DÉMONIALITÉ

Le premier auteur qui, à ma connaissance, ait imaginé le mot de

_Démonialité_, est Jean Caramuel, dans sa _Théologie fondamentale_, et

personne avant lui ne me paraît avoir distingué ce crime de celui de

_Bestialité_. En effet, tous les Théologiens Moralistes, à la suite de

S. Thomas (2, 2, question 154), comprennent, sous le titre spécifique de

_Bestialité_, «_toute sorte de commerce charnel avec un objet quelconque

d'espèce différente_»: ce sont les propres termes de S. Thomas. Cajetan,

par exemple, dans son Commentaire sur cette question, classe le commerce

avec le Démon dans l'espèce de Bestialité; de même Sylvestre, au mot

_Luxuria_, Bonacina, _de Matrimonio_, question 4, et les autres.

_2. Sed revera D. Thomas in illo loco considerationem non habuit ad

coitum cum Dæmone: ut enim infra probabimus, hic coitus non potest in

specie specialissima _Bestialitatis_ comprehendi; et ut veritati

cohæreat sententia S. Doctoris, dicendum est, quod in citato loco,

quando ait, quod peccatum contra naturam, _alio modo si fiat per

concubitum ad rem non ejusdem speciei vocatur Bestialitas_: sub nomine

_rei non ejusdem speciei_ intellexerit animal vivens, non ejusdem

speciei cum homine: non enim usurpare potuit ibi nomen _rei_ pro re,

puta, ente communi ad animatum et inanimatum: si enim quis coiret cum

cadavere humano, concubitum haberet ad rem non ejusdem speciei cum

homine (maxime apud Thomistas, qui formam corporeitatis humanæ negant in

cadavere), quod etiam esset si cadaveri bestiali copularetur; et tamen

talis coitus non esset bestialitas, sed mollities. Voluit igitur ibi D.

Thomas præcise intelligere concubitum cum re vivente non ejusdem speciei

cum homine, hoc est cum bruto, nullo autem modo comprehendere voluit

coitum cum Dæmone._

2. Cependant il est certain que S. Thomas, dans le passage en question,

n'a eu nullement en vue le commerce avec le Démon. Comme je le prouverai

plus loin, ce commerce ne peut être compris dans l'espèce très-spéciale

de la _Bestialité_; et, pour faire cadrer avec le vrai cette sentence du

saint Docteur, il faut admettre qu'en disant du péché contre nature, que

«_lorsqu'il se commet par commerce avec un objet d'espèce différente, il

prend le nom de Bestialité_», sous cette dénomination _d'objet d'espèce

différente_, S. Thomas entend désigner un animal vivant, d'une autre

espèce que l'homme; car il n'a pu employer ici le mot _objet_ ou _chose_

dans son sens le plus général, pour exprimer indifféremment un être

animé ou inanimé. Qu'un homme, en effet, s'avise de forniquer _cum

cadavere humano_, il aura affaire à un objet d'une autre espèce que lui

(surtout pour les Thomistes, qui refusent au cadavre la forme de

corporéité humaine); même chose _si cadaveri bestiali copularetur_; et

pourtant _talis coitus_ ne sera pas bestialité, mais pollution ou

mollesse. Ce que S. Thomas a donc voulu préciser ici, c'est le commerce

charnel avec un objet vivant d'une autre espèce que l'homme,

c'est-à-dire avec une bête, et il n'a pas songé le moins du monde au

commerce avec le Démon.

_3. Coitus igitur cum Dæmone, sive Incubo, sive Succubo (qui proprie est

Dæmonialitas), specie differt a Bestialitate, nec cum ea facit unam

speciem specialissimam, ut opinatus est Cajetanus: peccata enim contra

naturam specie inter se distingui contra opinionem nonnullorum

Antiquorum, et Caramuelis, Summ. Armill., v. _Luxur._ n. 5., Jabien.,

eo. v. n. 6., Asten. lib. 2. tit. 46. art. 7., Caram. _Theol. fundam._

post Filliucium, et Crespinum a Borgia, est opinio communis; et

contraria est damnata in proposit. 24. ex damnatis ab Alexandro VII.;

tum quia singula continent peculiarem, et distinctam turpitudinem

repugnantem castitati, et humanæ generationi; tum quia quodlibet ex iis

privat bono aliquo secundum naturam, et institutionem actus venerei,

ordinati ad finem generationis humanæ; tum quia quodlibet ipsorum habet

diversum motivum, per se sufficiens ad privandum eodem bono diversimode,

ut optime philosophatur Filliuc., tom. 2. c. 8. tract. 30. qu. 3. nº

142.; Cresp., q. mor. sel. contro.; Caramuel. q. 5. _per tot.__

3. Donc, le commerce avec le Démon, soit Incube, soit Succube (qui est

proprement _Démonialité_), diffère en espèce de la Bestialité, et ne

saurait être confondu avec ce dernier crime, comme le pense à tort

Cajetan, sous la qualification d'espèce très-spéciale; car, malgré qu'en

aient dit quelques Anciens, et après eux Caramuel, dans sa _Théologie

fondamentale_, les péchés contre nature sont entre eux d'espèce bien

distincte. C'est du moins la doctrine générale, et l'opinion contraire a

été condamnée par Alexandre VII: d'abord, parce que chacun de ces péchés

porte avec lui sa turpitude particulière et distincte, contraire à la

chasteté et à la génération humaine; ensuite, parce qu'en le commettant,

on sacrifie chaque fois quelque avantage naturellement attaché à

l'institution de l'acte vénérien, lequel a pour but normal la génération

humaine; enfin, parce que tous ont un motif différent, mais suffisant en

soi pour produire de diverses manières la privation du même bien, comme,

le déduisent excellemment Filliucius, Crespin et Caramuel.

_4. Ex his autem infertur, quod etiam Dæmonialitas specie differt a

Bestialitate: singula enim ipsarum peculiarem, et distinctam

turpitudinem castitati, ac humanæ generationi repugnantem involvit;

siquidem Bestialitas est copula cum bruto vivente, ac sensibus et motu

proprio prædito: Dæmonialitas autem est commixtio cum cadavere (stando

in sententia communi, quam infra examinabimus), nec sensum, nec motum

vitalem habente; et per accidens est, quod a Dæmone moveatur. Quod si

immunditia commissa cum brutali cadavere, vel humano, differt specie a

Sodomia et Bestialitate, ab ista differt pariter specie etiam

_Dæmonialitas_, in qua, juxta communem sententiam, homo cum cadavere

concumbit accidentaliter moto._

4. Il suit de là que la Démonialité diffère en espèce de la Bestialité,

car chacune d'elles a sa turpitude particulière et distincte, contraire

à la chasteté et à la génération humaine. La Bestialité est l'union avec

une bête vivante, douée de sentiments et de mouvements qui lui sont

propres: la Démonialité, au contraire, est la copulation avec un cadavre

(au moins d'après la doctrine générale, que j'examinerai ci-après),

lequel cadavre n'a ni sentiment ni mouvement, et ne se trouve mû

qu'accidentellement, par un artifice du Démon. Or, si la fornication

commise avec un cadavre d'homme, de femme ou de bête, diffère en espèce

de la Sodomie et de la Bestialité, la même différence existe pour la

_Démonialité_ qui, dans l'opinion commune, est le commerce de l'homme

avec un cadavre mû accidentellement.

_5. Et confirmatur: quia in peccatis contra naturam, seminatio

innaturalis (hoc est, ea ad quam regulariter non potest sequi generatio)

habet rationem generis; subjectum vero talis seminationis est

differentia constituens species sub tali genere, unde si seminatio fiat

in terram, aut corpus inanime, est mollities: si fiat cum homine in vase

præpostero, est Sodomia; si fiat cum bruto, est bestialitas; quæ absque

controversia inter se specie differunt, eo quod terra, seu cadaver,

homo, et brutum, quæ sunt subjecta talis seminationis, specie differunt

inter se. Sed Dæmon a bruto non solum differt specie, sed plusquam

specie: differunt enim per corporeum, et incorporeum, quæ sunt

differentiæ genericæ. Sequitur ergo quod seminationes factæ cum aliis

differunt inter se specie, quod est intentum._

5. Autre preuve: dans les péchés contre nature, la sémination

anti-naturelle (c'est-à-dire qui ne peut être régulièrement suivie de

génération) constitue un genre; mais le sujet de cette sémination est la

différence qui constitue les espèces classées sous le genre. Ainsi, que

la sémination ait lieu sur la terre, ou sur un corps inanimé, c'est

pollution; qu'elle s'opère _cum homine in vase præpostero_, c'est

Sodomie; avec une bête, c'est bestialité: tous crimes qui, sans

contredit, diffèrent en espèce entre eux, par la même raison que la

terre, le cadavre, l'homme et la bête, sujets passifs _talis

seminationis_, sont entre eux d'espèce différente. Mais la différence du

Démon avec la bête n'est pas seulement spécifique, elle est plus que

spécifique: la nature de l'une est corporelle, l'autre incorporelle, ce

qui établit une différence générique. D'où il suit _quod seminationes_

pratiquées sur des sujets différents diffèrent en espèce entre elles; ce

qu'il fallait démontrer.

_6. Pariter, trita est doctrina Moralistarum fundata in Tridentino,

sess. 14. c. 5. D. Th. in 4. dist. 16. q. 3. art. 2., Vasquez, q. 91.

art. 1. dub. 2. n. 6., Reginald. Valenz. Medin. Zerola. Pesant. Sajir.

Sott. Pitig. Henriquez apud Bonac. _de Sac._ disp. 5. q. 5. sect. 2.

punct. 2. § 3. diffic. 3. n. 5., et tradita per Theologos, quod in

confessione manifestandæ sint tantum circumstantiæ quæ mutant speciem

peccatorum. Si igitur Dæmonialitas et Bestialitas sunt ejusdem speciei

specialissimæ, sufficit in confessione dicere: _Bestialitatis peccatum

commisi_, quantumvis confitens cum Dæmone concubuerit. Hoc autem falsum

est: igitur non sunt ejusdem speciei specialissimæ._

6. J'invoquerai encore la doctrine bien connue des Moralistes, établie

dans le Concile de Trente, session 14, et admise par les Théologiens, à

savoir: que, dans la confession, il suffit d'énoncer les circonstances

qui modifient l'espèce des péchés. Si donc la Démonialité et la

Bestialité sont d'une même espèce très-spéciale, il suffira au pénitent,

chaque fois qu'il aura forniqué avec le Démon, de dire à son confesseur:

_J'ai commis le péché de Bestialité_. Or, ceci est faux: donc ces deux

péchés ne sont pas de même espèce très-spéciale.

_7. Quod si dicatur, aperiendum esse in confessione circumstantiam

concubitus cum Dæmone ratione peccati contra Religionem: peccatum contra

Religionem committitur, aut ex cultu, aut ex reverentia, aut ex

deprecatione, aut ex pacto, aut ex societate cum Dæmone (D. Thomas, 2.

2. q. 90. art. 2. et q. 95. art. 4. in corp.); sed, ut infra dicemus,

dantur Succubi, et Incubi, quibus nullum prædictorum exhibetur, et tamen

copula sequitur: igitur respectu istorum nulla intervenit

irreligiositas, et commixtio cum istis nullam habebit rationem

ulteriorem, quam puri et simplicis coitus, qui, si est ejusdem speciei

cum _Bestialitate_, sufficienter exprimetur dicendo: _Bestialitatem

commisi_; quod tamen falsum est._

7. On dira peut-être que si les circonstances du commerce avec le Démon

doivent être révélées au confesseur, c'est à cause de l'atteinte qu'il

porte à la Religion; cette atteinte résulte, en effet, soit du culte

rendu au Démon, soit des hommages ou des prières qu'on lui adresse, soit

du pacte de société conclu avec lui (_S. Thomas_, quest. 90). Mais,

comme on le verra dans la suite, il est des Incubes et des Succubes

auxquels rien de tout cela ne s'applique, et cependant _copula

sequitur_. Il n'y a donc, dans ce cas spécial, aucun élément d'impiété,

aucun caractère autre _quam puri et simplicis coitus_; et, s'il est de

même espèce que la _Bestialité_, on l'énoncera suffisamment en disant:

_J'ai commis le péché de Bestialité_, ce qui est faux.

