coupée d’abord en lanières, puis séchée au soleil pour qu’elle se
conserve.
Les Américains des déserts préparent aussi des viandes séchées ; c’est
ce qu’on appelle le _charqué_. Dans les provinces de Rio-Grande, de la
Plata, au Brésil, dans la république Argentine, on fait aussi du
charqué ; ce sont des bandes de viande de bœuf qu’on fait sécher au
soleil ; mais auparavant on enlève la graisse, et on met les bandes
tremper dans de la saumure chaude pendant douze heures ou plus, jusqu’à
quarante-huit heures, suivant l’épaisseur des morceaux. Le charqué
préparé à la saumure a le goût de bœuf fumé ; il se voit souvent sur la
table des riches. Le charqué des déserts est simplement de la viande
séchée au soleil, sans avoir été trempée dans la saumure.
(_Note de M. Perron._)
NOTE GG, PAGE 311.
L’autruche, qui a à chaque aile huit plumes d’un beau blanc, quatre
grandes et quatre moyennes, porte en arabe le nom de _zhalym_.
L’autruche qui a ces huit plumes grises porte le nom de _arbadâ_,
_grise_. Les Arabes du Soudan disent par corruption _rabdah_.
(_P., d’après l’explication verbale du cheykh._)
NOTE HH, PAGE 312.
_Serneh_ : ce sont des amandes du fruit de l’heglyg qu’on a privées de
leur amertume en les laissant macérer à l’eau froide. Voy. sur les
plantes du Dârfour, le chapitre X.
(_P., d’après l’explication verbale du cheykh._)
NOTE II, PAGE 312.
Ce chapitre X est certainement bien loin de contenir l’indication de
tous les végétaux qui se trouvent au Dârfour ; d’ailleurs, le cheykh n’a
pas la prétention de se donner pour botaniste. Il ne peut, comme il le
dit lui-même, signaler qu’un certain nombre très-limité de plantes, et
il ne parle guère que de celles qui lui ont paru le plus remarquables.
De mon côté, j’ai cherché à déterminer les familles et les noms
botaniques de ces plantes. Je me suis procuré ici (au Kaire) ce que j’ai
pu en trouver de graines et de fruits, et je me suis aidé, pour
spécifier les plantes auxquelles ils appartenaient, des lumières de MM.
Figari et Husson, professeurs de botanique. Le premier a professé
pendant nombre d’années à l’Ecole de médecine égyptienne ; aujourd’hui
il est membre du conseil de santé et inspecteur du service
pharmaceutique. Le second, professeur à l’école d’agriculture de
Choubrah, vient, par suite des réformes portées dans les écoles, d’être
remercié.
Les indications que je vais donner résultent de leur travail ; toutefois
ils n’ont pas eu le moyen de déterminer, d’après les seules descriptions
du cheykh, tous les végétaux qu’il a cités. Ceux qu’on n’a pu nommer
avec les noms botaniques conservent ici le nom sous lequel ils sont
connus au Dârfour. On sait combien il est difficile, sur des
descriptions brèves et de la nature de celles qui sont dans ce livre, et
sur l’aspect seul de graines ou de fruits, de fixer sûrement la
dénomination d’une plante.
Le _doukhn_ est le _pennisetum typhoïdeum_ ; c’est le doukhn ordinaire.
— _Holcus dochna_ de Forskal.
Le _dinby_ ou _denby_ paraît être un _pennisetum_. Il a l’épi plus court
et plus gros que celui du doukhn ordinaire et a le grain blanc. Voici la
note que m’a donnée M. Husson : « Sous le nom de _dineby_ ou _dénebeh_,
les Arabes m’ont désigné le _panicum crus galli_, graminée qui croît
abondamment dans les rizières du Delta, et qui se trouve aussi dans les
lieux marécageux du Sennâr et du Fazoglou. Delile donne un nom analogue,
_denâbâ_, _reseda canescens_, Linn. »
Le _dourah_ est un _sorghum_. Le dourah appelé _mâreig_ par les Fôriens
est le _sorghum cernuum_ ou sorghum penché, ainsi nommé parce que son
épi est toujours penché sur sa tige.
