En partant, au jour, de notre campement, nous y laissions nos hommes,
les animaux et bagages, et allions à la découverte. Nous découvrîmes
d’abord dans une île, formée par un marigot, sur la rive gauche, les
traces d’un village. Puis, en continuant, nous remontâmes le fleuve
dégagé pendant quatre lieues ; nous trouvâmes alors un petit barrage,
puis, peu après, une chute d’eau verticale de 4m,50, devant laquelle
nous fûmes contraints de nous arrêter. Je redescendis au campement pour
faire transporter sur ce point les bagages. Tout le long de la route,
nous chassions les hippopotames et les pintades, qui sont en quantités
innombrables. Nous avions remarqué que les montagnes de la rive gauche
se rapprochaient du fleuve au point de venir s’y baigner en un endroit
situé à moitié route. La montagne, étagée, de couleur rouge et noire,
découpée par les massifs d’arbres qui sortaient de toutes les crevasses,
était littéralement couverte de singes à tous les étages ; sur toutes
les fentes horizontales, ils étaient établis les uns à côté des autres ;
les arbres pliaient sous leur poids, et, à notre passage, ils nous
saluèrent par des gambades incroyables et des aboiements forcenés. En
affirmant que ce quartier général ne renfermait pas moins de six mille
cynocéphales, je ne crois pas exagérer.
Derrière cette montagne était un marigot profond qui devait offrir un
passage difficile ; je m’étais donc décidé à accompagner le convoi dans
cette partie, où d’ailleurs j’avais dressé le cours du fleuve. Pour en
faciliter la marche, je fis, le soir, transporter par le canot un
chargement de matériel.
Pendant ce temps, avec quelques hommes, je faisais allumer des feux dans
les herbes sèches, afin de dégager la route.
Quand vint l’heure de rentrer les animaux, on chercha les bœufs qu’on
avait mis à paître ; mais ce ne fut que très-tard qu’on parvint à les
trouver ; ils s’étaient couchés dans des herbes épaisses, et hautes de 4
à 6 mètres ; cela nous donna bien de l’inquiétude. Ensuite, le canot eut
du retard ; enfin, à sept heures du soir, la chanson des laptots se fit
entendre dans le lointain, puis des détonations, et, à huit heures, nous
étions tous réunis. Le canot, dans son retour de nuit, avait été
littéralement cerné par les hippopotames ; on les touchait des avirons,
et on ne s’en était dégagé qu’à coups de fusil. Ces animaux, d’ailleurs,
sont plus effrayants que terribles, et bien qu’ils m’aient souvent
poursuivi, ils ne m’ont jamais attaqué.
[Illustration : Cynocéphales du Sénégal.]