La Révolution devait naturellement porter un coup à une cité qui s’était

trop volontiers limitée à une vie tout ecclésiastique; de nombreux

mendiants qui vivaient de la charité des couvents, de l’évêque

et du chapitre et avaient fait tiède figure à tous les efforts

pour développer la vie industrielle se trouvèrent très dépourvus

après la Constitution civile du clergé, la suppression des

congrégations et la réduction à quatre du nombre des paroisses.

Ce n’est pas le lieu de raconter ici ce que fut la Révolution à Bayeux,

p. 123

si intéressant que soit ce chapitre de l’histoire municipale. Bornons-nous

à rappeler que dès ce temps-là la ville s’annonce comme la patrie des

archéologues; une Société des Amis des Arts s’y constitue. Lambert et

d’autres se passionnent pour les fouilles que permettent la destruction du

château, plus tard les travaux d’édilité autour de l’ancienne église

Saint-Laurent. Ils préparent le nid d’Arcisse de Caumont, le grand

archéologue normand à qui on a élevé une statue dans le jardin de

l’Hôtel de Ville. La Sous-Préfecture est une des plus jolies de France,

paraît-il. Le collège est heureusement situé, au milieu de beaux arbres,

dans l’ancien couvent des Ursulines.

Bayeux, c’est avant tout la ville de la Cathédrale.

Photo Neurdein.

Vieilles maisons rues Saint-Malo et Saint-Martin.

Photo Neurdein.

La cathédrale vue de Saint-Vigor.

CHAPITRE II

LA CATHÉDRALE

Son histoire; date de ses différentes parties.

— Le portail, la nef et les écoinçons, le

transept, le chœur, la crypte, l’extérieur.

— Le trésor et le mobilier.

— La salle capitulaire.

La cathédrale plane, brille au-dessus de Bayeux; on l’aperçoit de

tout le Bessin, ses flèches même, dit-on, sont vues de la mer.

La cathédrale, le point est important à noter, n’est point située au

sommet même du terrain assez peu accidenté d’ailleurs sur lequel la

ville a été bâtie. C’est le château qui occupait ce point culminant

rempli aujourd’hui par la place Saint-Sauveur. L’église dédiée à

Notre-Dame fut assise sur les pentes de cette déclivité qui descend

du château vers les bords de l’Aure; elle fut détruite au milieu

du XIe siècle par un incendie, un nouvel édifice commencé par

l’évêque Hugues fut continué par le fameux Odon,

demi-frère du Bâtard, et consacré le 14 juillet 1077,

en présence de Guillaume le Conquérant, de Mathilde, d’un grand

nombre d’évêques et de barons; mais l’incendie de 1105 le détruisit en

p. 125

partie, sans toutefois que les termes trop vagues du poème de Serlon

permettent de se prononcer sur l’étendue du désastre. Il est infiniment

probable que la crypte, encore que certains archéologues lui attribuent

Photo des Monuments historiques.

La cathédrale. — Vue d’ensemble.

une plus haute antiquité, et la nef actuelle, dans ses parties basses,

appartiennent à l’église d’Odon. Dans sa chronique, à la date de 1160,

Robert de Torigny, abbé du Mont Saint-Michel, dit que l’église ayant

été incendiée, l’évêque Philippe de Harcourt donna tous ses soins à la

p. 126

reconstruction. Peut-être le chroniqueur a-t-il voulu noter ici les efforts

de Philippe de Harcourt, évêque de 1142 à 1163, prouvés par de nombreux

actes du cartulaire de Bayeux, pour reconstituer le domaine et

les revenus de l’évêché compromis par une longue période de guerre;