L’_azyr_, ou _dourah rouge_, est le _sorghum vulgare_.
L’_abou-chalaulau_ est un dourah blanc ; _holcus communis_ ?
L’_abou-abât_ est le dourah appelé en Égypte _dourah châmy_ ; c’est le
maïs, _zea maïs_.
Le _coutha_, appelé encore _couta_ }
} sont de longs concombres.
Le _faccous_, dit aussi _faggous_. }
Le _kousbarah_ est la coriandre.
Le _khyâr_ est le petit concombre, _cucumis sativus_, très-abondant en
Égypte. _Voy._ pour les cucurbitacées citées dans ce Voyage, la Centuria
VI de Forskal.
Le _bâdingân_ ou _bâdingiân_ noir, est le _solanum vulgare_. — Le rouge
est le _solanum persicum_.
La _melôkhyeh_ est le _corcorus olitorius_, légume très-recherché et
très-abondant en Égypte, ainsi que le bâmyéh.
Le _bâmyéh_ ou _hibiscus esculentus_. De la melôkhyéh, on ne mange que
les feuilles et les extrémités des tiges ; des bâmyéh, on mange le
fruit. Ces deux légumes, surtout le premier, sont gluants et très-
mucilagineux quand ils sont cuits.
Le _habb-rechâd_ ou _habb-el-rechâd_, ressemble à des graines de
cresson, et paraît être en effet un _nasturtium_.
Le _défreh_ m’est inconnu.
La _fève du Soudan_ ou _foul-Soudâny_, croît sous terre ; c’est celle
dont le cheykh veut parler. Il l’a reconnue aussitôt que je lui en ai
montré l’échantillon. — Chaque fève est enveloppée d’une coque
particulière. « Ce fruit, me dit M. Husson dans sa note, me semble
appartenir au _glycine subterranea_ de Linnæus. — Pers. synops. II, p.
299. — Synonymie : _Voandzeia subterranea_, Dupetit-Thouars. — _Arachis
africana_, Burmann. — Plante annuelle de la famille des légumineuses,
originaire de Madagascar, de Surinam, du Brésil, etc., d’où vient
probablement la cherté de cette fève. — Feuilles ternées, radicales ;
tiges couchées, flexueuses ; pédoncules biflores, pénétrant en terre
après la floraison, comme ceux de l’_arachis hypogea_ ; corolle jaune. »
M. Figari en a planté dans son jardin quelques grains, et s’est assuré
que la fève en question est un _glycine_. La fève du Soudan est rare au
Kaire, et se vend à un prix fort élevé. J’en ai trouvé avec peine une
quarantaine de grains, au prix de huit pour une piastre, ou vingt cinq
centimes.
L’_heglyg_, ou plus régulièrement _thlyleg_, est appelé _hadjalydj_ par
les Fôriens, et _lalou_ par la généralité des djellâb, marchands
d’esclaves qui viennent du Soudan au Kaire. — L’_heglyg_ est le
_balanites ægyptiaca_. Le fruit est employé au Kaire comme médicament
astringent, dans les diarrhées et les dyssenteries persistantes.
Le _nabg_ ou _nabq_ ordinaire, est un arbre assez commun en Égypte ; il
porte un fruit qui a l’aspect d’une pomme et qui ne dépasse pas en
volume une petite cerise. Le noyau est gros proportionnellement au
fruit ; la chair qui le recouvre rappelle la pomme ; elle est acidule,
astringente, et généralement assez agréable au goût ; mais elle est un
peu sèche. — Le _nabq_ ordinaire est le _zizyphus spina Christi_, _lotus
zizyphus_, _rhamnus lotus_.
Le _karnau_. Sous le nom de _karnau_, l’on vend à l’okel des Djellâb
(marché où les Djellâb vendent les esclaves) une pâte sèche de couleur
fauve rougeâtre. — Il paraît qu’elle est préparée avec le fruit jaune-
roux d’un _rhamnus_ qui serait celui que les Fôriens appellent _nabg
karnau_ ; ce nabg karnau est peut-être le _paliurus Athenæi_.