_8. Ulterius in confesso est apud omnes Theologos Morales, quod longe

gravior est copula cum Dæmone, quam cum quolibet bruto; in eadem autem

specie specialissima peccati non datur unum peccatum gravius altero, sed

omnia æque gravia sunt; perinde enim est coire cum cane, aut asina, aut

equa; sequitur ergo, quod si _Dæmonialitas_ est gravior Bestialitate,

non sint ambo ejusdem speciei. Nec dicendum gravitatem majorem in

_Dæmonialitate_ petendam esse ab irreligiositate, seu superstitione ex

societate cum Dæmone, ut scribit Cajetanus ad 2. 2. q. 154., ar. 11. §

ad 3. in fine, quia hoc fallit in aliquibus Succubis et Incubis, ut

supra dictum est; tum quia gravitas major statuitur in _Dæmonialitate_

præ Bestialitate, in genere vitii contra naturam: major autem gravitas

in illa supra istam ratione irreligiositatis exorbitat ex illo genere,

proinde non facit in illo genere, et ex se graviorem._

8. En outre, de l'aveu de tous les Théologiens Moralistes, _copula cum

Dæmone_ est beaucoup plus grave que pareil acte commis avec n'importe

quelle bête. Or, dans une même espèce très-spéciale de péché, un péché

n'est pas plus grave qu'un autre, mais tous sont également graves: c'est

même chose d'avoir commerce avec une chienne, ou une ânesse, ou une

jument; d'où il suit que, si la _Démonialité_ est plus grave que la

Bestialité, ces deux actes ne sont pas de même espèce. Et qu'on ne

prétende pas, comme le fait Cajetan, attribuer plus de gravité à la

_Démonialité_, à cause de l'outrage que recevrait la Religion du culte

rendu au Démon ou du pacte de société conclu avec lui: ceci, en effet,

on l'a vu plus haut, ne se rencontre pas toujours dans le commerce de

l'homme avec les Incubes et les Succubes; de plus si, dans le genre du

péché contre nature, la _Démonialité_ est plus grave que la Bestialité,

l'outrage à la Religion n'est pour rien dans cette aggravation,

puisqu'il est étranger à ce genre lui-même.

_9. Statuta igitur differentia specifica _Dæmonialitatis_ a

Bestialitate, ut gravitas illius percipiatur in ordine ad pœnam de

qua principaliter nobis tractandum est, est necessarium inquirere

quotupliciter _Dæmonialitas_ accidat. Non desunt qui sibi nimis scioli

negant quod gravissimi Auctores scripsere, et quod quotidiana constat

experientia, Dæmonem scilicet tum Incubum, tum Succubum, non solum

hominibus, sed etiam brutis carnaliter conjungi. Aiunt proinde esse

hominum imaginationem, phantasmatibus a Dæmone perturbatis læsam, seu

dæmoniaca esse præstigia: sicuti etiam Sagæ, seu Striges, sola

imaginatione perturbata a Dæmone, sibi videntur assistere ludis,

choreis, conviviis, et conventibus nocturnis, et carnaliter Dæmoni

commisceri; nullo vero reali modo deferuntur corpore ad ejusmodi loca,

et actiones, prout textualiter dicitur in quodam Capitulo, ac duobus

Conciliis. _Cap. Episcop._ 26. q. 5., _Conc. Ancyr._ c. 24., _Conc.

Rom._ 4. _sub Damaso_, c. 5. _apud Laur. Epitom._ vº _Saga_._

9. Or, ayant établi la différence spécifique de la _Démonialité_ d'avec

la Bestialité, de telle sorte qu'on puisse en apprécier la gravité et

déterminer le degré de pénitence qu'elle mérite (ce qui, pour nous, est

le point capital), il nous faut maintenant rechercher de combien de

manières différentes ce péché de _Démonialité_ peut être commis. Il ne

manque pas de gens, trop infatués de leur petit savoir, qui osent nier

ce qu'ont écrit les plus graves Auteurs et ce qu'atteste l'expérience de

chaque jour: à savoir que le Démon, soit Incube, soit Succube, s'unit

charnellement, non-seulement aux hommes ou aux femmes, mais aussi aux

bêtes. A les en croire, tout cela n'a de fondement que dans

l'imagination humaine, troublée par l'artifice du Démon; ce ne sont que

fantasmagories et prestiges diaboliques. Pareille chose, disent-ils,

arrive aux Sorcières ou Sagas qui, sous l'empire d'une illusion produite

par le Démon, s'imaginent assister aux jeux, danses, festins et sabbats

nocturnes, et avoir avec le Démon un commerce charnel, sans y être en

réalité présentes ou agissantes de corps, ainsi que l'ont textuellement

défini un Capitule et deux Conciles.

_10. Sed non negatur, quin aliquando mulierculæ, illusæ a Dæmonibus,

videantur nocturnis Sagarum ludis corporaliter interesse, dum tamen sola

imaginaria visione ipsis hoc accidit: sicut etiam in somnis videtur

nonnullis cum fœmina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non

tamen concubitus ille realis est, sed tantum phantasticus, paratus non

raro per illusionem diabolicam; et in hoc verissimum est quod habent

citatum Capitulum et Concilia. Sed hoc non semper est; sed ut in

pluribus, corpore deferuntur Sagæ ad ludos nocturnos, et vere carnaliter

corpore conjunguntur Dæmoni, et Malefici non minus Dæmoni succubo

miscentur, et hæc est sententia Theologorum, et jure consultorum

Catholicorum, quos abunde citat Frater Franciscus Maria Guaccius in suo

libro intitulato _Compendium Maleficarum_; Grilland. Remig. Petr.

Damian. Sylvest. Alphon. a Cast. Abul. Cajet. Senon. Crespet. Spine.

Anan. apud Guaccium, _Comp. Malef._, c. 15. _§ Altera, quam

verissimam_... n. 69. lib. p.; quæ sententia confirmatur decem et octo

exemplis, ibidem allatis et relatis per viros doctos et veridicos de

quorum fide ambigendum non est, quibus probatur Maleficos et Sagas

corporaliter ad ludos convenire, et cum Dæmonibus succubis et incubis

corporaliter turpissime commisceri. Et pro omnibus sufficere debet

auctoritas Divi Augustini, qui loquens de concubitu hominum cum

Dæmonibus, sic ait lib. 15. de _Civitate Dei_, c. 23.:_ «Et quoniam

creberrima fama est, multique se expertos, vel ab eis qui experti

essent, de quorum fide dubitandum non est, audivisse confirmant,

Sylvanos et Faunos, quos vulgo Incubos vocant, improbos sæpe extitisse

mulieribus, et earum appetiisse et peregisse concubitum. Et quosdam

Dæmones, quos Dusios Galli nuncupant, hanc assidue immunditiam et

tentare et efficere, plures talesque asseverant, ut hoc negare

impudentia videatur.» _Hæc Augustinus._

10. Mais, sans doute, on ne conteste pas que parfois de jeunes femmes,

trompées par le Démon, se figurent prendre part, en chair et en os, aux

sabbats nocturnes des Sorcières, sans qu'il y ait là autre chose qu'une

vision imaginaire. C'est ainsi qu'en rêve, on s'imagine assez souvent

_cum fœmina aliqua concumbere, et semen vere excernitur, non tamen

concubitus ille realis est_, mais seulement fantastique et fréquemment

l'œuvre d'une illusion diabolique: en quoi le Capitule et les

Conciles ci-dessus cités ont parfaitement raison. Mais ceci n'est pas

toujours le cas; il arrive, au contraire, le plus souvent, que les

Sorcières sont bien présentes de corps aux sabbats nocturnes, qu'elles

ont avec le Démon un commerce parfaitement charnel et corporel, et que

tout pareillement les Sorciers s'accolent au Démon femelle ou succube.

C'est là l'opinion des Théologiens comme des Jurisconsultes catholiques,

qu'on trouvera cités tout au long dans le _Compendium Maleficarum_, ou

_Répertoire des Sorcières_, de Frère François-Marie Guaccius. On y verra

cette doctrine confirmée par dix-huit exemples tirés des récits d'hommes

savants et véridiques, dont le témoignage est au-dessus du soupçon, et

qui prouvent que les Sorciers et Sorcières sont bien présents de corps

aux sabbats, et font bel et bien l'œuvre de chair avec les Démons

incubes ou succubes. En définitive, nous avons, pour trancher la

question, l'autorité de S. Augustin, lequel, parlant du commerce charnel

des hommes avec le Démon, s'exprime ainsi au livre 15, chap. 23, de la

_Cité de Dieu_: «_C'est une opinion très-répandue, et confirmée par les

témoignages directs ou indirects de personnes absolument dignes de foi,

que les Sylvains et les Faunes, vulgairement appelés Incubes, ont

souvent tourmenté les femmes, sollicité et obtenu d'elles le coït. Il y

a même des Démons, nommés par les Gaulois Duses (_ou_ lutins), qui se

livrent très-régulièrement à ces pratiques impures: ceci est attesté par

des autorités si nombreuses et si graves, qu'il y aurait impudence à

vouloir le nier._» Tels sont les propres termes de S. Augustin.

_11. Prout autem apud diversos Auctores legitur, et pluribus

experimentis comprobatur, duplici modo Dæmon hominibus carnaliter

copulatur: uno modo quo Maleficis et Sagis jungitur, alio modo quo aliis

hominibus minime maleficis miscetur._

11. Or divers Auteurs nous enseignent, et leur opinion est confirmée par

de nombreuses expériences, que le Démon a deux manières de s'unir

charnellement aux hommes ou aux femmes: l'une qu'il emploie à l'égard

des Sorciers ou des Sorcières, l'autre à l'égard d'autres hommes ou

femmes parfaitement étrangers à toute sorcellerie.

_12. Quantum ad primum modum, non copulatur Dæmon Sagis, seu Maleficis,

nisi præmissa solemni professione, qua iniquissimi homines Dæmoni

addicuntur; quæ professio, ut ex variis Auctoribus referentibus

confessiones Sagarum judiciales in tormentis factas, quas collegit

Franciscus Maria Guaccius, _Comp. Malef._, c. 7., lib. 1., consistit in

undecim ceremoniis._

12. Dans le premier cas, le Démon ne s'accole aux Sorcières ou aux

Sorciers qu'après une profession solennelle, en vertu de laquelle ces

misérables créatures humaines s'abandonnent à lui. Suivant plusieurs

auteurs, qui ont rapporté les aveux judiciaires arrachés aux Sorcières

dans les tortures, et dont les récits ont été recueillis par

François-Marie Guaccius, _Compend. Malef._, livre Ier, chap. 7, cette

profession consiste en onze cérémonies:

_13. Primo, ineunt pactum expressum cum Dæmone, aut alio Mago seu

Malefico vicem Dæmonis gerente, et testibus præsentibus, de servitio

diabolico suscipiendo: Dæmon vero viceversa honores, divitias, et

carnales delectationes illis pollicetur. _Guacc._ loc. cit. fol. 34._

13. Premièrement, les Novices doivent conclure un pacte exprès avec le

Démon, ou avec quelque autre Sorcier ou Magicien agissant au lieu et

place du Démon, par quoi, en présence de témoins, ils s'enrôlent au

service du Diable. Le Démon, de son côté, leur garantit honneurs,

richesses et plaisirs charnels.

_14. Secundo, abnegant catholicam fidem, subducunt se obedientiæ Dei,

renuntiant Christo, et protectioni Beatissimæ Virginis Mariæ, ac

Ecclesiæ omnibus sacramentis. _Guacc._ loc. cit._

14. Deuxièmement, ils abjurent la foi catholique, se soustraient à

l'obéissance de Dieu, renoncent au Christ et à la protection de la

Très-Bienheureuse Vierge Marie, et à tous les Sacrements de l'Église.

