Lady Howber était énervée, mais elle n’attachait pas trop d’importance à
la chose. Johnnie lui reviendrait le lendemain plus amoureux que jamais,
car elle savait que les hommes les plus épris le sont en proportion des
convoitises excitées par la femme aimée, et elle avait conscience de sa
valeur. Sans doute Johnnie serait chez Lady Charlotte, et une valse
remettrait tout. Elle se laissa donc habiller sans mauvaise humeur, et,
toute en dentelle blanche, un bouquet de lilas sans feuilles à la main,
elle partit avec son mari, dîna extrêmement bien, et à onze heures et
demie, toute restaurée, arriva au bal de Lady Charlotte. L’orchestre
hongrois jouait, et l’excellente musique donnait un entrain endiablé aux
danses. Décor superbe: une tenture de soie abricot sur les murs, des
fleurs blanches à profusion, et dans un petit salon au fond, où se
prenait le thé, un immense bloc de glace. Partout une atmosphère
parfumée de fleurs à griser.
Lady Howber commençait à s’impatienter de ne pas voir Johnnie, quand,
revenant de prendre une tasse de thé, elle se trouva nez à nez avec lui.
Johnnie n’était pas seul; à son bras, il avait la jolie Ethel Archback;
celle-ci avait en main un splendide bouquet, et, se jetant presque au
cou de Lady Howber:
--Vous savez, nous sommes engagés! Et, rayonnante d’orgueil, elle levait
les yeux vers son Johnnie, qui était assez content de lui-même à ce
moment-là!
--Vraiment, dit lentement Lady Howber, _how delightful!_ Et, s’adressant
à Johnnie, pendant que la petite fiancée écoutait, surprise, elle lui
conta comment elle avait dû changer ses gants au Drawing-Room.
Puisque la bêtise était faite, Johnnie Vere s’est résigné à épouser;
après tout, on se retrouve dans la vie.
Surtout quand on se cherche!