Bonaventure Baron (_Scot. Defens._, tome 9), démontre jusqu'à l'évidence
qu'elles ne supportent pas l'examen. Donc, pour mettre d'accord ces deux
Conciles, il faut dire que celui de Nicée a voulu parler d'une espèce
d'Anges, et celui de Latran d'une autre espèce: la première corporelle,
la seconde, au contraire, absolument incorporelle; et c'est ainsi que se
concilient deux Conciles autrement inconciliables.
_40. Præmittendum 2º., nomen Angeli esse nomen officii, non naturæ, ut
concorditer scribunt S. S. Patres: Ambros. in c. 1. _epist. ad Hebr._,
Hilarius, l. 5. _de Trin._, Augustinus, lib. 15. _de Civit. Dei._ c.
23., Gregorius, _Hom. 34. in Evang._, Isidorus, l. _de Sum. Bonit._, c.
12.; unde præclare ait D. Ambrosius: Angelus non ex eo quod est
spiritus, ex eo quod agit, Angelus, quia _Angelus_ Græce, Latine
_Nuntius_ dicitur; sequitur igitur ex hoc, quod illi, qui ad aliquod
ministerium a Deo mittuntur, sive spiritus sint, sive homines, Angeli
vocari possunt; et de facto ita vocantur in Scripturis Sacris: nam de
Sacerdotibus, Concionatoribus, ac Doctoribus, qui tanquam Nuntii Dei
explicant hominibus divinam voluntatem, dicitur, _Malach._ c. 2. v. 7.:
_Labia Sacerdotis custodient scientiam, et legem requirent ex ore ejus,
quia Angelus Domini exercituum est_. D. Joannes Baptista ab eodem
Propheta, c. 3. v. 1., vocatur Angelus, dum ait: _Ecce ego mitto Angelum
meum, et præparabit viam ante faciem meam._ Et hanc prophetiam esse ad
litteram de S. Joanne Baptista testatur Christus Dominus in _Evangelio
Matthæi_, 11., v. 10. Immo et ipse Deus, quia fuit missus a Patre in
mundum ad evangelizandum legem gratiæ, vocatur Angelus. Ita in prophetia
Isaiæ, c. 9. v. 6., juxta versionem Septuaginta: _Vocabitur nomen ejus
magni consilii Angelus_, et clarius in Malachiæ c. 3. v. 1.,: _Veniet ad
templum sanctum suum Dominator quem vos quæritis, et Angelus testamenti,
quem vos vultis_. Quæ prophetia ad litteram est de Christo Domino.
Sequitur igitur nullum absurdum sequi ex hoc, quod dicimus Angelos
quosdam esse corporeos, nam et homines, qui corpore constant, Angeli
vocabulo efferuntur._
40. En deuxième lieu, nous devons observer que le nom d'Ange ne
s'applique pas à la nature, mais à la fonction: là-dessus les Saints
Pères sont d'accord (S. Ambroise, sur l'_Épître aux Hébreux_; S.
Augustin, _Cité de Dieu_; S. Grégoire, _Homélie 34 sur les Évangiles_;
S. Isidore, _de la Suprême Bonté_). L'Ange, dit très-bien S. Ambroise,
n'est pas ainsi appelé pour sa qualité d'esprit, mais pour la fonction
qu'il remplit: Ἄγγελος en Grec, en Latin _Nuntius_, c'est-à-dire
_Envoyé_; d'où il résulte que ceux à qui Dieu confie quelque mission,
esprits ou hommes, peuvent recevoir la qualification d'Anges, et c'est
réellement ce qui a lieu dans les Saintes Écritures, où se lisent les
paroles suivantes appliquées aux Prêtres, aux Prédicateurs et aux
Docteurs qui, en qualité d'Envoyés de Dieu, expliquent aux hommes la
volonté divine (_Malachie_, chap. 2, v. 7): «_Les lèvres du prêtre
seront les dépositaires de la science, et c'est de sa bouche qu'on
recherchera la connaissance de la loi, parce qu'il est l'Ange du
Seigneur des armées_.» Le même prophète, chap. 3, v. 1, donne le nom
d'Ange à S. Jean-Baptiste, dans ce passage: «_Je vais vous envoyer mon
ange, qui préparera ma voie devant ma face._» Que cette prophétie se
rapporte à la lettre à S. Jean-Baptiste, c'est ce qu'atteste
Notre-Seigneur Jésus-Christ, _Evangile selon S. Mathieu_, 11, v. 10. Il
y a plus: Dieu lui-même est appelé Ange, parce qu'il a été envoyé par
son Père pour annoncer au monde la loi de grâce. Témoin la prophétie
d'Isaïe, chap. 9, v. 6, suivant la version des Septante: «_Il sera
appelé Ange de grand conseil._» Et plus clairement encore dans Malachie,
chap. 3, v. 1: «_Le Dominateur que vous cherchez, et l'Ange de
l'alliance si désiré de vous, viendra dans son temple_», prophétie qui
s'applique littéralement au Seigneur Christ. Il n'y a donc, de notre
part, aucune absurdité à dire que certains Anges sont corporels, puisque
ce nom d'Ange est donné à des hommes, qui, assurément, ont un corps.
_41. Præmittendum 3º., nondum rerum naturalium, quæ sunt in Mundo, satis
perspectam esse existentiam, aut naturam, ut proinde aliquid negandum
sit ex eo, quod de illo nunquam alias dictum, aut scriptum fuerit. Patet
enim tractu temporis detectas esse novas terras, quas Antiqui nostri
ignorarunt, novaque animalia, herbas, plantas, fructus, semina nunquam
alias visa; et si pervia esset Terra Australis incognita, cujus
indagatio, et lustratio a multis hucusque incassum tentata est, adhuc
nova nobis alia panderentur. Patet adhuc, quod per inventionem
Microscopii, et alias machinas, et organa Philosophiæ experimentales
modernæ, sicut etiam per exactiorem indaginem Anatomistarum, multarum
rerum naturalium existentiam, vires, naturamque tum innotuisse, tum
dietim innotescere, quæ præcedentes Philosophi ignorarunt, ut patet in
auro fulminante, phosphoro, et centum aliis chymicis experimentis,
circulatione sanguinis, venis lacteis, vasis lymphaticis, et aliis
hujusmodi quæ nuper Anatomistæ adinvenerunt. Proinde ineptum erit
aliquod exsibillare ex hoc quod de eo nullus Antiquorum scripserit,
attento maxime Logicorum axiomate, quod locus ab auctoritate negativa
non tenet._
41. En troisième lieu, il faut bien convenir que l'on n'a pas encore
assez scruté l'existence ni la nature des choses naturelles de ce monde,
pour qu'il soit permis de nier un fait, par cela seul que d'autres n'en
ont jamais rien dit ou écrit. N'est-il pas avéré que, dans le cours des
temps, de nouvelles terres ont été découvertes que nos Anciens avaient
ignorées? de même des animaux nouveaux, des herbes, des plantes, des
fruits, des semences que nulle part ailleurs on n'avait vus? Et si l'on
arrivait enfin à explorer cette mystérieuse Terre Australe, comme tant
de voyageurs l'ont vainement tenté jusqu'ici, combien de choses
nouvelles nous seraient encore révélées! N'est-ce pas aussi un fait
avéré que l'invention du Microscope et d'autres instruments employés par
la Philosophie expérimentale moderne, jointe aux procédés
d'investigation plus exacts des Anatomistes, a mis ou met tous les jours
en lumière l'existence, les propriétés, le caractère d'une foule de
choses naturelles inconnues aux anciens Philosophes, telles que l'or
fulminant, le phosphore, et cent autres compositions chimiques, la
circulation du sang, les veines lactées, les vases lymphatiques et
autres phénomènes semblables récemment découverts par les Anatomistes?
Persifler une doctrine parce qu'on n'en trouve mention dans aucun auteur
ancien, est donc chose inepte, surtout si l'on veut bien tenir compte de
cet axiome de Logique: _locus ab auctoritate negativa non tenet_.
_42. Præmittendum 4º., quod in Sacra Scriptura, et Ecclesiasticis
traditionibus non traditur nisi id, quod ad Animæ salutem necessarium
est, quoad credendum, sperandum et amandum; unde inferre non licet ex
eo, quod nec ex Scriptura, nec ex traditione aliquod habetur, proinde
negandum sit, quod illud tale existat: aut nos quidem Fides docet, Deum
per Verbum suum omnia creasse visibilia, et invisibilia; pariterque ex
Jesu Christi Domini nostri meritis tum gratiam, tum gloriam omni, et
cuivis rationali creaturæ conferri. Num autem alius Mundus a nostro,
quem incolimus, sit; et in eo alii homines non ab Adam prognati, sed
alio modo a Deo creati existant (sicut ponunt illi, qui lunarem globum
habitatum opinantur); pariterque num in hoc Mundo, quem incolimus, aliæ
existant creaturæ rationales ultra homines, et Spiritus Angelicos, quæ
regulariter hominibus sint invisibiles, et per accidens, et earum
executiva potentia fiant visibiles: hoc nullo modo spectat ad fidem, et
hoc scire, aut ignorare non est ad salutem hominis necessarium, sicut
nec scire rerum omnium physicarum numerum aut naturam._
42. En quatrième lieu, observons que la Sainte Écriture et les
traditions ecclésiastiques ne nous enseignent rien au delà de ce qui est
nécessaire au salut de l'âme, c'est-à-dire à la Foi, à l'Espérance et à
la Charité. Donc, de ce qu'une chose n'est constatée ni par l'Écriture,
ni par la tradition, il ne faut pas conclure que cette chose n'existe
pas. Par exemple, la Foi nous enseigne que Dieu, par son Verbe, a créé
des choses visibles et invisibles; et pareillement, que toute créature
raisonnable obtient personnellement la grâce et la gloire par les
mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Maintenant, qu'il existe un
Monde, autre que celui que nous habitons; que dans ce monde-là il y ait
des hommes non issus d'Adam, mais créés par Dieu de quelque autre
manière, comme le supposent ceux qui logent des habitants dans la lune;
ou encore, que dans ce Monde même que nous habitons, il y ait des
créatures raisonnables indépendamment des hommes et des Esprits
Angéliques, lesquelles créatures nous sont généralement invisibles et ne
se découvrent à l'homme que par accident, par un acte de leur propre
puissance: tout cela n'a rien à faire avec la Foi, et le savoir ou
l'ignorer n'est pas plus nécessaire au salut de l'homme, que de savoir
le nombre ou la nature de toutes les choses physiques.
_43. Præmittendum 5º., nullam inveniri repugnantiam, nec in Philosophia,
nec in Theologia, quod dari possint creaturæ rationales constantes
spiritu et corpore, aliæ ab homine, quia si esset repugnantia hoc esset
vel ex parte Dei (et hoc non quia ipse omnipotens est), vel ex parte rei
creabilis; et neque hoc, quia sicut creatura mere spiritualis, ut
Angeli, creata est, et mere materialis, ut Mundus, et partim
spiritualis, partim corporea, corporeitate terrestri, et crassa, ut
homo, ita creabilis est creatura constans spiritu rationali, et
corporeitate minus crassa, sed subtiliore, quam sit homo. Et profecto
post Resurrectionem Anima Beatorum erit unita corpori glorioso dote
subtilitatis donato: ut proinde concludi posset, potuisse Deum creare
creaturam rationalem corpoream, cui naturaliter indita sit corporis
subtilitas, sicut per gratiam corpori glorioso confertur._
43. En cinquième lieu, ni la Philosophie, ni la Théologie ne fournissent
aucune objection à cette donnée de créatures raisonnables ayant esprit
et corps, et distinctes de l'homme. L'objection, en effet, ne saurait
être qu'une impossibilité tirée soit de Dieu (ce qui est faux puisque
Dieu est tout-puissant); soit de la chose à créer, ce qui est faux
encore, car, de même qu'il existe des créatures purement spirituelles,
comme les Anges, ou purement matérielles, comme le Monde, ou enfin
moitié spirituelles, moitié corporelles, et d'une corporéité terrestre
et épaisse, comme l'homme, de même peut-on admettre une créature douée
d'un esprit raisonnable, et d'une corporéité moins épaisse et plus
subtile que l'homme. Il n'est pas douteux d'ailleurs qu'après la
Résurrection, l'âme des Bienheureux sera unie à un corps glorieux et
subtil: d'où il est permis de conclure que Dieu a pu créer un être
raisonnable et corporel, dont le corps est naturellement subtil comme le
corps glorieux transfiguré par la grâce.
