La ville est entourée de jardins, surtout au nord et au sud. La

plupart de ces jardins sont hérissés d'orangers, de citronniers, de

bananiers, de dattiers, etc., plantes sans aucun ordre. L'art de

cultiver les orangers et les citronniers est absolument inconnu. Au

reste l'hiver ne les dépouille point de leur verdure, et ils sont

toujours comme au printemps; dans le temps des fleurs ils embaument au

loin l'air que l'on respire. On cultive avec quelque soin une

prodigieuse quantité d'excellentes plantes potagères, que l'on

transporte à Alexandrie, dont le terrain stérile n'a pas les mêmes

richesses. On trouve encore à Rosette et on en exporte des melons, des

figues, des bananes, des pêches, des abricots, des grenades, des

oranges, etc.

Au sud et au sud-ouest il y a des monticules de sable, et au nord une

plaine à perte de vue très bien cultivée et très agréable.

Rosette est en face du fertile Delta, où l'on cultive entre autres

choses une prodigieuse quantité d'excellent riz. Les rizières ne me

paraissent pas entraîner l'insalubrité dont on se plaint tant et avec

fondement en Europe.

Il est très difficile d'évaluer au juste la population d'aucune ville

de l'Égypte; cependant je crois que celle de Rosette est de douze à

quinze mille habitants. La population était beaucoup plus

considérable, et peut-être double, il y a quelques années; mais une

interruption notable dans le commerce intérieur et extérieur, ainsi

que des épidémies fréquentes ont contribué à cette diminution. La

célèbre peste appelée en Égypte d'Ismael-bey, qui a eu lieu en 1791,

a fait à Rosette des ravages particuliers.

Le plus grand nombre des habitants de Rosette sont musulmans; le reste

est Juif, ou catholique du rite grec ou latin. Le gouvernement des

Mamelouks attachait peu d'importance à la diversité des cultes, et les

tolérait tous.

Les habitants de Rosette sont généralement d'un caractère froid et

tranquille, sans désirs, sans ambition, supportant également la bonne

et la mauvaise fortune, rapportant tout à la volonté de Dieu. Les

hommes passent le jour occupés à fermer, à leurs affaires, ou au

milieu de leur famille; rarement ils se promènent même dans leurs

suaves jardins. Tout ce qu'a raconté Savary sur les fréquents

rendez-vous des jeunes Géorgiennes est une fiction de son imagination;

les femmes ne sortent pas plus de leurs maisons que dans le reste de

l'Égypte: c'est une habitude prise dès l'enfance, et non pas une

contrainte.

Les hommes sont généralement d'une belle taille, robustes, et d'une

physionomie mâle; leur marche est grave et mesurée.

Quant aux femmes, il est difficile de les voir et de les juger. La

coutume de les voiler, qui nous paraît ridicule, n'est pas sans de

grands avantages pour le bonheur individuel des familles. C'est dans

l'Orient que les hommes peuvent se flatter d'avoir une femme qui leur

appartient exclusivement, et des enfants qu'ils ont faits. Les femmes

n'ont qu'une occupation, celle de plaire à leurs époux: il est vrai

qu'elles sont aussi plus jalouses de la toilette, des belles étoffes

et des bijoux, que les Européennes, et que c'est par leurs caresses

qu'elles obtiennent tout ce qu'elles veulent. Quoique les femmes de

ces contrées se croient assez instruites sur les moyens de concevoir

aisément, elles consultent encore avec empressement les médecins sur

cet objet. Un grand caractère de beauté pour les femmes est d'avoir de

l'embonpoint, quelque loin qu'il soit porté; et ce que l'on peut dire

de plus flatteur pour une femme c'est qu'elle est belle comme la lune.

