_MONSIEUR_,
_Dès le moment de ma naissance, chacun de mes jours a été marqué par les
bienfaits du meilleur des Peres, & m'a donné lieu de benir la
Providence, qui m'a fait votre fils, & celui de la plus tendre des
Meres._
_Je ne dois point mettre de bornes à ma reconnoissance, pour qu'elle
soit proportionnée aux obligations que je vous ai. Celle à laquelle je
suis le plus sensible est le soin confiant que vous avez pris de
m'inculquer des principes vertueux de conduite, dans un tems où ils
commençoient déja à ne plus entrer dans le plan de l'éducation._
_S'il en est un dont je sois pénétré autant que je dois l'être, c'est
celui de cette bénéficence générale, dont vous m'avez donné l'exemple,
plus encore que le précepte qui vous intéresse si vivement au bonheur de
tous les hommes, & qui vous a, à juste titre, concilié le respect &
l'estime de tous ceux qui vous connoissent._
_Je ne vous appartiendrois pas, si je n'aimois pas mes semblables, de
quelque ordre qu'ils soient, & si l'envie de leur être utile n'étoit pas
ma principale affaire. C'est ce sentiment qui a dicté cet ouvrage, & qui
vous le fera recevoir avec plaisir. Vous partagerez ma joie, si vous
apprenez qu'il soit utile; & vous me rappellerez, si je pouvois
l'oublier, cette vérité qu'il seroit si dangereux de perdre de vue, que
s'il en résulte du bien, je n'en suis que l'instrument._
_J'ai l'honneur d'être avec le plus respectueux & le plus tendre
attachement,_
_MONSIEUR_,
Votre très humble & très obéissant Fils,