_44. Astruitur autem magis talium creaturarum possibilitas ex solutione
argumentorum, quæ contra positam conclusionem fieri possunt, pariterque
ex responsione ad interrogationes, quæ possunt circa eam formari._
44. Mais, pour mieux établir la possibilité de ces créatures, nous
allons résoudre les arguments qu'on peut former contre notre conclusion
et répondre aux questions qu'elle soulève.
_45. Prima interrogatio est, an tales creaturæ dicendæ essent animalia
rationalia? Quod si sic, quomodo different ab homine, cum quo communem
haberent definitionem?_
45. Première question: ces créatures devraient-elles être appelées
animaux raisonnables? et dans l'affirmative, en quoi différeraient-elles
de l'homme, avec lequel cette définition leur serait commune?
_46. Respondeo quod essent animalia rationalia sensibus, et organis
corporis prædita, sicut homo: differrent autem ab homine non solum
ratione corporis tenuioris, sed etiam materiæ. Homo siquidem ex
crassiore elementorum omnium parte, puta ex luto, nempe aqua et terra
crassa formatus est, ut constat ex Scriptura, _Gen. 2._ v. 7.; ista vero
formata essent ex subtiliore parte omnium, aut unius, seu alterius
elementorum; ut proinde alia essent terrea, alia aquea, alia ærea, et
alia ignea, et ut eorum definitio cum hominis definitione non
conveniret, addendum esset definitioni hominis crassa materialitas sui
corporis, per quam a dictis animalibus differret._
46. Je réponds: oui, ce seraient des animaux raisonnables, munis de sens
et d'organes corporels, ainsi que l'homme; toutefois, elles
différeraient de l'homme, non-seulement par la nature plus subtile de
leur corps, mais par la matière. En effet, l'homme a été formé, comme le
constate l'Écriture, de la partie la plus épaisse de tous les éléments,
c'est-à-dire de boue, mélange épais d'eau et de terre: ces créatures, au
contraire, seraient formées de la partie la plus subtile de tous les
éléments, ou de l'un d'eux; ainsi les unes tiendraient de la terre, les
autres de l'eau, ou de l'air, ou du feu, et pour éviter de les définir
dans les mêmes termes que l'homme, il faudrait ajouter à la définition
de ce dernier la mention de la matérialité épaisse de son corps, par où
il différerait de ces créatures.
_47. Secunda interrogatio est, quandonam hujus modi animalia fuissent
condita, et num cum brutis producta a terra, aut ab aqua, ut
quadrupedia, et aves respective; an vero a Domino Deo formata, ut fuit
homo?_
47. Seconde question: A quelle époque faudrait-il assigner l'origine de
ces animaux, et seraient-ils le produit de la terre ou de l'eau, comme
les bêtes, quadrupèdes, oiseaux, etc.; ou, au contraire, auraient-ils
été créés, ainsi que l'homme, par le Seigneur Dieu?
_48. Respondeo quod de fide est, quod posito, quod existant de facto,
creata sint a principio Mundi: sic enim definitur a Concilia Lateranensi
(Firm. de Sum. Trinit. et Fide cathol.); nempe quod Deus sua omnipotenti
virtute simul ab initio temporis utramque de nihilo condidit creaturam,
spiritualem et corporalem. Sub illa etenim Creaturarum generalitate
etiam illa animalia essent comprehensa. Quo vero ad eorum formationem,
decuisse ipsorum corpus a Deo ministerio Angelorum formatum fuisse,
sicut a Deo formatum legimus corpus hominis, quia ipsi copulandus erat
spiritus immortalis, quandoquidem spiritus incorporeus, et proinde
nobilissimus corpori pariter originaliter nobiliori cæteris brutis
jungendus erat._
48. Je réponds: Il est de foi, et le Concile de Latran l'a expressément
défini, que tout ce qui existe de fait et actuellement, a été créé dès
le commencement du monde. Par sa vertu toute-puissante, Dieu a tiré
ensemble du néant, à l'origine des siècles, les deux ordres de
créatures, spirituelles et corporelles. Or, les animaux en question
seraient compris dans la généralité des créatures. Quant à leur
formation, on pourrait dire que c'est Dieu lui-même qui, par le
ministère des Anges, a fait leur corps comme il a fait celui de l'homme,
auquel devait être uni un esprit immortel. En effet, ce corps étant, de
sa nature, plus noble que celui des autres animaux, il y avait lieu d'y
joindre un esprit incorporel et très-noble.
_49. Tertia interrogatio, an talia animalia habuissent originem ab uno
solo, velut omnes homines ab Adam, an vero plura simul formata essent
sicut fuit de cæteris animantibus a terra, et aqua productis, in quibus
fuerunt Mares, et Fœminæ quæ speciem per generationem conservant? Et
si hoc oporteret inter talia animalia esse distinctionem sexus; ipsa
nasci, et interire; passionibus sensus affici, nutriri, crescere; et
tunc quo alimenta vescerentur, esset quærendum; præterea an vitam
socialem ducerent, ut homines; qua politica regerentur; num urbes ad
habitandum struxissent; num artes, studia, possessiones, et bella inter
ea essent, sicut est in hominibus._
49. Troisième question: Ces animaux descendraient-ils d'un seul
individu, comme tous les hommes d'Adam; ou, au contraire, y en aurait-il
eu plusieurs de créés en même temps, comme dans les différentes espèces
produites de la terre et de l'eau, où se sont trouvés des mâles et des
femelles pour se perpétuer par la génération? Ensuite, y aurait-il entre
eux des distinctions de sexes? Seraient-ils sujets à naître et à mourir?
Auraient-ils des sens, des passions, besoin de nourriture, faculté de
croissance? Et alors, quels seraient leurs aliments? Enfin,
vivraient-ils en société, comme les hommes? Par quelles lois
seraient-ils régis? Bâtiraient-ils des villes pour y habiter?
Cultiveraient-ils les arts et les lettres? Posséderaient-ils des biens
et se feraient-ils la guerre entre eux, comme les hommes?
_50. Respondeo: potuit esse quod omnia ab uno, velut homines ab Adam,
sint progenita; potuit pariter esse, quod ex iis multi mares, et plures
fœminæ fuissent formatæ, a quibus per generationem eorum species
essent propagatæ. Ultro admitteremus talia animalia oriri, et mori;
mares alios, alias fœminas inter ea esse; passionibus, sensibus
agitari velut homines; nutriri et crescere secundum molem sui corporis;
cibum autem ipsorum non crassum qualem requirit crassities corporis
humani, sed substantiam tenuem, et vaporosam emanantem per effluvia
spirituosa a rebus physicis pollentibus corpusculis maxime volatilibus,
ut nidor carnium maxime assatarum, vapor vini, fructuum, florum,
aromatum, a quibus copiosa hujusmodi effluvia usque ad totalem partium
subtiliorum, ac volatilium evaporationem scaturiunt. Talia autem
animalia civilem vitam ducere posse, et inter ea distinctos esse gradus
dominantium ac servientium pro conditione naturæ ipsorum, artesque,
scientias, ministeria, exercitia, loca, mansiones, ac alia necessaria ad
eorum conservationem, nullam penitus importat repugnantiam._
50. Je réponds: Il se peut que tous descendent d'un seul individu, comme
les hommes d'Adam; il se peut aussi qu'il en ait été créé, dès
l'origine, un certain nombre, mâles et femelles, qui ont servi à
propager l'espèce. Nous admettrons encore qu'ils naissent et qu'ils
meurent; qu'ils se divisent en mâles et en femelles; qu'ils ont, comme
les hommes, des sens et des passions; que leur corps se nourrit et se
développe: toutefois, leur nourriture ne doit pas être grossière comme
celle qu'exige le corps humain, mais une substance délicate et
vaporeuse, émanant par effluves spiritueuses de tout ce qui, dans la
nature, abonde en corpuscules très-volatils, comme le fumet des viandes,
et spécialement des viandes rôties, la vapeur du vin, des fruits, des
fleurs, des aromates, d'où se dégagent des effluves de ce genre, jusqu'à
évaporation parfaite des parties subtiles et volatiles. Que, du reste,
ils puissent vivre en société; qu'il y ait entre eux différentes
conditions de rang et de préséance; qu'ils cultivent les arts et les
sciences; qu'ils exercent des fonctions, entretiennent des armées,
bâtissent des villes, et fassent enfin tout ce qui est nécessaire à leur
conservation: c'est à quoi je ne verrais, au fond, rien à objecter.
_51. Quarta interrogatio est, qualis esset eorum corporis figuratio, an
humanam, an aliam formam, et qualem haberent, et an partes corporis
ipsorum haberent ordinem essentialem inter se, ut corpora cæterorum
animalium, an vero accidentalem tantum, ut corpora fluidarum
substantiarum, ut olei, aquæ, nubis, fumi, etc.; et num substantiæ
suarum partium organicarum diversimode constarent, ut organa hominum, in
quibus sunt aliæ partes crassissimæ, ut ossa, aliæ minus crassæ, ut
cartilagines, aliæ tenues, ut membranæ._
51. Quatrième question: Quelle serait la forme de leur corps? Serait-ce
la forme humaine ou quelque autre? Y aurait-il, entre les diverses
parties de leur corps, un ordre essentiel, comme on le voit dans les
autres animaux, ou seulement accidentel, comme dans les substances
fluides, telles que l'huile, l'eau, les nuées, la fumée, etc.? Ces
parties organiques seraient-elles composées de substances différentes,
comme les organes du corps humain, où se trouvent des parties
très-épaisses, telles que les os; d'autres moins épaisses, telles que
les cartilages; et d'autres minces, telles que les membranes?
_52. Respondeo, quod quantum ad figuram corpoream nihil certi affirmare
debemus, aut possumus, cum talis figura non sit exacte nobis sensibilis,
nec quoad visum, nec quoad tactum præ sui corporis tenuitate, ac
perspicacitate; qualis proinde vere sit, noverent ipsi, aliique, qui
substantias immateriales intuitive cognoscere possunt. Quoad
congruentiam et probabilitatem dico, illa referre speciem corporis
humani, cum aliquo distinctivo a corpore humano, nisi forte ad hoc
sufficiat sua ipsorum tenuitas. Ducor, quia corpus humanum plasmatum a
Deo perfectissimum est, inter animalia quæque, et cum cætera bruta in
terram sint prona, eo quia anima eorum mortalis est, Deus, ut ait poeta
Ovid., _Metamorphos._:_
Os homini sublime dedit, cœlumque tueri
Jussit, et erectos ad sidera tollere vultus;
_quia anima hominis immortalis ordinata est ad cœlestem mansionem.