Prosper Alpin a déjà parlé des différents moyens qu'emploient les

femmes pour s'engraisser: mais je me propose de traiter amplement

cette matière dans un ouvrage étendu, que je compte publier dès que

les circonstances me le permettront, et dont l'annonce est déjà connue

par une lettre adressée au citoyen Desgenettes, médecin en chef de

notre armée, en date du 18 pluviôse an VIII, et imprimée le 30 du même

mois dans le n° 59 du courrier d'Égypte.[3]

[Note 3: Tout mon travail est divisé en neuf articles; savoir:

1° Topographie physique du grand Kaire;

2° Son climat, différence des saisons, etc.;

3° État actuel de la médecine, de la chirurgie, et de la pharmacie.

4° Recherches sur la manière la plus vraisemblable d'évaluer

la population du Kaire;

5° Qualités physiques et morales des habitants;

6° Leur manière de vivre;

7° Les bains d'étuves, et leur influence sur la santé;

8° Les principales maladies qui s'observent;

9° Exposé de la matière médicale des habitants du Kaire.

Je compte encore publier différents autres mémoires, parmi

lesquels il s'en trouve un sur le commerce des nègres au Kaire, et

sur les maladies auxquelles ils sont sujets en arrivant. Il

contient, à ce que je crois, des détails assez curieux,

entièrement négligés par les voyageurs qui ont jusqu'à présent

visité l'Égypte.]

La manière de vivre des habitants de Rosette est très simple, et

offre un grand exemple de sobriété. L'eau du Nil devient saumâtre

quand ce fleuve décroît, parce que l'eau de la mer vient s'y mêler; et

on boit alors l'eau des citernes, que l'on remplit tous les ans dans

le temps de la crue du fleuve.

Parmi les animaux domestiques celui qui prospère le plus est le

buffle; son lait est très substantiel, mais sa chair est inférieure à

celle du boeuf et des vaches. Plusieurs épizooties ont réduit

considérablement le nombre de ces derniers animaux. Il est remarquable

qu'au plus fort de la maladie les buffles vivaient pêle-mêle avec les

boeufs et les vaches, prenaient la même nourriture sans en prendre la

maladie.

Il y a beaucoup de chameaux à Rosette. L'entretien de cet animal

utile est peu coûteux: mais il exige beaucoup de soins; si on charge

mal un chameau on court risque de le blesser et de le mettre

facilement hors de service. Ceux qui ont mangé du chameau le préfèrent

au cheval. Les chameaux et les chameliers sont très sujets à la gale:

on la traite chez les uns et les autres avec du soufre. Au reste la

gale est très rare dans toute l'Égypte, même parmi les Juifs, qui,

comme on le sait, sont partout ailleurs sujets à cette maladie de la

peau.

Le climat de Rosette est beaucoup plus tempéré que celui du Kaire.

Dans le printemps, l'automne, et l'hiver, l'atmosphère est

sensiblement humide du coucher au lever du soleil. Il pleut en hiver

quelquefois plusieurs jours de suite; et c'est ce qui a déterminé les

habitants à bâtir solidement leurs maisons. Les vents du nord sont

fréquents en été; on s'en aperçoit à la direction de quelques

sycomores. Quand le vent diminue, on est abattu comme dans le reste de

l'Égypte; et c'est le temps des maladies.

La peste, la dysenterie, la petite vérole, et les maux d'yeux sont les

maladies les plus fréquentes et les plus redoutables à Rosette. Les

moins dangereuses sont les affections hémorroïdales, l'asthme, la

faiblesse, et les flatuosités de l'estomac. Le rachitis, la dentition

difficile, et les convulsions enlèvent une quantité considérable

d'enfants dans la première et seconde année de leur vie. On voit assez

fréquemment une tuméfaction monstrueuse des extrémités inférieures.

L'expérience a prouvé qu'il est avantageux d'envoyer les convalescents

du Kaire à Rosette: cette translation guérit souvent des dysenteries

rebelles.

Rosette n'a ni médecins, ni chirurgiens, ni pharmaciens instruits ou

expérimentés. Il est d'usage de traiter les maladies vénériennes avec

la salsepareille et les bains; ce qui réussit. Ce qu'ils savent sur la

peste se réduit à son histoire.