d’autre part, une lettre de l’évêque Arnoul de Lisieux, écrite vers 1150,

montre la part considérable que Philippe de Harcourt avait eue à la

réédification de son église avant cette date; il nous paraît donc bien

douteux qu’il y ait eu un incendie en 1159 ou 1160. Le successeur de

Philippe de Harcourt, Henri de Beaumont, que l’on appelle quelquefois

Henri de Salisbury, parce qu’il avait été doyen de l’église de Salisbury

avant son élection, continue ces travaux. Il engage les fidèles à visiter

l’église cathédrale et à subvenir à l’achèvement de l’édifice, il rétablit

une ancienne confrérie qui depuis quelques années avait perdu toute

activité. Les nouveaux frères devaient donner chaque année, pendant cinq

ans, six deniers pour les constructions: des indulgences leur étaient

naturellement accordées. Les travaux n’étaient certainement pas terminés

au milieu du XIIIe siècle; le 13 novembre 1243 et le 16 mai 1244, le pape

Innocent IV, averti par l’évêque Guy et par le chapitre que l’on avait

entrepris de réédifier de fond en comble l’église cathédrale, travail

extrêmement coûteux, accordait une indulgence de quarante jours à tous

ceux qui y collaboreraient. Dix ans après, en 1254, le même pape

constatant encore les dépenses considérables que demandaient les travaux,

renouvelait cet octroi d’indulgences. Les collatéraux des nefs ont reçu

leur chapelle pendant la seconde moitié du XIIIe siècle, sous saint Louis

et l’épiscopat d’Eudes de Lorris; celles de Saint-Jean l’Evangéliste et de

l’Annonciation, côté nord, auraient été construites par l’évêque Pierre de

Benais vers l’an 1289; celle de Saint-Martin en 1309; les autres chapelles

du côté nord seraient antérieures à 1356. La tour du midi a été entreprise

en 1421, sous la domination anglaise par Nicolas Habart, mais non,

comme on l’a dit, en expiation de sa participation au jugement de Jeanne

d’Arc qui n’eut lieu que dix ans plus tard. Cependant l’église restait

encore inachevée; il y manquait un couronnement, la tour du transept

n’avait plus, depuis l’incendie de 1105, que ses bases. Les ressources de

l’évêque et du chapitre avaient été épuisées au XIIe et XIIIe siècle par la

réfection de la nef et par la construction du chœur, au XIVe par la

consolidation et l’achèvement des tours du portail, plus tard par les travaux

du transept, Mais en 1459, Bayeux eut la bonne fortune de voir monter

sur le trône épiscopal l’archevêque de Narbonne, Louis de Harcourt qui,

l’année suivante, ajouta à ses titres celui de patriarche de Jérusalem. Ce

p. 127

grand seigneur, premier président de l’Echiquier, joua un rôle politique

considérable; il avait aussi de grands revenus. C’était bien là le

prélat qui convenait à une église dont les ressources médiocres n’avaient

permis que des travaux assez lents. Ce petit-neveu de Philippe d’Harcourt

Photo Magron.

La cathédrale. — Le collatéral nord et les tours.

voulut avoir la gloire d’achever la cathédrale de son prédécesseur.

Dès le 1er juin 1470, on chantait une messe du Saint-Esprit à l’occasion

de la pose de la première pierre de la tour carrée du transept. Le trésor

donnait en 1470, 1471, 1472 une partie de ses revenus, notamment ceux

qu’il tirait de la chapelle de Notre-Dame-d’Yvrande (lieu de pèlerinage

encore célèbre sous le nom de la Délivrande); mais en 1477, le fabricier

ayant été envoyé à Liré dont Louis d’Harcourt était abbé, revint en

p. 128

annonçant que le patriarche prenait à ses frais l’achèvement de la tour

carrée; le chapitre reconnaissant lui vota des prières et lui offrit la

sépulture au milieu du chœur entre l’aigle et les chandeliers. L’année

suivante, il présidait le chapitre qui décidait que la tour serait construite

en matériaux des plus légers par crainte d’accident. Les bases de cette

tour, restée inachevée depuis quatre siècles, n’inspiraient évidemment

pas toute confiance. En 1471, la partie octogonale de la tour de pierre

était terminée; le 14 décembre, Louis d’Harcourt mourait. Il fut

inhumé à la place que lui avait assignée le chapitre; mais la tour ne fut

achevée qu’en 1480. Sur la coupole de plomb, les ouvriers plantèrent

leur mai enguirlandé. On éleva à la fin même de cette année un

ange d airain doré, l’archange saint Michel, un des patrons de Louis

d’Harcourt.

