J'sy faict mention au Chapitre precedent, mais fort succinctement, de la
manière que sont amenez & receus entre les Montagnais, leurs prisonniers
de guerre, dont ils sont en quelque chose differents des autres nations
qui ne donnent point tant de part aux femmes en leurs victoires, estans
d'ailleurs assez satisfaictes au repos de leur mesnages & à la douceur,
à quoy il semble que nos Huronnes soient enclinés & moins interessées en
ces actions de guerre que les errantes.
Nostre Frere Gervais m'a appris, que comme il fut envoyé par le R. P.
Joseph le Caron Supérieur de nostre Convent de Kebec dans une barque,
avec le R. P. Lallemand Jesuite, pour les trois Rivieres, à dessein
d'apprendre des Hurons (qui s'y devoient trouver) des nouvelles de
nostre Pere Joseph de la Roche, qui estoit dans leur pais, & d'y monter
s'il eust esté necessaire pour son secours. Estans là arriverent sur le
soir trois canots de jeunes Montagnais, volontiers qui malgré leurs
parens & Capitaines estoient partis pour la guerre contre les Hiroquois,
pour y mourir, ou pour en ramener des prisonniers, comme ils firent.
Il dit qu'ils venoient chantans tout de bout dans leurs canots, comme
personnes fort contantes & joyeuses & que de loin qu'on les apperceut &
qu'on pû discerner leur chant & leur posture, on jugea à leur mine,
qu'ils venoient de le guerre, & qu'asseurement, ils avoient autant de
prionniers, comme ils repetoient de sons à la fin de chacun couplet de
leur chanson la sillabe ho, ce qui fut trouvé véritable, car ils la
repetoient deux fois, aussi avoient ils deux prisonniers.
Ils en font de mesme quand ils ne rapportent ue les testes de leurs
ennemis, ou leurs perruques escorchées, lesquelles ils attachent chacune
au bout d'un long bois, arrangez sur le devant de leurs canots, pour
faire voir leur prouesse & la victoire obtenue sur leurs ennemis à ceux
qui leur doivent une honorable reception pour ces exploicts.
Le bon Frere Gervais, desireux de voir ces prisonniers de plus prés &
sonder si pourroit obtenir leur delivrance, se fist conduire à terre
avec le R. P. Lallemand, & de là entrèrent dans les cabanes, pour voir
ces pauvres prisonniers, qu'ils trouverent chez un Sauvage, nommé Mecabo
ou Martin par les François, qui nous estoit grand amy.
Son gendre appellé Napagabiscou, & par les François Trigatin, fils d'un
père nommé Neptegaté, c'est à dire homme qui n'a qu'une jambe, non qu'il
fut boiteux, mais estoit son nom de naissance. Ce Napagabiscou estoit
Capitaine des sept autres barbares, qui l'avoient accompagné à la guerre
centre les Hiroquois, d'où ils avoient amenez ses deux prisonniers,
lesquels ils avoient surpris occupés à la pesche du Castor en une
Riviere autour de leur village ou bourgade.
Ces pauvres esclaves, l'un aagé d'environ 25 ans, & l'autre de 15 à
seize, estoient assis à platte terre proche de ce Capitaine
Napagabiscou, festinans en compagnie de plusieurs autres Sauvages, d'une
pleine chaudière de pois cuits, & de la chair d'Eslan, avec la mesme
gayeté & liberté que les autres, du moins en faisoient ils le semblant,
pour n'estre estimez poltrons ou avoir peur des tourmens, desquels ils
avoient des-ja eu le premier appareil, capable de pouvoir tirer des
larmes de personnes moins constantes, car pour moindre mal, nous crions
bien à l'ayde.
Le bon Frere dit, qu'on leur avoit des-ja arraché les ongles de tous les
doigts des mains, puis bruslé le dessus avec de la cendre chaude,
ordinairement meslée de sable bruslant, pour en estancher le sang. L'un
d'eux avoit aussi esté tres-bien battu par une femme Montagnaise, qui
luy mordit le bras, dont elle mangea une grande piece, disant: que
c'estoit en vengeance de la mort de son fils, qui avoit esté pris &
mangé en leur païs.
