XXVII

Louise revenait à la vie, avec le bonheur. Après de si cruelles épreuves

renaissait la santé.

Max avait utilisé les ressources dont il pouvait disposer encore et

avait acheté le mobilier nécessaire à un jeune ménage; aidé de Clodomir

dont le cœur s’intéressait à une femme jadis aimée, dont un instant

il avait voulu faire la sienne, le vicomte ne tomba point dans des

dépenses inutiles.

En peu de jours tout fut prêt et Louise put s’installer dans le nouvel

appartement, près de la rue de Fleurus. Max, en attendant son mariage,

avait loué un petit cabinet à deux pas.

--Je vais, dit-il à Clodomir, me trouver un emploi qui nous permette de

vivre, et aussitôt je me marie.

--Que cela ne t’arrête pas, avait dit Clodomir, tout en faisant les

démarches nécessaires pour ton mariage, rien ne t’empêche de chercher ce

que tu désires; puis, remarque bien ceci, à la certitude de ton mariage,

la colère de ton père cédera, hâte-toi donc.

Max suivit ce conseil.

Trois jours après, le comte de Tressang, qui avait déclaré formellement

refuser tout consentement à ce mariage, recevait de son fils une

première sommation respectueuse.

Au premier mot de cet acte que prononça le notaire, le comte entra dans

une fureur insensée.

--Jamais, s’écria-t-il, jamais, je l’empêcherai.

Et comme le notaire lui expliquait que rien au monde ne pouvait empêcher

Max, Français et majeur, d’user de son droit, le comte, en grand

seigneur qu’il était, menaça l’officier ministériel de le faire jeter

dehors.

Mais le notaire expliqua si bien et en si peu de mots, à son noble

client, tout le désagrément qui pouvait résulter de cet acte de

violence, que le comte, réduit à dévorer sa colère, s’en prit à tous les

objets de son cabinet, et réduisit en moins de rien, en morceaux, pour

plus de trois mille francs de coûteuses fantaisies, amassées jadis avec

amour.

--Et dire, s’écriait-il, après le départ du notaire, qu’il n’y a plus de

Bastille, de lettres de cachet ni de For-l’Évêque! Avec quelle facilité

j’eusse fait enfermer monsieur mon fils, et fait périr cette fille de

rien dans un cul de basse-fosse!

Oh! la révolution! la révolution! qui nous a tout enlevé, tout, tout!

Et le comte, épuisé, se laissa tomber dans son fauteuil.

Une deuxième sommation suivit la première.

Le comte protestait toujours.

Enfin une troisième...

Enfin Max envoya à toutes ses connaissances une lettre de faire part

ainsi conçue:

«Monsieur le vicomte Gustave-Adolphe-Maxime de Tressang a l’honneur de

vous faire part de son mariage avec mademoiselle Louise Blain.»

Max s’était marié à Saint-Étienne-du-Mont, à six heures du matin.

Deux de ses amis d’autrefois lui avaient servi de témoins; pour ce

jour-là Clodomir avait disparu.

Ce jour-là le comte faillit mourir d’une attaque d’apoplexie.

La hardiesse de Max, son mépris du qu’en-dira-t’on, le sauvèrent; son

mariage fut un éclat, un scandale, mais le ridicule ne l’atteignait

pas.

Le petit vieux des Batignolles · 第 86 / 120 题