28 février 1864.

A deux heures je fis le branle-bas et on se remit en marche à deux

heures quarante-deux minutes.

A quatre heures vingt minutes, nous étions à Somono Bougou, où l’on

changea de canotiers ; je fis dire à Mamboye, qui était chef du convoi

d’animaux, de se mettre en chemin ; nous passâmes alors devant trois

villages, situés sur la rive gauche du fleuve : on les apercevait un peu

dans l’intérieur ; ce sont : Kamalé, Baïo, Serablé. Vers six heures

trois quarts nous arrivâmes à Dougou Kounan : dès lors, on nous dit que

nous étions à Ségou.

Depuis le jour, les berges du fleuve présentaient une plus grande

animation que la veille. Les troupeaux tachés de noir et de blanc

apparaissaient sur les bords ; les silhouettes des noirs pasteurs se

dessinaient grandes, élancées. Dans quelques endroits, ils traversaient

pour aller faire paître leurs troupeaux. Sur la rive droite, on voyait,

de distance en distance, des files d’hommes, de femmes, portant des

calebasses, quelquefois un ou plusieurs cavaliers marchant paisiblement.

Ce mouvement et quelques arbres plantés sur la berge même contrastaient

avec le calme et la presque nudité du pays traversé la veille. Enfin, à

sept heures vingt minutes, nous passâmes par le travers de Faracco,

grand village de sofas d’Ahmadou, situé sur la rive gauche, et très-peu

de temps après nous fûmes à Ségou-Koro (le vieux Ségou), situé sur la

rive droite et presque en face de beaux groupes d’arbres. Les restes

d’un palais en terre très-ornementé, dont les façades en ruines sont

encore debout, frappent tout d’abord les yeux au milieu des murailles à

demi écroulées et désertes. Nous ne nous y arrêtâmes que le temps

nécessaire pour acheter un peu de lait, du beurre et du bois, à un petit

marché, situé sous un arbre, et nous continuâmes à descendre le fleuve.

A neuf heures cinq minutes, nous passâmes devant un village désert et en

ruine, Bassala-Bougou ; dix minutes après, et toujours sur la rive

droite, nous arrivâmes à Ségou-Bougou, ou village en paille de Ségou

(Lougans de Ségou) ; presque en face, sur l’autre rive, on apercevait

Kala-Bougou. Nous changeâmes de canotiers. La foule s’amoncelait, de

nombreux cavaliers passaient sur la plage, quelques-uns lancés au grand

galop. Nous en rencontrâmes un groupe plus nombreux qui prenait le

chemin de Yamina ; ainsi que nous l’apprîmes plus tard, c’était un chef

qui allait à Nioro chercher du monde pour renforcer l’armée d’Ahmadou.

Nous défilions lentement le long des rives bordées de monde ; le bruit

de notre arrivée se répandait.

A dix heures huit minutes, nous arrivions à Ségou-Coura (le nouveau

Ségou), et une demi-heure après, nous débarquions Fahmahra un peu avant

Ségou-Sikoro, ou plutôt dans un de ses faubourgs, village en paille

désigné sous le nom de _goupouilli_. Dès lors, plus de trace de Ségou

sur l’autre rive, et ce n’était pas mon moindre étonnement ; car comment

expliquer ce qu’on trouve dans toutes les traductions du voyage de Mongo

Park relativement à l’existence de quatre Ségou, deux sur chaque rive du

fleuve ? N’en faut-il pas conclure, qu’arrivé à Faracco ou Kala-Bougou,

sur la rive gauche, et voyant en face de lui, sur la rive droite, Ségou-

Bougou et Ségou-Koro, il aura supposé que ces quatre villages portaient

le même nom ? Cela me semble d’autant plus probable qu’il parle des

hautes tours du palais du roi, et que, à l’exception d’une maison dont

on voit encore les ruines à Ségou-Sikoro, et qui était le palais d’Ali,

on m’a dit qu’il n’y avait là aucune maison à un étage, au moment de la

conquête, tandis qu’à Ségou-Koro, il y avait au moins deux palais,

aujourd’hui en ruines, mais dont les murailles font foi de la hauteur

qu’ils avaient à cette époque.

Quoi qu’il en soit, tout en me creusant la tête pour trouver le mot de

cette énigme, je demandai, pour ne pas être assailli par une foule sans

cesse grossissante, que l’on me fît traverser le fleuve jusqu’au retour

de Fahmahra, qui se rendait chez Ahmadou, pour annoncer mon arrivée et

prendre ses ordres. On me transporta donc sur la plage de sable qui

s’étend en face de Ségou-Sikoro et un peu à l’Est. Je me baignai et me

nettoyai un peu. De là, nous apercevions Ségou-Sikoro en entier. Sa

haute muraille grise, élevée sur le bord même de la berge, dominait une

plage rocheuse littéralement couverte de population. Il y avait là des

femmes, en quantité, se baignant, lavant, puisant de l’eau dans des

calebasses ; les unes s’en allaient isolément, les autres en file et en

ordre, conduites par un chef de captifs ; mais ce qui frappait le plus,

c’était le bruit de tout ce monde que nous entendions à travers le

fleuve et une animation que je n’avais jamais vue depuis mon départ de

Saint-Louis et à laquelle on peut à peine, dans cette ville, comparer le

quai de la Pointe du Nord, lorsque les laveuses y viennent en foule.

[Illustration : PLAN de SÉGOU SIKORO

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 80 / 368 题