L’archange, bien qu’il en eût mission, ne put préserver la tour des

ravages du feu. Cette tour — et son histoire est maintenant celle de la

cathédrale qui dans son ensemble, ne subira plus guère de

transformations — , on ne la connaît plus que par un tableau

qui se trouve dans la salle capitulaire et par le plan de Jollain,

ou par la description toujours amusante et vibrante

d’enthousiasme du bon De Bras: « Il y a à Bayeux

une belle église cathédrale, la plus magnifique de la province après celle

de Rouen, et en l’église du dit lieu sont deux tours pyramides des plus

hautes qu’on puisse voir, comme aussi la tour du mitan est bâtie d’un

singulier ouvrage d’architecture d’arcs-boutants à claires voies et

ouvertures de toutes parts sur moyens pilastres, tout au haut de laquelle

est posée la plus grosse horloge de ce royaume, en amont de laquelle sont

quatre clochettes ou chanterelles, lesquelles de bonne harmonie et accord,

devant que l’heure sonne, font entendre le commencement de cette

antienne: Regina cœli lætare. » Le dôme métallique qui tranchait par

son éclat sur la blancheur de la pierre était l’orgueil des habitants. Il

ne dura pas deux siècles; en 1676, un incendie que les moyens du temps

ne permirent pas de combattre le détruisit. Un architecte bayeusain,

Moussard, le reconstruisit de 1703 à 1715, mais naturellement sur un

autre plan et dans le goût du temps. Une coupole surmontée d’une

lanterne dorique remplaça le dôme du XVe siècle. La grande difficulté

consistait toujours d’ailleurs à asseoir sur les bases peu solides des

quatre piliers une œuvre assez légère pour ne pas les faire fléchir.

Sous l’épiscopat de Mgr de Nesmond qui avait vu la destruction et la

reconstruction de la tour, on avait élevé entre 1698 et 1700,

aux frais de ce prélat, un jubé dont le grand inconvénient était

de couper la perspective

p. 129

de l’édifice et de masquer le chœur. En 1850, la démolition en

fut ordonnée, mais on put alors constater aux piliers de profondes

lézardes que ce jubé avait jusqu’alors cachées. Le mal s’aggrava

rapidement et il fut un instant question d’abattre la coupole et

la tour centrale jusqu’à la base carrée qui domine les combles

du transept; les énergiques protestations des habitants et de

l’évêque, Mgr Robin, empêchèrent

Photo Neurdein.

Le portail.

seules cette destruction, grâce à un architecte génial, M. Flachat,

on put reprendre en sous-œuvre et conserver la tour centrale.

C’est une des pages de leur histoire artistique dont les

bayeusains sont le plus justement fiers.

L’église Notre-Dame est remarquable par sa diversité; elle représente

une histoire en raccourci de l’architecture en France avec la crypte

romane d’Odon, la nef du XIe siècle achevée au XIIe et au XIIIe.

Le chœur du XIIIe, les transepts avec leurs rosaces rayonnantes

du XIVe jusqu’à sa tour en partie du style flamboyant,

en partie moderne; et pourtant il y a presque toujours incontestable

harmonie entre les travaux successifs.

p. 130

Après avoir suivi son développement chronologique, considérons-la

dans son ensemble. Elle n’offre point toutes ces vues si saisissantes

que présente par exemple la cathédrale de Rouen aperçue à quelque

tournant de rue. Quand on arrive sur la petite place, devant le

grand portail, on éprouve quelque déception. La façade n’a pas

beaucoup de caractère, les deux tours ne montrent plus leur

arcature romane qu’aux deux derniers étages; au-dessous,

elles ont dû être consolidées par d’épais contreforts

aux ressauts successifs, formant un revêtement extérieur

qui leur donne un aspect massif. Entre les deux tours

une grande fenêtre en tiers-point égaie cette sombre façade;

puis cinq arcs surmontés de gâbles abritent dix statues

d’évêques; le pignon enfin est décoré d’une grande rosace. Les

tours ayant reçu des contreforts, les portails ont été plaqués

sur la base de ces contreforts à une époque postérieure,

cinq grandes voussures pour trois portails seulement.

Au centre, le grand portail surmonté d’une galerie de trèfles

à quatre feuilles ne présente plus trace de décoration.

Au tympan du nord est figurée la Passion, à celui du sud, le

Jugement dernier; les voussures sont ornées de dais et de statuettes.

Il faut que l’œil monte jusqu’aux flèches octogonales,

munies de leurs huit fillettes, pour trouver quelque satisfaction.

