Rothelin, d'ung sien mareschal qui se maria à la plus douce et amoureuse
femme qui fut en tout le pays d'Alemaigne. S'il est vray ce que je dy
sans en faire grant serment, affin que par mon escript menteur ne soye
réputé, vous le pourrez veoir cy dessoubz plus à plain.
La huitante et cinquiesme nouvelle, d'ung orfevre marié à une trèsbelle,
doulce et gracieuse femme, et avec ce trèsamoureuse, par especial de
son curé leur prochain voisin, avec lequel son mary la trouva couchée
par l'advertissement d'ung sien serviteur, et ce par jalousie, comme
vous pourrez ouyr.
La huitante et sisiesme nouvelle racompte et parle d'ung jeune homme de
Rouen qui print en mariaige une belle et gente jeune fille, de l'aage de
quinze ans ou environ, lesquelz la mère de la dicte fille cuida bien
faire desmarier par monseigneur l'official de Rouen; et de la sentence
que le dit official en donna, après les parties par luy ouyes, comme
vous pourrez veoir cy dessoubz plus à plain, en la dicte nouvelle.
La huitante et septiesme nouvelle racompte et parle d'ung gentil
chevalier, lequel s'enamoura d'une trèsbelle, jeune et gente fille, et
aussi comment il luy print une moult grande maladie en ung oeil; pour
laquelle cause lui convint avoir ung medecin, lequel pareillement devint
amoureux de la dicte fille, comme vous ourrez; et des paroles qui en
furent entre le chevalier et le medecin, pour l'emplastre qu'il luy mist
sur son bon oeil.
La huitante et huictiesme nouvelle, d'ung bon simple homme païsan, marié
à une plaisante et gente femme, laquelle laissoit bien le boire et le
mangier pour aymer par amours; et de fait, pour plus asseurement estre
avec son amoureux, enferma son mary ou coulombier par la manière que
vous orrez.
La huitante et nefviesme nouvelle, d'ung curé qui oublia par negligence,
ou faulte de sens, à annoncer le karesme à ses paroichiens, jusqu'à la
vigille de Pasques fleuries, comme cy après pourrez ouyr; et de la
manière comment il s'excusa devers ses paroichiens.
La nonantiesme nouvelle, d'ung bon marchant du pays de Brebant qui
avoit sa femme trèsfort malade, doubtant qu'elle ne mourust, après
plusieurs remonstrances et exortacions qu'il lui fist pour le salut de
son ame, lui crya mercy, laquelle luy pardonna tout ce qu'il povoit luy
avoir meffait, excepté tant seulement ce qu'il avoit si peu besoingnié
en son ouvroir, comme en la dicte nouvelle pourrez ouyr plus à plain.
La nonante et uniesme nouvelle parle d'ung homme qui fut marié à une
femme laquelle estoit tant luxurieuse et tant chaulde sur le potaige que
je cuide qu'elle fut née ès estuves, ou à demie lieue prés du soleil de
midy: car il n'estoit nul, tant bon ouvrier fust il, qui la peust
refroidir; et comment il la cuida chastier, et de la reponse qu'elle lui
bailla.
La nonante et deusiesme nouvelle, d'une bourgeoise mariée qui estoit
amoureuse d'ung chanoine, laquelle, pour plus couvertement aller vers le
dit chanoine, s'accointa d'une sienne voisine; et de la noise et debat
qui entre elles sourdit pour l'amour du mestier dont elles estoient,
comme vous orrez cy après.
La nonante et troisiesme nouvelle, d'une gente femme mariée qui faignoit
à son mary d'aler en pelerinaige pour soy trouver avec le clerc de la
ville, son amoureux, avec lequel son mary la trouva; et de la manière
qu'il tint quant ensemble les vit faire le mestier que vous savez.
La nonante et quatriesme nouvelle, d'ung curé qui portoit courte robe
comme font ces galans à marier; pour laquelle cause il fut cité devant
son juge ordinaire, et de la sentence qui en fut donnée; aussi la
deffense qui lui fut faicte, et des autres tromperies qu'il fist après,
comme vous orrez plus à plain.
