--Que va faire mon fils? pensait le comte, épouser cette fille? non,
cette idée chez lui ne peut être sérieuse; d’ailleurs, que peut-il
espérer? La misère me le ramènera bientôt; je lui donne, voyons... deux
mois pour être dégoûté de sa maîtresse, deux autres mois pour épuiser
toutes ses ressources, un mois en combats d’amour-propre, total cinq
mois.
Mademoiselle Henriette est fille de sens, certainement elle saura
prendre patience, Max n’est pas perdu pour elle, les difficultés
vaincues seront un charme de plus.
Cette dernière idée décida le comte de Tressang.
--Je ne dois point perdre la tête, dit-il, c’est sur moi que repose
toute cette affaire. Max s’enfuit, mademoiselle de Chevonceux est au
désespoir, la vieille marquise a la tête perdue.
C’est bien de la besogne pour moi.
Et il se transporta, la figure toute soucieuse, chez la marquise de
Chevonceux.
Henriette l’accueillit avec bonheur, elle allait donc enfin savoir la
vérité.
Le comte ne cacha rien.
Mais, en même temps, il releva toutes les espérances
d’Henriette.--Plaignez-le, disait le comte à la jeune fille, mais ne lui
retirez pas votre affection, il vous reviendra repentant.
Et Henriette espérait encore.