Quand on pénètre dans l’intérieur de l’édifice, on oublie la déception

éprouvée devant le portail. Du haut des degrés rendus nécessaires par

la pente du terrain, le coup d’œil est saisissant; on admire la belle

perspective de la nef dont la hauteur atteint 23 mètres sous la

voûte. On descend ensuite vers les avant-nefs. A leur deuxième

travée, dans des enfeux aujourd’hui privés de leurs statues se

trouvaient les tombeaux de l’évêque Richard II et

de Philippe d’Harcourt. Quant à la nef, elle surprend au

premier abord: nous sommes en présence d’une nef romane et pourtant

l’effet qui s’en dégage n’est, en quoi que ce soit, semblable à celui

qu’on éprouve à la Trinité ou à Saint-Etienne de Caen.

Autant la Trinité est sombre, autant Notre-Dame de Bayeux est claire;

autant la nef de Saint-Etienne est sévère, grave dans sa majesté,

autant celle de la cathédrale est riante et gaie. C’est que la nef

de Bayeux n’est qu’à demi romane;

elle est gothique non seulement par sa voûte comme Saint-Etienne,

mais aussi par ses hautes fenêtres à double baie. La lumière

vient baigner la nef, mettre en relief les mille détails

d’une sculpture incomparable dans l’art roman.

L’archivolte extérieure dans chaque travée est décorée de frettes

et de bâtons brisés. La disposition des archivoltes supérieures est

des plus variées et des plus étranges. Ici, des chevrons,

des zigzags; là des têtes

p. 131

plates qui rappellent les modillons de quantité d’églises de

Normandie à l’époque romane: Saint-Contest, Thury-Harcourt,

Fontaine-Henry; entre les archivoltes,

tout une décoration d’entrelacs, d’écailles imbriquées,

de vanneries, est dessinée avec une fermeté, exécutée avec une

souplesse parfaites.

Dans chacun des écoinçons, un petit cadre terminé dans sa partie

Photo Neurdein.

Le chœur.

supérieure en forme de mitre, présente soit un personnage,

soit une scène, soit des chimères, des monstres enlacés

qui semblent venir, dit M. André Michel, de quelque brûle-parfum

japonais. Il y a eu là, en effet, d’incontestables influences orientales.

N’oublions pas non plus que l’église romane

est l’œuvre d’Odon, comte de Kent, qui amena à Bayeux des ouvriers

anglo-saxons pour broder la fameuse tapisserie, dite de la reine Mathilde.

L’art du miniaturiste qui, dans les manuscrits irlandais, puis

anglo-saxons, a tracé tant de chimères, tant d’entrelacs compliqués,

n’a-t-il pas eu ici quelque action? Enfin n’a-t-on pas copié quelque

bijou nordique et ne remarquons-nous pas encore dans les têtes plates

des archivoltes le souvenir

p. 132

de la technique du bois que M. André Michel relève dans la

sculpture normande?

Quelques-unes des scènes retracées peuvent être facilement

interprétées. Les deux écoinçons les plus proches du chœur nous

représentent, au nord, Notre-Dame à qui l’église est dédiée,

au sud, le serment d’Harold sur les reliques.

Ces écoinçons ont été l’objet d’une restauration moderne.

Plus intéressants sont sur le côté nord deux évêques en mitre,

bénissant, les deux doigts levés. Ce sont sans doute deux des évêques

qui ont eu le plus de part aux travaux. En partant des avant-nefs,

et avant ces portraits, nous rencontrons une scène étrange,

difficile à expliquer: un singe, a-t-on dit, jouant avec un bateleur.

Le singe est juché sur une

colonne et en face de lui un personnage casqué, revêtu d’une armure,

le tient par une chaîne de fer; mais les bateleurs n’ont pas l’habitude

de transporter dans les foires des colonnes antiques. On a vu là

un bonhomme adorant une idole. Un historien bayeusain y reconnaît

saint Vigor abattant au mont Phaunus la statue d’un faune

ou d’une divinité antique.

Sans affirmer l’explication, on remarquera qu’en face de cette scène

se trouve un singulier personnage, aux énormes moustaches: il y a là

sans doute une défiguration assez commune dans la statuaire normande

du chapiteau à mascarons: mais n’a-t-on pas représenté ici quelque idole

des Saxons que les missionnaires de la foi chrétienne dans le Bessin

auraient eu à détruire?