Le _tébeldy_ est le baobab, _Adansonia digitata_. Au Kaire, on en vend
la graine sous le nom de _galanguys_, ou mieux _kalankys_. On y vend
aussi le fruit entier, sous le nom de tébeldy. J’envoie un échantillon
de la graine et du fruit.
Le _doulab_, appelé aussi _déleib_ et _gauz hindy_ ou _djauz hindy_,
noix des Indes où coco des Indes, est un arbre de haute stature ; il me
paraît être le _ficus vasta_ de Forskal (Centuria VI. — 93). Son fruit
est une coque à deux noyaux. — Browne l’appelle _platanus orientalis_.
Le _hommeid_ : j’ignore de quelle espèce est cet arbre.
Le _daum_ ou _doum_, est le _cucifera thebaïca_ de Delile. Son fruit
sec, qu’on vend au Kaire, est couleur de pain d’épices et en a un peu le
goût ; mais la chair est brute et coriace. La cassure du noyau présente
l’aspect d’une corne extrêmement dure ; il renferme une graine d’une
dureté extraordinaire ; le noyau est très-épais. On en fait ici des
graines de chapelet, _borassus flabelliformis_, Forskal.
L’_andourâb_ paraît être un _grewia_. Le cheykh, en disant que le fruit
ressemble à la baie de la morelle, ne veut pas dire pour le volume ; car
le fruit de l’andourâb est presque gros comme une prune de mirabelle.
Le _gueddeim_ est un _grewia_ ; serait-ce le _grewia carpinifolia_ ou à
feuille de bouleau, qu’on indique comme originaire de Guinée ? MM.
Figari et Husson pensent que ce doit être le même.
Le _moukkhaît_ (écrit par le _khâ_ arabe redoublé) est un _cordia myxa_.
Le _loûlou_ : j’ignore à quelle famille appartient cet arbre.
L’_òchar_ dont parle le cheykh est le _pergularia tomentosa_, de la
famille des asclépiadées. Dans l’ouvrage de Delile, on trouve la
synonymie suivante : _Pergularia tomentosa_, no 277 ; en arabe, _leben
el-homârah_ (lait d’ânesse, par allusion au suc laiteux de cet arbre). —
_Dymyeh_, Forskal.
« On a confondu, à l’époque de l’expédition en Égypte, dit M. Husson,
cette asclépiadée avec une autre, l’_asclepias procera_ de Delile, no
283 ; en arabe, _ochar_ ; en nubien, _abouk_. — Cette erreur provient de
ce que les fruits de ces deux arbres se ressemblent beaucoup et
renferment des aigrettes soyeuses. Le _pergularia tomentosa_, spontané
au Fayoum, est maintenant assez répandu dans les jardins du Kaire.
L’_asclepias procera_ est plus rare et ne se trouve que dans la Haute-
Égypte et en Nubie. Il n’existe probablement pas dans les jardins du
Kaire ; du moins je ne l’ai pas encore vu. »
Le hischâb est le gommier ordinaire.
Le _sant_ est le _mimosa nilotica_.
Le _talhh_ paraît être le _ficus indica_ de Forskal.
Le _seyâl_ est l’_acacia seyâl_ de Delile ; — _mimosa seyâl_ de Forskal.
Le _laôt_ est un arbre épineux qui atteint plus de la hauteur de
l’homme. Le tronc a presque un demi-pied de diamètre, et les branches
s’élèvent droites autour du sommet du tronc ; — j’ignore le nom
botanique de cet arbre.
Le _kafal_, _amyris kafal_, est un gros arbre d’un bois assez léger, et
qui, par sa couleur foncée, rappelle très-bien l’acajou. Il peut prendre
un très-beau poli. J’en ai fait polir un fragment, qui est devenu aussi
beau de teinte que l’acajou ; mais il est moins veiné que lui. — On
l’emploie, au Kaire, comme médicament pour les nouvelles accouchées ; on
leur en prépare des décoctions. (_Voy._ ce que dit Forskal de cet arbre,
Centuria III. — 50.)