J'aurais désiré donner plus d'extension à cette notice; mais je n'ai

pu me refuser à la rendre publique pour me conformer aux vues énoncées

dans la circulaire du médecin en chef de l'armée, du 25 thermidor an

VI.

NOTES

_Pour servir à la topographie physique et médicale d'Alexandrie,

rédigées par le citoyen SALZE, médecin ordinaire de l'armée d'Orient._

Oui, ces ruines même ont encore des attraits!

Là, si le coeur nourrit quelques profonds regrets,

Si quelque souvenir vient rouvrir sa blessure,

Il peut mêler son deuil au deuil de la nature.

DELILLE, Poème des Jardins.

Alexandrie, à l'ouest et à 95,016 toises de distance du Kaire, ou 41

lieues et 6 toises, en comptant les lieues à 2,283 toises, est située

au 30° 33' 4" longitude, et au 24° 59' 59" de latitude boréale,

méridien de Paris; cette ville est bornée au nord et au couchant par

la mer, à l'est par le Khalish, et au midi par le lac Maréotis: on la

divise en ville vieille et nouvelle; il ne reste de la vieille ville

qu'une vaste enceinte de murailles, flanquées de tours très élevées de

distance en distance, et dont la majeure partie est déjà minée par le

temps. Ce qui est contenu dans cette enceinte n'offre de tous côtés

aux yeux du spectateur affligé qu'un amas confus de décombres et de

ruines, tristes restes de la magnificence d'une ville réputée jadis

une des premières du monde, et qui n'est plus célèbre aujourd'hui que

dans les livres des historiens. Au lieu des palais superbes et des

brillants édifices qui en faisaient autrefois la splendeur, on n'y

trouve plus maintenant que quelques villages ou hameaux, mal bâtis,

assez peuplés, et habités par des Turks: ils sont environnés d'une

quantité de petits jardins, plantés de palmiers, cultivés par ces

mêmes Turks, et un peu fertilisés à force de travail et d'arrosage;

les tapis de verdure qu'ils produisent, et qui contrastent d'une

manière frappante avec la blancheur des sables, et les monceaux de

ruines accumulés de toutes parts, ne laissent pas que de récréer un

moment, et vus d'un certain point d'élévation, leur ensemble forme

vraiment un coup d'oeil pittoresque.

Les édifices peu anciens, qu'on y trouve à quelque distance les uns

des autres, sont, le couvent grec, et son hospice, la mosquée de

_S.-Athanase_, aux trois quarts ruinée, le couvent des capucins,

converti en hôpital militaire, quelques bains turcs, le fort dit

triangulaire, et une autre mosquée très grande, dont on a fait

l'arsenal. Les deux montagnes, dont l'une à l'est, et l'autre au midi

de la ville, ont servi à y établir deux forts redoutables, portant

les noms de _Crétin_ et _Caffarelli_, généraux qui ont commandé l'arme

du génie. Ces deux grandes élévations paraissent n'être que le produit

d'un amas de terres rapportées... Il n'y a, à proprement parler, que

deux monuments très anciens qui soient encore dans leur entier, et

vraiment dignes de nos hommages; ce sont les deux obélisques chargés

d'hiéroglyphes, qu'on trouve sur le bord de la mer, à peu de distance

du couvent grec, dont l'un est encore sur pied, et l'autre renversé,

communément appelés _Aiguilles de Cléopâtre_, et la fameuse colonne

dite de _Pompée_, à quelques centaines de pas hors la porte du même

nom. Il en existait outre cela un troisième dans la mosquée

_S.-Athanase_; c'était un grand vase de porphyre, en forme de

baignoire, orné d'hiéroglyphes tant en dehors qu'en dedans. À cela

près, de quelque côté que l'on porte la vue, elle est continuellement

fatiguée par l'image sans cesse renaissante de la destruction:

vainement s'efforcerait-on de chercher à reconnaître dans quelques

restes d'édifice épars çà et là la place de tel ou tel autre monument

ancien; on ne peut former là-dessus que des conjectures, sans établir

au fond la moindre certitude... Le lithologiste et l'antiquaire seuls

peuvent y trouver à chaque pas sous leurs yeux, ou en faisant quelques

légères fouilles, des morceaux dignes de piquer leur curiosité, et

propres à perfectionner leur goût pour ces deux sciences. Je ne

m'étendrai pas davantage sur ce qui concerne l'emplacement de

l'ancienne ville.

