Le 11 janvier, au soir, nous arrivâmes par une pente douce à une
muraille presque verticale qui nous entourait à l’Est, au Nord et au
Sud. A nos pieds était un marigot vaseux dans lequel on ne trouva pas
d’eau. En nous voyant, deux femmes qui étaient venues en chercher
s’enfuirent dans la montagne, et ce ne fut pas sans peine que Fahmahra
les décida à venir lui parler. C’est que, chaque fois qu’une troupe de
cavaliers paraît à l’horizon, ces pauvres gens, sur lesquels le glaive
du conquérant a pesé de tout son poids et pèse encore bien durement, se
demandent si ce n’est pas la guerre qui leur arrive, et comme au fond du
cœur ils se révoltent à chaque instant du jour contre le joug qui les
opprime, ils se demandent, sans doute, si on ne veut pas les punir de
ces coupables pensées.
Le guide nous déclara que nous étions à Firia, et les ruines d’un grand
village vinrent à l’appui de cette assertion. Mais, qu’était devenu ce
village ? La montagne était haute de cent mètres au moins ; nous ne
pouvions songer à la franchir ce même jour, et la perspective de passer
encore une nuit dans les broussailles ne me souriait guère. J’avais,
depuis Koundian, considéré Firia comme un nouveau port. Et voilà que
nous étions sans eau. Bon gré, mal gré, il fallut en prendre son parti.
Les animaux se passèrent de boire ; quelques calebasses d’eau amère et
sale furent recueillies dans le marigot, et nous nous étendîmes sur nos
couvertures.
La nuit ne tarda pas à venir et vers onze heures du soir nous fûmes
réveillés par un décor féerique : la montagne devant nous était
illuminée. La nuit était noire, une centaine de torches éclairaient les
escarpements ; quelques ombres humaines mises en relief par la lumière
animaient ce tableau. Je ne me lassais pas de l’admirer : c’était le
village de Firia, bâti sur le haut de la montagne, dont les habitants
venaient nous apporter à souper : trente calebasses de mets du pays pour
nos hommes ; et pour nous, deux poules, des œufs, et un panier de mil
pour les chevaux.
De plus, il fut bien convenu que le lendemain ils viendraient aider au
transport des bagages pour franchir la montagne, car je me demandais
comment les animaux grimperaient sur ces roches où les hommes ne
passaient qu’avec l’aide d’un bambou.
Ce passage fut en effet difficile ; à l’exception d’une mule et d’un
âne, il fallut décharger tous les animaux et porter les charges à bras
sur le sommet de la montagne. Mais heureusement on n’eut pas à
redescendre, car nous étions sur un véritable plateau où se croisaient
diverses montagnes, elles-mêmes assez élevées ; je compris alors la
configuration du pays : nous avions quitté la vallée du Sénégal.
[Illustration : Sambou, griot Malinké à Niantanso.]