Dans la partie supérieure de la nef, se trouvent les simples pierres

tombales des évêques Robert des Ablèges (1206-1231) et Thomas de

Fréauville (1233-1237). Sans doute, c’est sous leur épiscopat que fut

élevé l’étage supérieur. Un bandeau composé de quatre feuilles réunies

environne l’édifice comme une guirlande; de hautes fenêtres l’éclairent, de

légères colonnettes séparent chaque fenêtre en deux lancettes avec

oculus. Du côté nord, on remarque une petite plate-forme en

encorbellement qui a dû servir à porter un orgue.

Le transept est en partie moderne; les quatre piliers du carré datent

des grands travaux de consolidation de la tour centrale. Au-dessous

des voûtes actuelles, des archéologues ont retrouvé les traces

d’une voûte romane, une arcature à plein cintre ornée de zigzags

et des colonnes surmontées de beaux chapiteaux à personnages

déposés aujourd’hui au Musée. Les croisillons du transept sont

divisés en deux étages séparés par un bandeau feuillagé. La décoration

est différente dans les deux croisillons, le croisillon nord est

éclairé par une rosace rayonnante du XIVe siècle. Au croisillon

sud, remarquons dans la décoration des dispositions

p. 133

qui rappellent celles de l’étage supérieur de la nef: une

grande lancette en renfermant deux petites et un oculus. La galerie

qui règne entre les fenêtres et l’étage inférieur est interrompue

au milieu de chaque travée par un trumeau flanqué d’une statue.

Ces statues présentent

Photo Magron.

Le triforium.

des traces de polychromie. Le transept doit dater, pour une partie du

moins, de la fin du XIIe siècle; on y trouve la dalle du tombeau de

Henri de Salisbury, évêque de 1165 à 1205.

Le chœur qui date du XIIIe siècle est, avec la nef, la partie la plus

belle de l’édifice. Sa longueur est de 39 mètres, sa largeur de 12.

Ici, il y a trois étages: au premier, un grand arc;

dans les écoinçons entre les arcs, des rosaces variées,

sculptées en creux; là encore, un bandeau de feuillage

p. 134

souligne l’étage du triforium remarquable par la large ouverture de

ses baies: un grand arc renferme deux lancettes divisées elles-mêmes

en deux lancettes secondaires, des rosaces ou des ornements végétaux,

des dragons, des figures qui symbolisent peut-être encore la lutte de

Le porche du Sud.

l’épiscopat contre le paganisme; enfin, deux personnages qui, de tout

temps, ont joué un si grand rôle dans la décoration et renseignement des

églises, Adam et Eve après la faute, décorent les écoinçons.

Dans l’abside, le triforium n’a plus qu’une grande lancette par travée;

dans les écoinçons, les rosaces ont cédé la place à des rameaux fleuris

d’un très joli effet qui meublent chaque triangle.

Des deux côtés de la voûte des séries de fresques représentent les

p. 135

douze premiers évêques, avec indication de leurs noms en caractères

gothiques.

Le déambulatoire qui est à un niveau sensiblement plus bas que le

chœur renferme tout une série de chapelles; près du croisillon sud, une

Photo Monuments historiques.

Le portail méridional.

croisée le sépare d’une chapelle à deux travées, un peu plus large que

les autres.

Quelques ouvertures pratiquées au-dessous du chœur éclairent la

crypte qui fut retrouvée en 1412, comme le montre une inscription

gravée dans le déambulatoire, lorsqu’on voulut inhumer noble homme et

Révérend Père Jehan de Boissey. Chose étrange, et qui prouve que le

passé, quoi qu’on dise, avait beaucoup moins que nous le souci de

p. 136

conserver les traditions des siècles antérieurs l’existence de cette

primitive église était complètement oubliée. C’est bien là une église

ancienne comme le révèle le chapiteau très fruste d’un de ses piliers.

Depuis le XVe siècle, la crypte a servi de sépulture;

des peintures murales y furent exécutées.

Photo Neurdein.

La tour centrale, vue de la rue Laitière.

