Les domestiques de l’hôtel de Tressang ignoraient complétement ce qui
s’était passé entre le père et le fils; le lendemain matin le comte, en
apprenant le départ de son fils, feignit une profonde surprise, mais
néanmoins laissa entendre à son valet de chambre que Max était parti
pour ses terres de Bourgogne.
Tout fut donc pour le mieux durant quelques jours.
Mais la livrée est indiscrète, la livrée veut savoir ce que cache le
maître, la livrée ne prend pas toujours pour vrai ce qu’on veut bien lui
dire et devine souvent.
Des circonstances furent rapprochées; l’arrivée de Clodomir, son
insistance, un nom de femme prononcé très-haut, entendu par le groom du
vicomte, quelques paroles recueillies auparavant par les valets qui
servaient à table, le bruit d’une discussion violente qui était arrivée
aux oreilles de la lingère.
La vérité fut à peu près connue, le reste deviné; de maison en maison,
le bruit du départ de Max arriva aux oreilles d’Henriette, qui
commençait à trouver au moins singulière l’absence prolongée de Max.
Mademoiselle de Chevonceux entra d’abord dans une horrible colère dont
la pauvre marquise eut à supporter tout le poids; puis elle se livra au
désespoir, désespoir si violent qu’elle ne songea même pas au ridicule,
qu’elle oublia que ce désespoir faisait la joie de tous ses ennemis, et
Dieu sait si elle en avait!
Pour la première fois de sa vie, la riche héritière connut un véritable
malheur; la mort lui paraissait le seul refuge digne d’elle et de sa
douleur, d’autres fois elle songeait à aller finir ses jours dans un
couvent.
Quant à la marquise, elle avait consigné sa porte à tout le monde.