CHAPITRE II.

Départ de Gouïna. — Navigation entre Gouïna et Bafoulabé. — Mode de

voyage par terre. — Chasse à l’hippopotame. — Marigot de Khasso-Fara,

limite du Khasso. — Marigot de Kétiou. — Un caïman depuis Gouïna. —

Arrivée à Bafoulabé. — Journée pénible. — Sidi et Yssa à la découverte.

1er décembre 1863.

Le 1er décembre, nous avions campé sur la berge de la rive gauche, en

allumant de grands feux pour éloigner à la fois les bêtes féroces de

l’intérieur et les hippopotames, dont le grognement sourd nous avait

bercés toute la nuit. Ces monstrueux amphibies, troublés pour la

première fois, depuis bien des années, dans des eaux où ils régnaient en

maîtres, fouettés le jour par les balles de nos carabines et blessés

quelquefois, semblaient nous suivre à la piste.

Nous choisissions d’ordinaire pour camper les plages de sable fin, qui

sont aussi généralement les endroits par lesquels ils gravissent les

berges pour aller paître l’herbe ; mais la même raison qui les attirait

près de ces pacages nous les faisait choisir afin d’y trouver l’herbe

nécessaire aux nombreux animaux de la caravane. Aussi, lorsque, conduits

par l’habitude et par l’instinct, ils venaient pour débarquer, ils se

trouvaient en face de nos feux, et leurs sourds grognements sortant de

dessous l’eau venaient nous témoigner de leur fureur. Puis ils sortaient

leurs têtes de l’eau et respiraient bruyamment en soufflant de l’eau.

Ces bruits, dans le calme de la nuit, mêlés aux cris lointains de

l’hyène, à la voix imposante du lion, et aux mille soupirs d’une nature

qui a bien sa grandeur, ne nous empêchaient pas de reposer. Et

cependant, il faut bien le dire, l’inquiétude me travaillait. Bien qu’à

vraiment parler les noirs n’eussent pas encore subi de privations, le

changement de vie, l’énormité du travail que je leur imposais,

semblaient les aigrir, et, dans leurs rapports entre eux, je constatais

chaque jour des symptômes alarmants. Aussi, sous le poids de ma

responsabilité, je passai plusieurs nuits éveillé, et par la suite mon

sommeil devint léger. Bien qu’entre mon compagnon et moi il y eût peu

d’expansion alors, j’observais avec bonheur qu’en dépit de son calme il

ne négligeait aucune des précautions indispensables pour une pareille

vie. C’est ainsi qu’il couchait, comme moi, la main sur son revolver, et

que le danger, soit qu’il provînt des hommes, soit qu’il vînt des

animaux ou de toute autre cause, l’eût trouvé prêt à lui faire face.

Voyage dans le Soudan occidental (Sénégambie-Niger) · 第 19 / 368 题