Notre route de cette journée fut une des plus pénibles que nous eussions
faite jusqu’alors. Partis à six heures, nous nous arrêtions à sept
heures cinquante-cinq minutes, pour boire, au village de Kéninéebougou ;
nous y trouvâmes un marais qui n’était en réalité que la deuxième
branche du Ba-Oulé.
Une fois partis de là, nous marchâmes sur la frontière du Bélédougou, en
en relevant les montagnes et les villages un peu dans le Sud. A dix
heures six minutes on me prévint que je n’étais plus dans le Diangounté,
mais bien dans le Ségou. Cette nouvelle, que j’inscrivis aussitôt, ne
pouvait me faire oublier ma souffrance. Nous marchions rapidement, la
soif nous fatiguait ; à onze heures vingt minutes, nous trouvâmes les
ruines du village de Tonéguéla ; dans un puits il y avait un peu d’eau
croupie, infectée par des crapauds morts, et toute espèce d’horreurs.
Telle était notre soif, que presque tout le monde but en se bouchant le
nez. A une heure trente minutes, nous passions sur le flanc d’une
colline ; un ruisseau, aujourd’hui à sec, l’avait sillonné ; on me dit
que c’était le marigot de Samentara, qui, à la saison des pluies, va
former un lac dans le Bakhounou.
Plus nous avancions, plus le terrain s’accidentait. A deux heures nous
rencontrâmes un troupeau de bœufs, conduit par des Peuhls, qui nous
engagèrent fortement à nous défier du village. Nous passâmes alors,
marchant un peu plus serrés, entre deux collines, et à quatre heures
quatre minutes, nous étions à Gomintara, rendus de fatigue et de soif.
Un mouton, que nous emmenions, était à demi mort ; il avait fallu le
placer sur une mule ; on le saigna sans retard ; je crois qu’il n’eût
pas vécu une heure.
Si nous n’eûmes pas à nous plaindre du village, nous reçûmes une assez
maigre hospitalité. Le chef me donna une poule. Heureusement, Fahmahra
eut un peu de lait, qu’il partagea avec nous. Quant à tous nos animaux,
un petit panier de haricots en cosses fut leur maigre pitance. Aussi, le
lendemain, après avoir observé la hauteur méridienne, dont je déduisis
14° 26′ 30″ de latitude Nord, je fis charger les bêtes et me décidai à
aller tenter la fortune à Babougou, en passant par Coroula et laissant
Oualitera à notre gauche. Le village paraissait si peu bien disposé,
qu’il ne nous fournit même pas de guides. Plus nous avancions, plus le
pays s’accidentait. Aux plaines du Kaarta et du Diangounté, succédait
une contrée plus boisée, des ravines rompaient la monotonie, de temps en
temps un rocher perçait le sol. Autour des villages, la culture du tabac
devenait plus abondante ; mais quoique notant toutes ces remarques, j’y
étais peu sensible, je n’avais qu’une idée : marcher, marcher quand
même, pour arriver au Niger, avant que les forces me trahissent.