Coriolis avait fini son tableau de la plage de Trouville. Le peintre
n'avait pas voulu seulement y montrer des costumes: il avait eu
l'ambition d'y peindre la femme du monde telle qu'elle s'exhibe au bord
de la mer, avec le piquant de sa tournure, la vive expression de sa
coquetterie, l'osé de son costume, le négligé de sa robe et de sa grâce,
l'espèce de déshabillé de toute sa personne. Il avait voulu fixer là,
dans ce cadre d'un pays de la mode, la physionomie de la Parisienne, le
type féminin du temps actuel, essayé d'y rassembler les figures
évaporées, frêles, légères, presque immatérielles de la vie factice, ces
petites créatures mondaines, pâles de nuits blanches, surmenées,
surexcitées, à demi mortes des fatigues d'un hiver, enragées à vivre
avec un rien de sang dans les veines et un de ces pouls de grande dame
qui ne battent plus que par complaisance. Les distinctions, les
lassitudes, les élégances, les maigreurs aristocratiques, les
raffinements de traits, ce qu'on pourrait appeler l'exquis et le suprême
de la femme délicate, il avait tâché de l'exprimer, de le dessiner dans
l'attitude, la nerveuse langueur, la minceur charmante, le caprice de
gestes, la distraction du sourire, l'errante pensée de plaisir ou
d'ennui de toutes ces femmes épanouies à l'air salin, au vent de la
côte, paresseuses et revivantes comme des plantes au soleil. De jolies
convalescentes au milieu des énergies de la nature,--c'était le
contraste qu'il avait cherché en faisant lever sous ses pinceaux, de
toutes ces marques de petits talons de Cendrillon semés sur la plage,
les figures qu'elles font rêver.
Le public ne vit rien de cette ambition de Coriolis dans son tableau
exposé chez un grand marchand de la rue Laffite.