La nonante et cinquiesme nouvelle, d'ung moyne qui faignit estre
trèsfort malade et en dangier de mort, pour parvenir à l'amour d'une
sienne voisine, par la manière qui cy après s'ensuit.
La nonante et sisiesme nouvelle, d'ung simple et riche curé de villaige,
qui par sa simplesse avoit enterré son chien ou cymetière; pour laquelle
cause il fut cité par devant son evesque; et comme il bailla la somme de
cinquante escuz d'or au dit evesque; et de ce que l'evesque luy en dit,
comme pourrés ouyr cy dessoubz.
La nonante et septiesme nouvelle, par monseigneur de Launoy, d'une
assemblée de bons compaignons faisant bonne chère à la taverne et buvans
d'autant et d'autel, dont l'un d'iceulx se combatit à sa femme, quant en
son hostel fut retourné, comme vous orrez.
La nonante et huitiesme nouvelle, par l'acteur, d'un chevalier des
marches de France, lequel avoit de sa femme une fille, belle damoiselle
eagée de xv à xvij ans ou environ; mais, pour ce que son père la vouloit
marier à ung ancien chevalier, elle s'en alla avec ung aultre jeune
chevalier, son serviteur en amours, en tout bien et honneur. Et comment,
par merveilleuse fortune, ilz finirent tous deux piteusement, comme vous
orrez.
La nonante et nefviesme nouvelle, par Philipe de Loan, d'un evesque
d'Espaigne qui par defaulte de poisson mengea deux perdriz en ung
vendredi; et comment il dist à ses gens qu'il les avoit convertiz par
parolles de char en poisson, comme cy dessous vous sera recordé.
La centiesme et derrenière de ces nouvelles, par l'acteur, d'un riche
marchant de la cité de Jennes, qui se maria à une belle et jeune fille,
laquelle, pour la longue absence de son mary, et par son mesme
advertissement, manda quérir ung sage clerc pour la secourir de ce dont
elle avoit mestier; et de la response qu'il luy donna, comme cy après
pourrez ouyr.
[Décoration]
LA PREMIÈRE NOUVELLE.
En la ville de Valenciennnes eut naguères ung notable bourgois, en son
temps receveur de Haynau, lequel entre les autres fut renommé de large
et discrète prudence, et entre ses loables vertuz celle de liberalité ne
fut pas la maindre, car par icelle vint en la grace des princes,
seigneurs et aultres gens de tous estaz. En ceste eureuse felicité
Fortune le maintint et soustint jusques en la fin de ses jours. Devant
et après que la mort l'eust destaché de la chayne qui à mariage
l'accouploit, le bon bourgois cause de ceste histoire n'estoit point si
mal logé en la dicte ville que ung bien grand maistre ne se tenist pour
content et honoré d'avoir ung tel logis. Et entre les desirez et loez
edifices, sa maison descouvroit sur pluseurs rues; et de fait avoit une
petite posterne vis à vis de laquelle demouroit ung bon compaignon qui
trèsbelle femme et gente avoit et encores en meilleur point. Et, comme
il est de coustume, les yeulx d'elle, archiers du cueur, descochèrent
tant de flèches en la personne dudit bourgois que sans prochain remède
son cas n'estoit pas maindre que mortel. Pour laquelle chose seurement
obvier, trouva par pluseurs et subtiles fassons que le bon compaignon,
mary de ladicte gouge, fut son amy trèsprivé et familier; et tant que
pou de disners, de souppers, de bancquetz, de baings d'estuves, et
aultres telz passetemps, en son hostel et ailleurs, ne feissent jamais
sans sa compaignie. Et à ceste occasion se tenoit nostre compaignon bien
fier et encores autant eureux. Quand nostre bourgois, plus subtil que
ung regnard, eust gaigné la grace du compaignon, bien pou se soucya de
parvenir à l'amour de sa femme; et en pou de jours tant et si trèsbien
laboura que la vaillant femme fut contente d'oyr et entendre son cas.