Le _chau_. }
}
Le _marhabeib_. }
}
Le _ganâ_. }
} J’ignore les noms botaniques de ces plantes.
Le _kyly_. }
}
Le _châlaub_. }
}
Le _dagarah_. }
Le _tàb el-kyb_ est probablement la racine de l’_iris tuberosa_. — Les
djellâb l’appellent _èrc-oum-abyad_, racine blanche, à cause de sa
couleur blanchâtre. Au Kaire, on l’appelle _èrc-bénefsig_, racine de
violette, à cause de son odeur de violette.
Le _chichm_ ; en turk, _tschischm_. (Voy. _Flora ægyptiaco-arabica_ de
Forskal, page L, édit. de 1775.) — C’est la graine du _cassia apsus_ ;
réduite en poudre, elle est souvent employée, parmi le peuple, contre
l’ophthalmie.
Le _chouch_, appelé au Kaire _habb el-a’rous_, grains de la mariée, est
fourni par l’_abrus precatorius_. C’est une graine d’un beau rouge de
corail, avec un point noir.
Le _guirguidân_ est la graine du _sida mutica_ de Delile, no 633. — Elle
est connue par les habitants de la Haute-Égypte sous le nom de _cahouéh
sennâry_, café-sennâr.
Le _ouars_ est une poudre qui teint en jaune. Cette substance, dont mon
ami M. Combes m’a donné un échantillon, au Kaire, à son second retour de
l’Abyssinie, lui a été remise à Berbéra ; on l’appelle _ouars_ de
Berbéra. Cette poudre se vend fort cher sur les bords de la mer Rouge et
s’exporte en pays étrangers. Elle paraît être fournie par l’_orobanche
tinctoria_. Forskal en parle dans sa flore égyptio-arabique.
Le _dayôg_ est une solanée.
Le _kaoual_ est un condiment d’assez mauvaise odeur ; il se prépare au
Dârfour avec une chicorée sauvage, qu’on laisse putréfier dans l’eau,
qu’ensuite on réduit en une pâte grossière, et qu’on fait sécher au
soleil.
Le _mahhleb_ : on appelle de ce nom l’amande du _prunus mahhleb_. C’est
une petite graine qui a la forme d’un très-petit haricot allongé, brun-
chocolat.
Le _dagousa_ : appelé ainsi en Abyssinie, et chez les Galla _dagouscha_.
Il paraît être la graine d’une crucifère, _raphanus_ ou _brassica_.
Le _teff_ ; ce nom est abyssinien ; c’est le _teffi_ des Galla, qui
paraît être le _poa abyssinica_. — Ces deux dernières graines, le
dagousa et le teff, m’ont été données par M. Combes.
L’_erc el-halâoueh_ ou _erg el-halâoueh_, racine de douceur, est un bois
savonneux et qui nettoie très-bien ; il est commun au Kaire ; on
l’apporte aussi de la Caramanie et de quelques endroits de l’Asie
mineure et de la Syrie.
NOTA. Le _dhoufr_ est la valve d’une coquille dont je ne sais pas le
nom. Quelques-unes des douze dernières substances ne sont pas citées par
l’auteur de ce Voyage.
(_Note de M. Perron._)
NOTE JJ, PAGE 330.
Le tébeldy, comme je l’ai dit dans la note précédente, est le baobab.
Dans le haut Sennâr, au Fâzoglou, au Kordofâl, au Dârfour, etc., le
tronc de cet arbre ne dépasse pas trois ou quatre brasses d’homme, en
circonférence. Il y a beaucoup de tébeldy dans les plaines qui séparent
le Kordofâl du Dârfour. Leurs troncs, toujours creux et ouverts par le
haut, sont des réservoirs où s’amasse l’eau des pluies. Cette eau sert
aux voyageurs. Elle y reste douce et sans odeur désagréable. Lors de
l’expédition des Égyptiens dans plusieurs de ces contrées, souvent les
soldats n’eurent d’autre eau à boire que celle qu’ils trouvèrent dans
les gros troncs des baobab. Elle y est parfois jusqu’à la quantité de
deux, trois et quatre voies d’eau dans un seul tronc.
