Le lendemain nous fîmes une petite marche jusqu’à Diongoye. Les Diulas
qui marchaient avec nous depuis Kita nous y quittèrent, non sans me
remercier de tout ce que j’avais fait pour eux. C’était bien peu de
chose ; mais dans un pays où l’on ne fait rien pour rien, leur avoir
prêté de temps à autre des ânes qui m’étaient inutiles, leur avoir donné
place au gîte et quelques repas, c’était un grand service. Ils allaient
au village de Digna que nous relevions au S 80° E. du compas, et qu’ils
estimaient à un jour et demi, soit dix ou quinze lieues au plus.
Pour arriver à Diongoye, nous avions quitté une branche du Ba-Oulé, qui
remonte un peu plus au Nord, tandis que l’autre, restant à droite, passe
après quelques détours, très-près de Dina ou Digna, village important,
situé à l’Ouest et très-près d’Ouosébougou.
Tout ce pays est peu accidenté ; il est inondé pendant les pluies par
nombreuses places ; à chaque instant nous marchions sur des traces
d’éléphants, dont les pas énormes semblaient attester la grosseur.
J’appris, du reste, par la suite, que le Bélédougou en est très-peuplé,
ainsi que le Bakhounou.
Notre nuit fut assez mauvaise, je ne dormis pas ; en dépit de
l’hospitalité que nous recevions, nous commencions à nous épuiser ;
notre biscuit était presque fini, notre café n’existait plus depuis
longtemps, notre sucre avait été terminé avant le café ; nous nous
affaiblissions sensiblement, de telle sorte, qu’avant de me mettre en
route, j’écrivis ces quelques lignes :
« Passé la nuit sans sommeil, presque malade ; peu dîné hier ; il me
faudra aller jusqu’à deux heures sans rien prendre. Si seulement j’avais
un morceau de pain ! »
Eh ! mon Dieu ! oui, un morceau de pain ; tel était mon _desideratum_
alors, tel il a été souvent depuis. Ce sont là de ces souffrances peu
appréciées mais qui sont terribles pour qui les subit.