II

Syringa Cottage est une délicieuse habitation; le ménage qui l’habite

l’a acheté, meublé, organisé à la seule fin de le louer la semaine

d’Ascot et d’être logé à bénéfice le reste de l’année. Tout est

ridiculement bourré de bibelots, de porcelaines; il y a des assiettes

accrochées dans les coins les plus inaccessibles, des pelotes à

l’infini, des toilettes qui sont submergées par des nœuds roses, des

oiseaux peints sur toutes les portes, des nattes blanches le long des

corridors, des portières à profusion et une abondance de vaisselle et de

verrerie dans un goût d’élégance moderne très-raffiné, tout cela se paye

et se paye bien; du reste, Syringa Cottage est une maison de bonne

taille; sous son toit de chaume, il y a quinze lits de maître, grâce à

une quantité de bow-windows ajoutées après coup, mais qui sont de

l’effet le plus agréable; une vérandah entoure le rez-de-chaussée; cette

vérandah, tout enjolivée de plantes grimpantes, toute parfumée, est la

plus jolie chose du monde: on y a multiplié les fauteuils d’osier, les

petites tables, les paravents qui gardent des courants d’air: deux

superbes perroquets, qui ajoutent au décor et se louent avec le reste, y

ont leur perchoir, étalent à la lumière leurs belles plumes blanches et

leur crête d’or; d’un bout de l’année à l’autre, les heureux

propriétaires de ce joli nid projettent et exécutent des

embellissements, et les font payer à leurs non moins heureux locataires

d’une quinzaine.

Le _house-party_ de Lady Gwendoline Vancouver était fort élégant. Sa

mère, la duchesse de Riven, avec une de ses sœurs non mariée, Lady

Gladys, deux ménages jeunes, élégants et fashionables. Un médecin de la

médecine de l’avenir, dont chacun raffole; trois officiers dans les

guards, ce qu’il y a de mieux dans le genre, et son oncle Lord Arthur

Deburn, vieux beau militant dont les conquêtes ont été innombrables, et

qui, mari adoré, n’en est que plus aimé après chaque infidélité notoire.

Lady Arthur passe sa vie à la campagne à élever sa jeune famille, car

elle a une jeune famille. Jamais homme n’a été plus sûr d’être aimé pour

lui-même que Lord Arthur; sa plus brillante situation financière

correspond à un billet de dix livres; il a, depuis longtemps, mangé

jusqu’au dernier penny de sa légitime, et sans le duc de Riven serait à

la mendicité, ce qui le gênerait médiocrement, ayant eu toute sa vie ce

qu’il y a de meilleur en tout, sans jamais songer à payer. Comme il

était de bonne compagnie on l’invitait toujours, et Lady Gwendoline

traitait son oncle en vieil enfant gâté et le gâtait plus que les

autres.

Ce fut dans ce petit paradis terrestre que Lady Charles Berner débarqua,

ravie des plaisirs en perspective d’une «Ascot-week».

Dès le premier soir, elle vit qu’on s’amusait; une bonne humeur extrême

présida au dîner. Bonne chère, bons vins, belles fleurs, élégance,

gaieté: tout y était. M. Vancouver, ayant gagné quatre mille livres au

derby, se montra généreux comme Sardanapale. On y discuta les mérites

d’_Angora_, de _Queen of the Night_, de _Tipsy_, de _Lady Mary Harber_.

Lady Gwendoline a engagé des paris, et _Typsy_ était son favori pour le

Cup, tandis que M. Vancouver backait _Queen of the Night_. Lady Charles

fut immédiatement prise dans l’engrenage; elle qui, un an auparavant,

parlait avec horreur des paris aux courses, elle s’y engagea sans le

moindre remords et sans la moindre arrière-pensée. De plus, elle écouta

les galanteries assez soulignées de Lord Arthur Deburn; et de fait,

pourquoi se scandaliser de ce qu’un homme qui n’est plus jeune, car il

ne l’est manifestement plus avec sa tête chauve et sa moustache blanche,

vous trouve agréable? Mais, sous ses sourcils gris, il a encore un œil

bleu plein de vie, et cette moustache cache des dents bien rangées qui

semblent pleines de promesses. Lady Charles était enchantée; elle

jouissait de son triomphe et en devenait plus gaie, plus aimable, plus

épanouie, et l’on trouvait que, pour une _poor thing_, qui toute sa vie

a été enfermée à la campagne, elle n’était pas ennuyeuse du tout.

Elle dormit mal et se leva reposée.

Mylord et Mylady · 第 22 / 63 题