A Lausanne, le 1 Août 1761.
_AVIS._
Cet Ouvrage étoit presque entierement composé au mois d'Avril 1760; mais
en le retouchant, avant que de l'envoyer à l'Imprimeur, j'ai fait
plusieurs changemens, dont je n'ai point pu parler dans l'Introduction,
parcequ'elle étoit imprimée avant que ces changemens se fissent. Ils
portent sur deux objets principaux; les observations, & quelques
explications des causes des maladies.
Je n'avois mis d'abord aucune observation particuliere, & je n'avois
donné aucune théorie: l'ouvrage étoit plus court; mais il étoit
extrêmement sec. J'ai senti que quelques observations, non point
détaillées, ce qui auroit trop allongé, mais simplement indiquées,
seroient utiles; ce sont des exemples parlans, qui servent à inculquer
les préceptes. Par rapport aux explications de théorie, il m'a paru que
l'on suivroit plus volontiers une pratique, quand on connoîtroit les
raisons sur lesquelles elle est fondée. Cette espérance m'a déterminé à
donner ces raisons, toutes les fois que j'ai pû le faire, sans sortir du
plan de simplicité, que la nature de cet ouvrage m'imposoit: & je suis
persuadé qu'il n'y a pas une phrase qui soit hors de la portée des
principaux Lecteurs auxquels cet ouvrage est destiné.
Mais l'augmentation qui vient de ces deux articles, est peu
considérable; & ce qui a allongé l'ouvrage, un tiers peut-être au-delà
de sa premiere étendue, c'est l'addition de cinq ou six chapitres, qui
n'entroient point dans ma premiere distribution, & qui me paroissent
aujourd'hui aussi nécessaires que les autres.
Je crains cependant que l'ensemble ne paroisse trop long, & je voudrois
avoir eu les conseils de ceux qui le trouveront tel, pour déterminer les
retranchemens que je devois faire.
Il y a un article important; c'est le style, sur lequel je dois me
justifier devant ceux de mes Lecteurs qui peuvent en juger, & qui le
trouveront mauvais. Ce défaut vient de plusieurs causes; la premiere, &
peut être la principale, est inhérente à l'Auteur. Les autres sont, 1.
les interruptions fréquentes de la composition, occasionnées par les
occupations plus pressantes de la pratique. 2. Les additions dont je
viens de parler. 3. Le peu de tems que j'ai pû donner à la révision de
la copie, avant que de l'envoyer à l'Imprimeur. 4. J'ai volontairement
employé plusieurs répétitions de phrases & de mots, & même plusieurs
phrases très communes parmi la plus grande partie des Habitans de ce
pays, mais qui ne sont point autorisées par les regles, toutes les fois,
que j'ai cru ces négligences nécessaires pour me faire entendre aux
Lecteurs d'un certain ordre. Dans un ouvrage comme celui-ci, la clarté
est le premier mérite du style.
L'on trouvera, sans doute, que dans quelques endroits il y a des
directions dont le Peuple a peu besoin, & quelques conseils dont
l'exécution seroit difficile pour lui. Je n'en disconviens point; mais
je crois avoir averti, que je n'ai pas exclu du plan de cet ouvrage, les
personnes riches, qui vivent toute l'année dans des campagnes éloignées
du séjour des Médecins.
Les endroits marqués par des guillemets «», ou des crochets [], sont
pris, mot à mot, dans quelque Auteur estimé. Le Chapitre XXIX, n'est
presque que l'extrait d'un long ouvrage sur cette matiere.
Je déclare très expressément que les prix indiqués sont, il est vrai,
ceux auxquels les Apoticaires peuvent donner les remedes au paysan
pauvre, sans y perdre, mais que ce n'est point ceux auxquels tout le
monde est en droit de les exiger d'eux. Il n'y a point de taxe dans ce
Pays.
J'avertis, en finissant, que je n'ai donné aucun conseil, & aucun
remede, dont je n'aie vérifié l'efficacité moi-même; & j'ose espérer
qu'ils réussiront, toutes les fois qu'on les emploiera dans les
circonstances & avec les précautions que j'indique, si la maladie n'est
pas incurable; mais j'ajoute en même-tems, que les remedes les plus
simples, donnés dans des circonstances différentes, ou sans précautions,
peuvent occasionner des maux affreux. Je serois vivement affligé, si ce
malheur arrivoit.
Je me trouverai heureux, si cet Ouvrage peut faire, au moins, une partie
du bien que je desire.