Louise revenait à la vie, avec le bonheur. Après de si cruelles épreuves
renaissait la santé.
Max avait utilisé les ressources dont il pouvait disposer encore et
avait acheté le mobilier nécessaire à un jeune ménage; aidé de Clodomir
dont le cœur s’intéressait à une femme jadis aimée, dont un instant
il avait voulu faire la sienne, le vicomte ne tomba point dans des
dépenses inutiles.
En peu de jours tout fut prêt et Louise put s’installer dans le nouvel
appartement, près de la rue de Fleurus. Max, en attendant son mariage,
avait loué un petit cabinet à deux pas.
--Je vais, dit-il à Clodomir, me trouver un emploi qui nous permette de
vivre, et aussitôt je me marie.
--Que cela ne t’arrête pas, avait dit Clodomir, tout en faisant les
démarches nécessaires pour ton mariage, rien ne t’empêche de chercher ce
que tu désires; puis, remarque bien ceci, à la certitude de ton mariage,
la colère de ton père cédera, hâte-toi donc.
Max suivit ce conseil.
Trois jours après, le comte de Tressang, qui avait déclaré formellement
refuser tout consentement à ce mariage, recevait de son fils une
première sommation respectueuse.
Au premier mot de cet acte que prononça le notaire, le comte entra dans
une fureur insensée.
--Jamais, s’écria-t-il, jamais, je l’empêcherai.
Et comme le notaire lui expliquait que rien au monde ne pouvait empêcher
Max, Français et majeur, d’user de son droit, le comte, en grand
seigneur qu’il était, menaça l’officier ministériel de le faire jeter
dehors.
Mais le notaire expliqua si bien et en si peu de mots, à son noble
client, tout le désagrément qui pouvait résulter de cet acte de
violence, que le comte, réduit à dévorer sa colère, s’en prit à tous les
objets de son cabinet, et réduisit en moins de rien, en morceaux, pour
plus de trois mille francs de coûteuses fantaisies, amassées jadis avec
amour.
--Et dire, s’écriait-il, après le départ du notaire, qu’il n’y a plus de
Bastille, de lettres de cachet ni de For-l’Évêque! Avec quelle facilité
j’eusse fait enfermer monsieur mon fils, et fait périr cette fille de
rien dans un cul de basse-fosse!
Oh! la révolution! la révolution! qui nous a tout enlevé, tout, tout!
Et le comte, épuisé, se laissa tomber dans son fauteuil.
Une deuxième sommation suivit la première.
Le comte protestait toujours.
Enfin une troisième...
Enfin Max envoya à toutes ses connaissances une lettre de faire part
ainsi conçue:
«Monsieur le vicomte Gustave-Adolphe-Maxime de Tressang a l’honneur de
vous faire part de son mariage avec mademoiselle Louise Blain.»
Max s’était marié à Saint-Étienne-du-Mont, à six heures du matin.
Deux de ses amis d’autrefois lui avaient servi de témoins; pour ce
jour-là Clodomir avait disparu.
Ce jour-là le comte faillit mourir d’une attaque d’apoplexie.
La hardiesse de Max, son mépris du qu’en-dira-t’on, le sauvèrent; son
mariage fut un éclat, un scandale, mais le ridicule ne l’atteignait
pas.