Ils avoient aussi esté tres-bien battus en les prenais & part les
chemins dont ils estoient presque tout brisez de coups, particulierement
le plus jeune, qui ne pouvoit quasi marcher d'un coup de massue qu'il
avoit receu sur les reins, sans que cela l'empechast de la mine gaye &
joyeuse, & de chanter avec son compagnon, mille brocards & imprecations
à l'encontre de Napagabiscou, & de toutes les Nations Montagnaises,&
Algomequines, qui ne se faschoient nullement d'entendre un si fascheux
ramage, telle estans leur coustume, qui seroit meritoire si elle estoit
observée pour Dieu, ou à cause de Dieu, mais le malheur est qu'il n'y a
rien que la seule vanité qui les porte d'estre estimé inesbranlable pour
les injures, & pleins de courage dans les tourmens.
Il y a une autre raison qui ayde encore à leur constance & fermeté,
c'est qu'en faisant voir un si grand mespris des injures & des tourmens,
ils croyent intimider ceux qui leur font souffrir; & que si facillement
ils n'oseront plus aller à là guerre contre une Nation si belliqueuse &
constante, & que ce sera assez pour eux de se tenir doresnavant sur leur
garde, peur qu'on ne vienne venger sur leurs testes, la mort de ces
pauvres patiens, & que s'ils se monstroient timides & effeminez, ou
pleuroient pour les tourmens, on retourneroit librement en leur pays
pour attraper de ses femmes, ainsi appellent ils les hommes impatiens &
sans courage.
Le festin estant finy, l'on les mena en une autre grande cabane, où
quantité de jeunes filles, & garçons se trouverent pour la dance qu'ils
firent à leur mode, dont les deux prisonniers estoient au milieu qui
leur servoient de chantres pendant que les autres dançoient autour
d'eux, si eschauffez qu'ils suoient de toutes parts.
Leurs postures & leurs grimasses sembloient de Demons. Ils frappoient du
tallon en terre de telle force que le bruit en retentissoit par tout,
car c'est leur mode de se demener fort, particulierement les jeunes
hommes, qui n'avoient pour tout habit qu'un petit brayer devant leur
nature.
Les filles estoient un peu plus decemment couvertes, & plus modestes en
leurs actions, car en dançans elles avoient les yeux baissez, & les deux
bras le long de leurs cuisses estendus, comme est leur coustume, & non
point des Huronnes. Je m'oubliois de parler des violons ou instrumens
musicaux, au son desquels, & des chansons des deux chantres, tout le
bransle alloit, & se remuoit à la cadence, c'estoit une grande escaille
de tortuë, & une façon de tambour de la grandeur d'un tambour de basque,
composé d'un cercle large de trois ou quatre doigts, & de deux peaux
roidement estenduës de part & d'autre, dans quoy estoient des grains de
bled d'Inde, ou petits caillous pour faire plus de bruit: le diamettre
des plus grands tambours est de deux palmes ou environ, ils le nomment
en Montagnais Chichigouan; ils ne le battent pas comme on faict par deça
mais ils le tournent & remuent, pour faire bruire les caillous qui sont
dedans, & en frappent la terre tantost du bord, tantost quasi du plat,
pendant que tout le monde dance.
Voyla tout ce qui est des instrumens musicaux du pays, sinon qu'il se
trouva quelques petits garçons assis au milieu de la dance auprés des
prisonniers, qui frappoient avec des petits bastons sur des escuelles
d'escorces à la cadance des autres instrumens pour servir de basses.
Mais quand aux chansons elles estoient de divers airs, & au bout de
chacun les chantres crioient tousjours, ho, ho, ho, & les danceurs, hé,
hé, hé, & quelquesfois ché, ché, ché. Et puis tous ensemble à la fin de
chaque chanson la voix, ho, ho, coué, coué, roulloit tousjours.
Nostre bon Frere Gervais ayant veu toutes ces ceremonies, fut à la fin
contrainct sorti de la cabane avant que tout fut achevé, tant pour
l'excessive chaleur, que pour la quantité de poudre qui lui offusquoit
les yeux.
Le Magicien ou principal Jongleur qu'ils appellent Manitousiou, nom
commun à tous leurs Sorciers, fut à la fin fort bien recompensé de
plusieurs des danceurs qui luy donnerent, qui un castor, qui une peur de
loutre, une robe de chien, de laquelle il fit grand estat, puis une de
castors, & une autre d'ours dans l'excellence, voyla comme il fut
grandement bien sallarié & payé, jusques à la valeur de six ou sept
robes de castors, qui vaudroient en France plus de quatre-vingts escus,
au prix que l'on les y achepte.