Cum igitur animalia, de quibus loquimur, spiritum haberent immaterialem,
rationalem, ac immortalem, et proinde capacem beatitudinis, ac
damnationis, congruum est, quod corpus, cui talis spiritus copulatur,
simile sit omnium animalium nobilissimo, corpori humano. Ex hac
positione sequitur, quod ejus corporis partes ordinem inter se
essentialem habere deberent; nec enim pes capiti, aut ventri manus
conjungi deberet: sed congrua membrorum essentiali dispositione
ordinata, ut essent idonea ministeriis propriis perficiendis. Quo autem
ad partes componentes ipsarum organa, dico quod necessarium esset, ut
nonnullæ ipsarum essent solidiores, aliæ minus solidæ, aliæ tenues, aliæ
tenuissimæ pro necessitate operationis organicæ. Nec contra hanc
positionem facile potest asseri tenuitas ipsorum corporum: quippe
soliditas aut crassities organicarum partium, de qua dicimus, non esset
talis simpliciter, sed comparative ad alias partes tenuiores. Et hoc
patere potest in omnibus corporibus fluidis naturalibus, ut vino, oleo,
lacte, etc.; quantumvis enim omnes partes in ipsis videantur homogeneæ,
ac similares, non tamen ita est; nam in ipsis est pars terrea, pars
aquea, sal fixum, sal volatile, et pars sulfurea, quæ omnia
manipulatione spargirica oculis subjici possunt. Ita esset in casu
nostro: posito enim quod talium animalium corpora subtilia, et tenuia,
ut corpora naturalia fluida, velut aqua, et ær, essent, non tamen
tolleretur, quin in ipsorum partibus diversæ inter se essent qualitates,
et aliquæ ipsarum comparative ad alias essent solidæ, et aliæ tenuiores,
quamvis totum corpus ex ipsis compositum tenue dici posset._
52. Je réponds: En ce qui concerne la forme de leur corps, nous ne
devons ni ne pouvons rien affirmer de certain, puisque cette forme ne
tombe pas sous nos sens, étant trop délicate pour notre vue et notre
toucher. Laissons donc cette connaissance à eux-mêmes et à ceux qui ont
le privilége de discerner intuitivement les substances immatérielles.
Mais, en tant que probabilité, je dis que cette forme doit se rapporter
à celle du corps humain, avec quelque particularité distinctive, si la
délicatesse même de leur corps n'en est pas une suffisante. Et ce qui me
confirme dans cette opinion, c'est de considérer que le corps humain, de
tous les ouvrages de Dieu, est le plus parfait; que, tandis que tous les
autres animaux, dont l'âme est mortelle, sont courbés vers la terre,
Dieu, comme dit le poète Ovide, en ses _Métamorphoses_,
_A donné à l'homme un visage sublime, lui ordonnant de contempler le
ciel,
Et de tenir tes yeux élevés vers les astres,_
et cela, parce que l'âme de l'homme a été créée immortelle, en vue de la
demeure céleste. Or, les animaux dont nous parlons, possédant un esprit
immatériel, rationnel et immortel, conséquemment capable de béatitude et
de damnation, il est logique d'admettre que le corps, auquel cet esprit
est uni, soit semblable au corps le plus noble qui existe dans l'ordre
animal, c'est-à-dire au corps humain. D'où il suit que les différentes
parties de ce corps doivent avoir entre elles un ordre essentiel; que,
par exemple, le pied n'est pas un appendice de la tête, ni la main du
ventre, mais que chaque organe est bien à sa place, suivant les
fonctions auxquelles il est destiné. Maintenant, pour ce qui est des
parties constitutives desdits organes, il est, à mon avis, nécessaire
qu'il y en ait de plus ou moins solides, de plus ou moins délicates,
afin de répondre aux exigences de l'opération organique. Et si l'on
objectait, sur ce point, la délicatesse même de leur corps, je dirais
que la solidité, la consistance des parties organiques dont nous
parlons, ne serait pas absolue, mais seulement relative aux autres
parties plus délicates. C'est, d'ailleurs, ce qu'on peut observer dans
tous les corps fluides naturels, comme le vin, l'huile, le lait, etc.:
si homogènes, si semblables entre elles que paraissent toutes les
parties dont ils se composent, il n'en est cependant pas ainsi; car les
unes sont argileuses, les autres aqueuses: il y a du sel fixe, du sel
volatil, du soufre; et tout cela n'a besoin, pour sauter aux yeux, que
d'être soumis à l'analyse chimique. De même dans le cas qui nous occupe;
car, en supposant que les corps de ces animaux fussent subtils et
délicats comme les corps naturels fluides: l'eau, l'air, etc., il n'en
faudrait pas moins reconnaître des différences dans la qualité de leurs
parties constitutives, dont les unes seraient solides en comparaison
d'autres plus menues, sans que les corps ainsi composés, pris dans leur
ensemble, cessassent de pouvoir être dits délicats.
_53. Quod si dicatur, quod hæc repugnant positioni supra firmatæ, circa
partium essentialem ordinationem inter se: quandoquidem videmus, quod in
corporibus fluidis, ac tenuibus una pars non servat ordinem essentialem
ad aliam, sed accidentalem tantum, ita ut hæc pars vini, quæ modo alteri
parti contigua est, mox inverso vase, aut moto vino, alteri parti
unitur, et sic omnes partes diversam positionem habent quantumvis semper
idem vinum sit, et ex hoc sequeretur, quod talium animalium corpora
figurata stabiliter non essent, et consequenter, nec organica._
53. Mais, objectera-t-on, ceci répugne à ce qui a été dit plus haut de
l'ordination essentielle des parties entre elles; car il est visible
que, dans les corps fluides et subtils, une partie n'est pas coordonnée
essentiellement, mais seulement accidentellement avec une autre: ainsi,
telle partie de vin qui, tout à l'heure, était contiguë à telle autre
partie, se trouve bientôt, soit qu'on renverse le vase ou qu'on agite le
vin, en contact avec une troisième; et toutes les parties changent à la
fois de position, quoique ce soit toujours le même vin. D'où il suivrait
que les corps de ces animaux n'auraient pas de figure stable et,
conséquemment, ne seraient pas organiques.
_54. Respondeo negando assumptum; etenim in corporibus fluidis, quamvis
non appareat, manet tamen essentialis partium ordinatio, qua stante stat
in suo esse compositum, et hoc patet manifeste in vino: expressum enim
ab uvis videtur liquor totaliter homogeneus, non tamen ita est; in eo
enim sunt partes crassæ, quæ tractu temporis subsident in doliis: sunt
etiam partes tenues, quæ evaporant: sunt partes fixæ, ut tartarus, sunt
partes volatiles, ut sulphur, sive spiritus ardens; sunt partes mediæ
inter volatile ac fixum, ut phlegma. Partes istæ ordinem essentialem
inter se mutant; nam statim, ac expressum est ab uvis, et mustum dicitur
sulphur, sive spiritus volatilis, ita implicatum manet particulis
tartari, qui fixus est, ut nullo modo avolare valeat._
54. Ma réponse est bien simple: je nie la mineure. En effet si, dans les
corps fluides, l'ordination essentielle des parties n'est pas apparente,
elle n'en est pas moins réelle, et c'est par là qu'un corps composé
reste ce qu'il est. Voyez, par exemple, le vin: à peine exprimé de la
grappe, on dirait une liqueur tout à fait homogène, et qui ne l'est
point pourtant; car il y a des parties épaisses qui, à la longue,
déposent au fond du tonneau; il y a aussi des parties menues, qui
s'évaporent; des parties fixes, comme le tartre; des parties volatiles,
comme le soufre ou l'alcool; enfin des parties intermédiaires entre le
volatil et le fixe, comme le flegme. Ces diverses parties ne gardent pas
respectivement un ordre essentiel; car, aussitôt que le moût a été
exprimé des grappes, et qu'il prend le nom de soufre ou esprit volatil,
il demeure si étroitement lié aux particules du tartre, qui sont fixes,
qu'il lui est impossible de s'échapper.
_55. Hinc est, quod a musto recenter ab uvis expresso nullo modo potest
distillari spiritus sulphureus, qui communiter vocatur _aqua vitæ_: sed
post quadraginta dies fermentationis particulæ vini ordinem mutant, ita
ut spiritus, qui alligati erant particulis tartareis, et propria
volatilitate eas suspensas tenebant, et vicissim ab eis, ne possent
avolare detinebantur, ac tartareis particulis separantur, et divulsi, ac
confusi remanent cum partibus phlegmaticis, a quibus per actionem ignis
faciliter separantur, et avolant; sicque per distillationem fit aqua
vitæ, quæ aliud non est quam sulphur vini volatile cum tenuiore parte
phlegmatis simul cum dicto sulphure vi ignis elevata. Post quadraginta
dies, alia incipit vini fermentatio, quæ longiori, aut minus longo
tempore perficitur, pro vini perfectiori, aut imperfectiori maturitate,
et alio, atque alio modo terminatur, pro minore aut majore spiritus
sulphurei abundantia. Si enim abundat in vino sulphur, acescit
fermentatione, et evadit acetum; si autem parum sulphuris continet,
lentescit vinum, et Italice dicitur _vino molle_, aut _vino guasto_.
Quod si vinum maturum sit, ut cæteris paribus est, vinum dulce breviori
tempore, aut acescit, aut lentescit, ut quotidiana constat experientia.
In dicta autem fermentatione ordo essentialis partium vini mutatur; non
enim ipsius quantitas, aut materia imminuitur, aut mutatur: videmus enim
lagenam vino plenam tractu temporis evadere plenam aceto, nullatenus
mutata circa quantitatem materiæ, quæ prius ibi extabat, sed tantum
mutato partium essentiali ordine: nam sulphur, quod, ut diximus, erat
phlegmati unitum, ac a tartaro separatum, iterum tartaro implicatur, et
cum eo fixatur, et proinde si distilletur acetum, primo prodit phlegma
insipidum, et post spiritus aceti, qui est sulphur vini illaqueatum
particulis tartari minus fixi. Mutatio autem essentialis partium
supradictarum variat substantiam liquoris expressi ab uva, quod
manifeste patet ex variis, et contrariis effectibus, quos causant
mustum, vinum, et acetum, et vinum lentum, quod vocatur corruptum, ut
proinde duo prima apta materia sint ad consecrationem, secus alia duo.
Hanc porro vini economiam hausimus ab erudito opere Nicolai Lemerii,
Regis Galliarum Aromatarii, _Curs. de Chimi._, p. 2. c. 9._
55. C'est pour cela que le moût récemment exprimé des grappes, ne se
prête en aucune façon à la distillation de l'esprit sulfureux,
vulgairement nommé _eau-de-vie_; mais, après quarante jours de
fermentation, les particules du vin se déplacent; les esprits qui, étant
liés aux particules tartriques, les tenaient suspendues par leur propre
volatilité, tandis que celles-ci les retenaient eux-mêmes, de manière à
en empêcher l'évaporation, se séparent de ces particules, et demeurent
mêlés confusément aux parties flegmatiques, puis s'en dégagent
facilement par l'action du feu, et s'évaporent: ainsi, au moyen de la
distillation, se fait l'eau-de-vie, qui n'est pas autre chose que le
soufre contenu dans le vin, volatilisé par la chaleur avec la partie la
plus délicate du flegme. Au bout de quarante jours, commence une autre
fermentation qui se prolonge plus ou moins, suivant que la maturité du
vin est plus ou moins parfaite, et se termine d'une façon ou d'une
autre, selon que l'esprit sulfureux est plus ou moins abondant. En
effet, s'il y a dans le vin abondance de soufre, il s'aigrit par la
fermentation et tourne au vinaigre; si, au contraire, il contient peu de
soufre, le vin s'amollit, et c'est ce qu'on appelle en Italien: _vino
molle_, ou _vino guasto_. Si le vin est mûr tout d'abord, comme il
arrive dans d'autres cas, il tourne en moins de temps du doux à l'aigre,
ou s'amollit, comme le démontre l'expérience de chaque jour. Or, dans la
fermentation dont il est parlé, l'ordre essentiel des parties du vin
subit un changement, mais non sa quantité ou sa matière, qui ne change,
ni ne diminue: une bouteille pleine de vin, par exemple, au bout d'un
certain temps, se trouve être pleine de vinaigre, sans qu'il y ait rien
de changé quant à la quantité de matière; l'ordre essentiel des parties
est seul changé: le soufre qui, comme nous l'avons dit, était uni au
flegme et séparé du tartre, se mêle de nouveau au tartre et reste fixé
avec lui; de sorte que si l'on distille le vinaigre, il en sort d'abord
un flegme insipide, puis un esprit de vinaigre, qui est le soufre de vin
entremêlé de particules de tartre moins fixe. Or, la mutation
essentielle des susdites parties affecte la substance de la liqueur
exprimée du raisin, comme le prouvent manifestement les effets
contraires et variés du moût, du vin, du vinaigre et du vin mou ou
corrompu; ce qui fait que les deux premiers sont matière propre à la
consécration, mais non les deux autres.--Nous avons emprunté cette
exposition de l'économie du vin au savant ouvrage de Nicolas Lémery,
Parfumeur du Roi de France, _Cours de chimie_, p. 2. c. 9.
