Le lendemain nous retrouva en route ; nous franchîmes un marigot, puis
une petite montagne, un second marigot, et nous arrivâmes à une haute
montagne de 150 mètres aux pentes rapides, mais que cependant on put
gravir sans mettre pied à terre, non sans peine, à cause des bambous qui
la couvrent et qui sont entrelacés au point de fermer par moments tout
passage. Lorsque je fus au sommet, je m’aperçus que nous passions par
une sorte de col et que cette chaîne, la plus considérable que j’aie
traversée dans mon voyage, était la ligne de faîte qui sépare la vallée
du Bafing d’avec celle de ses affluents. La descente fut rapide : le
plateau sur lequel nous arrivions était à mi-hauteur de la montagne,
qui, de ce côté, n’avait pas plus de 80 mètres.
Nous entrions alors dans des plaines cultivées ; aux pays déserts que
nous avions vus depuis notre départ succédait enfin, pendant quelques
jours au moins, l’apparence du bien être. Le soir nous couchions au
village de Makhana.
[Décoration]
[Note 23 : Ce torrent, énorme dans les hautes eaux, est une défense de
la place de Koundian. En 1857, l’armée d’El Hadj, s’échappant de Médine,
le passa à la nage et plusieurs centaines d’hommes y périrent.]
[Note 24 : C’est, on le sait, le tambour de guerre, caisse hémisphérique
en bois recouverte d’une peau de bœuf, sur laquelle on frappe lentement
et en cadence avec une pomme de cuir emmanchée sur un manche flexible.]
[Note 25 : Médina Gongou (île de Médina).]
[Note 26 : En 1858, à la suite de la guerre, aucun des pays du haut
Sénégal n’ayant pu faire de cultures, la famine fut si abominable que
dans les rues de Bakel on voyait jusqu’à quinze et vingt individus,
femmes, enfants et même hommes, mourir de faim en une journée, en dépit
de la charité publique et des secours de l’autorité.]
[Note 27 : Boubou, sorte de blouse musulmane très-ample offrant de
l’analogie avec le puncho de l’Amérique.]