Tout cecy n'est pas la fin des mysteres de nos pauvres prisonniers, ils
ont encores bien des tours à faire avant que de voir la fin de leur
tragedie, les barbares ne sont pas si fort empressez que de vouloir
vuider si tost une affaire où ils trouvent tant soit peu de recreation,
ou sujet de festiner, le ris, & la cuisine leur est trop recommandable,
& la punition de leurs ennemis trop precieuse pour en demeurer là, &
s'arrester à si beau jeu, il faut que la feste soit faict entière, & que
chacun reste content, qui n'est jamais pendant qu'il y a de quoy, j'en
parle comme sçavant, & non pas à la maniere d'un certain Baron, lequel
en voulant donner à garder à tout plein de personnes de qualité, avec
lesquels nous disnions de compagnie chez son Rapporteur, car comme on
fut à la fin du second, il commença à discourir, d'un prétendu voyage
qu'il avoit fait parmy les Sauvages du Canada, (nottez il n'y avoit
jamais esté) & entre autre chose il s'estendit fort sur la deduction
d'un festin que les Barbares luy firent (à son dire) à l'entrée du pays,
je le laissay dans ses gayes humeurs jusques à la fin que je luy
demanday, Monsieur ou ses pauvres Sauvages avoient ils emprunté la
vaisselle, à cela point de response, mon pauvre Gentilhomme demeura
muet, & confessa qu'il ne me croyoit, pas si prés.
La dance finie, l'on mena les prisonniers à la cabane de Napagabiscou,
ou estoit preparé le souper que Macabo son beau pere luy vouloit faire
pour son heureux retour, F. Gervais qui se trouva là present en fut
prié, & ne s'en pû excuser, pour ce que comme ce bon Macabo l'aymoit
comme son petit fils (ainsi l'appelloit-il) c'eust esté l'offencer que
de l'éconduire, car ces bonnes gens là ne considerent pas le degoust que
l'on a de leurs sauces, il faut tout prendre en gré, & tesmoigner le
mieux que l'on peut, qu'on est fort leur obligé, d'avoir part à leur
bonne chère, & à leur amitié, en vérité plus sincere que celle de la
pluspart des Chrestiens, ausquels il n'y a à present, que tromperie,
mensonge, & dissimulation, jusques aux maisons qui semblent les plus
sainctes, cela n'est que trop averé & cognu, au grand regret de tous les
gens de bien, & des ames vrayement devotes & candides.
Ce festin estoit composé d'un reste de chair d'eslan de son Hyver passé,
moisie & seiche comme du bresil, qu'on mit dans la chaudière sans la
laver ny nettoyer, avec des oeufs de canars si vieux & pourris que les
petits y estoient tout formez, & partant fort mauvais. On y adjousta
encore des poissons entiers sans estre habillez, puis des pois, des
prunes, & du bled d'Inde, qu'on fit bouillir dans une grande chaudiere,
brouillé & remué le tout ensemble avec un grand aviron.
Je vous laisse à penser quel goust, & quelle couleur pouvoit avoir ce
beau potage, & s'il fut pas necessaire à ce Bon Religieux de se
surmonter soy mesme pour gouster d'une telle viande, de laquelle il
mangea neantmoins un peu, pour ne pouvoir plus. Apres quoy il pria pour
la delivrance des prisonniers qu'il voyoit fort jeunes & affamez, sans
qu'ils tesmoignassent aucun ressentiment de leur capture, non plus que
s'ils eussent esté en pleine liberté. Et pour ce remonstra à tous les
Sauvages là assemblez, que puis que ces pauvres Hiroquois ne leur
avoient faict aucun desplaisir, il n'estoit pas raisonnable de les faire
mourir ny traicter comme ennemis, veu mesme leur jeunesse, & qu'ils
avoient esté pris en peschant, & non point en combatant.
A cela ils luy respondirent qu'il ny avoit ny paix ny tresve entr'eux, &
les Hiroquois, mais une guerre continuelle, qui leur permettoit d'user
de toutes sortes de rigueurs à l'endroit de ceux qu'ils pouvoient
attraper, & qu'au cas pareil les Hiroquois usoient des mesmes cruautez
envers ceux de leur Nation qu'ils pouvoient prendre, & partant qu'il ne
seroit pas raisonnable de laisser aller ces deux prionniers sans
chastiment, qui portast moins que la mort, sinon qu'ils voulussent
passer pour gens effeminez, & de peu de courage, qui ne sçavoient
chastier leurs ennemis, & ainsi furent condamnez ces deux pauvres
prisonniers à mourir devant toutes les Nations assemblées pour la
traite, sans que les prieres de nostre Frère peussent rien obtenir pour
eux qu'une prolongation de quelques jours, que le sieur de Champlain,
avec le reste des Capitaines Montagnais devoient se rendre à la traite.