_56. Datam ergo naturalem doctrinam applicando consequenter dico, quod
data dictorum animalium corporeitate subtili, et tenui, sicut corpora
liquidorum, et data pariter eorundem organizatione et figuratione, quæ
partium essentialem ordinationem exigunt, non sequerentur inconvenientia
ex adverso illata: nam sicut (quemadmodum dicebamus) ex confusione
partium vini, et diversa ipsarum accidentali positione non variatur
ordinatio earumdem essentialis, ita esset in corpore tenui dictorum
animalium._
56. Maintenant, si nous appliquons à notre sujet la doctrine naturelle
ci-dessus, je dis qu'étant donné la corporéité subtile et délicate des
animaux en question, analogue à la substance des liquides; étant donné
pareillement leur organisation et leur figure, qui exigent une
ordination essentielle des parties, il n'y aurait, à supposer le
contraire, aucun argument à élever contre leur existence: car de même,
avons-nous dit, que la confusion des parties du vin et la diversité de
leurs positions accidentelles n'affectent en rien l'ordination
essentielle de ces parties, de même il en serait à l'égard du corps
subtil de nos animaux.
_57. Quinta interrogatio est, an talia obnoxia essent ægritudinibus, ac
aliis imperfectionibus, quibus homines laborant, ut ignorantia, metu,
segnitie, sensuum impedimentis, etc.? An laborando lassarentur, et ad
virium reparationem egerent somno, cibo, ac potu, et quo? et
consequenter an interirent, et subinde, an a cæteris animalibus casu,
aut ruina possent occidi?_
57. Cinquième question: Ces animaux seraient-ils sujets aux maladies et
autres infirmités dont souffrent les hommes, telles que l'ignorance, la
peur, la paresse, la paralysie des sens, etc.? Se fatigueraient-ils par
le travail, et auraient-ils besoin, pour réparer leurs forces, de
dormir, de manger, de boire? Quelles seraient leur nourriture et leur
boisson? Seraient-ils destinés à mourir, et pourraient-ils être tués
soit par accident, soit par le fait d'autres animaux?
_58. Respondeo, quod ex quo corpora ipsorum, quamvis tenuia, essent
materiata, essent quidem corruptioni obnoxia; et ex consequenti possent
pati ab agentibus contrariis, et ita ægrotare, puta, aut simpliciter,
aut nisi ægre, perverse, aut vitiose præstare non posse munera, ad quæ
eorum organa essent ordinata; in hoc siquidem consistit animalium
quorumdam ægritudo quævis: ut resolutive docet præstantissimus Michael
Ettmullerus, _Physiol._ c. 5., thes. 1. Verum est, quod ex eo, quod
tantam materiæ crassitatem non haberent, et forte ex tot elementorum
mixtione eorum corpus non constaret, et minus compositum esset, quam
humanum, non tam facile paterentur a contrariis, et consequenter non tot
ægritudinibus velut homines essent obnoxia, et longiorem, etiam homine,
vitam ducerent: quo enim perfectius est animal, a tota specie, etiam
cæteris, diutius vivit, ut patet de specie humana, cujus vita longior
cæteris animalibus est. Nec enim admitto sæcularem vitam cornicum,
cervorum, corvorum, et similium, de quibus more suo fabulatur Plinius,
et ejus somnia sine prævia discussione secuti sunt cæteri: quandoquidem
nullus est, qui talium animalium natale et interitum fideliter
adnotaverit, ut pari modo de eo scripserit; sed insolitam diu fabulam
quisque secutus est; sicut etiam illud, quod de Phœnice dicitur, quod
ut quid fabulosum, circa ejus vitæ spatium recenset Tacitus, l. 6.
_Annal._ Inferendum subinde esset quod illorum animalium vita etiam
humana deberet esse diuturnior: ut enim infra dicemus, illa essent
homine nobiliora, consequenter dicendum esset, quod essent obnoxia
cæteris corporeis pathematis, et quiete, et cibo indigerent, quale
diximus supra nº 50. Quia vero rationalia, et proinde disciplinabilia
essent, ex consequenti etiam capacia ignorantiæ, si eorum ingenia non
essent exculta studiis, et disciplina, et inter ea pro intellectus eorum
majori, et minori acumine essent aliqua magis, aliqua minus in scientiis
excellentia: universaliter vero, et a tota specie essent homine
doctiora, non ob eorum corpoream subtilitatem, tum forte, ob majorem
spirituum activitatem, tum ob diuturniorem vitæ durationem, in qua
plura, quam homines discere possent, quas causas assignat D. Augustinus,
lib. de _Divin. Dæm._ c. 3. init. tom. 3., et lib. de _Spir. et Anima_,
c. 37., pro futurorum prænotione in Dæmonibus. Ab agentibus autem
naturalibus pati quidem possent, ac difficulter occidi ratione
velocitatis, qua possunt se subtrahere a nocentibus; quapropter, nec a
brutis, nec ab homine armis naturalibus, seu artificialibus nisi maxima
difficultate possent occidi, aut mutilari, et maxima eorumdem velocitate
in declinando contrarium impetum. Possent vero in somno, aut in non
advertentia occidi, et mutilari a corpore solido, ut ense vibrato ab
homine, aut lapide delapso per ruinam, quia eorum corpus licet tenue,
tamen et quantum, et divisibile esset, velut ær qui ferro, fuste, aut
alio corpore solido dividitur quamvis tenuis sit. Eorum autem spiritus
impartibilis esset, et ceu anima hominis totus in toto, et totus in
quavis corporis parte. Hinc fieret quod diviso corpore ipsorum, ut
præfertur, per aliud corpus, sequi posset mutilatio, et proinde etiam
mors: non enim fieri posset ut diviso corpore idem spiritus utramque
partem informaret, cum ipse indivisibilis esset. Verum est quod sicut
partes æris divisæ, per intermedium corpus, hoc sublato iterum uniuntur,
et evadit idem ær, possent pariter partes corporis divisæ, ut supra
ponitur, reuniri, et ab eodem spiritu revivificari. Sed hoc modo
nequirent talia animalia ab agentibus naturalibus, aut artificialibus
occidi: sed rationabilior esset prima positio; ex hoc enim, quod
communicarent cum cæteris in materia, æquum est, ut a cæteris, etiam
usque ad eorum interitum pati possent, ut fit cum cæteris._
58. Je réponds: Du moment que leurs corps, quoique subtils, seraient
matériels, ils seraient par cela même sujets à corruption;
conséquemment, ils pourraient souffrir des agents contraires et, par
suite, être malades, c'est-à-dire que leurs organes se refuseraient à
remplir, ou ne rempliraient qu'avec peine et imparfaitement les
fonctions qui leur seraient assignées, car c'est en cela que consiste
toute maladie quelconque chez certains animaux, comme l'enseigne
doctoralement le très-illustre Michel Ettmuller, _Physiologie_, c. 5,
thèse 1. A la vérité, comme la matière de leur corps serait moins
épaisse que celle du corps humain, comme elle serait formée de moins
d'éléments mêlés ensemble, partant moins composite, ils ne souffriraient
pas aussi aisément de l'action des contraires, ils seraient donc moins
sujets que l'homme aux maladies, et leur vie serait aussi plus longue:
car, plus l'animal est parfait, pris dans son espèce, plus il vit
longtemps, témoin l'espèce humaine, dont l'existence est plus longue que
celle des autres animaux. Je n'admets pas, en effet, la vie séculaire
des corneilles, des cerfs, des corbeaux et autres semblables, dont Pline
nous conte des fables à sa manière; et, quoique ses rêveries aient été
reproduites, sans examen préalable, par divers auteurs, il n'en est pas
moins certain que personne, pour écrire ainsi, n'a exactement pris note
de la naissance et de la mort de ces créatures: on s'est contenté
d'adopter la fable courante, comme on l'a fait à l'égard du Phénix, dont
la longévité est traitée de conte par Tacite, _Annales_, l. 6. Il
faudrait donc inférer que les animaux dont nous parlons surpasseraient
l'homme lui-même en longévité; car, ainsi que nous le dirons plus bas,
ils seraient plus nobles que l'homme; conséquemment aussi, ils seraient
sujets aux autres affections corporelles, et auraient besoin de repos et
de nourriture comme nous l'avons dit au nº 50. Maintenant, en leur
qualité d'êtres raisonnables et, par suite, éducables, ils pourraient
aussi rester ignorants si leurs esprits n'étaient pas cultivés par
l'étude et la discipline, et il s'en trouverait parmi eux de plus ou
moins versés dans les sciences, de plus ou moins habiles, suivant que
leur intelligence aurait été plus ou moins exercée. Toutefois, à les
prendre en général et dans l'universalité de leur espèce, ils seraient
plus instruits que l'homme, non à cause de la subtilité de leur corps,
mais peut-être soit parce que leur esprit serait plus actif, soit parce
que leur vie serait plus longue et leur permettrait d'apprendre plus de
choses que les hommes: telles sont effectivement les causes assignées
par Saint Augustin (_Divin. Démon._, ch. 3, et de _l'Esprit et de
l'Ame_, ch. 37), à la prescience des choses futures chez les Démons. Il
pourraient, d'ailleurs, souffrir par le fait d'agents naturels, mais
difficilement être tués, à cause de la vitesse avec laquelle ils
échappent au danger; aussi paraît-il à peine concevable qu'ils puissent
être tués ou mutilés par les bêtes ou par l'homme, au moyen d'armes
naturelles ou artificielles, tant ils sont prompts à éviter le coup qui
les menace. Cependant, ils pourraient être tués ou mutilés pendant leur
sommeil, ou dans un moment d'inadvertance, au moyen d'un corps solide,
tel qu'une épée vibrée par un homme ou une pierre lancée avec force;
car, quoique subtil, leur corps serait divisible, comme l'air qui, tout
vaporeux qu'il soit, est cependant divisé par une épée, un bâton, ou
quelque autre corps solide. Quant à leur esprit, il serait indivisible
et, comme l'âme humaine, tout entier dans tout et dans chaque partie du
corps. Conséquemment, la division de leur corps effectuée, comme il est
dit ci-dessus, par un autre corps, peut causer une mutilation et même la
mort, car il ne serait pas possible à l'esprit, qui est lui-même
indivisible, d'animer l'une et l'autre partie d'un corps divisé. Sans
doute, de même que les parties de l'air, divisées par l'intermédiaire
d'un corps, se réunissent aussitôt ce corps retiré, pour former le même
air qu'auparavant; de même les parties du corps divisé, comme il est dit
plus haut, pourraient se réunir et revivre avec le même esprit. Mais, de
cette manière, il faudrait conclure que nos animaux ne pourraient être
tués par des agents naturels ou artificiels: il serait plus raisonnable
de nous en tenir à notre première position; car, du moment qu'ils
seraient communs en matière avec les autres créatures, il est naturel
qu'ils soient exposés à souffrir du fait de ces créatures, suivant la
loi commune, et jusqu'à la mort même.
_59. Sexta interrogatio est, an ipsorum corpora possent alia corpora
penetrare, ut parietes, ligna, metalla, vitrum, etc., et an multa
ipsorum possent in eodem loco materiali consistere, et ad quantum
spatium extenderetur, seu restringeretur eorum corpus?_
59. Sixième question: Leur corps pourrait-il pénétrer d'autres corps,
comme les murs, le bois, les métaux, le verre, etc.? Pourraient-ils
résider en grand nombre dans un même lieu matériel, et à quel espace
s'étendrait ou se restreindrait leur corps?
