Le 7 février, au jour, quand je voulus repartir, on me dit qu’on ne
pouvait pas faire lever notre dernier bœuf ; j’en fis présent au
village, et la curée en fut faite immédiatement.
Quatre heures de route nous conduisirent à un marigot que nous
traversâmes, et peu après nous fûmes au bord d’un lac magnifique ; des
myriades d’oiseaux blancs échassiers tranchaient sur la verdure et les
hautes herbes ; moins de trois quarts d’heure après, nous étions à
Tinkaré, village composé de quelques cases en paille et d’un tata en
construction dans lequel nous allâmes nous loger.
La pêche dans le lac est pour ce village une grande ressource. Le lac est
très-poissonneux ; les indigènes font sécher les produits de leur pêche
et vont les vendre assez loin. Mais dans ce moment il nous fut
impossible de nous procurer du poisson frais ou sec.
Le chef vint nous apporter trois poules et des niébés (haricots
indigènes) pour les animaux. Tout le monde alla se reposer. Mamboye et
Alioun allèrent à la chasse et nous rapportèrent trois pintades ; la
nuit on donna onze calebasses de couscous aux hommes, et tout
s’annonçait bien, n’eussent été les moustiques, lorsqu’on nous ramena
Samba Yoro, qui, sorti du tata, était tombé dans un trou et s’était luxé
légèrement le genou. Il fallut lui faire soutenir la jambe sur un
coussin. Je lui donnai donc mon maigre matelas, et le lendemain, et
pendant longtemps encore, il ne put continuer la route qu’à cheval ou à
âne.