Il fallait donc marcher en avant et cacher quand même nos inquiétudes. A
6 heures 59 minutes, le 16, nous reprenions notre route. Nous passions
le grand village de Marena, où, m’étant arrêté quelques minutes, je fus
entouré par une foule énorme. Derrière ce village je vis quelques
marais, puis je passai Sansankoura sans m’y arrêter autrement que pour
prendre le relèvement du village de Diankébougou, que je laissais à ma
gauche, et à 9 heures j’arrivai en vue de Toumboula, très-grand village,
construit près de dunes de sable. La brise était forte et soulevait une
poussière intense. Nous campâmes. Dans le village on battait le tabala,
tout le monde était sur notre passage ou sur le toit des cases et sur
les murs de la ville pour nous voir défiler. Il n’y avait là que de
bonnes figures pour nous. La muraille, bien soignée, était, dans tout
son pourtour, surmontée d’ornements dans le style mauresque. Des bœufs,
des chevaux attestaient la prospérité. Pauvres gens ! j’étais loin de
penser que deux ans après je les verrais ruinés, en proie à la misère, à
la famine, ayant passé par toutes les horreurs d’une guerre civile, et
lorsque le vieux chef vint me voir et m’amener un jeune bœuf, j’étais
loin de penser qu’à Ségou je le retrouverais malheureux, retenu comme
moi, plus misérable que moi, que je lui rendrais des services et que
nous reprendrions ensemble le chemin de nos foyers.
Ce village était Toumboula.
[Décoration]
[Note 45 : Bien souvent depuis, à Ségou, je les ai vus passer en nuage
non interrompu depuis le coucher du soleil jusqu’à la nuit obscure, se
dirigeant vers l’Est.]
[Note 46 : Toubé, pantalon.]
[Note 47 : Le thermomètre avait marqué au soir 9° centigrades.]
[Note 48 : Lack lallo, farine de mil bouillie en pâte très-épaisse,
accompagnée d’un coulis d’aloo ou de lallo, de viande séchée ou poisson
séché. Les amateurs prétendent que pour que ce soit bon, il faut que la
viande ou le poisson soient très-avancés. Le lallo est la feuille du
baobab séchée et pilée.]