11 janvier 1864.

Le 11 janvier, au soir, nous arrivâmes par une pente douce à une

muraille presque verticale qui nous entourait à l’Est, au Nord et au

Sud. A nos pieds était un marigot vaseux dans lequel on ne trouva pas

d’eau. En nous voyant, deux femmes qui étaient venues en chercher

s’enfuirent dans la montagne, et ce ne fut pas sans peine que Fahmahra

les décida à venir lui parler. C’est que, chaque fois qu’une troupe de

cavaliers paraît à l’horizon, ces pauvres gens, sur lesquels le glaive

du conquérant a pesé de tout son poids et pèse encore bien durement, se

demandent si ce n’est pas la guerre qui leur arrive, et comme au fond du

cœur ils se révoltent à chaque instant du jour contre le joug qui les

opprime, ils se demandent, sans doute, si on ne veut pas les punir de

ces coupables pensées.

Le guide nous déclara que nous étions à Firia, et les ruines d’un grand

village vinrent à l’appui de cette assertion. Mais, qu’était devenu ce

village ? La montagne était haute de cent mètres au moins ; nous ne

pouvions songer à la franchir ce même jour, et la perspective de passer

encore une nuit dans les broussailles ne me souriait guère. J’avais,

depuis Koundian, considéré Firia comme un nouveau port. Et voilà que

nous étions sans eau. Bon gré, mal gré, il fallut en prendre son parti.

Les animaux se passèrent de boire ; quelques calebasses d’eau amère et

sale furent recueillies dans le marigot, et nous nous étendîmes sur nos

couvertures.

La nuit ne tarda pas à venir et vers onze heures du soir nous fûmes

réveillés par un décor féerique : la montagne devant nous était

illuminée. La nuit était noire, une centaine de torches éclairaient les

escarpements ; quelques ombres humaines mises en relief par la lumière

animaient ce tableau. Je ne me lassais pas de l’admirer : c’était le

village de Firia, bâti sur le haut de la montagne, dont les habitants

venaient nous apporter à souper : trente calebasses de mets du pays pour

nos hommes ; et pour nous, deux poules, des œufs, et un panier de mil

pour les chevaux.

De plus, il fut bien convenu que le lendemain ils viendraient aider au

transport des bagages pour franchir la montagne, car je me demandais

comment les animaux grimperaient sur ces roches où les hommes ne

passaient qu’avec l’aide d’un bambou.

Ce passage fut en effet difficile ; à l’exception d’une mule et d’un

âne, il fallut décharger tous les animaux et porter les charges à bras

sur le sommet de la montagne. Mais heureusement on n’eut pas à

redescendre, car nous étions sur un véritable plateau où se croisaient

diverses montagnes, elles-mêmes assez élevées ; je compris alors la

configuration du pays : nous avions quitté la vallée du Sénégal.

[Illustration : Sambou, griot Malinké à Niantanso.]

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 35 / 368 题