Le lendemain, 10, était donc la fête du Cauri. Dès le soir, j’envoyai en
cadeau à Ahmadou une pièce de mérinos bleu de ciel, d’environ douze
mètres. C’était une étoffe très-belle de nuance et de qualité. C’était
d’ailleurs le premier présent que je lui faisais, car le gouvernement
n’ayant pas jugé à propos de lui en envoyer, je n’avais pas voulu avoir
l’air d’offrir des bagatelles qui, dans ma pacotille, étaient des objets
d’échange, et qui eussent passé dans l’opinion publique pour le cadeau
du gouverneur, qu’on eût trouvé à coup sûr très-mesquin.
Ce cadeau, qui ne dépassait pas une valeur de 60 francs, fit plaisir à
Ahmadou ; il fit tailler deux boubous, en prit un pour lui, et donna
l’autre à son frère Aguibou. La nuance était de son goût. Cette étoffe
légère, chaude et simple, lui convenait. Mon messager interrogé lui dit
que cela valait 20 francs la coudée[147], que je l’avais apporté pour
lui, qu’il n’y avait que les gens très-riches qui en eussent, et comme
ce n’était pas un des objets ordinaires de traite au Sénégal, aucun des
Toucouleurs ne s’inscrivit en faux contre ces assertions. Ahmadou fut
content et me fit remercier. J’avais témoigné le désir d’assister à la
fête, on mit à ma disposition le cheval de Samba N’diaye et un autre
pour le docteur.