_15. Tertio, projiciunt a se Coronam, seu Rosarium B. V. M., Chordam S.

P. Francisci, aut Corrigiam S. Augustini, aut Scapulare Carmelitarum, si

quod habent, Crucem, Medaleas, Agnos Dei, et quidquid sacri aut

benedicti gestabant, et pedibus ea proculcant. _Guacc._ loc. cit. fol.

35. Grilland._

15. Troisièmement, ils jettent loin d'eux la Couronne ou le Rosaire de

la Très-Bienheureuse Vierge Marie, le Cordon de S. François d'Assise ou

la Courroie de S. Augustin, ou le Scapulaire des Carmélites, selon

qu'ils appartiennent à tel ou tel ordre, la Croix, les Médailles, les

_Agnus Dei_, enfin tout ce qu'ils pouvaient porter de saint ou de bénit,

et ils foulent tout cela aux pieds.

_16. Quarto, vovent in manibus Diaboli obedientiam, et subjectionem,

eique præstant homagium et vassallagium, tangendo quoddam volumen

nigerrimum. Spondent, quod nunquam redibunt ad fidem Christi, nec Dei

præcepta servabunt, nec ulla bona opera facient, sed ad sola mandata

Dæmonis attendent, et ad conventus nocturnos diligenter accedent.

_Guacc._ loc. cit. fol. 36._

16. Quatrièmement, ils jurent entre les mains du Diable obéissance et

soumission; ils lui rendent hommage et vasselage, les doigts posés sur

un certain volume très-noir. Ils s'engagent à ne jamais revenir à la foi

du Christ, à ne tenir aucun compte des préceptes divins, à ne faire

aucune bonne œuvre, mais à obéir au Diable seul, et à fréquenter

assidûment les réunions nocturnes.

_17. Quinto, spondent se enixe curaturos, et omni studio ac sedulitate

procuraturos adducere alios mares et fœminas ad suam sectam, et

cultum Dæmonis. _Guacc._ loc. cit._

17. Cinquièmement, ils promettent de faire tous leurs efforts,

d'employer tout leur zèle et tous leurs soins, pour enrôler dans leur

secte, au service du Diable, d'autres créatures mâles et femelles.

_18. Sexto, baptizantur a Diabolo sacrilego quodam baptismo, et

abnegatis Patrinis et Matrinis baptismi Christi, et Confirmationis, et

nomine, quod sibi fuit primo impositum, a Diabolo sibi assignantur

Patrinus et Matrina novi, qui ipsos instruant in arte maleficiorum, et

imponitur nomen novum, quod plerumque scurrile est. _Guacc._ loc. cit._

18. Sixièmement, le Diable leur administre une sorte de baptême

sacrilége, et, après avoir renié les Parrains et Marraines qu'ils ont

eus au Baptême du Christ et à la Confirmation, ils se font assigner par

le Diable un Parrain et une Marraine nouveaux, chargés de les instruire

dans l'art des maléfices; ils quittent le nom qu'ils portaient avant et

en reçoivent un nouveau, qui le plus souvent est un sobriquet bouffon.

_19. Septimo, abscindunt partem propriorum indumentorum, et illam

offerunt Diabolo in signum homagii, et Diabolus illam asportat, et

servat. _Guacc._ loc. cit. fol. 38._

19. Septièmement, ils coupent une partie de leurs propres vêtements pour

l'offrir au Diable en signe d'hommage, et le Diable l'emporte et la

garde.

_20. Octavo, format Diabolus circulum super terram, et in eo stantes

Novitii Malefici et Sagæ firmant juramento omnia, quæ ut dictum est

promiserunt. _Guacc._ loc. cit._

20. Huitièmement, le Diable trace sur la terre un cercle, et dans ce

cercle se tiennent les Novices, Sorciers et Sorcières, pour y confirmer

tous les serments qu'ils ont faits comme il est dit ci-dessus.

_21. Nono, petunt a Diabolo deleri a libro Christi, et describi in libro

suo, et profertur liber nigerrimus, quem tetigerunt præstando homagium,

ut dictum est supra, et ungue Diaboli in eo exarantur. _Guacc._ loc.

cit._

21. Neuvièmement, ils demandent au Diable de les rayer du livre du

Christ, et de les immatriculer dans le sien. Alors paraît ce livre

très-noir qu'ils ont touché en rendant hommage (voyez plus haut), et

dans ce livre ils sont enregistrés par la griffe du Diable.

_22. Decimo, promittunt Diabolo statis temporibus sacrificia, et

oblationes; singulis quindecim diebus, vel singulo mense saltem necem

alicujus infantis, aut mortale veneficium, et singulis hebdomadis alia

mala in damnum humani generis, ut grandines, tempestates, incendia,

mortem animalium, etc. _Guacc._ loc. cit. fol. 40._

22. Dixièmement, ils promettent au Diable, à des époques déterminées,

des sacrifices et des offrandes: tous les quinze jours, ou au moins tous

les mois, le meurtre de quelque enfant, ou un sortilége homicide, et

chaque semaine d'autres méfaits au préjudice du genre humain, tels que

grêles, tempêtes, incendies, épizooties, etc.

_23. Undecimo, sigillantur a Dæmone aliquo caractere, maxime ii, de

quorum constantia dubitat. Caracter vero non est semper ejusdem formæ,

aut figuræ: aliquando enim est simile lepori, aliquando pedi bufonis,

aliquando araneæ, vel catello, vel gliri; imprimitur autem in locis

corporeis magis occultis: viris quidem aliquando sub palpebris,

aliquando sub axillis, aut labiis, aut humeris, aut sede ima, aut alibi;

mulieribus autem plerumque in mammis, aut locis muliebribus. Porro

sigillum, quo talia signa imprimuntur, est unguis Diaboli. Quibus

peractis ad instructionem Magistrorum qui Novitios initiarunt, hi

promittunt denuo, se nunquam Eucharistiam adoraturos; injuriosos Sanctis

omnibus, et maxime B. V. M. futuros; conculcaturos ac conspurcaturos

Sacras Imagines, Crucem, ac Sanctorum Reliquias; nunquam usuros

Sacramentis, aut sacramentalibus, nisi ad maleficia; integram

confessionem sacramentalem sacerdoti nunquam facturos, et suum cum

Dæmone commercium semper celaturos. Et Diabolus vicissim pollicetur, se

illis semper præsto futurum; se in hoc mundo votis eorum satisfacturum,

et post mortem illos esse beaturum. Sic peracta professione solemni,

assignatur singulis eorum Diabolus, qui appellatur _Magistellus_, cum

quo in partes secedunt, et carnaliter commiscentur: ille quidem in

specie fœminæ, si initiatus est vir; in forma autem viri, et

aliquando satyri, aliquando hirci, si fœmina est saga professa.

_Guacc._ loc. cit. fol. 42 et 43._

23. Onzièmement, ils sont marqués par le Démon de quelque signe, ceux

surtout dont la constance lui est suspecte. Ce signe, du reste, n'est

pas toujours de même forme ou figure: tantôt c'est l'image d'un lièvre,

tantôt une patte de crapaud, tantôt une araignée, un petit chien, un

loir. Il s'imprime dans les endroits du corps les plus cachés: chez les

hommes, sous les paupières, ou sous l'aisselle, ou sur les lèvres, sur

l'épaule, au fondement ou ailleurs; quant aux femmes, c'est généralement

aux seins ou aux parties sexuelles. Maintenant, le cachet qui imprime

ces marques n'est autre que la griffe du Diable. Tout ceci étant

accompli suivant les instructions des Maîtres qui ont initié les

Novices, ces derniers, pour conclure, promettent de n'adorer jamais

l'Eucharistie; d'accabler d'insultes tous les Saints et surtout la

Très-Bienheureuse Vierge Marie; de fouler aux pieds et vilipender les

Saintes Images, la Croix et les Reliques des Saints; de ne jamais faire

usage des Sacrements ou cérémonies sacramentelles, sinon pour les

maléfices; de ne jamais faire au prêtre la confession sacramentelle

complète, et de lui cacher toujours leur commerce avec le Démon. Le

Démon, de son côté, s'engage à leur donner toujours prompte assistance;

à combler leurs vœux en ce monde, et à les rendre heureux après leur

mort. La profession solennelle ainsi accomplie, chacun d'eux se voit

assigner un Diable, appelé _Magistelle_ ou Petit-Maître, avec lequel il

se retire en particulier pour consommer l'union charnelle; ce Diable,

naturellement, a la forme d'une femme si l'initié est un homme: ou la

forme d'un homme, et quelquefois d'un satyre, quelquefois d'un bouc, si

c'est une femme qui est reçue sorcière.

_24. Quod si quæratur ab Auctoribus, quomodo possit Dæmon, qui corpus

non habet, corporalem commixtionem habere cum homine? Respondent

communiter, quod Dæmon aut assumit alterius maris, aut fœminæ, juxta

exigentiam, cadaver, aut ex mixtione aliarum materiarum effingit sibi

corpus, quod movet, et mediante quo homini unitur. Et subdunt, quod

quando fœminæ gaudent imprægnari a Dæmone (quod non fit, nisi in

gratiam fœminarum hoc optantium), Dæmon se transformat in succubam,

et juncta homini semen ab eo recipit; aut per illusionem nocturnam in

somnis procurat ab homine pollutionem, et semen prolectum in suo nativo

calore, et cum vitali spiritu conservat, et incubando fœminæ infert

in ipsius matricem, ex quo sequitur conceptio. Ita multis citatis docet

Guaccius, l. 1. c. 12., per totum, qui prædicta multis exemplis

desumptis a variis Doctoribus confirmat._

24. Mais, demandera-t-on aux Auteurs, comment se fait-il que le Démon,

qui n'a pas de corps, ait cependant avec l'homme ou la femme un commerce

charnel? Ils vous répondent tout d'une voix que le Démon emprunte le

cadavre d'un autre être humain, mâle ou femelle, suivant le cas, ou bien

qu'il se forme avec d'autres matières un corps à l'aide duquel il s'unit

à l'homme. Et lorsqu'il prend aux femmes la fantaisie de concevoir des

œuvres du Démon (ce qui n'a lieu que du consentement et suivant le

désir exprès desdites femmes), le Démon se transforme en succube

femelle, _et juncta homini semen ab eo recipit_; ou bien, il provoque

chez cet homme, dans son sommeil, quelque rêve lascif suivi de

pollution, _et semen prolectum in suo nativo calore, et cum vitali

spiritu conservat, et incubando fœminæ infert in ipsius matricem_,

d'où résulte la conception. C'est là ce qu'enseigne _Guaccius_, livre I,

chap. 12, en apportant à l'appui de sa thèse une foule de citations et

d'exemples empruntés à divers Docteurs.