_60. Respondeo, quod cum in omnibus corporibus quantumvis compactis
dentur pori, ut ad sensum patet in metallis, de quibus major esset
ratio, quod in ipsis non darentur pori: microscopio perfecte elaborato
discernuntur pori metallorum, cum suis diversis figuris, utique possent
per poros insinuari quibusvis corporibus, et hoc modo ista penetrare,
quantumvis tales pori penetrari non possent ab alio liquore, aut spiritu
materiali, aut vini, salis ammoniaci, aut similium, quia longe tenuiora
essent istis liquoribus illorum corpora. Quamvis autem plures Angeli
possint esse in eodem loco materiali, et etiam restringi ad locum
minorem minore non tamen in infinitum, ut probat Scotus in 2. dist. 2.
q. 6. § _Ad proposi._ et quæst. 8., per totum, hoc tamen concedendum non
esset de corporibus talium animalium; tum quia corpora ipsa essent
quanta, et eorum dimensio non esset reciproce penetrabilis; tum quia si
duo corpora gloriosa non possunt esse in eodem loco, quamvis possint
simul esse gloriosum, et non gloriosum, ut voluit Gotofredus de
Fontibus, quodlibet 6. q. 5., a quo non discordat Scotus in 2. distinct.
2. q. 8. in fine; multo minus possent simul esse istorum corpora, quæ,
licet subtilia, non tamen æquarent subtilitatem corporis gloriosi. Quo
autem ad extensionem, et restrictionem dicendum esset, quod sicut ex
rarefactione, et condensatione majus, aut minus spatium occupatur ab
ære, qui etiam arte potest constringi, ut in minori loco contineatur,
quam sit suæ quantitati naturaliter debitus, ut patet in magnis pilis
lusoriis, quæ per fistulam seu tubum inflatorium inflantur: in his
siquidem ær violenter immittitur, et constringitur, et ejus major ibi
continetur quantitas, quam naturalis pilæ capacitas exigat; ita
pariformiter talia corpora ex ipsorum naturali virtute possent ad majus
spatium non tamen excedens eorumdem quantitatem, extendi: ut pariter
etiam restringi, non tamen circa determinatum locum suæ quantitati
debitum. Et quia ipsorum nonnulla prout etiam in hominibus est, essent
magna, et nonnulla parva, congruum esset, ut magna possent plus extendi,
quam parva et hæc ad minorem locum restringi, quam magna._
60. Je réponds: Tous les corps, si compactes qu'ils soient, ont des
pores, témoin les métaux qui, plus que tous les autres, sembleraient
devoir en être privés; en effet, à l'aide d'un microscope parfaitement
organisé, on discerne les pores des métaux, avec leurs différentes
figures. Or, ces animaux pourraient s'insinuer par les pores dans
d'autres corps quelconques et ainsi les pénétrer, encore bien que ces
mêmes pores soient impénétrables à des liqueurs ou esprits matériels, de
vin, de sel ammoniac ou autres semblables, parce que leurs corps
seraient de beaucoup plus subtils que ces liqueurs. Cependant, quoique
plusieurs Anges puissent résider dans un même lieu matériel, et même se
resserrer dans un espace de plus en plus étroit, non toutefois jusqu'à
l'infini, comme le prouve Scott, il serait téméraire d'accorder la même
faculté aux corps des animaux dont il s'agit; leurs corps, en effet,
sont déterminés en substance, impénétrables l'un à l'autre; et si deux
corps glorieux ne peuvent être dans un même lieu, bien qu'un glorieux et
un non glorieux puissent s'y trouver ensemble, comme le veulent certains
docteurs, bien moins encore le pourraient les corps de ces animaux,
subtils sans doute, mais non jusqu'à égaler la subtilité du corps
glorieux. En ce qui regarde leur pouvoir d'extension ou de compression,
nous prendrions exemple de l'air, qui, raréfié et condensé, occupe un
espace plus ou moins grand, et peut même, par des moyens artificiels,
être resserré au point de tenir dans un espace plus étroit que son
volume naturel ne l'exigerait; c'est en effet ce qu'on voit dans ces
ballons qu'on enfle pour s'amuser, au moyen d'un chalumeau ou d'un tube:
l'air y est introduit et comprimé violemment, et le ballon en contient
une quantité plus grande que sa capacité naturelle ne l'exigerait. Tout
pareillement, les corps des animaux dont il s'agit pourraient, par leur
vertu naturelle, s'étendre à un espace plus grand, mais qui n'excéderait
pas cependant leur propre substance; ils pourraient aussi se comprimer,
mais non en deçà de l'espace déterminé exigé par cette même substance.
Et comme parmi eux, de même que parmi les hommes, il y en aurait de
grands et de petits, il serait naturel que les grands pussent s'étendre
plus que les petits, et ceux-ci se comprimer plus que les grands.
_61. Septima interrogatio est, an hujusmodi animalia in peccato
originali nascerentur, et a Christo Domino fuissent redempta; an ipsis
conferretur gratia, et per quæ sacramenta; sub qua lege viverent, et an
Beatitudinis, et Damnationis essent capacia?_
61. Septième question: Ces animaux naîtraient-ils dans le péché
originel, et auraient-ils été rachetés par le Seigneur Christ? La grâce
leur serait-elle conférée, et par quels sacrements? Sous quelle loi
vivraient-ils, et seraient-ils capables de Béatitude et de Damnation?
_62. Respondeo, quod articulus Fidei est, quod Christus Dominus pro
universa creatura rationali gratiam, et gloriam meruit. Pariter
articulus Fidei est, quod Creaturæ rationali gloria non confertur nisi
præcedat in ea gratia, quæ est dispositio ad gloriam. Similis articulus
est quod gloria non confertur nisi per merita. Hæc vero fundantur in
observantia perfecta mandatorum Dei adimpleta per gratiam. Ex his satis
fit positis interrogationibus. Incertum est an tales Creaturæ
originaliter peccavissent, necne. Certum tamen est, quod si ipsarum
Prothoparens peccasset, sicut peccavit Adam, ipsius descendentes in
peccato originali nascerentur, quemadmodum nascuntur homines. Et quia
Deus nunquam reliquit Creaturam rationalem sine remedio, dum ipsa est in
via; si hujusmodi creaturæ in peccato originali, aut actuali
inficerentur, Deus providisset illis de remedio, sed quale sit, an
fecisset, noverit Deus, noverint ipsæ. Hoc certum est si inter ipsas
essent eadem, aut alia Sacramenta, ac sunt in Ecclesia humana militanti,
ipsa habuissent, et institutionem, et efficaciam a meritis Jesu Christi,
qui omnium creaturarum rationalium Redemptor, et Satisfactor universalis
est. Convenientissimum pariter, immo necessarium esset quod sub aliqua
lege a Deo sibi data viverent, ut per ipsius observantiam possent sibi
beatitudinem mereri; quænam autem lex fuisset, an naturalis tantum, aut
scripta, Mosaica, aut Evangelica, aut alia ab his omnibus differens,
prout Deo placuisset, hoc nobis incognitum. Quoquomodo autem fuisset,
nulla resultaret repugnantia possibilitatem talium creaturarum
excludens._
62. Je réponds: C'est un article de foi, que le Christ a mérité la grâce
et la gloire pour toute créature raisonnable. C'est encore un article de
foi, que la gloire n'est conférée à la créature raisonnable qu'autant
qu'elle a d'abord été dotée de la grâce, qui est la disposition à la
gloire. Un autre article, c'est que la gloire n'est conférée que par les
mérites. Or ces mérites ont leur fondement dans l'observance parfaite
des commandements de Dieu, accomplie par la grâce. Les questions
ci-dessus posées se trouvent ainsi résolues. Maintenant, ces créatures
ont-elles péché originellement ou non, je ne saurais l'affirmer. Il est
certain, toutefois, que si leur premier Père avait péché, comme a péché
Adam, ses descendants naîtraient dans le péché originel, comme y
naissent les hommes. Et comme Dieu ne laisse jamais sans remède la
créature raisonnable, aussi longtemps qu'elle est dans la voie, si les
créatures en question étaient entachées du péché, soit originel, soit
actuel, Dieu les aurait pourvues d'un remède; mais est-ce le cas et de
quelle sorte est ce remède, ceci est leur secret, à Lui et à elles.
Assurément, si elles disposaient de Sacrements identiques ou analogues à
ceux en usage dans l'Église humaine militante, elles en devraient
l'institution et l'efficacité aux mérites de Jésus-Christ, qui est le
Rédempteur et Sauveur universel de toutes les créatures raisonnables. Il
serait également convenable, nécessaire même, d'admettre qu'elles
vivraient sous quelque loi à elles donnée par Dieu, et dont l'observance
leur pourrait mériter la béatitude; mais quelle serait cette loi,
naturelle seulement ou écrite, Mosaïque ou Évangélique, ou entièrement
distincte et spécialement instituée par Dieu, ceci nous est inconnu.
Quelle qu'elle fût cependant, il n'en résulterait aucune objection
contre l'existence de ces créatures.
_63. Unicum porro argumentum, et quidem satis debile post longam
meditationem mihi subit contra talium creaturarum possibilitatem: et est
quod si tales creaturæ in Mundo existerent, de ipsis notitia aliqua
tradita fuisset a Philosophis, Sacra Scriptura, Traditione
Ecclesiastica, aut Sanctis Patribus; quod cum non fuerit, tales
creaturas minime possibiles esse concludendum est._
63. Le seul argument, et encore assez faible, qu'une longue méditation
me suggère contre la possibilité de ces créatures, c'est que, s'il en
existait réellement dans le Monde, nous les trouverions mentionnées
quelque part dans les Philosophes, la Sainte Écriture, la Tradition
Ecclésiastique ou les Saints Pères: pareille mention n'existant pas, il
faudrait conclure à l'impossibilité absolue de ces créatures.
_64. Sed hoc argumentum, quod revera magis pulsat existentiam, quam
possibilitatem illarum, facili negotio solvitur ex iis quæ præmissimus
supra nº 41. et 42. Argumentum enim ab auctoritate negativa non tenet.
Præterquam quod falsum est, quod de illis notitiam non tradiderint tum
Philosophi, tum Scriptura, tum Patres. Plato siquidem, ut refert
Apuleius _de Deo Socratis_ et Plutarchus _de Isid._ apud Baronem, _Scot.
Defens._, tom. 9. _Apparat._ p. 1. fol. 2., voluit Dæmones esse animalia
genere, animo passiva, mente rationalia, corpore ærea, tempore æterna:
creaturasque istas nomine _Dæmonum_ intitulavit; quod tamen nomen non
male sonat ex se: importat enim _plenum sapientia_; unde cum Diabolum
(Angelum nempe malum) volunt auctores exprimere, non simpliciter
Dæmonem, sed _Cacodæmonem_ vocant: sicut _Eudæmonem_, quando bonum
Angelum volunt intelligi. Similiter in Scriptura Sacra et Patribus, de
dictis creaturis habetur mentio, et de hoc infra dicemus._
64. Mais cet argument qui, en réalité, attaque plutôt leur existence que
leur possibilité, se résout facilement par les prémisses que nous avons
posées ci-dessus, nºs 41 et 42. En effet, un argument ne peut valoir par
autorité négative. Ensuite, il est faux que ni les Philosophes, ni
l'Écriture, ni les Pères, ne nous disent rien à leur sujet. Platon,
comme le rapportent Apulée (_Démon de Socrate_) et Plutarque (_d'Isis et
d'Osiris_), définit ainsi les Démons: des êtres du genre animal, âmes
passives, intelligences raisonnables, corps aériens, éternels quant à la
durée; et il donne à ces créatures le nom de _Démon_, qui en lui-même
n'a rien de malsonnant, car il signifie _plein de sagesse_; aussi
lorsque les auteurs veulent désigner le Diable (ou mauvais Ange), ils ne
l'appellent pas simplement Démon, mais _Cacodémon_, et ils disent de
même _Eudémon_ lorsqu'ils veulent parler du bon Ange. Quant à la Sainte
Écriture et aux Pères, ils font également mention de ces créatures,
comme nous le montrerons ci-après.
