18 février 1864.

Le 18 au jour, nous reprîmes la route par un temps brumeux ; nous

marchions lentement malgré nous, nos deux maigres chevaux nous portaient

à peine, les ânes étaient tous blessés. Les mules, qui avaient plus

souvent jeûné qu’il n’était raisonnable, traînaient un peu la jambe ; en

somme, tout le monde sentait le besoin d’arriver. Heureusement nous

étions dans la route, comme disaient les noirs, nous n’avions plus de

broussailles à traverser, le chemin était net, bien battu, bien tracé.

Ce pays était assez arrosé de marigots dans lesquels nous trouvions de

l’eau. Nous franchîmes trois villages détruits. Ce sont : Soumbounko,

Coro et Tominkoro ; nous relevâmes un petit village nommé Coséla vers

neuf heures vingt-sept minutes ; il nous restait au Sud 30° Ouest.

Pendant cette route qui sillonne un pays magnifique, au milieu de forêts

de roniers aux troncs séculaires, dont quelques-uns dépassaient tout ce

que j’avais vu jusqu’alors et devaient bien atteindre quarante mètres de

haut, nous rejoignîmes deux caravanes portant des ballots de coton au

marché de Yamina ; c’étaient des gens de cette ville même, qui étaient

venus acheter ce coton dans le pays de Fadougou où nous étions. Ce pays

est habité par les Soninkés et Bambaras ; mais, au contraire du

Lambalaké, c’est l’idiome bambara qui l’emporte. Autrefois cette

province dépendait du chef de Damfa ou Dampa ; il portait le titre de

roi et commandait spécialement à la province de Damfari. Déjà de

nombreux individus s’étaient joints à nous. Avec cette caravane que nous

rejoignions, nous formions une bande très-respectable. Il est vrai que

j’ignore jusqu’à quel point j’eusse pu compter sur le courage des

hommes ; mais à cette époque, je ne savais pas à quoi m’en tenir. Aussi

je cheminais sans autre préoccupation que celle d’arriver à Yamina et au

Niger. A Toumboula, on nous disait que nous étions à trois jours de

marche, et voilà qu’à Masoso nous étions encore à trois jours. Le Niger

fuyait-il devant nous ?

Soso ou Masoso, où j’arrivais, avait un grand tata ; les cases en terre,

à toits en terrasse, avaient, comme la muraille, de trois à quatre

mètres de haut. Le temps était resté brumeux, le pays avait un aspect

triste ; du reste, la végétation était moins belle, l’aspect moins

pittoresque. Il n’y avait plus de roniers que de loin en loin. Quelques

cailcédras étaient les arbres les plus remarquables de la plaine. A

notre misère venait s’en ajouter une autre : le sel que nous avions un

peu gaspillé nous manquait. Heureusement, quelques malades qui venaient

se faire soigner par le docteur lui en apportèrent un peu, car c’est un

triste régal que de la cuisine sans sel.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 64 / 368 题