Il n’y avait rien à faire, nous nous mîmes en route.
On me fit d’abord remonter au Nord jusqu’à Sébindinkilé, petit village
qui touche presque au grand village de Guigué (Bambaras). Après cela,
nous inclinâmes au S. E. ; et à 4 heures 39 minutes nous arrivâmes à
Médina, assez grand village soninké. Fahmara se rendit chez le chef, qui
me fit prévenir de bien veiller à mes affaires, parce qu’il y avait
beaucoup de voleurs, et pour me montrer combien ils étaient adroits, il
me dit qu’ils avaient pillé jusqu’à des Maures de passage auxquels ils
avaient enlevé une pierre de sel et un fusil. C’était le cas de dire : A
voleur, voleur et demi. Quant à moi, en présence d’aussi adroits
coquins, il n’y avait pas à balancer, et je me décidai à mettre un
factionnaire et à tenir tout le monde à l’écart, chose plus facile à
imaginer qu’à faire exécuter au milieu d’une foule semblable. La nuit
arriva sans qu’on m’envoyât rien pour mon souper ; mais on apporta,
selon l’habitude des Bambaras, du lack lallo[48] aux hommes. Le soir les
Peuhls envoyèrent du lait à Fahmhara, qui m’en donna un peu ; ce fut
tout ce que je reçus au village.
En revanche nous apprîmes une nouvelle inquiétante dont je ne pouvais
encore pressentir la gravité. On disait qu’Ahmadou, roi de Ségou, avait
brûlé le village de Sansandig. Ce bruit, qui révélait des troubles à
Ségou même, et ne tendait à rien moins qu’à faire voir que la principale
ville du pays était révoltée contre le roi, était en partie démenti ;
mais quand je demandais des explications on m’induisait en erreur et il
m’était impossible alors de démêler la véritable position du pays. Du
reste, quand je l’eusse su, toute tentative pour revenir sur mes pas
m’eût fait abandonner de mes guides, et je n’aurais pas passé vingt-
quatre heures sans être pillé, attaché et transporté à Ségou comme
espion.