_25. Alio modo jungitur Dæmon tum Incubus, tum Succubus, hominibus,

fœminis aut maribus, a quibus nec honorem, nec sacrificia,

oblationes, maleficia, quæ a Sagis et Maleficis, ut supra dictum est,

prætendit, recipit; sed ostendens deperdite amorem, nil aliud appetit,

quam carnaliter commisceri cum iis quos amat. Multa sunt de hoc exempla,

quæ ab Auctoribus referuntur, ut Menippi Lycii, qui fuit sollicitatus a

quadam fœmina ad sibi nubendum, postquam cum ea multoties coivit; et

detecta fœmina quænam esset a quodam Philosopho, qui convivio

nuptiali intererat, et Menippo dixit illam esse _Compusam_, puta Dæmonem

succubam, statim ejulans evanuit, ut narrat Cœlius Rodiginus,

_Antiq._ lib. 29, c. 5. Pariter adolescens quidam Scotus a Dæmone

succuba omnium gratissima, quas vidisset, forma, quæ occlusis cubiculi

foribus ad se ventitabat, blanditiis, osculis, amplexibus per multos

menses fuit sollicitatus, ut secum coiret, ut scribit Hector Boethius,

_Hist. Scotor._ lib. 8., quod tamen a casto juvene obtinere non potuit._

25. D'autres fois aussi le Démon, soit incube, soit succube, s'accouple

avec des hommes ou des femmes dont il ne reçoit rien des hommages,

sacrifices ou offrandes qu'il a coutume d'imposer aux Sorciers et aux

Sorcières, comme on l'a vu plus haut. C'est alors simplement un amoureux

passionné, n'ayant qu'un but, un désir: posséder charnellement la

personne qu'il aime. Il y a de ceci une foule d'exemples, qu'on peut

trouver dans les Auteurs, entre autres celui de Menippus Lycius, lequel,

après avoir maintes et maintes fois paillardé avec une femme, en fut

prié de l'épouser; mais un certain Philosophe, qui assistait au repas de

noces, ayant deviné ce qu'était cette femme, dit à Menippus qu'il avait

affaire à une _Compuse_, c'est-à-dire à une Diablesse succube: aussitôt

notre mariée de s'évanouir en gémissant..... Lisez là-dessus Cœlius

Rodiginus, _Antiq._, livre 29, chap. 5. Hector Boethius, _Hist. Scot._,

raconte aussi le cas d'un jeune Écossais qui, pendant plusieurs mois,

reçut dans sa chambre, quoique les portes et fenêtres en fussent

hermétiquement fermées, les visites d'une Diablesse succube, de la plus

ravissante beauté; caresses, baisers, embrassements, sollicitations,

cette Diablesse mit tout en œuvre _ut secum coiret_: ce qu'elle ne

put toutefois obtenir de ce vertueux jeune homme.

_26. Similiter, multas fœminas legimus ab Incubo Dæmone expetitas ad

coitum, ipsisque repugnantibus facinus admittere, precibus, fletibus,

blanditiis, non secus, ac perditissimus amasius procurasse animum

ipsarum demulcere, et ad congressum inclinare; et quamvis aliquoties hoc

eveniat ob maleficium, ut nempe Dæmon missus a maleficis hoc procuret:

tamen non raro Dæmon ex se hoc agit, ut scribit Guaccius, _Comp. Mal._,

lib. 3. c. 8., et non solum hoc evenit cum mulieribus, sed etiam cum

equabus, cum quibus commiscetur; quæ si libenter coitum admittunt, ab eo

curantur optime, ac ipsarum jubæ varie artificiosis et inextricabilibus

nodis texuntur; si autem illum adversentur, eas male tractat, percutit,

macras reddit, et tandem necat, ut quotidiana constat experientia._

26. On peut lire encore nombre d'exemples de femmes sollicitées au coït

par le Démon Incube, et qui, si elles répugnent d'abord à sauter le pas,

se laissent bientôt fléchir par ses prières, ses larmes, ses caresses;

c'est un amoureux fou, il faut lui céder. Et quoique ceci résulte

parfois des maléfices de quelque sorcier, qui emploie le Démon comme

intermédiaire, il n'est point rare cependant que le Démon agisse pour

son propre compte, comme l'écrit Guaccius; et ce n'est pas seulement aux

femmes qu'il s'attaque, mais aussi aux juments: sont-elles dociles à ses

désirs, il les accable de soins, de caresses, il tresse leur crinière en

une infinité de nœuds inextricables; mais si elles résistent, il les

maltraite, les frappe, leur donne la morve, et finalement les tue, comme

il est constaté par l'expérience de chaque jour.

_27. Et quod mirum est, et pene incapabile, tales Incubi, qui Italice

vocantur _Folletti_, Hispanice _Duendes_, Gallice _Follets_, nec

Exorcistis obediunt, nec exorcismos pavent, nec res sacras reverentur ad

earum approximationem timorem ostendendo, sicuti faciunt Dæmones, qui

obsessos vexant; quantumvis enim maligni Spiritus sint obstinati, nec

parere velint Exorcistæ præcipienti, ut exeant a corporibus quæ

obsident, tamen ad prolationem Sanctissimi Nominis Jesu, aut Mariæ, aut

aliquorum Versuum Sacræ Scripturæ, impositionem Reliquiarum, maxime

Ligni Sanctæ Crucis, approximationem Sacrarum Imaginum, ad os obsessi

rugiunt, strident, frendent, concutiuntur, et timorem, ac horrorem

ostendunt. Folletti vero nihil horum, ut dictum est, ostendunt, nec a

divexatione, nisi post longum tempus, cessant. Hujus rei testis sum

oculatus, et historiam recito quæ reipsa humanam fidem superat: sed

testis mihi sit Deus quod puram veritatem multorum testimonio

comprobatam describo._

27. Enfin, chose prodigieuse et presque incompréhensible, ces Incubes,

qu'on appelle en Italien _Folletti_, en Espagnol _Duendes_, en Français

_Follets_, n'obéissent pas aux Exorcistes, n'ont aucune peur des

exorcismes, aucune vénération pour les objets sacrés, à l'approche

desquels ils ne manifestent pas la moindre frayeur: bien différents en

cela des Démons qui tourmentent les possédés; car, si obstinés que

soient ces malins Esprits, si rétifs qu'ils se montrent à l'injonction

de l'Exorciste qui leur commande de déloger du corps du possédé, il

suffit pourtant de prononcer le très-saint nom de Jésus ou de Marie ou

quelques versets des Saintes Écritures, d'imposer des Reliques,

principalement le Bois de la Sainte Croix, ou d'approcher les Saintes

Images, pour qu'aussitôt on les entende rugir à la bouche du possédé, et

qu'on les voie grincer des dents, s'agiter, frémir, montrer, en un mot,

tous les signes de la crainte et de l'horreur. Mais ces coquins de

Follets, rien de tout cela n'a d'effet sur eux: s'ils discontinuent

leurs vexations, ce n'est qu'après longtemps et quand ils le veulent

bien. De ceci je suis témoin oculaire, et je vais en conter une histoire

qui réellement passe toute croyance humaine: mais, que Dieu m'en soit

témoin! c'est la pure vérité, confirmée d'ailleurs par de nombreux

témoignages.

_28. Viginti quinque abhinc annis plus, minusve, dum essem Lector Sacræ

Theologiæ in Conventu Sanctæ Crucis Papiæ, reperiebatur in illa civitate

honesta quædam fœmina maritata optimæ conscientiæ, et bonum habens ab

omnibus eam agnoscentibus, maxime Religiosis, testimonium, quæ vocabatur

Hieronyma; et habitabat in Parochia Sancti Michaelis. Hæc quadam die

domi suæ panem pinserat, et per furnarium miserat ad illum decoquendum.

Reportat panes coctos furnarius, et cum illis grandem quamdam placentam

curiose elaboratam, conditam butyro, et pastulis Venetis, ut in ea

civitate solent fieri placentæ hujusmodi. Renuit illa placentam

recipere, dicens, se talem nullam fecisse. Replicat furnarius, se illa

die alium panem coquendum non habuisse, nisi illum quem ab ea habuerat;

oportere proinde, etiam placentam a se fuisse factam, licet minime de

illa recordaretur. Acquievit fœmina, et placentam cum viro suo, filia

quam habebat triennem, et famula comedit. Sequenti nocte, dum cubaret

mulier cum viro suo, et ambo dormirent, expergefacta est a quadam

tenuissima voce, velut acutissimi sibili ad ipsius aures susurrante,

verbis tamen distinctis: interrogavit autem fœminam, _num placenta

illi placuisset_? Pavens fœmina cœpit se munire signo Crucis, et

invocare sæpius nomina Jesu et Mariæ. Replicabat vox, ne paveret, se

nolle illi nocere, immo quæcumque illi placerent paratum exequi, esse

filo captum pulchritudinis suæ, et nil amplius desiderare, quam ejus

amplexu frui. Tum fœmina sensit aliquem suaviantem ipsius genas, sed

tactus ita levis, ac mollis, ac si esset gossipium subtilissime

carminatum id, a quo tacta fuit. Respuit illa invitantem, nec ullum

responsum illi dedit: sed jugiter nomen Jesu, et Mariæ repetebat, et se

Crucis signo muniebat, et sic per spatium quasi horæ dimidiæ tentata

fuit, et postea abscessit tentator._

28. Il y a environ vingt-cinq ans, alors que j'étais Professeur de

Théologie Sacrée au couvent de Sainte-Croix, à Pavie, habitait dans

cette ville une femme mariée, d'excellentes mœurs, et dont tous ceux

qui la connaissaient, principalement les Moines, disaient le plus grand

bien. Elle se nommait Hieronyma, et demeurait sur la paroisse de

Saint-Michel. Un jour, cette femme avait pétri chez elle du pain,

qu'elle confia ensuite au fournier pour le faire cuire. Le fournier lui

rapporte le pain cuit, et en même temps une grande galette de forme

très-curieuse, arrangée au beurre et aux pâtes de Venise, comme on a

coutume de faire les gâteaux dans ce pays-là. Elle refuse de recevoir

cette galette, disant qu'elle n'a rien fait de pareil. «Mais, dit le

fournier, je n'ai pas eu aujourd'hui d'autre pain à cuire que le vôtre:

il faut bien que la galette aussi vienne de chez vous; votre mémoire est

en défaut.» Notre bonne dame se laisse convaincre; elle accepte la

galette, et la mange en compagnie de son mari, de sa petite fille âgée

de trois ans et de sa servante. La nuit d'après, tandis qu'elle était

couchée avec son mari et que tous deux dormaient, la voici qui s'éveille

au son d'une voix extrêmement fine, quelque chose comme un sifflement

aigu, mais qui cependant lui murmurait à l'oreille des paroles

très-distinctes: cette voix lui demandait «si le gâteau avait été de son

goût.» Effrayée, notre bonne dame commence à se munir du signe de la

Croix, et à invoquer coup sur coup les noms de Jésus et de Marie, «Ne

crains rien,» disait la voix, «je ne te veux pas de mal; bien au

contraire, il n'est rien que je ne fasse pour t'être agréable, je suis

épris de ta beauté, et mon plus grand désir, c'est de jouir de tes

embrassements.» En même temps, elle sentait quelqu'un qui lui baisait

les joues, mais si légèrement, si mollement, qu'elle se serait crue

frôlée par un duvet de coton de la plus extrême finesse. Elle résista,

sans rien répondre, se bornant à répéter maintes et maintes fois le nom

de Jésus et de Marie, et à faire le signe de la Croix: la tentation dura

ainsi près d'une demi-heure, après quoi le tentateur se retira.

_Sequenti mane fuit mulier ad Confessarium virum prudentem ac doctum, a

quo fuit in fide confirmata et exhortata, ut viriliter, sicut fecerat,

resisteret, et sacris Reliquiis se muniret. Sequentibus noctibus par

priori fuit tentatio, et verbis, et osculis, et par etiam in muliere

constantia. Hæc pertæsa talem ac tantam molestiam, ad Confessarii

consultationem, et aliorum gravium virorum, per Exorcistas peritos fecit

se exorcizare ad sciendum, num esset obsessa; et cum invenissent a nullo

malo spiritu possideri, benedixerunt domui, cubiculo, lecto, et

præceptum Incubo fecerunt, ne auderet molestiam amplius mulieri inferre.

Sed omnia incassum; siquidem tentationem inceptam prosequebatur, ac si

præ amore langueret, ploratus, et ejulatus emittebat ad mulierem

demulcendam, quæ tamen gratia Dei adjuta semper viriliter restitit.

Renovavit Incubus tentationem, ipsi apparens interdiu in forma pusionis,

seu parvi homunculi pulcherrimi, cæsariem habens rutilam et crispam,

barbamque fulvam ac splendentem velut aurum, glaucosque oculos, ut flos

lini, incedebatque indutus habitu Hispanico. Apparebat autem illi

quamvis cum ea alii morarentur; et questus, prout faciunt amantes,

exercens, et jactando basia, solitasque preces repetendo tentabat

mulierem, ut ad illius amplexus admitteretur. Videbatque, et audiebat

illa sola præsentem ac loquentem, minime autem cæteri adstantes._

Le matin venu, la dame alla trouver son Confesseur, homme grave et

savant, lequel la confirma dans la foi, et l'exhorta à continuer la

résistance vigoureuse qu'elle avait faite et à se munir de quelques

saintes Reliques. Les nuits suivantes, pareille tentation, avec paroles

et baisers de même sorte; pareille constance aussi chez la dame.