(_P., d’après l’explication verbale du cheykh._)
NOTE KK, PAGE 341.
J’ai vu au Kaire le câdy El-Delyl, et je l’ai entendu raconter le fait
dont parle le cheykh.
El-Delyl est un vieillard à face très-noire et à barbe très-blanche,
maigre, très-silencieux. Il avait avec lui dix à douze Ouadâyens, dont
deux de sang arabe. A en juger par ces voyageurs, les Ouadâyens ont la
physionomie régulière, le front haut et bien fait, le nez peu saillant,
mais non épaté, les lèvres peu épaisses, le blanc des yeux teint d’une
nuance rouge de brique, les veines sclérotiques assez développées, les
pommettes peu saillantes. Mais ils ont l’air plus décidé et plus hardi
que tous les Fôriens que j’ai rencontrés.
Les Ouadâyens qui accompagnaient le câdy El-Delyl nous ont raconté que,
l’hiver de 1840, ils ont eu à souffrir étonnamment du froid dans leur
traversée du Ouadây à Tunis. Presque tous leurs esclaves en sont morts ;
en un seul jour il en est mort vingt-quatre. Les chameaux de la caravane
étaient tellement saisis par le froid, que le sang leur coulait par les
narines.
Le câdy El-Delyl et ses Ouadâyens vont faire leur pèlerinage à la
Mecque, et en même temps porter les dons destinés à la Ville Sainte par
le sultan du Ouadây. Les sultans du Soudan envoient à cet effet en
caravane quelques centaines d’esclaves ; on les vend, et l’on va ensuite
en offrir le prix à la Kaaba. Cette fois, la caravane du Ouadây est
partie du côté du Maghreb ; les esclaves échappés au grand froid de cet
hiver ont été conduits de Tunis à Constantinople pour y être vendus plus
cher ; mais là, une partie est morte de la peste, en sorte qu’il en est
resté très-peu pour le temple de la Mecque. Il y avait aussi dans les
richesses de la caravane, vingt-quatre eunuques destinés en cadeau à Son
Altesse le vice-roi d’Égypte : il n’en est arrivé que deux ; tous les
autres sont morts.
La caravane ouadâyenne qui, tous les ans, se rend à la Mecque, passe
ordinairement par le Dârfour, le Kordofâl et le Sennâr, et traverse la
mer Rouge. Mais l’an passé et cette année, elle n’a pu prendre cette
route, à cause de l’état d’hostilité qui existe entre le Dârfour et le
Ouadây.
(_P., d’après l’explication verbale du cheykh._)
NOTE LL, PAGE 344.
Voici le sens attaché aux dénominations des mois par les Fôriens.
Par _fatour_, c’est-à-dire _le déjeuner_, le repas par lequel on
interrompt le jeûne, les Fôriens et les Ouadâyens veulent signifier le
mois dans lequel le jeûne cesse ; car le mois de ramadhân est le mois de
carême, et durant ce mois il est défendu de manger et de boire pendant
la journée, c’est-à-dire dès avant l’apparition de la première aube
jusqu’au coucher du soleil. Pendant la nuit on mange autant de fois
qu’on le peut.
_Fatreyn_, les deux repas, les deux déjeuners ; on désigne par ce nom le
second mois qui suit le ramadhân (ou le carême), c’est-à-dire le mois
qui suit celui dans lequel cesse le jeûne, le premier fatour.
_Dhahhiyéh_, le sacrifice ; c’est le mois dans lequel on fait les
immolations. C’est en effet le 10 de ce mois qu’est la fête du grand
Beyram, c’est-à-dire la fête du pèlerinage, dans laquelle les pèlerins
de la Mecque et les musulmans de tous les pays égorgent des animaux pour
en manger la chair après le sacrifice, et en donner aux pauvres.
_Dhahhiyéteyn_, les deux sacrifices, c’est-à-dire le mois qui vient
après le mois de dhahhiyéh, le second dhahhiyéh.
