11 février 1864.

Le lendemain nous fîmes une petite marche jusqu’à Diongoye. Les Diulas

qui marchaient avec nous depuis Kita nous y quittèrent, non sans me

remercier de tout ce que j’avais fait pour eux. C’était bien peu de

chose ; mais dans un pays où l’on ne fait rien pour rien, leur avoir

prêté de temps à autre des ânes qui m’étaient inutiles, leur avoir donné

place au gîte et quelques repas, c’était un grand service. Ils allaient

au village de Digna que nous relevions au S 80° E. du compas, et qu’ils

estimaient à un jour et demi, soit dix ou quinze lieues au plus.

Pour arriver à Diongoye, nous avions quitté une branche du Ba-Oulé, qui

remonte un peu plus au Nord, tandis que l’autre, restant à droite, passe

après quelques détours, très-près de Dina ou Digna, village important,

situé à l’Ouest et très-près d’Ouosébougou.

Tout ce pays est peu accidenté ; il est inondé pendant les pluies par

nombreuses places ; à chaque instant nous marchions sur des traces

d’éléphants, dont les pas énormes semblaient attester la grosseur.

J’appris, du reste, par la suite, que le Bélédougou en est très-peuplé,

ainsi que le Bakhounou.

Notre nuit fut assez mauvaise, je ne dormis pas ; en dépit de

l’hospitalité que nous recevions, nous commencions à nous épuiser ;

notre biscuit était presque fini, notre café n’existait plus depuis

longtemps, notre sucre avait été terminé avant le café ; nous nous

affaiblissions sensiblement, de telle sorte, qu’avant de me mettre en

route, j’écrivis ces quelques lignes :

« Passé la nuit sans sommeil, presque malade ; peu dîné hier ; il me

faudra aller jusqu’à deux heures sans rien prendre. Si seulement j’avais

un morceau de pain ! »

Eh ! mon Dieu ! oui, un morceau de pain ; tel était mon _desideratum_

alors, tel il a été souvent depuis. Ce sont là de ces souffrances peu

appréciées mais qui sont terribles pour qui les subit.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 57 / 368 题