Fatiguée cependant d'épreuves si pénibles et si prolongées, elle prit le

parti, sur le conseil de son Confesseur et d'autres hommes sérieux, de

se faire exorciser par des Exorcistes expérimentés pour savoir si, par

hasard, elle n'était pas possédée. Les Exorcistes, n'ayant rien trouvé

en elle qui indiquât la présence de l'Esprit malin, bénirent la maison,

la chambre à coucher, le lit, et firent injonction à l'Incube d'avoir à

cesser ses importunités. Mais chansons que tout cela! la tentation

continua de plus belle; le galant faisant mine de mourir d'amour, et

pleurant, et gémissant pour attendrir la dame, qui pourtant, avec la

grâce de Dieu, resta invincible. L'Incube, alors, s'y prit d'une autre

manière: il apparut à sa belle sous la forme d'un jeune garçon ou petit

homme de la plus grande beauté, à la chevelure dorée et frisée, à la

barbe blonde et resplendissante comme l'or, aux yeux glauques pareils à

la fleur du lin, et, pour ajouter au charme, élégamment vêtu à

l'Espagnole. D'ailleurs, il ne laissait pas de lui apparaître, malgré

qu'elle se trouvât en compagnie; il se plaignait, comme font les amants,

il pleurait, il lui envoyait des baisers, employait en un mot tous les

moyens de séduction possibles pour obtenir ses faveurs. Elle seule le

voyait et l'entendait: pour tout autre qu'elle, il n'y avait rien.

_Perseverabat in illa constantia mulier, donec contra eam iratus

Incubus, post aliquos menses blanditiarum novum persecutionis genus

adortus est. Primo abstulit ab ea crucem argenteam plenam Reliquiis

Sanctorum, et ceram benedictam, sive Agnum papalem B. Pontificis Pii V.,

quæ secum semper portabat; mox etiam annulos et alia jocalia aurea et

argentea ipsius, intactis seris, sub quibus custodiebantur, in arca

suffuratus est. Exinde cœpit illam acriter percutere, et apparebant

post verbera contusiones, et livores in facie, brachiis, aliisque

corporis partibus, quæ per diem unum, vel alterum perdurabant, mox in

momento disparebant contra ordinem contusionis naturalis, quæ sensim

paulatimque decrescit. Aliquoties ipsius infantulam lactentem cunis

eripiebat, et illam, nunc super tecta in limine præcipitii locabat, nunc

occultabat, nihil tamen mali in illa apparuit. Aliquoties totam domus

supellectilem evertebat; aliquoties ollas, paropsides, et alia vasa

testea minutatim frangebat, subinde fracta restituebat integra. Semel

dum ipsa cum viro suo cubaret, apparens Incubus in forma solita, enixe

deprecabatur ab ea concubitum, et dum ipsa de more constans resisteret,

in furorem actus Incubus abscessit, et infra breve temporis spatium

reversus est, secum ferens magnam copiam laminarum saxearum, quibus

Genuenses in civitate sua et universa Liguria domos tegunt, et ex ipsis

fabricavit murum circa lectum tantæ altitudinis, ut ejus conopeum

adæquaret, unde necesse fuit scalis uti, si debuerunt de cubili surgere.

Murus autem fuit absque calce, et ipso destructo, saxa in angulo

seposita, quæ ibi per duos dies remanserunt visa a multis, qui ad

spectaculum convenerant; et post biduum disparuerunt._

Notre bonne dame, donc, persévérait dans cette admirable constance,

quand enfin, au bout de quelques mois, l'Incube irrité recourut à un

nouveau genre de persécutions. D'abord il lui enleva une croix d'argent

remplie de saintes Reliques, et une cire bénite ou Agneau papal du

Bienheureux Pontife Pie V, qu'elle portait toujours sur elle; puis, ce

fut le tour des bagues et autres bijoux d'or et d'argent, qu'il déroba,

sans toucher aux serrures, dans la cassette où ils étaient enfermés.

Ensuite il commença à la frapper cruellement, et après chaque volée de

coups on lui voyait à la figure, au bras et à d'autres endroits du

corps, des contusions et des bleus qui duraient un jour ou deux, et tout

à coup disparaissaient en un moment, au rebours des contusions

naturelles, qui décroissent peu à peu et par degrés. Quelquefois, tandis

qu'elle donnait à teter à sa petite fille, il la lui enlevait de dessus

ses genoux, pour la placer sur le toit, au bord de la gouttière, ou bien

il la cachait, mais sans jamais lui occasionner aucun mal. Tantôt il

mettait sens dessus dessous tout le ménage, tantôt il cassait en mille

pièces les marmites, les assiettes et autres vases de terre, et en un

clin d'œil les rétablissait dans leur état primitif. Une nuit qu'elle

était couchée avec son mari, l'Incube, lui apparaissant sous sa forme

habituelle, la pria énergiquement de se laisser faire; elle résista

comme de coutume. Furieux, l'Incube se retire et, fort peu de temps

après, le voici qui rentre avec une charge énorme de ces plaquettes de

pierre, dont les habitants de Gênes et de la Ligurie en général se

servent pour couvrir leurs maisons. De ces pierres, il bâtit autour du

lit un mur si élevé qu'il en atteignait le ciel et que nos époux, pour

en sortir, eurent besoin de se faire apporter une échelle. Ce mur, du

reste, était construit sans chaux; on le détruisit, et on mit les

pierres dans un coin, où elles restèrent exposées à tous les regards

pendant deux jours, après quoi elles disparurent.

_Invitaverat Maritus ejus in die S. Stephani quosdam amicos viros

militares ad prandium, et pro hospitum dignitate dapes paraverat; dum de

more lavantur manus ante accubitum, disparet in momento mensa parata in

triclinio; disparent obsonia cuncta, olla, caldaria, patinæ, ac omnia

vasa in coquina; disparent amphoræ, canthari, calices parati ad potum.

Attoniti ad hoc stupent commensales, qui erant octo, inter quos Dux

peditum Hispanus ad alios conversus ait: Ne paveatis, ista est illusio,

sed pro certo mensa in loco in quo erat, adhuc est, et modo modo eam

tactu percipiam. Hisque dictis circuibat cœnaculum manibus extentis

tentans mensam deprehendere, sed cum post multos circuitus incassum

laborasset, et nil præter ærem tangeret, irrisus fuit a cæteris; cumque

jam grandis esset prandii hora, pallium proprium eorum unusquisque

sumpsit propriam domum petiturus. Jam erant omnes prope januam domus in

procinctu eundi associati a marito vexatæ mulieris, urbanitatis causa;

cum grandem quendam strepitum in cœnaculo audiunt. Subsistunt

parumper ad cognoscendum causam strepitus, et accurrens famula nuntiat

in coquina vasa nova obsoniis plena apparuisse, mensamque in cœnaculo

jam paratam esse restitutam. Revertuntur in cœnaculum, et stupent

mensam mappis et manutergiis insolitis, salino, et lancibus insolitis

argenteis, salsamentis, ac obsoniis, quæ domi parata non fuerant,

instructam. A latere magna erecta erat credentia, supra quam optimo

ordine stabant calices crystallini, argentini, et aurei cum variis

amphoris, lagenis, cantharis plenis vinis exteris, puta Cretensi,

Campano, Canariensi, Rhenano, etc. In coquina pariter in ollis, et vasis

itidem in ea domo nunquam visis varia obsonia. Dubitarunt prius nonnulli

ex iis eas dapes gustare, sed confirmati ab aliis accubuerunt, et

exquisitissime omnia condita repererunt; ac immediate a prandio, dum

omnes pro usu illius temporis ad ignem sedent, omnia ustensilia cum

reliquiis ciborum disparuere, et repertæ sunt antiquæ domus

supellectiles simul cum dapibus, quæ prius paratæ fuerant; et quod mirum

est, convivæ omnes saturati sunt, ita ut nullus eorum cœnam sumpserit

præ prandii lautitia. Quo convincitur cibos appositos reales fuisse, et

non ex præstigio repræsentatos._

Le jour de la Saint-Etienne, le mari avait invité à dîner quelques

braves militaires de ses amis, et, pour faire honneur à ses hôtes, avait

préparé un repas respectable. Tandis que, suivant l'usage, on se lave

les mains avant de s'asseoir, zest! voilà tout à coup la table disparue:

disparus aussi tous les mets, les marmites, les chaudrons, les plats et

toute la vaisselle dans la cuisine; disparus les cruches, les flacons,

les verses. Je vous laisse à penser l'étonnement, la stupeur de nos

convives; ils étaient huit, et dans le nombre un capitaine d'infanterie

Espagnol, lequel, se tournant vers ses camarades, leur dit: «N'ayez pas

peur, c'est une farce, mais sacrebleu! il y avait une table ici, elle y

est encore; minute, je vais la retrouver.» Ceci dit, notre brave fait le

tour de la salle, les mains étendues, essayant de saisir la table; mais

après bien des tours, voyant qu'il n'arrivait à rien qu'à toucher de

l'air, les autres se moquèrent de lui; et comme il était déjà grand

temps de dîner, chacun prit sa capote et se mit en devoir de rentrer

chez soi. Ils étaient déjà tous à la porte de la maison avec le mari

qui, par politesse, leur faisait un bout de conduite, lorsqu'ils

entendent un grand bruit dans la salle à manger. Ils s'arrêtent pour en

savoir la cause, et bientôt la servante accourt leur annoncer que la

cuisine est pleine de vases nouveaux chargés de mets, et que la table

est remise en place dans la salle à manger. Ils y reviennent, et ne sont

pas peu surpris de voir la table couverte de nappes, de serviettes, de

salières, de plateaux qui n'appartenaient pas à la maison, et de mets

qui n'y avaient pas été préparés. Sur le côté était une grande crédence,

où l'on admirait, disposés dans le meilleur ordre, des calices de

cristal, d'argent et d'or, avec toutes sortes d'amphores, de flacons, de

coupes, remplis de vins étrangers: vin de Crète, de Campanie, des

Canaries, du Rhin, etc. Dans la cuisine aussi, une abondante variété de

mets dans des marmites et des plats qu'on n'avait jamais vus. Plusieurs

de nos convives hésitèrent d'abord à goûter de ces mets; toutefois,

encouragés par d'autres, ils se mirent à table, et tous eurent bientôt

fait leur affaire du repas, qu'ils trouvèrent exquis. Immédiatement

après, comme ils étaient assis devant le feu suivant l'habitude de la

saison, tout disparut à la fois, vaisselle et desserte, et à la place

reparut l'ancien couvert du logis avec les plats qui avaient été

préparés; mais, chose étonnante, tous les convives étaient rassasiés, si

bien que personne n'eut envie de souper après un dîner de cette

magnificence. Ce qui prouve assez que les mets substitués aux premiers

étaient réels et non imaginaires.

_Interea effluxerant multi menses, ex quo cœperat hujusmodi

persecutio: et mulier votum fecit B. Bernardino Feltrensi, cujus sacrum

corpus veneratur in Ecclesia S. Jacobi prope murum illius urbis,

incedendi per annum integrum indutam panno griseo, et chordulato, quo

utuntur Fratres Minores, de quorum ordine fuit B. Bernardinus, ut per

ipsius patrocinium a tanta incubi vexatione liberaretur. Et de facto die

28. Septembris, qui est pervigilium Dedicationis S. Michaelis

Archangeli, et festum B. Bernardini, ipsa veste votiva induta est. Mane

sequenti, quod est festum S. Michaelis, ibat vexata ad ecclesiam S.

