17 février 1864.

[Illustration : Palmier ronier.]

Le 17 au jour je fis charger ; je voulais me rendre à Soso dans la

journée, et on m’avait prévenu que la marche serait longue. Au moment de

partir, Fahmahra n’était pas là. Je me mis en route sans lui, sous la

conduite d’un guide fourni par le village. Nous descendîmes de la

colline sur laquelle est le village, puis nous passâmes à Niarébougou,

petit tata ; nous laissions sur la gauche Boïla, assez grand village, me

dit-on.

Nous entrâmes alors dans une forêt de roniers magnifiques ; à huit

heures, nous passions le village de Moniocourou, ruine au Sud de

laquelle était situé, à environ quinze cents mètres, le village de

Yoromé, et à 8 heures 55 minutes nous étions à Ouakha ou Ouakharou,

village placé au milieu d’une plaine de toute beauté, parsemée de

roniers chargés de nombreux régimes de fruits encore frais. Le guide me

voyant m’arrêter pour attendre Fahmahra, me dit que si nous nous

arrêtions un seul instant, nous coucherions dans les broussailles, vu

qu’en continuant, nous arriverions à peine à destination avant le

coucher du soleil. Fatigués comme nous l’étions tous, hommes et animaux,

il n’y avait pas moyen de faire cette marche. Cela me contraria outre

mesure ; je fis néanmoins décharger les bagages ; les animaux n’avaient

presque pas mangé la veille, je me décidai à les laisser reposer.

Fahmahra arriva alors et je l’apostrophai pour m’avoir trompé sur la

distance et m’avoir fait attendre. Il se fâcha à son tour, ce qui me

calma tout de suite ; je lui dis de se taire, que ce n’était qu’un jour

perdu. Dès que nous fûmes installés sous un arbre magnifique, Samba Yoro

me demanda à couper des rones. Je ne m’y opposai pas et il escalada un

des plus petits roniers, car nous en avions autour de nous qui

mesuraient trente mètres de hauteur sous les branches. Mais aussitôt

qu’il commença à abattre les fruits, les gens du village voulurent s’y

opposer. C’était d’autant plus regrettable que les fruits étaient juste

mûrs à point ; le lait qui plus tard devait être amande était encore

liquide et frais, c’était très-bon et au moins aussi sucré que le lait

de coco. Mais Fahmahra, qui, pas plus que les gens du village, n’avait

jamais mangé de rones fraîches, en ayant goûté, cette fois, et les ayant

trouvées très-bonnes, se mit à se disputer avec les gens du village,

disant que ces arbres étaient au bon Dieu, que ce n’étaient pas eux qui

les avaient plantés et qu’ils n’avaient pas le droit d’empêcher

quelqu’un d’en manger. Force nous resta et nous abattîmes une centaine

de rones. Ce qu’il y eut de plus curieux, c’est que les gens du village,

s’étant hasardés à en goûter, se mirent de la partie, si bien que tous

les roniers accessibles furent dépouillés. Je suis sûr qu’on se

rappellera longtemps notre passage dans ces lieux, où nous avons révélé

une nourriture succulente à côté de laquelle les habitants vivaient

depuis des siècles sans songer à en essayer, attendant l’époque où le

fruit tombe ; alors, au lieu d’avoir un goût exquis, il ne sent plus que

la térébenthine, et au lieu d’une crème n’offre qu’une amande

filandreuse et jaune.

Il y avait beaucoup de Peuhls dans ce pays ; on les désignait sous le

nom de Foular ; ils n’offraient pas de traits remarquables, mais avaient

une taille très-élancée ; leurs visages, si ce n’est qu’ils étaient

exempts de coupures, se rapprochaient assez du type des races soninké et

bambara, avec lesquelles ils devaient être très-mélangés.

Le chef me fit cadeau d’un cabri, il donna un repas abondant de couscous

aux hommes ; aussi, au moment du départ, je lui envoyai six coudées de

guinée.

[Illustration : Forêt de roniers.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 63 / 368 题