_Ouahhyd_, l’unique ; le mois qui se trouve seul entre deux autres mois
qui ont un nom spécial, significatif pour les Fôriens et les autres
habitants du Soudan.
_Kérâmeh_, merveille opérée par la grâce de Dieu ou d’un saint ; c’est
le mois dans lequel Dieu accorda au monde la grâce de faire naître le
prophète Mahomet.
_Taoum_ (pour _taouam_), le jumeau de celui qui le suit ;
_Taoumeyn_, les deux jumeaux, c’est-à-dire le mois qui suit le premier
taum. Ces deux mois sont considérés comme deux jumeaux.
_Sâyeg-el-teymân_, celui qui _pousse_, c’est-à-dire qui vient
immédiatement après les deux taoum ou les jumeaux.
_Redjeb_ est le nom du mois arabe ; les Fôriens l’ont conservé.
_Gossayer_, le court, le bref ; ainsi appelé parce que, précédant le
ramadhân, ou mois de jeûne, il paraît toujours de trop courte durée.
(_P., d’après les explications du cheykh._)
Chez les Arabes, avant et après l’islamisme, les dénominations des mois
de l’année eurent un sens primitif adapté à certaines circonstances.
Le _premier_ mois de l’année, dans l’islamisme, fut appelé _moharrem_,
c’est-à-dire _défendu, sacré_, parce qu’il était défendu de faire la
guerre pendant ce mois. Avant Mahomet, les Arabes l’appelaient _safar
premier_, et le mois suivant _safar second_. Ils en avaient fait de même
pour _rabiy premier_ et _rabiy second_, etc. Pour eux, les deux mois de
safar étaient des _mois sacrés_, mais en ce sens que les Arabes anciens
ou du _paganisme_ interrompaient toute guerre, tantôt dans l’un, tantôt
dans l’autre de ces deux mois. Cette faculté d’interdire la guerre dans
un mois ou dans un autre, portait le nom de _naciy_. Mahomet l’abolit,
et, pour fixer la consécration de l’une des deux périodes lunaires
mensuelles qui commençaient l’année, il appela le premier mois de
l’année le _mois de Dieu_, c’est-à-dire le véritable mois sacré. Il
ajouta même plus tard, pour confirmer sa première parole : « Le jeûne le
plus méritoire, après celui du mois de ramadhân, est celui du _mois de
Dieu_. » Dès lors on admit la _sainteté_ du premier mois seul, et il fut
nommé _moharrem_.
Le _second_ mois garda le nom de _safar_, solitude, action de se retirer
à l’écart, parce que, dans le principe, lorsqu’on créa ce nom, les
habitants de la Mecque avaient coutume, pendant cette lune, de quitter
la ville pour aller passer le temps des chaleurs de l’été à Tâïfah. A
l’époque de la création du nom de _safar_, le mois qui reçut ce nom se
trouvait précéder l’été.
Le _troisième_ et le _quatrième_ mois furent appelés _rabiy premier_ et
_rabiy second_, c’est-à-dire _premier pâturage_, _second pâturage_,
parce que, quand on leur appliqua le nom de _rabiy_, on était à faire
paître les troupeaux aux pâturages verts.
Le _cinquième_ et le _sixième_ mois furent dits _djoumâdà_ (dans le
langage vulgaire actuel _djémady_), _solidification_, parce que,
lorsqu’on leur donna cette dénomination, on était à l’époque de la gelée
ou _solidification_ de l’eau par le froid.