La nouvelle ville, construite par les Turks, est renfermée dans

l'espace que la mer en se retirant a laissé entre les anciens murs, et

son rivage actuel; elle est resserrée dans ses flancs par deux grands

bassins de forme demi-circulaire, qui constituent les deux ports, dont

l'un a son embouchure entre le nord et l'est, nommé _Port neuf_, et

l'autre entre le midi et l'ouest, nommé _Port vieux_: ce dernier est

beaucoup plus vaste, plus commode, et plus sûr que l'autre.

Le grand espace de terre qui sépare les deux ports, et qui ferme la

ville du côté de l'ouest, se termine en une pointe dite, des

_Figuiers_, parce qu'il y a beaucoup de ces arbres plantés dans les

environs. En partant de cette pointe et allant vers le nord, on

découvre une petite île nommée _Pharos_, et plus loin, toujours dans

la même direction, on aperçoit un chemin couvert, long, étroit, et

bâti en avant dans la mer; il conduit à l'endroit où existait jadis

l'ancien phare, _une des sept merveilles du monde_. Que les temps sont

changés!... ce n'est plus aujourd'hui qu'un vieux château, à moitié

délabré, et qui serait bientôt tombé en ruine si les Français ne

l'eussent un peu relevé: on en a fait une forteresse.

Une grande place nue, et qui n'a d'autre ornement que les nouveaux

remparts qu'on vient d'élever tout autour, forme l'entrée de la ville

du côté de l'est; elle sert de promenade journalière; dans le temps

des pluies, cette place est presque toute inondée; et comme elle n'a

aucune pente du côté de la mer, les eaux y séjournent, s'y putréfient,

et chargent l'atmosphère d'une grande quantité de vapeurs méphitiques.

Pour détruire cette cause d'insalubrité, il ne s'agirait que

d'exhausser un peu le terrain de la place, d'y établir une pente douce

du côté de la mer, et d'y pratiquer de petits canaux qui

faciliteraient l'écoulement des eaux. S'il était possible encore d'y

planter des arbres, et d'y faire croître du gazon, l'air n'en

deviendrait que plus salubre.[4]

[Note 4: Le général en chef Menou, sur le rapport du médecin en

chef Desgenettes, a ordonné, par son ordre du jour du 12

vendémiaire an IX, que les mesures proposées dans ces notes, et

également sollicitées par le citoyen Labat, membre de la

commission des arts, seraient exécutées; et on s'en occupe avec

activité sous les yeux du général de division Friant, commandant

de la ville et de la province.]

_Du climat d'Alexandrie._

Alexandrie, par sa position, et son voisinage de la mer, est soumise

plus qu'aucune autre partie de l'Égypte à l'influence des différents

vents, et les saisons y sont plus distinctement marquées.

Depuis l'équinoxe d'automne jusqu'à l'équinoxe du printemps les vents

soufflent le plus ordinairement de l'est et de l'ouest, mais avec une

variété étonnante. C'est alors la saison des pluies. Elles commencent

à tomber en novembre, et se prolongent jusqu'en décembre et au-delà:

je les ai vues très fréquentes et de très longue durée pendant l'hiver

de l'an VII. L'atmosphère, dans ce temps là surtout, est sujette à des

variations sans nombre, et il faut être bien en garde contre tous ces

changements pour n'en être point offensé.

