à peine le croire, tant j’étais habitué à la lenteur des

noirs pour les moindres choses ; il me semblait que cette affaire avait

marché avec une rapidité effrayante.

Dès que Seïdou et Yssa furent en chemin, chacun se vanta de m’avoir

aidé, mais en somme, avec Samba N’diaye, il n’y avait eu que Tierno-

Abdoul dans cette affaire, ainsi que quelques vieux Toucouleurs, entre

autres Alpha Ahmadou, cousin germain d’El Hadj par sa mère, qui

demeurait dans notre voisinage. Il était, bien entendu, désigné sous le

nom de frère d’El Hadj, et Ahmadou l’appelait son père ; c’est à la mode

des noirs, qui ne connaissent que fort peu de degrés de parenté. Voici

comment on les désigne en Peuhl :

Père, _ba_ ; mère, _né_ ; frère aîné, _maono_ ; frère cadet, _minié_ ;

sœur du père, _gourgoul_ ; grand-père, _mama_ ; frère de la mère _kaw_.

En dehors de ces parents (_legniol_, tous les parents) les cousins et

oncles se désignent sous le nom de grand frère, petit frère, petit père,

etc.

Cet Alpha Ahmadou ne jouissait pas d’un grand crédit auprès d’Ahmadou,

vis-à-vis duquel il ne se gênait pas beaucoup pour exprimer son opinion,

avec cette indépendance de caractère qui est le propre des Toucouleurs

dans les relations de famille ; mais ses avis, s’ils n’étaient presque

jamais écoutés, étaient souvent désagréables, et alors Ahmadou s’en

vengeait à sa manière habituelle. Il faisait la sourde oreille, quand

son vieux cousin venait lui demander un captif ou une _bafal_[155] de

sel pour nourrir sa maison. Le vieux était du reste assez mendiant, j’en

ai eu souvent la preuve, et il m’a fallu quelquefois répondre par des

refus à ses demandes un peu trop indiscrètes. Néanmoins nous étions bien

ensemble.

[Décoration]

[Note 150 : Le gros vaut environ 12 fr. 50 c.]

[Note 151 : Galadjo, chef du Macina avant la conquête de Mohammed Amat

Labbo.]

[Note 152 : Je le croyais alors ; mais mon opinion à cet égard a été

complétement changée depuis.]

[Note 153 : C’est encore aujourd’hui, suivant moi, une estimation très-

restreinte.]

[Note 154 : Le docteur Quintin relevait de maladie.]

[Note 155 : Pierre de sel de Tichit, décrite plus haut.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 108 / 368 题