_65. Stabilita huc usque talium creaturarum possibilitate, ad earumdem
existentiam probandam descendamus. Supposita tot historiarum veritate de
coitu hujusmodi Incuborum et Succuborum cum hominibus et brutis, ita ut
hoc negare impudentia videatur, ut ait D. Augustinus quem dedimus, supra
nº 10., ita arguo: Ubi reperitur propria passio sensus, ibidem
necessario reperitur sensus ipse, cum juxta principia philosophica
propria passio fluat a natura, sive ubi reperiuntur actiones, seu
operationes sensus, ibidem reperitur sensus ipse, cum operationes et
actiones sint a forma. Atqui in hujusmodi Incubis aut Succubis, sunt
actiones, operationes, ac propriæ passiones, quæ sunt a sensibus; ergo
in iisdem reperitur sensus: sed sensus reperiri nequit nisi adsint
organa composita, nempe ex potentia animæ et determinata parte corporis:
ergo in iisdem reperiuntur corpus et anima; erunt igitur animalia: sed
etiam in ipsis et ab ipsis sunt actiones, et operationes animæ
rationalis: ergo eorum anima erit rationalis: et ita de primo ad ultimum
tales Incubi sunt animalia rationalia._
65. Maintenant que nous avons établi la possibilité des créatures en
question, allons plus loin et prouvons leur existence. Nous admettons
d'abord la véracité des récits qui nous sont faits touchant le commerce
des Incubes et des Succubes avec les hommes et les bêtes, récits
tellement nombreux que ce serait impudence de nier le fait, comme dit S.
Augustin, dont le témoignage est cité ci-dessus (nº 10). Ceci posé, nous
arguons: Là où est la passion propre du sens, là est nécessairement le
sens lui-même, car, suivant les principes philosophiques, la passion
propre découle de la nature, c'est-à-dire que là où sont les actions ou
opérations du sens, là est le sens lui-même, les opérations et actions
n'étant que sa forme extérieure. Or, chez les Incubes et les Succubes
qui nous occupent, on observe des actions, des opérations, des passions
propres qui viennent des sens: donc ils possèdent le sens; mais le sens
ne peut exister sans accompagnement d'organes composites, sans une
combinaison d'âme et de corps: donc ils ont un corps et une âme, et
conséquemment ce seront des animaux; mais leurs actions et opérations
sont aussi celles d'une âme raisonnable: donc leur âme sera raisonnable;
et ainsi, du premier au dernier point, ces Incubes sont des animaux
raisonnables.
_66. Minor probatur quoad singulas ejus partes. Passio siquidem
appetitiva coitus est passio sensus; mœror, ac tristitia, ac
iracundia et furor ex coitu denegato passiones sensus sunt, ut patet in
quibusvis animalibus; generatio per coitum est operatio sensus, ut notum
est. Hæc porro omnia in Incubis sunt, ut enim probavimus supra a nº 25.
et seq.; ipsi coitum muliebrem, et quandoque virilem appetunt,
tristantur, et furunt, ut amantes, amentes, si ipsis denegetur; coeunt
perfecte et quandoque generant. Concludendum ergo quod polleant sensu,
et proinde corpore; unde inferendum etiam perfecta animalia esse.
Pariter clausis ostiis ac fenestris intrant ubivis locorum: igitur
ipsorum corpus tenue est; item futura prænoscunt, annuntiant, componunt,
ac dividunt; quæ operationes sunt propriæ animæ rationalis: ergo anima
rationali pollent; et ita sunt vera animalia rationalia._
66. Notre mineure se démontre facilement par l'analyse. En effet, la
passion appétitive du coït est une passion du sens; le chagrin, la
tristesse, la colère, la fureur causés par le refus de coït sont des
passions du sens, comme on le voit chez tous les animaux; la génération
par le coït est évidemment une opération du sens. Or tout cela s'observe
chez les Incubes, ainsi que nous l'avons prouvé plus haut: ils
sollicitent les femmes, quelquefois même les hommes; éprouvent-ils un
refus, ils s'attristent, se mettent en fureur, comme les amants:
_amantes, amentes_; ils pratiquent parfaitement le coït, et engendrent
quelquefois. Donc il faut conclure qu'ils sont doués de sens, et
conséquemment qu'ils ont un corps; conséquemment aussi, qu'ils sont des
animaux parfaits. Il y a plus: portes et fenêtres closes, ils entrent
partout à leur fantaisie, donc leur corps est subtil; enfin ils
connaissent et annoncent l'avenir, ils composent et ils divisent, toutes
opérations qui sont le propre d'une âme raisonnable, donc ils sont doués
d'une âme raisonnable, et ce sont bien, en réalité, des animaux
raisonnables.
_Respondent communiter Doctores, quod malus Dæmon est ille qui tales
impudicitias operatur, quod passiones, nempe amorem, tristitiamque
simulat ex coitu denegato, ut animas ad peccandum alliciat, et eas
perdat; et si coit, et generat, hoc est ex semine, et in corpore alieno,
ut dictum fuit supra nº 24._
A cela les Docteurs répondent communément que ces actes impurs sont le
fait du Malin Esprit: lui seul simule les passions, l'amour, le chagrin
du refus de coït, afin de faire tomber les âmes dans le péché et de les
perdre; et si parfois il pratique le coït, s'il engendre, c'est d'une
semence et à l'aide d'un corps empruntés, comme il a été dit plus haut
(nº 24).
_67. Sed contra Incubi nonnulli rem habent cum equis, equabus, aliisque
etiam brutis, quæ si coitum adversentur, male ab ipsis tractantur, ut
quotidiana constat experientia; sed in istis cessat ratio adducta, nempe
quod fingat appetitum coitus, ut animas perdat, cum anima brutorum
damnationis æternæ sit incapax. Præterea amoris et iræ passiones in ipso
contrarios effectus reales producunt. Si enim aut mulier aut brutum
amatum illis morem gerant, optime ab Incubis tractantur; viceversa
pessime habentur, si ex denegato coitu irascantur et furant; et hoc
firmatur quotidiana experientia; ergo in ipsis sunt veræ passiones
sensus. Insuper mali Dæmones, ac incorporei, qui rem habent cum Sagis et
Maleficis, ipsas cogunt ad eorum adorationem, ad denegandam Fidem
Orthodoxam, ad maleficia et scelera enormia perpetranda tanquam pensum
infamis coitus, ut supra nº 11. dictum fuit: nihil horum prætendunt
Incubi, ergo mali Dæmones non sunt. Ulterius malus Dæmon, ut ex Peltano
et Thyreo scribit Guaccius, _Compend. Malef._ lib. 1. c. 19. fol. 128.,
ad prolationem nominis Jesu aut Mariæ, ad formationem signi Crucis, ad
approximationem sacrarum Reliquiarum, sive rerum benedictarum, et ad
exorcismos, adjurationes, aut præcepta sacerdotum, aut fugit aut pavet,
concutiturque, et stridet, ut conspicitur quotidie in energumenis, et
constat ex tot historiis, quas recitat Guaccius, ex quibus habetur, quod
in nocturnis ludis Sagarum facto ab aliquo assistentium signo Crucis,
aut pronuntiato nomine Jesu, Diaboli et secum Sagæ omnes disparuerunt.
Sed Incubi ad supradicta nec fugiunt, nec pavent, quandoque cachinnis
exorcismos excipiunt, et quandoque ipsos Exorcistas cædunt, et sacras
vestes discerpunt. Quod si mali Dæmones, utpote a D. N. J. C. domiti, ad
ipsius nomen, Crucem, et res sacras pavent: boni autem Angeli eisdem
rebus gaudent, non tamen homines ad peccata et Dei offensam sollicitant:
Incubi vero sacra non timent, et ad peccata provocant, convincitur ipsos
nec malos Dæmones, nec bonos Angelos esse; sed patet, quod nec homines
sunt, cum tamen ratione utantur. Quid ergo erunt? Si in termino sunt, et
simplices spiritus sunt, erunt aut damnati aut beati: non enim in bona
Theologia dantur puri spiritus viatores. Si damnati, nomen et Crucem
Christi revererentur; si beati, homines ad peccandum non provocarent;
ergo aliud erunt a puris spiritibus; et sic erunt corporati, et
viatores._
67. Mais répliquons-nous, il y a des Incubes qui s'attaquent à des
chevaux, à des juments ou à d'autres bêtes, et qui, s'ils les trouvent
rebelles à leur passion, les maltraitent, comme cela se voit tous les
jours: là, pourtant, il n'est plus possible d'avancer que le Démon
simule le désir du coït afin de perdre les âmes, puisque les âmes des
brutes ne sont pas sujettes à damnation éternelle. De plus, l'amour et
la colère produisent chez eux des effets entièrement opposés. Si, en
effet, la femme ou l'animal aimé cèdent à leurs caprices, ces Incubes
les traitent parfaitement; au contraire, il n'est pas de sévices qu'ils
ne leur fassent subir sous l'impression de la colère, de la fureur
causée par le refus de coït: l'expérience de chaque jour le démontre
assez. Donc ces Incubes ont réellement les passions du sens. En outre,
les Malins Esprits, les Démons incorporels qui ont affaire aux Sorcières
et aux Possédées, les contraignent à les adorer, à renier la Foi
Orthodoxe, à commettre des maléfices et des crimes énormes, le tout
comme condition de l'infâme coït, ainsi qu'il a été dit ci-dessus (nº
11): or les Incubes n'exigent rien de pareil, donc ce ne sont pas de
Malins Esprits. Enfin, pour mettre en fuite le mauvais Démon, pour le
faire trembler et frémir, il suffit, comme l'écrit Guaccius, du nom de
Jésus ou de Marie, du signe de la Croix, de l'approche des saintes
reliques ou des objets bénits, des exorcismes, adjurations ou
injonctions des prêtres; c'est ce qu'on voit tous les jours dans le cas
des énergumènes, et Guaccius en rapporte maints exemples tirés des jeux
nocturnes des Sorcières, où, au signe de la Croix formé par l'un des
assistants, au nom de Jésus simplement prononcé, Diables et Sorcières
disparaissent tous ensemble. Les Incubes, au contraire, soumis à ces
épreuves, ne prennent nullement la fuite, ne manifestent aucune frayeur;
parfois même c'est par des ricanements qu'ils accueillent les
exorcismes; il y en a qui battent les Exorcistes eux-mêmes et déchirent
les vêtements sacrés. Or, si les mauvais Démons, subjugués par
Notre-Seigneur Jésus-Christ, tremblent d'effroi au bruit de son nom, à
la vue de la Croix et des objets sacrés; si, d'autre part, les bons
Anges se réjouissent des mêmes choses, sans cependant exciter les hommes
à pécher et à offenser Dieu, tandis que les Incubes, tout en n'ayant
aucune peur des choses sacrées, provoquent au péché: il est clair que
ces Incubes ne sont ni de mauvais Démons, ni de bons Anges; il est clair
également que ce ne sont pas des hommes, encore qu'ils soient doués de
raison. Que seront-ils donc? Si on les suppose arrivés au terme, et de
purs esprits, ils seront damnés ou bienheureux, car, en bonne Théologie,
il n'y a pas de purs esprits en voie de salut. Damnés, ils auraient en
révération le nom et la Croix du Christ; bienheureux, ils ne
provoqueraient pas les hommes au péché; donc ils seront autre chose que
de purs esprits, et, par conséquent, ils auront un corps, et seront dans
la voie du salut.