Michaelis, quæ ut diximus erat parochialis ipsius, circa medium mane,

dum frequens populus ad illam confluebat; et cum pervenisset ad medium

plateæ ecclesiæ, omnia ipsius indumenta et ornamenta ceciderunt in

terram et rapta vento statim disparuerunt, ipsa relicta nuda. Adfuerunt

sorte inter alios duo equites viri longævi, qui factum videntes dejectis

ab humero propriis palliis mulieris nuditatem, ut potuerunt, velarunt,

et rhedæ impositam ad propriam domum duxerunt. Vestes et jocalia quæ

rapuerat Incubus, non restituit nisi post sex menses._

Cependant il y avait plusieurs mois que durait cette persécution,

lorsque la dame s'adressa au Bienheureux Bernardin de Feltre, dont on

vénère le corps dans l'église de Saint-Jacques, à une petite distance

des murs de la ville. Elle lui fit vœu de rester une année entière

revêtue d'un froc gris, serré avec une corde, pareil à ceux que portent

les Frères Mineurs, à l'Ordre desquels appartenait ce Bienheureux

Bernardin, espérant, par son intercession, être enfin délivrée des

persécutions de l'Incube. Et de fait, le 28 septembre, qui est la Vigile

de la Dédicace de Saint-Michel Archange, et la fête du Bienheureux

Bernardin, elle revêtit la robe votive. Le lendemain matin, fête de

Saint-Michel, notre affligée prit le chemin de l'église de Saint-Michel,

qui était, comme je l'ai dit, sa propre paroisse; c'était vers les dix

heures, au moment où une foule énorme se rendait à la messe. Or, la

pauvrette n'eut pas plutôt mis le pied sur le parvis de l'église, que

tout à coup ses vêtements et ornements tombèrent à terre, et disparurent

enlevés par le vent, la laissant elle-même nue comme la main. Il se

trouva là fort heureusement, parmi la foule, deux cavaliers d'un âge

mûr, lesquels, voyant la chose, s'empressèrent de quitter leurs

manteaux, pour en cacher tant bien que mal la nudité de cette femme; et,

l'ayant mise dans une voiture, la reconduisirent chez elle. Quant aux

vêtements et aux bijoux dérobés par l'Incube, il ne les rendit qu'au

bout de six mois.

_Multa alia, et quidem stupenda operatus est contra eam Incubus, quæ

tædet excribere, et per multos annos in ea tentatione permansit,

tandemque Incubus videns operam in ea perdere, destitit a tam importuna

et insolita vexatione._

Bref, je pourrais vous conter bien d'autres tours, et des plus drôles,

que lui joua encore cet Incube, mais il y a terme à tout. Qu'il suffise

de savoir que, pendant nombre d'années, il persista dans sa tentation;

mais, enfin, voyant qu'il y perdait son temps et sa peine, force lui fut

de lever le siége.

_29. In hoc casu, et similibus qui passim audiuntur et leguntur, Incubus

ad nullum actum contra Religionem tentat, sed solum contra castitatem.

Hinc fit quod ipsi consentiens non peccat irreligiositate, sed

incontinentia._

29. Dans le cas ci-dessus, comme dans quelques autres de même sorte

qu'on peut lire ou entendre raconter de temps en temps, l'Incube ne fait

tentation d'aucun acte contraire à la Religion, mais seulement à la

chasteté. En conséquence, si l'on cède à la tentation, on ne pèche point

par impiété, mais par incontinence.

_30. In confesso autem est apud Theologos et Philosophos, quod ex

commixtione hominis, cum Dæmone aliquoties nascuntur homines et tali

modo nasciturum esse Antichristum opinantur nonnulli Doctores: Bellarm.,

lib. 1. _de Rom. Pont._ cap. 12., Suarez, tom. 2. disp. 54. sec. 1.;

Maluend., _de Antichr._ l. 2. c. 8. Immo observant, quod, qui gignuntur

ab hujusmodi Incubis, naturali causa etiam evenit, ut nascantur grandes,

robustissimi, ferocissimi, superbissimi, ac nequissimi ut scripsit

Maluenda, _loc. cit. § Ad illud_; et hujus rationem recitat ex Vallesio

Archiat. Reggio. _Sac. Philosoph._ c. 8., dicente quod Incubi

_summittunt in uteros non qualecumque, neque quantumcumque semen, sed

plurimum, crassissimum, calidissimum, spiritibus affluens et seri

expers. Id vero est eis facile conquirere, deligendo homines calidos,

robustos, et abundantes multo semine, quibus succumbant, deinde, et

mulieres tales, quibus incumbant, atque utrisque voluptatem solito

majorem afferendo, tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum

majori voluptate excernitur_. Hæc Vallesius. Confirmat vero Maluenda

supradicta, probando, ex variis et classicis Auctoribus, ex hujusmodi

concubitu natos: Romulum ac Remum, Liv. _decad. 1._; Plutarch. _in vit.

Romul., et Parallel._; Servium Tullium, sextum regem Romanorum, Dionys.

Halicar. lib. 4., Plin. lib. 36. c. 27.; Platonem Philosophum, Laer. l.

9. de _Vit. Philos._, D. Hyeron. l. 1. _Controvers. Jovinian._;

Alexandrum Magnum, Plutarch., _in vit. Alex. M._; Quint. Curt., l. 4.

_de Gest. Alex. M._; Seleucum, regem Syriæ, Just., _Hist._ l. 15.,

Appian., _in Syriac._; Scipionem Africanum Majorem, Liv., _decad._ 3.

lib. 6.; Cæsarem Augustum Imperatorem, Sueton., _in Octa._ c. 94.;

Aristomenem Messenium, strenuissimum ducem Græcorum, Strabo, _de Sit.

Orb._ lib. 8., Pausan. _de Rebus Græcor._ lib. 3.; et Merlinum, seu

Melchinum Anglicum ex Incubo et Filia Caroli Magni Moniali, Hauller,

volum. 2. Generat. 7.; quod etiam de Martino Luthero, perditissimo

Heresiarca, scribit Cocleus apud Maluendam, de _Antich._ lib. 2. c. 6.

_§ Cæterum_._

30. Or, il est avéré pour les Théologiens et les Philosophes, que de la

copulation de l'homme, mâle ou femelle, avec le Démon, naissent

quelquefois des hommes; et c'est de la sorte que doit naître

l'Antechrist, suivant bon nombre de Docteurs: Bellarmin, Suarez,

Maluenda, etc. Ils observent en outre que, par une cause toute

naturelle, les enfants ainsi procréés par les Incubes, sont grands,

très-robustes, très-audacieux, très-superbes et très-méchants. Voyez

là-dessus Maluenda; quant à la cause en question, il nous la donne

d'après Vallesius, Archiatre de Reggio. «Ce que les Incubes introduisent

_in uteros_, n'est pas _qualecumque, neque quantumcumque semen_, mais

abondant, très-épais, très-chaud, très-chargé d'esprits et sans aucune

sérosité. Ceci est d'ailleurs pour eux chose facile: ils n'ont qu'à

choisir des hommes chauds, robustes, _et abundantes multo semine, quibus

succumbant_; puis des femmes de même tempérament, _quibus incumbant_, en

ayant soin de procurer aux uns et aux autres _voluptatem solito majorem,

tanto enim abundantius emittitur semen, quanto cum majori voluptate

excernitur_.» Tels sont les termes de Vallesius. Maluenda confirme ce

qui a été dit plus haut, prouvant, par le témoignage de divers Auteurs,

classiques la plupart, que c'est à pareilles unions que doivent leur

naissance: Romulus et Rémus, d'après _Tite-Live_ et _Plutarque_;

Servius-Tullius, sixième roi des Romains, d'après _Denys d'Halicarnasse_

et _Pline l'Ancien_; Platon le Philosophe, d'après _Diogène Laërce_ et

_Saint Jérôme_; Alexandre le Grand, d'après _Plutarque_ et

_Quinte-Curce_; Séleucus, roi de Syrie, d'après _Justin_ et _Appien_;

Scipion l'Africain, premier du nom, d'après _Tite-Live_; l'empereur

César-Auguste, d'après _Suétone_; Aristomène de Messénie, illustre

général Grec, d'après _Strabon_ et _Pausanias_. Ajoutons encore

l'Anglais Merlin ou Melchin, né d'un Incube et d'une Religieuse, fille

de Charlemagne; et, enfin, comme l'écrit Cocleus, cité par Maluenda, ce

damné Hérésiarque, qui a nom Martin Luther.

_31. Salva tamen tot, et tantorum Doctorum, qui in ea opinione

conveniunt, reverentia, non video, quomodo ipsorum sententia possit

subsistere; tum quia, ut optime opinatur Pererius, tom. 2. _in Genes._

cap. 6. disp. 5., tota vis et efficacia humani seminis consistit in

spiritibus, qui difflantur, et evanescunt, statim ac sunt extra

genitalia vasa, a quibus foventur, et conservantur, ut scribunt Medici.

Nequit proinde Dæmon semen acceptum conservare, ita ut aptum sit

generationi, quia vas, quodcumque sit illud, in quo semen conservare

tentaret, oporteret, quod caleret calore assimetro a nativo organorum

humanæ generationis; similarem enim a nullo alio præterquam ab organis

ipsis habere potest. In vase autem non calente vi tali calore, sed

alieno, spiritus resolvuntur, nec sequi potest generatio. Tum quia

generatio actus vitalis est, per quem homo generans de propria

substantia semen defert per organa naturalia ad locum generationi

congruentem. In casu autem delatio seminis non potest esse actus vitalis

hominis generantis, quia ab eo non infertur in matricem; proinde nec

dici potest, quod homo cujus est semen, generet fœtum, qui ex eo

nascitur. Neque Incubus ipsius pater dici potest; quia de ipsius

substantia semen non est. Hinc fiet, quod nascetur homo, cujus nemo

pater sit, quod est incongruum. Tum quia in patre naturaliter generante

duplex causalitas concurrit, nempe materialis, quia semen, quod materia

generationis, ministrat, et efficiens, quia agens principale est in

generatione, ut communiter statuunt Philosophi. In casu autem nostro

homo ministrando solum semen, puram materiam exhiberet absque ulla

actione in ordine ad generationem; proinde non posset dici pater filii,

qui nasceretur: et hoc est contra id, quod homo genitus ab Incubo non

est illius filius, sed est filius ejus viri, a quo Incubus semen

sumpsit._

31. Cependant, sauf le respect dû à tant et de si grands Docteurs, je ne

vois pas comment leur opinion pourrait résister à l'examen. En effet,

comme l'observe très-bien Pererius, dans son _Commentaire sur la Genèse,

chap. 6_, toute la force, toute l'efficacité du sperme humain consiste

dans les esprits, qui s'évaporent et s'évanouissent aussitôt sortis des

vases génitaux, où ils étaient chaudement emmagasinés: les Médecins sont

d'accord là-dessus. Il n'est donc pas possible au Démon de conserver le

sperme qu'il a reçu, dans un état d'intégrité suffisant pour produire

génération; car, quel que soit le vase où il essayerait de le retenir,

il faudrait que le vase eût une chaleur égale à la chaleur naturelle des

organes génitaux humains, laquelle ne se trouve nulle part que dans ces

mêmes organes. Or, dans un vase où cette chaleur n'est pas naturelle,

mais factice, les esprits se résolvent, et aucune génération n'est

possible. Une seconde objection, c'est que la génération est un acte

vital par lequel l'homme, engendrant de sa propre substance, introduit

le sperme, au moyen d'organes naturels, dans le lieu propre à la

génération. Au contraire, dans le cas spécial qui nous occupe,

l'introduction du sperme ne peut pas être un acte vital de l'homme

engendrant, puisque ce n'est point par lui qu'il est introduit dans la

matrice; et, par la même raison, on ne peut pas dire que l'homme, à qui

appartenait le sperme, ait engendré le fœtus qui en est procréé.