Depuis l'équinoxe du printemps jusqu'au solstice d'été mêmes vents

à-peu-près, et toujours même variété. On ressent alors de temps en

temps l'impression chaude, pesante, et malsaine, du vent du sud, nommé

en arabe _camsin_, parce qu'il est censé durer cinquante jours. Cette

espèce de vent serait très nuisible à la santé des hommes et des

animaux s'il donnait seulement quatre à cinq jours de suite; sa plus

longue durée ici a été de trente-six heures; je ne l'ai jamais vu

aller au-delà; communément même il ne dépasse pas vingt-quatre heures.

Il est ordinairement remplacé par un vent d'est rafraîchissant;

quelquefois il est suivi d'un ouragan, qui se termine par une légère

pluie, après quoi le temps redevient frais et serein comme

auparavant.

Depuis le solstice d'été jusqu'à l'équinoxe d'automne on est

journellement soumis à l'action des vents du nord ou alisés: ils

sanifient l'air, tempèrent beaucoup les chaleurs de la saison, et

rendent l'été infiniment plus supportable qu'au Kaire et dans tout le

reste de l'Égypte; cependant, comme ces vents sont extrêmement frais,

et même un peu violents dans certains jours, il faut bien se donner de

garde de s'exposer trop tôt à leur contact, au sortir d'un lieu chaud,

ou après une transpiration abondante.

_De la constitution physique des habitants d'Alexandrie._

Les habitants d'Alexandrie sont généralement bien constitués, et

robustes. Il y a parmi eux beaucoup de vieillards, hommes et femmes.

La sobriété, qui est une de leurs principales vertus, est aussi pour

eux le préservatif le plus sûr contre une foule d'infirmités qui

assiègent les Européens: on ne voit presque pas chez eux de

rachitiques, de poitrinaires, et enfin autant de valétudinaires que

chez nous.

La classe la plus maladive est celle des enfants depuis le moment de

leur naissance jusqu'à l'âge de sept à huit ans: ce ne sont que des

êtres faibles, mal constitués, et presque toujours souffrants; ils

ont le ventre tuméfié, la figure maigre et rapetissée; la couleur de

la peau sur toute l'étendue du corps est jaunâtre; les membres

prennent peu d'accroissement; on dirait, en un mot, qu'ils sont tous

voués à une mort prématurée: un grand nombre succombe dans cet espace

de temps. Ce n'est guère que vers l'âge ci-dessus désigné qu'il

s'opère chez les enfants une révolution subite et heureuse; alors

leurs membres se déploient, l'enflure du ventre disparaît, les traits

de la physionomie prennent un caractère plus marqué; tout annonce

qu'ils vont devenir des hommes forts et vigoureux.

L'âge de puberté pour les garçons est de douze à quinze ans, et pour

les filles de onze à quatorze. Les filles et les femmes éprouvent ici

comme ailleurs toutes les maladies particulières à leur sexe;

peut-être cependant moins fréquemment par une suite de leur éducation

physique et morale. L'époque de la cessation du flux menstruel est

pour la plupart de trente-cinq à quarante ans; chez plusieurs il se

prolonge jusqu'à quarante-cinq.

La fécondité est très considérable, ainsi qu'il est aisé de le voir

par le nombre prodigieux d'enfants qui survivent.

Le terme de la vie est généralement assez prolongé; le plus ordinaire

est de soixante-dix à quatre-vingts ans: un grand nombre dépasse cet

âge; il y en a qui à plus de cent ans sont encore en état d'agir.

_Des maladies qui attaquent le plus fréquemment les habitants

d'Alexandrie._

Les maladies internes les plus familières sont la petite vérole et les

fièvres pestilentielles.

La petite vérole fait de très grands ravages parmi les enfants. Si on

connaissait la véritable manière de la traiter, ses effets seraient

beaucoup moins funestes.

Quant aux fièvres pestilentielles, elles n'ont point depuis notre

arrivée en Égypte frappé les habitants dans la même proportion que nos

troupes, surtout dans l'an VII; car l'an VIII il y a eu peu de chose,

et presque rien dans l'an IX. Précédemment à notre arrivée ces fièvres

ont fait de grands ravages: on leur donne peu de soins, et on ne

cherche point à se prémunir contre leur communication. Le fatalisme

fait regarder par les musulmans ce fléau avec indifférence; ils

considèrent même comme privilégiés du ciel ceux qui en sont attaqués

mortellement.