_68. Præterea agens materiale non potest agere nisi in passum similiter
materiale; tritum siquidem est axioma philosophorum, quod agens, et
patiens debent communicare in subjecto; nec id quod materiatum est,
potest agere in rem pure spiritualem. Dantur autem agentia naturalia,
quæ agunt contra hujusmodi Dæmones Incubos; sequitur igitur quod isti
materiati, seu corporei sunt. Minor probatur ex iis quæ scribunt
Dioscorides, l. 2. c. 168. et l. 1. c. 100., Plinius, lib. 15. c. 4.,
Aristoteles, _Probl. 34._, et Apuleius, _l. De Virtute Herbarum_, apud
Guaccium, _Comp. Malef._, l. 3. c. 13. fol. 316., et confirmatur
experientia, nempe de pluribus herbis, lapidibus ac animalibus, quæ
Dæmones depellunt, ut ruta, hypericon, verbena, scordium, palma Christi,
centaureum, adamas, corallium, gagates, jaspis, pellis capitis lupi aut
asini, menstruum muliebre, et centum alia; unde habetur 26, q. 7. cap.
final.: _Dæmonium sustinenti liceat petras, vel herbas habere sine
incantatione_. Ex quo habetur, petras aut herbas posse sua vi naturali
Dæmonis vires compescere, aliter Canon hoc non permitteret, sed ut
superstitiosum vetaret. Et de hoc luculentum exemplum habemus in Sacra
Scriptura, ubi Angelus Raphael dixit Tobiæ, c. 6. v. 8.: _cordis ejus_
(nempe piscis, quem a Tigri attraxerat) _particulam, si super carbones
ponas, fumus ejus extricat omne genus Dæmoniorum_. Et ejus virtutem
experientia comprobavit: nam incenso jecore piscis, fugatus est Incubus,
qui Saram deperiebat._
68. Observons aussi qu'un agent matériel ne peut agir que sur un passif
également matériel. C'est, en effet, un axiome philosophique bien connu,
que l'agent et le patient doivent avoir un sujet commun: ce qui est
purement matière ne peut agir sur un objet purement spirituel. Or, il y
a des agents naturels qui agissent contre les Démons Incubes en
question; il s'ensuit donc que ces Incubes sont matériels, ou corporels.
Notre mineure est prouvée par les témoignages de Dioscoride, de Pline,
d'Aristote et d'Apulée, cités par Guaccius, _Comp. Malef._, l. 3, chap.
13, fol. 316; elle est confirmée par la connaissance que nous avons de
plusieurs herbes, pierres et substances animales qui ont la vertu de
chasser les Démons, comme la rue, le mille-pertuis, la verveine, la
germandrée, le palma-christi, la centaurée, le diamant, le corail, le
jais, le jaspe, la peau de la tête du loup ou de l'âne, les menstrues
des femmes et cent autres: pour quoi il est écrit: _A celui qui soutient
l'assaut du Démon, il est permis d'avoir des pierres, ou des herbes,
mais sans recourir aux enchantements_. D'où il résulte que les pierres
ou les herbes peuvent, par leur vertu naturelle, maîtriser l'effort du
Démon: autrement le Canon susvisé n'en permettrait pas l'emploi, et
l'interdirait au contraire comme superstitieux. Un exemple éclatant de
ce fait est celui que nous trouvons dans la Sainte Écriture, où l'Ange
Raphaël dit à Tobie, ch. 6, v. 8, en parlant du poisson qu'il avait
péché dans le Tigre: «_Si tu jettes sur des charbons une parcelle de son
foie, la fumée fera fuir toute espèce de Démons._» L'expérience démontra
la vérité de ces paroles, car le foie du poisson ne fut pas plus tôt
livré au feu, que l'Incube amoureux de Sara prit la fuite et disparut
pour ne plus revenir.
_69. Respondent ad hæc communiter Theologi, quod talia agentia naturalia
inchoative tantum fugant Dæmonem, completive autem vis supernaturalis
Dei aut Angeli, ita ut virtus supernaturalis sit causa primaria,
directa, et principalis, naturalis autem secondaria, indirecta, et minus
principalis. Unde ab probationem, quæ supra adducta est de Dæmone fugato
a fumo jecoris piscis incensi a Tobia, respondet Vallesius, _De Sac.
Philosoph._, c. 28., quod tali fumo indita fuit a Deo vis supernaturalis
fugandi Incubum, sicut igni materiali Inferni data est virtus torquendi
Dæmones et animas Damnatorum. Ad eamdem autem probationem respondet
Lyranus, et Cornelius ad c. 6. Tob. v. 8., Abulentis in 1. Reg. c. 16.
q. 46., Pererius in _Daniel._, pag. 272., apud Cornel. _loc. cit._,
fumum cordis piscis expulisse Dæmonem inchoate vi naturali, sed complete
vi angelica et cœlesti: naturali autem impediendo actionem Dæmonis
per dispositionem contrariam, quia hic agit per naturales causas et
humores, quorum qualitates expugnantur a qualitatibus contrariis rerum
naturalium, quæ dicuntur Dæmones fugare; et in eadem sententia sunt
omnes loquentes de arte exorcista._
69. A cela les Théologiens répondent d'ordinaire que ces agents naturels
chassent bien le Démon, mais seulement inchoativement, et que l'effet
complétif est dû à la force surnaturelle de Dieu ou de l'Ange: de telle
sorte que la force surnaturelle est la cause première, directe et
principale, la force naturelle n'étant que secondaire, indirecte et
subordonnée. Ainsi, pour expliquer comment la fumée du foie de ce
poisson brûlé par Tobie put mettre le Démon en fuite, Vallesius allègue
que cette fumée avait reçu de Dieu le pouvoir surnaturel de chasser
l'Incube, de même que le feu matériel de l'Enfer a le pouvoir de
torturer les Démons et les âmes des Damnés. D'autres, comme Lyranus et
Cornelius, enseignent que la fumée du cœur du poisson a chassé le
Démon inchoativement par vertu naturelle, mais complétivement par vertu
angélique et céleste: par vertu naturelle, en opposant à l'action du
Démon une action contraire, car l'Esprit Malin met en œuvre des
causes et des humeurs naturelles, dont les qualités sont combattues par
les qualités contraires de choses naturelles que l'on sait capables de
chasser les Démons; et cette opinion est partagée par tous les auteurs
qui traitent de l'art des exorcismes.
_70. Sed hæc responsio, que tamen validas habet instantias, ad plus
quadrare potest contra malos Dæmones obsidentes corpora, aut per
maleficia inferentes ipsis ægritudines, aut alia incommoda, sed nullo
modo facit ad propositum de Incubis: siquidem isti nec corpora obsident,
nec ipsis officiunt per ægritudines habituales, sed ad plus ictibus et
percussionibus torquent. Quod si equas coitum adversantes macras
reddunt, hoc faciunt subducendo illis cibum, et hoc modo macrescere, et
tandem interire eas faciunt. Ad hæc autem patranda non eget Incubus
alicujus rei naturalis applicatione (qua tamen eget malus Dæmon inferens
ægritudinem habitualem), ea enim potest ex sua vi organica naturali.
Pariter Dæmon malus plerumque obsidet corpora, et infert ægritudines ad
signa cum ipso conventa et posita a Saga aut Malefico, quæ signa
multoties res naturales sunt, præditæ vi nativa nocendi, quibus
naturaliter resistunt alia pariter naturalia contrariæ virtutis. Incubus
vero non sic; quia ex se, et nulla concurrente aut Saga aut Malefico,
suas vexationes infert. Præterea res naturales fugantes Incubos suam
virtutem exercent, ac effectum sortiuntur absque interventu alicujus
exorcismi aut sacræ benedictionis; ut proinde dici non possit, quod fuga
Incubi inchoative sit a virtute naturali, completive autem a vi divina,
quia ibi nulla particularis intervenit divini nominis invocatio, sed est
purus effectus rei naturalis, ad quem non concurrit Deus, nisi concursu
universali, tanquam auctor naturæ, et causa universalis, et prima in
ordine efficientium._
70. Mais cette explication, si plausibles que soient les faits sur
lesquels elle se fonde, peut tout au plus être admise à l'égard des
Esprits Malins qui obsèdent les corps ou, au moyen de maléfices, leur
communiquent des maladies ou autres infirmités. En ce qui est des
Incubes, elle manque absolument de portée. Ceux-ci, en effet, n'obsèdent
pas les corps; ils ne leur communiquent pas de maladies, et leur
méchanceté se borne à des coups, à des mauvais traitements. S'ils font
maigrir les juments qui se refusent au coït, c'est en leur enlevant leur
nourriture, par suite de quoi elles dépérissent et finissent par mourir.
Pour ce faire, l'Incube n'a pas besoin d'employer un agent naturel,
comme l'Esprit Malin lorsqu'il veut communiquer une maladie: il lui
suffit d'exercer sa force organique naturelle. De même, quand l'Esprit
Malin obsède les corps et leur communique des maladies, c'est le plus
souvent à l'aide de signes convenus avec lui et disposés par une
sorcière ou un sorcier, lesquels signes sont généralement des choses
naturelles, ayant en elles-mêmes vertu de nuire, auxquelles on oppose
naturellement d'autres choses également naturelles et douées de vertu
contraire. L'Incube, lui, procède différemment: c'est de lui-même, et
sans le concours d'aucun sorcier ou sorcière, qu'il inflige les mauvais
traitements. En outre, les choses naturelles qui mettent les Incubes en
fuite, exercent leur vertu et produisent ce résultat sans l'intervention
d'aucun exorcisme ou bénédiction; on ne saurait dire par conséquent que
l'Incube soit chassé inchoativement par vertu naturelle et
complétivement par force divine, puisqu'il n'y a ici aucune invocation
du nom divin, mais effet pur et simple d'une chose naturelle, auquel
Dieu ne concourt qu'à titre d'agent universel, comme auteur de la
nature, cause universelle et première dans l'ordre des efficientes.
_71. Duas circa hoc historias do, quarum primam habui a Confessario
Monialium, viro gravi, ac fide dignissimo. Alterius vero sum testis
oculatus._
71. Voici à ce sujet deux histoires: je tiens la première d'un
Confesseur de Nonnes, homme grave et très-digne de foi; quant à la
seconde, j'en suis témoin oculaire.
_In quodam Sanctimonalium monasterio degebat ad educationem Virgo quædam
nobilis tentata ab Incubo, qui diu noctuque ipsi apparebat, ipsam ad
coitum sollicitando eniximis precibus, tamquam amasius præ amore
dementatus; ipsa tamen semper restitit tentanti gratia Dei, ac
sacramentorum frequentia roborata. Incassum abiere plures devotiones,
jejunia et vota facta a puella vexata, exorcismi, benedictiones, et
præcepta ab exorcistis facta Incubo, ut desisteret a molestia illa; nec
quidquam proficiebatur multitudo reliquiarum, aliarumque rerum
benedictarum disposita in camera virginis tentatæ, nec benedictæ candelæ
noctu ibidem ardentes impediebant, quominus juxta consuetum appareret ad
tentandum in forma speciosissimi juvenis. Consultas inter alios viros
doctos fuit quidam Theologus magnæ eruditionis: iste advertens virginem
tentatam esse temperamenti phlegmatici a toto, conjectavit Incubum esse
dæmonem aqueum (dantur enim ut scribit Guaccius, _Comp. Malefic._ l. 1.
c. 19. fol. 129., Dæmones ignei, ærei, phlegmatici, terrei, subterranei,
et lucifugi), et consuluit quod in camera virginis tentatæ continue
fieret suffimentum vaporosum sequens. Requirunt ollam novam figulinam
vitreatam; in hac ponitur calami aromatici, cubebarum seminis,
aristolochiæ utriusque radicum, cardamomi majoris et minoris,
gingiberis, piperis longi, caryophyllorum, cinnamomi, canellæ
caryophyllatæ, macis, nucum myristicarum, styracis calamitæ, benzoini,
ligni ac radicis rodiæ, ligni aloes, triasantalorum una uncia, semiaquæ
vitæ libræ tres; ponitur olla supra cineres calidas ut vapor suffimenti
ascendat, et cella clausa tenetur. Facto suffimento advenit denuo
Incubus, sed ingredi cellam nunquam ausus est: sed si tentata extra eam
ibat, et per viridarium ac claustra spatiabatur, aliis invisibilis sibi
visus apparebat Incubus, et puellæ collo injectis brachiis violenter, ac
quasi furtive oscula rapiebat: quod molestissimum honestæ virgini erat.
