12 janvier 1864.

Le jour même nous allâmes camper à Niantanso, village fortifié, situé au

milieu d’un estuaire de montagnes, dans lequel nous parvînmes par une

gorge étroite et très-accidentée. De magnifiques baobabs, situés près du

village, devinrent notre campement naturel. Cet arbre, on le sait, est

un des plus utiles que la nature ait distribués sur la terre des noirs ;

il croît dans tout le Soudan avec une profusion remarquable. Il fournit

un fruit nommé pain de singe, très-astringent, dont la farine sucrée et

acide, mêlée au lait, constitue un remède très-efficace contre la

dyssenterie, ainsi que j’en ai fait l’épreuve, et qui, outre cela, est

un rafraîchissant agréable. Dans quelques cas de famine, j’ai vu les

noirs en faire du couscous. La feuille séchée et pilée fournit le lallo,

poudre verte impalpable qui est l’accompagnement indispensable du

couscous des Yolloffs et du lack-lallo des Bambaras, ces deux principaux

plats de la cuisine du Soudan ; enfin, son écorce battue fournit des

fils d’une certaine ténacité et d’une belle couleur, avec lesquels on

fait des cordes très-régulières mais de peu de durée.

Grâce à notre guide, nous fûmes bien accueillis à Niantanso. On vint

nous construire une case en secos (sorte de nattes grossières en paille

tressée). On nettoya la place de notre campement, on nous apporta un

grand vase en terre cuite qu’on remplit d’eau reposée et claire, et nous

pûmes prendre un instant de repos.

Puis, vinrent les visites des chefs de villages environnants, la plupart

apportant un petit contingent de provisions. Nous eûmes ainsi la visite

des chefs de Diakifé et de Bambandinian. Celui de Firia m’envoya trois

poules ; le chef du village m’en donna deux et une calebasse de beau

riz. J’achetai quelques poules pour les hommes de mon escorte, à raison

d’une poule pour deux poignées de sel environ et trois litres de riz

pour cinq charges de poudre.

Je fis l’ascension d’une montagne, située à l’Ouest du village ; je vis

l’horizon très-court à l’Est, fermé par une chaîne de montagnes que nous

devions traverser le lendemain. Ces montagnes, comme presque tout le sol

du Bambouk, sont ferrugineuses, et les habitants fondent le fer par un

procédé qui se rapproche de la méthode catalane et que nous décrirons

plus tard. Chez eux, le fer n’a que peu de valeur, et j’achetai un grand

couteau pour Bara, qui avait perdu le sien, moyennant une tête de tabac

(50 cent.).

Le soir, le griot du village, armé de sa grande guitare mandingue,

instrument à douze ou quinze cordes, vint me saluer de ses chants. Je le

dessinai, et il fut très-étonné de voir que tout le monde le

reconnaissait. Quant à lui, qui, peut-être, ne s’était jamais vu dans

une glace et qui n’avait entrevu son image que réfléchie dans l’eau, il

est très-probable qu’il ne comprenait pas comment cette feuille de

papier noirci pouvait lui ressembler. C’est, du moins, ce que son air

hébété semblait me faire comprendre, et plus tard, j’ai eu quelquefois

l’occasion de faire une remarque analogue.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 36 / 368 题