Les maladies externes les plus ordinaires sont l'ophtalmie, l'enflure

oedémateuse des extrémités inférieures, les hernies de toute espèce,

les sarcocèles, la gale, et quelques autres maladies de la peau.

Leur médecine est un composé de superstition, et de remèdes sans

action bien déterminée, ou trop violents.

ANNONCES.

Mémoires du citoyen Pugnet, médecin ordinaire de l'armée d'Orient.

I. Aperçu physique et médical de la haute Égypte.

II. Examen de ces deux questions: _La peste est-elle endémique en

Égypte? Est-il possible de la bannir de cette contrée?_

III. Observations pratiques sur l'épidémie de Syrie dans l'an VII.

IV. Histoire de la contagion pestilentielle qui s'est développée à

Damiette pendant le cours du premier été de l'an VIII.

V. Notes sur la peste observée au Kaire dans l'an IX.

VI. Essai médical sur le dem-êl-mouia.

* * * * *

Topografia di Alessandria di Alessandro Gisleni, medico ordinario

dell' armata francese in Oriente. Anno IX.

* * * * *

Mémoire sur la peste observée en Égypte; par le citoyen Gaetan Sotira,

médecin ordinaire de l'armée d'Orient.

On doit avertir que des observations et des calculs ultérieurs

ont fait connaître des inexactitudes qui se sont glissées

relativement à la position de différents points de l'Égypte; ces

erreurs seront incessamment rectifiées par un tableau de

corrections qui sera publié dans le quatrième volume des Mémoires

sur l'Égypte.

OBSERVATIONS météorologiques, communiquées par le citoyen NOUET au

citoyen DESGENETTES, pour servir à l'histoire physique et médicale de

l'armée d'orient.

_Température au thermomètre de mercure, division de Réaumur._

====================================================================

! À Alexandrie, ! À Alexandrie, ! Au Kaire, !

! thermidor an 6. ! fructidor an 6. ! vendémiaire an 7. !

! ! ! !

! Jours ! Midi ! ! Jours ! Midi ! !Jours! Matin ! Midi !

! ! ° ! ! ! ° ! ! ! ° ! ° !

!----------------------!----------------------!--------------------!

! 1 ! 23,0 ! ! 4 ! 23,5 ! ! 13 ! 16,5 ! 25,5 !

! 2 ! 23,0 ! ! 5 ! 23,5 ! ! 14 ! 18,3 ! 25,0 !

! 3 ! 22,0 ! ! 6 ! 23,5 ! ! 15 ! 17,5 ! 22,0 !

! 4 ! 23,0 ! ! ! ! ! 16 ! 17,0 ! 21,0 !

! 7 ! 23,0 ! ! ! ! ! 17 ! 17,5 ! 23,0 !

! 9 ! 24,0 ! ! Au Kaire, ! 18 ! 18,5 ! 23,0 !

! 10 ! 23,7 ! ! vendémiaire an 7. ! 19 ! 18,0 ! !

! 12 ! 22,5 ! ! ! 20 ! 19,3 ! !

! 14 ! 23,5 ! ! Jours !Matin. ! Midi.! 21 ! 18,3 ! !

! ! ! ! ! ° ! ° ! ! ! !

! 15 ! 23,0 ! ! 4 ! 17,0 ! 21,5 ! 22 ! 16,0 ! !

! 16 ! 23,5 ! ! 5 ! 16,5 ! 21,3 ! 23 ! 17,7 ! 23,5 !

! 19 ! 24,0 ! ! 7 ! 17,0 ! 21,5 ! 24 ! 17,0 ! !

! 21 ! 24,0 ! ! 8 ! 17,0 ! 21,7 ! 25 ! 16,0 ! 20,0 !