Consultus denuo Theologus ille ordinavit puellæ, ut deferret pixidulas
unguentarias exquisitorum odorum, ut moschi, ambræ, zibetti, balsami
Peruviani, ac aliorum compositorum; quod cum fecisset, deambulanti per
viridarium puellæ apparuit Incubus faci minaci, ac furenti; non tamen ad
illam approximavit, sed digitum sibi momordit tanquam meditans
vindictam; tandem disparuit, nec amplius ab ea visus fuit._
Dans un monastère de saintes Religieuses vivait comme pensionnaire une
jeune vierge de noble famille, laquelle était tentée par un Incube qui
lui apparaissait jour et nuit, et, avec les plus instantes prières, avec
les allures de l'amant le plus passionné, la sollicitait sans cesse au
péché: elle cependant, soutenue par la grâce de Dieu et la fréquentation
des sacrements, demeurait ferme dans sa résistance. Mais malgré toutes
ses dévotions, ses jeûnes, ses vœux; malgré les exorcismes, les
bénédictions, les injonctions faites par les exorcistes à l'Incube de
renoncer à ses persécutions; en dépit de la multitude de reliques et
autres objets sacrés accumulés dans la chambre de la jeune fille, des
flambeaux ardents qu'on y entretenait toute la nuit, l'Incube n'en
persistait pas moins à lui apparaître comme de coutume sous la forme
d'un très-beau jeune homme. Enfin, parmi les doctes personnages
consultés à ce propos, se trouva un Théologien d'une grande érudition:
lequel, observant que la jeune fille tentée était d'un tempérament tout
à fait flegmatique, conjectura que cet Incube devait être un démon
aqueux (il y a en effet, comme en témoigne Guaccius, des démons ignés,
aériens, flegmatiques, terrestres, souterrains, ennemis du jour), et
ordonna qu'on fît immédiatement dans la chambre de la jeune fille une
fumigation de vapeur. On apporte en conséquence une marmite neuve en
terre transparente; on y met une once de canne aromatique, de poivre
cubèbe, de racines d'aristoloche des deux espèces, de cardamome grand et
petit, de gingembre, de poivre long, de caryophylles, de cinnamome, de
canelle caryophyllée, de macis, de noix muscades, de storax calamite, de
benjoin, de bois d'aloès, et de trisanthes, le tout dans trois livres
d'eau-de-vie demi-pure; on place la marmite sur des cendres chaudes,
afin de faire monter la vapeur fumigante, et l'on tient la chambre
close. La fumigation faite arrive l'Incube, mais qui, cette fois, n'osa
jamais pénétrer dans la chambre; seulement, si la jeune fille en sortait
pour se promener dans le jardin ou dans le cloître, il lui apparaissait
aussitôt tout en restant invisible aux autres, et lui jetant ses bras
autour du cou, lui dérobait ou plutôt lui arrachait des baisers, ce qui
faisait cruellement souffrir cette honnête pucelle. Enfin, après
nouvelle consultation, notre Théologien ordonna à la jeune fille de
porter sur elle de petites boulettes composées de parfums exquis, tels
que musc, ambre, civette, baume du Pérou et autres. Ainsi munie, elle
s'en alla se promener dans le jardin où sur-le-champ lui apparut
l'Incube, furieux et menaçant; toutefois il n'osa point l'approcher, et
après s'être mordillé le doigt, comme s'il méditait une vengeance, il
disparut pour ne plus revenir.
_72. Alia historia est, quod in Conventu Magnæ Cartusiæ Ticinensis, fuit
quidam Diaconus, nomine dictus Augustinus, maximas, ac inauditas, et
pene incredibiles sustinens a quodam Dæmone vexationes; quæ tolli nullo
remedio spirituali (quamvis plura juxta plures exorcistas, qui
liberationem, sed incassum tentarunt, fuissent adhibita) potuerunt. Me
consuluit illius Conventus vicarius, qui curam divexati, utpote Clerici
ex officio habebat. Ego videns frustranea fuisse consueta exorcismorum
remedia, exemplo historiæ suprarecensitæ consului suffimentum simile
superiori, utque divexatus pixidulas odoramentorum supradictas deferret;
et quia tabacchi usum habebat, et aqua vitæ delectabatur, suasi, ut et
tabaccho et aqua vitæ moschata uteretur. Dæmon illi apparebat diu,
noctuque ultra alias species, puta scheleti, suis, asini, Angeli, avis,
modo in forma unius, modo alterius ex suis Religiosis, et semel in forma
sui Prælati, nempe Prioris, qui hortatus est vexatum ad puritatem
conscientiæ, ad confidentiam in Deum, et ad frequentiam confessionis;
suasit ut sibi sacramentalem confessionem faceret, quod etiam fecit; et
expost Psalmos _Exsurgat Deus_ et _Qui habitat_, et mox Evangelium S.
Joannis simul cum vexato recitavit, et ad ea verba _Verbum caro factum
est_ genuflexit, et accepta stola, quæ in cella erat, et aspergillo aquæ
benedictæ benedixit cellæ, ac lecto vexati, et ac si revera fuisset
ipsius Prior præceptum fecit Dæmoni, ne auderet illum suum subditum
amplius divexare, et post hæc disparuit, sicque prodidit quisnam esset:
aliter vexatus illum suum Prælatum esse reputaverat. Postquam igitur
suffimentum, ac odores, ut supra dictum est, consulueram, non destitit
Dæmon juxta solitum apparere; imo assumpta figura vexati fuit ad cameram
Vicarii, et ab eo petiit aquam vitæ, ac tabaccum moschatum, dicens sibi
talia valde placere. Vicarius utrumque illi dedit: quibus acceptis
disparuit in momento, quo facto cognovit Vicarius se fuisse illusum a
Dæmone tali pacto: quod magis confirmavit assertum vexati, qui cum
juramento affirmavit, se illa die nullo modo fuisse in cella Vicarii.
Iste mihi totum retulit, et ex tali facto conjeci Dæmonem illum non
fuisse aqueum, ut erat Incubus, qui virginem ad coitum sollicitabat, ut
dictum supra est, sed igneum, vel ad minus æreum, ex quo gaudebat
vaporibus, ac odoribus, tabacco, et aqua vitæ, quæ calida sunt. Et
conjecturæ vim addidit temperamentum divexati, quod erat colericum quo
ad prædominium cum subdominio, tamen sanguineo. Dæmones enim tales non
accedunt nisi ad eos, qui secum in temperamento symbolizant; ex quo
validatur opinio mea de illorum corporeitate. Unde suasi Vicario, ut
acciperet herbas natura frigidas, ut nymphæam, hepaticam, portulacam,
mandragoram, sempervivam, plantaginem, hyoscyamum, et alias similes, et
ex iis compositum fasciculum fenestræ, alium ostio cellæ suspenderet;
similibusque herbis, tum cameram, tum lectum divexati sterneret. Mirum
dictu! comparuit denuo Dæmon, manens tamen extra cameram, nec ingredi
voluit, et cum divexatus illum interrogasset, quare de more intrare non
auderet, multis verbis injuriosis jactatis contra me, qui talia
consulueram, disparuit, nec amplius reversus est._
72. Voici l'autre histoire: dans le Couvent de la Grande Chartreuse de
Pavie vivait un Diacre nommé Augustin, lequel était en butte, de la part
de certain démon, à des vexations excessives, inouïes et presque
incroyables; plusieurs exorcistes avaient tenté en vain de le délivrer:
tous les remèdes spirituels étaient restés sans effet. Le Vicaire du
couvent, qui avait la charge spirituelle de ce pauvre clerc, vint me
consulter. Moi, voyant l'inefficacité des exorcismes ordinaires, et me
rappelant l'exemple ci-dessus rapporté, je conseillai une fumigation de
parfums semblable à celle dont il a été question, et ordonnai au diacre
de porter sur lui des boulettes odoriférantes de même nature; de plus,
comme il avait l'usage du tabac et qu'il aimait beaucoup l'eau-de-vie,
je lui recommandai le tabac et l'eau-de-vie musquée. Le démon lui
apparaissait sous différentes formes: squelette, cochon, âne, Ange,
oiseau; ou bien il empruntait les traits de quelques Religieux du
couvent; une fois même ce fut son propre Abbé ou Prieur, lequel
l'exhorta à purifier sa conscience, à se confier en Dieu, à user
fréquemment de la confession; il lui persuada de lui faire sa confession
sacramentelle, récita avec lui les psaumes _Exsurgat Deus_ et _Qui
habitat_, et l'Évangile de Saint Jean: aux mots _Verbum caro factum est_
il fléchit le genou, puis saisissant une étole qui était dans la cellule
et le goupillon d'eau bénite, il bénit la cellule et le lit, et, comme
s'il eût été réellement le Prieur, il enjoignit au démon de ne plus oser
à l'avenir tourmenter son subordonné: après quoi il disparut, trahissant
ainsi ce qu'il était, car autrement le jeune diacre le prenait pour son
véritable Prieur. Or, nonobstant les fumigations et les parfums que
j'avais conseillés, ce démon n'en continua pas moins ses obsessions;
bien plus, il revêtit les traits de sa victime pour se présenter chez le
Vicaire, auquel il demanda de l'eau-de-vie et du tabac musqué, choses
qu'il aimait, disait-il, passionnément. Ayant obtenu l'un et l'autre, il
disparut en un clin d'œil, montrant ainsi au Vicaire qu'il avait été
le jouet du Démon: et ceci fut amplement confirmé par le Diacre, qui
affirma avec serment qu'il n'était pas allé ce jour-là dans la cellule
du Vicaire. Le tout me fut rapporté, d'où je conclus que loin d'être
aqueux, comme l'Incube amoureux de la jeune fille dont il a été parlé
plus haut, ce démon était igné ou tout au moins aérien, puisqu'il se
délectait de substances chaudes, comme vapeurs, parfums, tabac et
eau-de-vie. Le tempérament du jeune diacre, bilieux et sanguin, mais où
le bilieux l'emportait, ne fit que fortifier mes conjectures, car ces
démons ne s'attaquent jamais qu'à ceux dont le tempérament est conforme
au leur: nouvelle preuve de la vérité de mon opinion sur leur
corporéité. Je recommandai en conséquence au Vicaire de faire prendre à
son pénitent des herbes froides de leur nature, telles que nénuphar,
hépatique, euphorbe, mandragore, joubarde, plantain, jusquiame, et
autres semblables, pour en composer deux faisceaux dont il suspendrait
l'un à la fenêtre, l'autre à la porte de la cellule, ayant soin
également d'en joncher sa chambre et son lit. Chose prodigieuse! le
Démon apparut encore, mais en restant hors de la cellule, sans vouloir
entrer; et comme le diacre lui demandait la cause de cette réserve
inusitée, pour toute réponse il se répandit en injures contre moi qui
avais conseillé ces moyens de défense, puis il disparut et jamais plus
ne revint.
_73. Ex his duabus historiis apparet tales odores, et herbas respective
sua naturali virtute, nullaque interveniente vi supernaturali Dæmones
propulisse; unde convincitur quod Incubi patiuntur a qualitatibus
materialibus, ut proinde concludi debeat, quod communicant in materia
cum iis rebus naturalibus, a quibus fugantur, et ex consequenti corpore
sint præditi, quod est intentum._