L'Incube, non plus, ne saurait être considéré comme son père, puisque le

sperme n'est pas de sa propre substance. Voilà donc un enfant mis au

monde, et n'ayant personne pour père, ce qui est absurde. Troisième

objection: quand le père engendre naturellement, il y a concours de deux

causalités: l'une matérielle, car il fournit le sperme, qui est la

matière de la génération; l'autre efficiente, car il est l'agent

principal dans la génération, suivant l'opinion commune des Philosophes.

Mais, dans notre espèce, l'homme, se bornant à fournir le sperme, ne

ferait l'apport que d'une matière pure et simple, sans aucune action

tendant à génération; donc, il ne pourrait être considéré comme le père

de l'enfant procréé dans ces circonstances: et ceci est contraire à la

notion que l'enfant engendré par un Incube n'est pas le fils de

l'Incube, mais le fils de l'homme dont cet Incube a emprunté le sperme.

_32. Præterea omni probabilitate caret quod scribit Vallesius, et ex eo

recitavimus supra nº 30.; mirorque a doctissimi viri calamo talia

excidisse. Notissimum enim est apud Physicos, quod magnitudo fœtus

non est a quantitate molis, sed est a quantitate virtutis, hoc est

spirituum in semine: ab ea enim tota generationis ratio dependet, ut

optime testatur Michael Ettmullerus, _Instit. Medic. Physiolog._ car.

22. thes. 1. fol. m. 39., scribens: _Tota generationis ratio dependet a

spiritu genitali sub crassioris materiæ involucro excreto; ista materia

seminis crassa nullo modo, vel in utero subsistente, vel ceu materia

fœtum constituente: sed solus spiritus genitalis maris unitus cum

spiritu genitali mulieris in poros uteri, seu quod rarius fit in tubos

uteri se insinuat, indeque uterum fecundum reddit_. Quid ergo facere

potest magna quantitas seminis ad fœtus magnitudinem? Præterea nec

semper verum est, quod tales geniti ab Incubis magnitudine molis

corporeæ insignes sint: Alexander enim Magnus, qui, ut diximus, natus

taliter scribitur, statura pusillus erat; unde carmen,_

Magnus Alexander corpore parvus erat.

32. En outre, ce qu'écrit Vallesius, et que nous avons cité d'après lui

(voir plus haut, nº 30), n'a pas la moindre probabilité; et je m'étonne

qu'une telle énormité ait pu tomber de la plume d'un si docte

personnage. Les Médecins, en effet, savent parfaitement que la grandeur

du fœtus ne tient pas à la quantité de matière, mais à la quantité

de vertu, c'est-à-dire d'esprits contenus dans la semence; là est tout

le secret de la génération, comme le remarque très-bien Michel

Ettmuller, _Institut. Medic. Physiolog._: «La génération,» dit-il,

«dépend entièrement de l'esprit génital contenu dans une enveloppe de

matière plus épaisse; cette matière spermatique ne reste pas dans

l'utérus, et ne contribue en rien à former le fœtus; seul,

l'esprit génital du mâle, uni à l'esprit génital de la femme, pénètre

dans les pores, ou, plus rarement, dans les tubes de l'utérus, qu'il

féconde par ce moyen.» Quel peut donc être l'effet d'une grande quantité

de sperme, au point de vue de la grandeur du fœtus? De plus, il

n'est pas toujours vrai que les hommes ainsi engendrés par des Incubes,

soient remarquables par la grandeur de leur corps; Alexandre le Grand,

par exemple, qu'on raconte être né de cette manière, comme nous l'avons

dit, était de fort petite taille, d'où ce vers:

_Magnus Alexander corpore parvus erat._

_Item quamvis taliter concepti supra cæteros homines excellant, non

tamen hoc semper est in vitiis, sed aliquando in virtutibus etiam in

moralibus, ut patet in Scipione Africano, Cæsare Augusto, et Platone

Philosopho, de quibus Livius, Suetonius et Laertius respective scribunt,

quod optimi in moribus fuere; ut proinde arguere possimus, quod si alii

eodem modo geniti pessimi fuere, hoc non fuerit ex hoc, quod fuerint ab

Incubo geniti, sed quia tales ex proprio arbitrio extitere._

Enfin, quoique les personnages conçus dans ces conditions soient

généralement supérieurs aux autres hommes, ce n'est pas toujours dans

les vices qu'ils excellent, mais quelquefois aussi dans les vertus, même

morales; exemple: Scipion l'Africain, César-Auguste et Platon le

Philosophe, qui, d'après les témoignages respectifs de Tite-Live,

Suétone et Diogène Laërce, étaient de mœurs excellentes. De quoi nous

pouvons conclure que si d'autres individus, engendrés de même manière,

ont été de parfaits coquins, ce n'est pas parce qu'ils devaient la vie à

un Incube, mais parce que, de leur libre arbitre, il leur avait plu

d'être tels.

_Pariter ex textu Sacræ Scripturæ, _Gen._ c. 6. v. 4., habemus quod

gigantes nati sunt ex concubitu filiorum Dei cum filiabus hominum, et

hoc ad litteram sacri textus. Gigantes autem homines erant _statura

magna_, ut eos vocat Baruch, c. 3. v. 26, et excedente communem hominum

proceritatem. Monstruosa statura, robore, latrociniis, et tyrannide

insignes; unde Gigantes per sua scelera fuerunt maxima, et potissima

causa Diluvii, ait Cornelius a Lapid. _in Gen._ c. 6. v. 4. _§

Burgensis_. Non quadrat autem quorumdam expositio, quod nomine filiorum

Dei veniant filii Seth, et vocabulo filiarum hominum filiæ Cain, eo quod

illi erant pietati, Religioni, et cæteris virtutibus addicti,

descendentes autem a Cain viceversa: nam salva opinantium, Chrysost.

Cyrill. Theodor. Rupert. Ab., et Hilar. in Psalm. 132. apud Cornel. a

Lap. c. 6. G. v. 2. _§ Verum dies_, reverentia, talis expositio non

cohæret sensui patenti litteræ; ait enim Scriptura, quod ex conjunctione

talium nati sunt homines monstruosæ proceritatis corporeæ: ante illam

ergo tales gigantes non extiterunt: quod si ex ea orti sunt, hoc non

potuit esse ex eo, quod filii Seth coivissent cum filiabus Cain, quia

illi erant staturæ ordinariæ, prout etiam filiæ Cain, unde oriri ex his

naturaliter non potuerunt, nisi filii staturæ ordinariæ; si ergo

monstruosa statura filii nati sunt ex tali conjunctione, hoc fuit, quia

non fuerunt prognati ex ordinaria conjunctione viri cum muliere, sed ex

Incubis dæmonibus qui ratione naturæ ipsorum optime possunt vocari filii

Dei, et in hac sententia sunt Philosophi Platonici, et Franciscus

Georgius Venetus, tom. 1. problem. 74.: nec dissentiunt ab eadem Joseph.

Hebræus, Philo Judæus, S. Justinus Martyr, Clemens Alexandrinus, et

Tertullianus. Joseph. Hebræus, _Antiq._ l. 1., Philo, l. _de Gigant._,

S. Justinus M., _Apolog._ 1., Clemens Alex., lib. 3., Tertull., lib. _de

Habit. Mul._, apud Cornel., loc. cit., Hugo de S. Victor., _Annot. in

Gen._, c. 6., qui opinantur illos fuisse Angelos quosdam corporeos qui

in luxuriam cum mulieribus delapsi sunt, ut enim infra ostendemus istæ

duæ sententiæ in unam, et eamdem conveniunt._

On lit aussi dans la Sainte Écriture, _Genèse, chap. 6, verset 4_, que

des géants sont nés du commerce des fils de Dieu avec les filles des

hommes: ceci est la lettre même du texte sacré. Or, ces géants étaient

des hommes de _grande stature_, comme il est dit dans _Baruch, chap. 3,

verset 26_, et de beaucoup supérieurs aux autres hommes. Outre cette

taille monstrueuse, ils se signalaient encore par leur force, leurs

rapines, leur tyrannie; aussi est-ce aux crimes des Géants qu'il

convient d'attribuer la cause première et principale du Déluge, suivant

Cornelius a Lapide, dans son _Commentaire sur la Genèse_. Quelques-uns

prétendent que, sous le nom de Fils de Dieu, il faut entendre les fils

de Seth, et, sous celui de Filles des hommes, les filles de Caïn, parce

que les premiers pratiquaient la piété, la religion et toutes les autres

vertus, au rebours des enfants de Caïn, qui se signalaient par tout le

contraire; mais, sauf le respect dû à Chrysostome, Cyrille, Hilaire et

autres qui partagent cette opinion, on avouera qu'elle est en désaccord

avec le sens patent du texte. Que dit en effet l'Écriture? Que de la

conjonction des susdits sont nés des hommes d'une monstrueuse grandeur

corporelle: donc, ces géants n'existaient pas auparavant; et si leur

naissance a été le résultat de cette union, il n'est pas admissible

qu'on puisse l'attribuer au commerce des fils de Seth avec les filles de

Caïn, lesquels, étant eux-mêmes de taille ordinaire, n'ont pu procréer

que des enfants de taille ordinaire. Par conséquent, si la conjonction

dont il s'agit a donné le jour à des êtres d'une monstrueuse stature, il

faut y voir, non le commerce ordinaire de l'homme avec la femme, mais

l'opération des Démons Incubes, qui, à raison de leur nature, peuvent

très-bien être appelés fils de Dieu. Cet avis est celui des Philosophes

Platoniciens et de François Georges de Venise; et il n'est pas en

contradiction avec celui de Josèphe l'Historien, Philon de Judée, S.

Justin martyr, Clément d'Alexandrie et Tertullien, d'après lesquels ces

Incubes seraient des Anges corporels qui se sont laissés glisser dans le

péché de luxure avec les femmes. En effet, comme nous le montrerons plus

loin, il n'y a là, sous une apparence double, qu'une seule et même

opinion.

_33. Si ergo Incubi tales, ut fert communis sententia, Gigantes

genuerunt, accepto semine ab homine, juxta id, quod supra dictum est,

non potuerunt ex illo semine nasci nisi homines ejusdem staturæ plus,

minusve, cum eo a quo semen acceptum est: nec enim facit ad altiorem

corporis staturam major seminis quantitas, ita ut attracta insolite a

Dæmone, dum succubus fit homini, augeat ultra illius staturam enormiter

corpus ab eo geniti; quia, ut supra diximus, hoc residet in spiritu, et

non in mole seminis: ut proinde necesse sit concludere, quod ab alio

semine, quam humano hujusmodi gigantes nati sint, et proinde Dæmon

Incubus non humano, sed alio semine utatur ad generationem. Quid igitur

dicendum?_

33. Si donc ces Incubes, d'après l'avis commun, ont engendré des Géants

au moyen de sperme emprunté à l'homme ainsi qu'il a été dit plus haut,

il est impossible qu'il soit né de ce sperme autre chose que des hommes

de même taille, plus ou moins, que celui qui l'avait fourni; car ce

serait en vain que le Démon, en jouant avec l'homme son rôle de Succube,

lui soutirerait une dose extraordinaire de liqueur prolifique pour en

procréer des enfants de plus forte taille: la dose ici ne fait rien à

l'affaire, puisque, comme nous l'avons dit, tout dépend de la vitalité

de cette liqueur, non de sa quantité. Nous arrivons donc forcément à

cette conclusion: que les Géants sont nés d'un sperme autre que celui de

l'homme, et que, par conséquent, le Démon Incube, pour engendrer,

emploie un sperme qui n'est pas emprunté à l'homme. Mais alors, que

faut-il dire?

_34. Quantum ad hoc, sub correctione Sanctæ Matris Ecclesiæ, et mere

opinative dico, Incubum Dæmonem dum mulieribus commiscetur, ex proprio

ipsius semine hominem generare._

34. Sous le contrôle de Notre Sainte Mère Église, et à titre de simple

opinion, je dis que le Démon Incube, dans son commerce avec les femmes,

engendre le fœtus humain de sa propre semence.