L’église n’est pas moins remarquable à l’extérieur: le petit porche du

sud est formé par un faisceau de colonnettes supportant deux arcs

géminés; au-dessus se dessine la broderie de sa jolie décoration de

quatre trèfles, de bandeaux de feuillages, d’arcs trilobés

et de faux gâbles.

Plus loin s’ouvre le portail méridional; sa triple voussure est chargée

de dais et de statues; aux trois registres de son tympan se déroule

l’histoire de Thomas Becket, ce prélat normand pris par

Augustin Thierry

pour un anglo-saxon, si populaire en Normandie et fils d’une caennaise.

Ce qui se distingue le mieux dans les scènes sculptées au portail de

Bayeux, c’est la barque ramenant Thomas Becket en Angleterre, le meurtre

de l’évêque, enfin son tombeau vénéré par les fidèles.

Notons qu’à l’intérieur

p. 137

Photo Neurdein.

Transept et tour centrale.

de l’église, dans la chapelle qui donne précisément sur le croisillon

sud du transept correspondant au portail se trouvent également des

peintures représentant l’une, la Trinité, l’autre, le meurtre de

Thomas Becket.

Jetons maintenant un coup d’œil sur la tour du transept.

Les premiers étages sont du XVe siècle et portent bien dans le tracé

de leurs fenêtres tous les caractères du style flamboyant;

le dôme est d’un effet plus singulier que vraiment satisfaisant.

C’est à distance seulement qu’il se fond dans l’ensemble

p. 138

semble de l’édifice. Des clochetons marquent les croisillons du transept;

d’autres comme dans les églises romanes annoncent l’abside qui est à

l’extérieur d’une grande simplicité de lignes et d’une grande sobriété

dans la décoration.

Toute église cathédrale a un trésor; on se rend à celui de Bayeux en

passant par le croisillon nord du transept. Là sont conservées quelques

pièces curieuses et d’un grand intérêt pour l’histoire de l’art: la plus

célèbre est la fameuse chasuble de saint Regnobert, travail byzantin en

soie verte, puis vient un coffret d’ivoire oriental avec inscription en

caractères koufiques, qui le fait remonter au delà du IVe siècle de

l’hégire. Une partie de ces trésors est enfermée dans une grande armoire

du XIIIe ou du XIVe siècle, aux panneaux peints et aux belles ferrures.

On conserve également l’armure de l’homme d’armes qui accompagnait

l’évêque dans les cérémonies; elle date de la fin du XVIe siècle.

Enfin, dans une salle basse, on a relégué une partie des magnifiques

stalles du chapitre, celles qui se trouvaient jadis dans le transept avant

la suppression du jubé. Ces stalles sont l’œuvre d’un célèbre menuisier

caennais Jacques Lefebvre auquel Jacques de Cahaignes a consacré l’un

de ses Eloges; il fit marché avec le chapitre en 1588. C’est une œuvre

fort jolie de la Renaissance. La stalle de l’évêque date de 1687.

La chaire est une œuvre du XVIIIe siècle.

Il faut ajouter à la description de la cathédrale celle de la salle

capitulaire qui est située dans le prolongement de la façade,

à côté de la tour du Nord. On y a accès par la première chapelle

du collatéral. En passant, on jette un coup d’œil curieux,

mais non admiratif. sur un rétable de la fin du XVIe siècle

ou du règne de Louis XIII, qui groupe autour de la Vierge toutes

les comparaisons tirées de l’Écriture qu’on lui applique:

tour, étoile de la mer, rose sans épine, etc. La salle capitulaire

naturellement fort vaste, puisqu’elle était destinée aux délibérations

d’un chapitre qui ne comptait pas moins de 61 dignitaires,

mesure 15 mètres de longueur, sur 9 de largeur. Elle est éclairée par

quatre fenêtres ogivales d’une grande hauteur. Au XIVe siècle,

on la divisa en deux étages, les appuis primitifs reçurent des cariatides

qui, suivant un type commun à cette époque, semblent gémir sous le poids

quelles ont à supporter: chimères, corps d’animaux à tête d’homme.

Les peintures qui décorent les murs de la salle capitulaire montrent

la Vierge, la tête ceinte d’une auréole d’or

et tenant dans ses bras son divin fils. Autour d’elle, des

anges jouent du psalterium, des chérubins l’encensent. Ce qui est le plus

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Caen et Bayeux · 第 8 / 9 段