Premiers bruits de troubles dans l’empire d’El Hadj. — Arrivée au
Bakhoy. — Son gué. — Discorde entre mes hommes. — Arrivée à Kita. — La
montagne. — Makadiambougou. — Productions. — Cultures. — Musique. —
Boubakar et le guide gravement malades. — Huit jours d’arrêt. — Le
Bélédougou et le Manding sont révoltés. — Impossibilité de marcher vers
l’Est. — Je me décide à remonter à Diangounté. — Marche au Nord à
travers le Foula-Dougou. — Le Bakhoy no 2. — Le Baoulé. — Les esclaves
enchaînés en route. — Détails sur des Diulas. — Arrivée au Kaarta.
Notre séjour à Makhana fut marqué par la première nouvelle que nous
eûmes de troubles dans l’empire d’El Hadj. Ahmadou, disait-on, avait
pillé quelques villages du Bélédougou ; à cette époque cela nous
semblait bien peu de chose. Nous traversâmes le Gangaran de l’Ouest à
l’Est, bien reçus partout. Les villages, la plupart construits en
bambous entrecroisés, ce que les noirs de Saint-Louis appellent
crinetis, sont assez malpropres ; ils sont généralement composés d’un
certain nombre de groupes de cases, formant des divisions qui
représentent des fractions souvent indépendantes les unes des autres.
Chaque fois que nous campions, les gens des villages environnants
venaient m’apporter un tribut sur le sens duquel je ne pouvais m’abuser.
Ce n’était pas un cadeau volontaire, mais un de ces impôts arbitraires
que lèvent les gens d’El Hadj partout où ils passent : au fond je voyais
que ces gens avaient la tête basse, le regard triste, et moi, pauvre
voyageur inoffensif, je partageais dans leur esprit la haine qu’ils
portent à leurs conquérants.