Coriolis passait des heures dans l'atelier de Crescent.
Il ne pouvait s'empêcher d'envier cette facilité, le don de cet homme né
peintre, et qui semblait mis au monde uniquement pour faire cela: de la
peinture. Il admirait ce tempérament d'artiste plongé si profondément
dans son art, toujours heureux, et réjoui en lui-même chaque jour de
poser des tons fins sur la toile, sans que jamais il se glissât dans le
bonheur et l'application de son opération matérielle, une idée de
réputation, de gloire, d'argent, une préoccupation du public, du succès,
de l'opinion. Qu'il y eût toujours des motifs, des effets de soir et de
matin dans la campagne et des couleurs chez Desforges, c'était tout ce
que Crescent demandait. A le voir travailler sans inquiétude, sans
tâtonnement, sans fatigue, sans effort de volonté, on eût dit que le
tableau lui coulait de la main. Sa production avait l'abondance et la
régularité d'une fonction. Sa fécondité ressemblait au courant d'un
travail ouvrier.
Et véritablement, de la vie ouvrière, de l'ouvrier, l'homme et l'atelier
à première vue montraient le caractère.
L'atelier était une grange avec une planche portant à sept ou huit pieds
de haut des toiles retournées, trois chevalets en bois blanc, et
quelques faïences de village écornées.
L'homme était un homme trapu, à la forte tête encadrée dans une barbe
rousse, avec de gros yeux bleus, des yeux _voraces_, comme les avait
appelés un de ses amis. Il portait le pantalon de toile et les sabots du
paysan.