Le lendemain du festin, nous prismes le devant, & fismes voiles pour le
Cap de Victoire, dit le bon Frère Gervais, & ne leur fut possible de
passer l'entrée du lac sainct Pierre, à cause d'un vent contraire
jusques au jour suivant qu'ils furent jusques au milieu avec un vent
assez favorable, mais qui changea soudain en un contraire, qui les
obligea de ranger la terre, & mouiller l'anchre le travers d'une petite
rivière qui vient du costé du Sud, où desja estoient à l'abry plusieurs
canots Sauvages attendans le beau temps pour le mesme voyage.
Le vent s'estant changé en un favorable, nos gens leverent l'anchre,
partirent sur les deux heures après minuit, & advancerent jusques au
bout du lac, & le lendemain matin apres un petit different survenu entre
les mariniers pour le chemin, à cause qu'il y a plusieurs petites Isles
entrecouppées de diverses petites rivieres qui entrent dans le lac, &
rendent le pays beau à merveille, ils arriverent à la traite, sur le
bord du grand fleuve devant la riviere des Ignierhonons, où quantité de
Barbares estoient desja cabanez attendans nos Montagnais des trois
rivieres, avec les Hurons qui n'estoient point encores descendus.
Sur le soir du mesme jour, les prisonniers arriverent lesquels furent
gardez, liez & garottez, l'espace de deux où trois jours dans la cabane
de leur hoste, pendant lequel temps le sieur Champlain arriva de Kebec,
dans le canot du Capitaine Mahican-Atic, avec son frère, & deux autres
Capitaines dans un autre canot. Tous les François, & plusieurs Sauvages
se resjouyrent fort de leur venue, sous l'esperance qu'ils pourroient
obtenir la delivrance des prisonniers, laquelle le Frère Gervais n'avoit
pû obtenir, mais il s'y presenta tant d'obstacles, qu'après que ledit
sieur de Champlain eut bien debatu pour ce bon oeuvre, un Capitaine
Algoumequin mesprisant ses conseils, luy dit: Tu veux que l'on delivre
ces gens là qui sont nos ennemis, & je ne le veux pas moy qui suis
Capitaine, il y a trop long temps que je mange maigre, je veux manger
gras, particulièrement, de la chair des Hiroquois, de laquelle j'ay
grande envie & partant deporte toy de tes poursuittes, & nous laisse
faire justice de nos ennemis, car nous ne nous meslons point de tes
affaires.
Puis sur le soir un Capitaine Montagnais nommé Chimeouriniou autrement
par les François le meurtrier, couppa les cordes aux deux prisonniers,
pensant les faire evader, mais il ne pu. On ne sçait par quel instinct,
ny quel sujet le mouvoit à ce faire, sinon qu'il eut mieux aymé leur
donner liberté, qu'ayant eu la peine de les amener, un autre eut la
gloire de les delivrer, car ils sont sur tout ambitieux d'honneur, &
envieux qu'un autre leur empiète. Le sieur de Champlain resta fort
mescontant de cette action du Montagnais & avec raison, car il avoit un
tres-bon dessein en la poursuite de cette delivrance pour laquelle il
estoit venu exprés de Kebec, pour ce que comme il est croyable, il n'y
avoit pas plus beau moyen pour traiter de paix avec les Hiroquois qu'en
delivrant leurs prisonniers par le moyen des François.
Ce que consideré par plusieurs Capitaines Sauvages, ils tindrent divers
conseils, où assisterent tousjours le sieur de Champlain, & quelqu'uns
des principaux François, où aprés plusieurs contestations il fut resolu
que l'un des deux prisonniers seroit renvoyé en son pays accompagné de
deux Montagnais, & de quelques François, si aucun se presentoit, pour
traitter de paix, par le moyen de ce prisonnier, pendant que l'autre
demeureroit pour ostage jusque à leur retour à Kebec.