On raconte qu’on demanda un jour à un certain Djafar quel fut le motif
originel de la dénomination des mois, et surtout des deux mois de
djoumâdà premier et djoumâdà second. « Primitivement, répondit Djâfar,
quand on détermina et fixa le nom de djoumâdà, on était au dernier mois
de l’année ; l’eau était congelée. On accepta alors un terme
caractéristique pour le moment présent, et de là le nom de djoumâdà. Par
la suite des années (lunaires), l’époque de saison des deux djoumâdà
varia, mais on laissa les noms comme ils étaient, bien qu’ils
n’exprimassent plus ce qu’ils indiquaient d’abord lorsqu’ils se
trouvaient en hiver ; car un nom une fois établi ne change plus, quand
même la circonstance qui l’a fait choisir dans le principe vient à
changer ou varier. Il n’en est pas de même de la désignation adjective,
qui doit toujours s’accommoder à l’état présent de ce à quoi on
l’attache. La circonstance primitive qui a été l’occasion du nom, lui
conserve, par nécessité ou par convenance, une permanence invariable,
tandis que la qualification adjective exige toujours l’actualité de ce
qu’elle désigne. »
Le _septième_ mois fut appelé _redjeb_, le _sacrifice_, l’_immolation_,
parce que, lorsqu’on lui assigna ce nom, on était au moment de l’année
dans lequel on immolait des animaux en sacrifices aux idoles. On
l’appela aussi _el-assamm_, _le sourd_, parce que ce mois ne
retentissait jamais du bruit des armes : c’était un mois sacré.
Le _huitième_ mois fut nommé _chàban_, du mot _téchààba_, _se
disperser_, parce que, lors de sa dénomination, l’on était à l’époque de
l’année à laquelle une foule de tribus entraient en expéditions de
guerre.
Le _neuvième_ mois est _ramadhân_, le _chaud_ ; il reçut son nom dans la
saison la plus chaude de l’année, au fort de l’été.
Le _dixième_ mois fut appelé _chaoual_, le _leveur_, parce que, quand il
fut désigné par ce nom, c’était l’époque à laquelle les chamelles en rut
lèvent la queue par appétence sexuelle.
Le _onzième_ est _zou-l-câdeh_, ou le mois _du séjour, du repos_. Quand
on lui appliqua ce nom, on était à l’époque de l’année assignée au
repos, c’est-à-dire pendant laquelle on s’abstenait de toute incursion
et de pillage ; jamais, non plus, à ce moment on n’allait de tribu à
tribu demander des vivres, des pâturages pour les troupeaux, et jamais
on ne prenait les armes.
Le _douzième_ est _zou-l-hidjéh_, ou le mois du _pèlerinage_ à la
Mecque. — Dans la gentilité arabe, le pèlerinage se faisait selon que
l’avaient fait Abraham et Ismaël son fils, c’est-à-dire toujours dans le
mois de zou-l-hidjéh : telle est la croyance des musulmans. On continua
ainsi, ajoutent les auteurs, jusqu’au temps d’Amr, fils de Lohhay, qui
modifia les rites religieux suivis alors, et transposa à son gré, et
selon le besoin et les exigences des guerres, l’époque du pèlerinage. Il
établit le _naciy_ (_Voy._ Mémoire de Sylv. de Sacy sur quelques
événements de l’histoire des Arabes avant Mahomet) ; mais au dernier
pèlerinage que fit le Prophète, il se trouva que l’époque de cette
cérémonie échut dans le mois même de zou-l-hidjéh, et alors le Prophète
la fixa irrévocablement à ce mois ; car il dit dans une allocution à ses
sectateurs : « Voilà que maintenant les temps sont revenus à leur
division d’époques déterminées par Dieu. » Cela signifiait : Le
pèlerinage est revenu désormais à son époque obligée et régulière, au
mois de zou-l-hidjéh, et il ne se fera plus à l’avenir que dans ce mois.
(_Note de Perron._)
[Décoration]
[Note 262 : Haryry joue, dans ce vers, sur le mot _bédrah_, nom d’une
pièce d’or de mille dinârs, et sur _bedr_, pleine lune. Par le mot
_bedr_ il indique les _belles femmes_ ; et il veut dire : « Le _bédrah_
fait à son gré descendre _du ciel_, même _la pleine lune_. » Ce genre
d’expression est fréquent surtout chez les Arabes modernes ; Haryry en
fourmille.
P.]
[Note 263 : Les _hauneb_, à Tunis, sont comme les _caouâs_ en Égypte,
sortes d’huissiers domestiques dans les divans, les ministères, etc.]