_35. Paradoxa in fide, et parum sana nonnullis videbitur hæc opinio; sed

lectorem meum deprecor, ut judicium non præcipitet de ea: ut enim

incivile est nondum tota lege perspecta judicare, ut Celsus, lib. 24.

ff. de legib. et S. C., ait, ita neque damnanda est opinio, nisi prius

examinatis, ac solutis argumentis, quibus innititur. Ad probandam igitur

supradatam conclusionem, nonnulla sunt necessario præmittenda._

35. Beaucoup de gens trouveront cette proposition hétérodoxe et peu

sensée, mais je supplie mon lecteur de ne pas la condamner à la légère;

car si, comme l'observe Celse, il n'est pas convenable de prononcer un

jugement sans avoir examiné la loi sous toutes ses faces, de même il est

injuste de condamner une opinion avant d'avoir pesé et réfuté les

arguments sur lesquels elle s'appuie. Il s'agit donc de prouver ma

conclusion, et je dois nécessairement, à cet effet, entrer dans quelques

développements.

_36. Præmittendum primo de fide est, quod dentur Creaturæ pure

spirituales nullo modo de materia corporea participantes, prout habetur

ex Concillio Lateranensi, sub Innocentio Tertio, c. Firm. de Sum. Trin.

et Fid. Cath. Conc. Eph. in Epist. Cyrill. ad Reggia, et alibi.

Hujusmodi autem sunt Angeli beati, et Dæmones damnati ad ignem

perpetuum. Quamvis vero nonnulli Doctores, Bann. par. 1. q. 5. ar. 1.

Can. _de Loc. Theol._ l. 5. c. 5. Sixt. seu _Bibliot. San._ l. 5. annot.

8., Mirand. _Sum. Concil._ vº. _Angelus_, Molina, p. 1. q. 50., a. 1.,

Carranz., _Annot. ad Synod._ 7., etiam post Concilium illud docuerint

spiritualitatem Angelorum et Dæmonum non esse de fide, ita ut nonnulli

alii, Bonav. in lib. 2. sent. dist. 3. q. 1., Scot. _de Anim._ q. 15.,

Cajet. _in Gen._ c. 4., Franc. Georg. _Problem._ l. 2. c. 57., August.

Hyph., _de Dæmon._, l. 3. c. 3., scripserint illos esse corporeos, et

proinde Angelos Dæmonesque corpore et spiritu constare non esse

propositionem hæreticam, neque erroneam probet Bonaventura Baro, _Scot.

Defens._ tom. 9. apolog. 2., act. 1., p. § 7.: tamen quia Concilium

ipsum statuit de fide tenendum, _Deum esse Creatorem omnium visibilium,

et invisibilium, spiritualium, et corporalium, qui utramque de nihilo

condidit creaturam spiritualem et corporalem Angelicam, videlicet ut

mundanam_: ideo dico de fide esse quasdam creaturas dari mere

spirituales, et tales esse Angelos, non quidem omnes, sed quosdam._

36. En premier lieu, je constate, comme un article de foi, l'existence

de Créatures purement spirituelles, n'ayant aucun rapport avec la

matière corporelle, ainsi que l'a décidé le Concile de Latran, sous

Innocent III. Tels sont les Anges bienheureux, et les Démons condamnés

au feu éternel. Un certain nombre de Docteurs, il est vrai, ont

enseigné, même après ce Concile, que la spiritualité des Anges et des

Démons n'était pas article de foi; d'autres même, allant plus loin, ont

affirmé qu'ils étaient corporels, d'où Bonaventure Baron a conclu qu'il

n'y avait rien d'hérétique ni d'incohérent à donner aux Anges et aux

Démons une double substance, corporelle et spirituelle. Cependant, en

présence de la déclaration formelle du Concile, qu'il est de foi que

_Dieu est le Créateur de toutes choses visibles et invisibles,

spirituelles et corporelles, qui a tiré du néant toute créature

spirituelle et corporelle, Angélique ou terrestre_, je dis qu'il est de

foi d'admettre l'existence de certaines créatures purement spirituelles,

et que tels sont les Anges: non pas tous, mais un certain nombre.

_37. Inaudita forsan erit sententia hæc, sed non destituta erit

probabilitate. Si enim a Theologis tanta inter Angelos diversitas

specifica, et proinde essentialis statuitur, ut in via D. Thomæ, p. p.,

q. 50., ar. 4., plures Angeli nequeant esse in eadem specie, sed

quilibet Angelus propriam speciem constituat, profecto nulla invenitur

repugnantia, quod Angelorum nonnulli sint purissimi spiritus, et proinde

excellentissimæ naturæ, alii autem corporei, et minus excellentes, et

eorum differentia petatur per corporeum, et incorporeum. Accedit quod

hac sententia facile solvitur alias insolubilis contradictio inter duo

Concilia Œcumenica, nempe Septimam Synodum generalem, et dictum

Concilium Lateranense: siquidem in illa Synodo, quæ est secunda Nicæna,

actione quinta, productus est liber Joannis Thessalonicensis scriptus

contra quemdam Philosophum gentilem, in quo ita habetur: _De Angelis, et

Archangelis, atque eorum Potestatibus, quibus nostras Animas adjungo,

ipsa Catholica Ecclesia sic sentit, esse quidem intelligibiles, sed non

omnino corporis expertes, et insensibiles, ut vos Gentiles dicitis,

verum tenui corpore præditos, et æreo, sive igneo, sicut scriptum est:

qui facit Angelos suos spiritus, et ministros suos ignem urentem._ Et

infra: _Quamquam autem non sint ut nos, corporei, utpote ex quatuor

elementis, nemo tamen vel Angelos, vel Dæmones, vel Animas dixerit

incorporeas: multoties enim in proprio corpore visi sunt ab illis,

quibus Dominus oculos aperuit._ Et cum omnia lecta fuissent coram

Patribus synodaliter congregatis, Tharasius, Patriarcha

Constantinopolitanus, poposcit adprobationem Sanctæ Synodi his verbis:

_Ostendit Pater, quod Angelos pingi oporteat, quoniam circumscribi

possunt, et ut homines apparuerunt_. Synodus autem uno ore respondit:

_Etiam, Domine_._

37. Ceci paraîtra étrange peut-être, mais on conviendra que ce n'est pas

improbable. Si en effet les Théologiens s'accordent à constater parmi

les Anges une diversité spécifique, et par suite essentielle, si grande

que, à en croire S. Thomas, il n'existe pas deux Anges de même espèce,

mais que chacun d'eux constitue une espèce à lui seul, quelle difficulté

trouvera-t-on à ce que certains Anges soient des esprits très-purs,

conséquemment de nature très-supérieure, et qu'il y en ait d'autres qui

soient corporels et de nature moins parfaite, différant ainsi les uns

des autres par leur substance corporelle et incorporelle? Cette

doctrine, remarquons-le, a l'avantage de concilier aisément les

décisions, autrement incompatibles, de deux Conciles Œcuméniques,

savoir le Septième Synode Général, et le susdit Concile de Latran. En

effet, dans la cinquième séance de ce Synode, qui est le deuxième de

Nicée, on produisit un livre de Jean de Thessalonique, écrit contre un

Philosophe païen, où se trouvent les propositions suivantes: «_A l'égard

des Anges, des Archanges et de leurs Puissances, auxquelles j'adjoindrai

nos propres Ames, l'avis réel de l'Église Catholique est que ce sont des

intelligences, mais non tout à fait dépourvues de corps et insensibles

comme vous autres Gentils le prétendez; elle leur reconnaît au contraire

un corps subtil, de la nature de l'air ou du feu, suivant ce qui est

écrit: Il fait des esprits ses Anges, et du feu ardent son Ministre._»

Et encore: «_Bien qu'ils ne soient pas corporels à notre manière,

c'est-à-dire composés des quatre éléments, il est néanmoins impossible

de dire que les Anges, les Démons et les Ames sont incorporels; car ils

sont apparus nombre de fois, revêtus de leur propre corps, à ceux dont

le Seigneur a daigné ouvrir les yeux._» Et après que ce livre eut été lu

dans son entier devant tous les Pères réunis en synode, Tharasius,

Patriarche de Constantinople, le soumit en ces termes à l'approbation du

Saint Synode: «_La démonstration du Père conclut à ce que les Anges

doivent être représentés en peinture, puisque leur forme est

circonscrite, et qu'on les a vus sous la figure humaine._» A quoi le

Synode, d'une voix unanime, répondit: «_Oui, Monseigneur._»

_38. Hanc autem Conciliarem adprobationem de materia ad longum

pertractata a D. Joanne in libro coram Patribus lecto, statuere

articulum fidei circa corporeitatem Angelorum, perspicuum est: unde ad

tollendam contradictionem hujus, cum allata definitione Concilii

Lateranensis multum desudant Theologi. Unus enim, Suarez, _de Angelis_,

ait, quod Patres non contradixerunt tali asserto de corporeitate

Angelorum, quia non de illa re agebatur. Alius, Bann., in p. p. q. 10.,

ait, quod Synodus adprobavit conclusionem, nempe Angelos pingi posse,

non tamen adprobavit rationem, _quia corporei sunt_. Alius, Molin., in

p. p., q. 50. a. 1., ait, quod definitiones Conciliares in illa Synodo

factæ sunt solum _actione septima_, proinde ea quæ habentur in

actionibus præcedentibus non esse definitiones de fide. Alii, Joverc. et

Mirand., Sum. Conc., scribunt nec Nicænum, nec Lateranense Concilium

intendisse definere de fide quæstionem; et Nicænum quidem locutum fuisse

juxta opinionem Platonicorum, quæ ponit Angelos corporeos, et tunc

prævalebat; Lateranense autem locutum esse juxta mentem Aristotelis,

qui, l. 12. _Metaphys._, tex. 49., ponit intelligentias incorporeas, quæ

sententia contra Platonicos apud plerosque Doctores invaluit expost._

38. Maintenant, que cette approbation par un Concile de la doctrine

exposée tout au long dans le livre de Jean, constitue un article de foi

à l'égard de la corporéité des Anges, ceci ne fait pas l'ombre d'un

doute: aussi les Théologiens suent-ils sang et eau pour enlever à cette

décision ce qu'elle a de contradictoire avec la définition, rapportée

plus haut, du Concile de Latran. A en croire Suarez, si les Pères n'ont

pas contredit une telle assertion de la corporéité des Anges, c'est que

ce n'était pas de cela qu'il s'agissait. Un autre prétend que le Synode

a bien approuvé la conclusion, à savoir qu'on pouvait peindre les Anges,

mais non le motif donné, _qu'ils sont corporels_. Un troisième, Molina,

fait observer que les définitions conciliaires émises par ce Synode,

l'ont été seulement dans _la septième séance_, d'où il conclut que

celles des séances précédentes ne sont pas des définitions de foi.

D'autres, enfin, écrivent que ni le Concile de Nicée, ni celui de Latran

n'ont entendu définir une question de foi: le Concile de Nicée ayant

parlé suivant l'opinion des Platoniciens, qui fait des Anges des êtres

corporels et qui prévalait alors; le Concile de Latran, au contraire,

ayant suivi l'autorité d'Aristote, lequel, au livre 12 de sa

_Métaphysique_, établit l'existence d'intelligences incorporelles,

doctrine qui, depuis, a eu gain de cause contre les Platoniciens auprès

de la plupart des Docteurs.

_39. Sed quam frigidæ sint istæ responsiones nemo non videt, ac eas

minime satisfacere oppositioni palmariter demonstrat Bonaventura Baro,

_Scot. Defens._, tom. 9., apolog. 2., actio. 1., § 2. per totum. Proinde

ad tollendam contradictionem Conciliorum dicendum est, Nicænum locutum

esse de una, Lateranense autem de alia specie Angelorum, et illam quidem

corpoream, hanc vero penitus incorpoream; et sic conciliantur, aliter

irreconciliabilia Concilia._

De la démonialité des animaux incubes et succubes · 第 7 / 24 题