Cet arrest consola merveilleusement tous les Sauvages portez à la paix,
& en remerciement le sieur de Champlain, advouant qu'il estoit un grand
Capitaine, digne de sa charge & de son bon jugement, marris que depuis
vingt Hyvers qu'il hantoit avec eux, il ne s'estoit point estudié à leur
langue pour pouvoir jouyr de ses conseils, & se communiquer avec eux par
soy mesme, & non par Truchemens, qui souvent ne rapportent pas
fidellement les choses qu'on leur dit, ou par ignorance, ou par mespris,
qui est une chose fort dangereuse, & de laquelle on en a souvent veu
arriver de grands accidens. J'ay dit vingt Hyvers pour vingt années,
c'est la façon de parler des Montagnais, lesquels voulans dire, quel
aage as tu, disent combien d'Hyvers as tu passé, de mesme au lieu que
nous dirions deux jours, trois jours, ils, disent deux nuicts, trois
nuicts, comptans par les nuicts au lieu que nous comptons par les jours.
Sur l'esperance d'une paix prochaine que nos Sauvages se promettoienr de
cest Ambassade, ils ordonnerent des dances, des festins, & divers petits
jeus, en quoy ils se firent admirer par les François qui y prenoient un
singulier plaisir, nommément la jeunesse. Mais comme on estoit occupé à
ces esbats voicy arriver une double chalouppe de Gaspey conduitte par
des François qui donnerent advis au sieur de Champlain, de l'arrivée du
sieur du Pont, & de son petit fils le sieur Desmarets à Kebec, mais que
le Navire du R. P. Noirot Jesuite ne paroissoit point, & faisoit douter
de quelque naufrage, ou mauvaise rencontre, neantmoins qu'il leur estoit
arrivé des vivres deschargez à Gaspey, & qu'il estoit necessaire que le
R. Pere Lallemant descendit à Kebec, pour les envoyer querir au
plustost.
A ces nouvelles on advisa d'envoyer promptement les prisonniers
Hiroquois, le Capitaine Ckimeouriniou, un autre Montagnais, nommé par
les François Maistre Simon, un Hiroquois de Nation, lequel ayant esté
pris fort jeune, donné à une femme vefve qui l'adopta pour son fils, est
toujours demeuré depuis en leur pays, & affectionné à ce party. Ils
demanderent d'estre assistés de quelques François, par une prudence
politique, que s'il venoit faute d'eux, & des François, tous les autres
François fussent obligez par honneur de se joindre à eux, & prendre
vengeance de leurs hommes contre les Hiroquois en quoy ils se pouvoient
tromper, car on n'est pas si eschauffez icy que de prendre part dans les
interests de ces pauvres gens, sinon par ceremonie, ou pour quelque
profit.
Le Frere Gervais m'a dit qu'il eut bien desiré d'y aller, & se fut
volontiers offert s'il eut esté en lieu pour en avoir l'obedience, & par
permission du R. Père Joseph, mais qu'en estant trop esloigné, il luy en
resta seulement le desir & la bonne volonté d'y aller hasarder sa vie
pour Dieu, & y cognoistre le pays.
Plusieurs François s'offrirent bien d'y aller, mais avec des conditions
si desadvantageuses qu'on les esconduit tous, excepté un nommé Pierre
Magnan, lequel, prodigue de sa vie contre l'advis de ses amis se mist en
chemin avec le prisonnier, & les trois Montagnais moyennant douze escus
qu'on luy devoit donner à son retour, avec tout le profit de ses
castors, qui estoit assez peu pour un si périlleux voyage, qui en effet
leur fut funeste & malheureux, car ils y furent tous quatre
miserablement, condamnez à mourir, puis mangez par les Hiroquois.
Le François estant d'accord pour son voyage, Chimeouriniou se disposa
aussi avec les autres pour partir, & asseura le sieur de Champlain, &
tous les autres François, & Barbares, que assurement ils reviendroient
dans vingt nuicts, & que s'ils en tardoient plus de vingt cinq, seroit
signe qu'ils seroient arrestez ou morts, ou tombez malades en chemin
puis partirent le jour de la saincte Magdelene pour le pays des
Hiroquois, & le Reverend Pere Lallemant, avec le sieur de Champlain pour
leur retour à Kebec, pendant que le Frère Gervais resta encore à la
traite pour un temps.
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_De la creance, Religion, ou superstitions des
Hurons, du Createur, & de sa mere grand. Des ames
des deffuncts, & des presens, & aumosnes qu'ils
font à leur intention. De certains esprits
ausquels ils ont recours, & des ames des chiens,
& choses inanimées._