! 25 ! 23,5 ! ! 9 ! 17,0 ! 21,7 ! 26 ! 15,3 ! 19,3 !

! 29 ! 23,5 ! ! 10 ! 16,5 ! 22,0 ! 27 ! 13,0 ! 20,0 !

! 30 ! 23,3 ! ! 11 ! 17,0 ! 23,5 ! 28 ! 16,0 ! 20,0 !

====================================================================

_Température au thermomètre de mercure, division de_ RÉAUMUR.

====================================================================

! Au Kaire, ! Au Kaire, ! À Damiette, !

! vendémiaire an 7. ! brumaire an 7. ! frimaire an 7. !

! ! ! !

! Jours.! Matin.! Midi.! Jours.! Matin.! Midi.!Jours.!Matin.!Midi. !

! ! ° ! ° ! ! ° ! ° ! ! ° ! ° !

!----------------------!----------------------!--------------------!

! 29 ! 12,0 ! 19,0 ! 25 ! 19,0 ! 17,5 ! 21 ! ! 16,0 !

! 30 ! 13,0 ! ! 26 ! 12,5 ! 18,0 ! 22 ! ! 16,0 !

! Brumaire. ! ! 27 ! 13,3 ! 17,5 ! 23 ! ! 16,0 !

! 1 ! 15,3 ! ! 28 ! 13,0 ! 17,7 ! 24 ! ! 17,0 !

! 3 ! 13,5 ! 19,0 ! 29 ! 10,0 ! 17,0 ! 25 ! ! 15,0 !

! 4 ! 12,0 ! 19,0 ! 30 ! 13,5 ! 17,0 ! !

! 5 ! 12,0 ! 19,0 ! Frimaire. !====================!

! 6 ! 12,0 ! 18,0 ! 1 ! 9,5 ! 19,0 ! À Salehhiéh. !

! 7 ! 12,0 ! 17,3 ! 2 ! 9,5 ! 17,7 ! 28 ! ! 13,5 !

! 8 ! 11,5 ! 18,3 ! 3 ! 8,5 ! 17,0 ! 29 ! ! 17,5 !

! 9 ! 11,5 ! 18,5 ! 4 ! ! 16,5 ! 30 ! ! 17,0 !

! 10 ! 13,0 ! 18,0 ! ! !

! 11 ! 10,3 ! 17,5 !======================!====================!

! 12 ! 11,0 ! ! À Damiette. ! À Belbeys, !

! 13 ! 12,0 ! ! 7 ! ! 19,0 ! nivôse an 7. !

! 14 ! 12,0 ! 20,0 ! 8 ! ! 17,0 ! 2 ! ! 21,0 !

! 15 ! 13,5 ! ! 9 ! ! 16,0 ! 3 ! ! 17,5 !

! 16 ! 11,7 ! ! 10 ! ! 16,0 ! 4 ! 5,5 ! 14,5 !

! 17 ! 11,5 ! 19,0 ! 11 ! ! 16,0 ! 5 ! 4,7 ! 18,5 !

! 18 ! 11,3 ! ! 12 ! ! 17,0 ! 6 ! 2,0 ! 15,3 !

! 19 ! 13,5 ! 18,3 ! 13 ! ! 18,0 ! 7 ! 4,0 ! 16,0 !

! 20 ! 13,0 ! 18,3 ! 14 ! ! 18,0 ! 9 ! 5,0 ! !

! 21 ! 11,5 ! 18,3 ! 17 ! ! 18,0 ! 10 ! 5,0 ! 17,0 !

! 22 ! 11,3 ! 18,3 ! 18 ! ! 18,0 ! 11 ! 2,0 ! 16,5 !

! 23 ! 11,7 ! 17,5 ! 19 ! ! 17,0 ! 12 ! 3,0 ! 17,0 !

! 24 ! 9,5 ! 17,7 ! 20 ! ! 17,0 ! 13 ! 5,0 ! 16,0 !

====================================================================

_Température au thermomètre de mercure, division de_ RÉAUMUR.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 2 · 第 6 / 9 段