Et, pour y bailler remède convenable, ne restoit mais que temps et lieu;
et fut à ce menée qu'elle luy promist que, tantost que son mary iroit
quelque part dehors pour sejourner une nuit, elle incontinent l'en
advertiroit. A chef de peche, ce desiré jour fut assigné, et dist le
compaignon à sa femme qu'il s'en alloit à ung chasteau loingtain de
Valenciennes environ trois lieues, et la chargea de bien se tenir à
l'ostel et garder la maison, pource que ses affaires ne povoient
souffrir que celle nuyt il retournast. S'elle en fut bien joyeuse, sans
en faire semblant en paroles, en manière, ne aultrement, il ne le fault
jà demander. Il n'avoit pas cheminé une lieue quand le bourgois sceut
ceste adventure de pieça desirée. Il fist tantost tirer les baings,
chauffer les estuves, faire pastez, tartres et ypocras, et le surplus
des biens de Dieu, si largement que l'appareil sembloit ung droit
desroy. Quand vint sur le soir, la posterne fut desserrée, et celle qui
pour la nuit le guet y devoit saillit dedans; et Dieu scet s'elle ne fut
pas trèsdoulcement receue. Je passe en bref, et espère plus qu'ilz ne
firent pluseurs devises d'entre ceulx qui n'avoient pas eue ceste
eureuse journée à leur première volunté. Après ce que en la chambre
furent descenduz, tantost se boutèrent ou baing, devant lequel le beau
soupper fut en haste couvert et servy. Et Dieu scet qu'on y beut
d'autant et souvent et largement. Des vins et viandes parler ne seroient
que redittes; et, pour trousser le compte court, faulte n'y avoit que du
trop. En ce trèsglorieux estat se passa la pluspart de ceste doulce et
courte nuyt: baisiers donnez, baisiers renduz, tant et si longuement que
chacun ne desiroit que le lit. Tandiz que ceste grande chière se
faisoit, et veez cy jà retourné de son voyage bon mary, non querant
ceste sa bonne adventure, qui heurte bien fort à l'huys de la chambre.
Et, pour la compaignie qui y estoit, l'entrée du prinsault luy fut
refusée jusques ad ce qu'il nommast son parain. Adonc il se nomma hault
et cler, et bien l'entendirent et cogneurent sa bonne femme et le
bourgois. Elle fut tant fort esserrée à la voix de son mary que à pou
que son loyal cueur ne failloit; et ne savoit jà plus sa contenance, si
le bon bourgois et ses gens ne l'eussent reconfortée. Le bon bourgoys,
tout asseuré, et de son fait trèsadvisé, la fist bien à haste coucher,
et au plus près d'elle se bouta, et luy chargea bien qu'elle se joignist
près de luy et caichast le visage qu'on n'en puisse rien appercevoir.
Et, cela fait au plus bref qu'on peut, sans soy trop haster, il commenda
ouvrir la porte. Et le bon compaignon sault dedans la chambre, pensant
en soy que aucun mistère y avoit, qui devant l'huys l'avoit retenu. Et,
quand il vit la table chargée de vins et de grandes viandes, ensemble le
beau baing très bien paré, et le bourgois en très beau lit encourtiné
avec sa secunde personne, Dieu scet s'il parla hault et blasonna bien
les armes de son bon voisin. Or l'appelle ribauld, après loudier, après
putier, après yvroigne; et tant bien le baptise que tous ceulx de la
chambre et luy avec s'en rioient bien fort. Mais sa femme à ceste heure
n'avoit pas ce loisir, tant estoient ses lèvres empeschées de se joindre
près de son amy nouvel. «Ha! dist-il, maistre houllier, vous m'avez bien
celée ceste bonne chére; mais, par ma foy, si je n'ay esté à la grande
feste, si fault-il bien qu'on me monstre l'espousée.» Et à cest cop,
tenant la chandelle en sa main, se tire près du lit; et jà se vouloit
avancer de hausser la couverture soubz laquelle faisoit grand penitence
en silence sa très parfecte et bonne femme, quand le bourgois et ses
gens l'en gardèrent; dont il ne se contentoit pas, mais à force, malgré
chascun, toujours avoit la main au lit. Mais il ne fut pas maistre
lors, ne creu de faire son vouloir, et pour cause. Mais ung
appoinctement trèsgracieux et bien nouveau au fort le contenta, qui fut
tel: le bourgois fut content que luy monstrast à descouvert le derrière
de sa femme, les rains et les cuisses, qui blanches et grosses estoient,
et le surplus bel et honeste, sans rien decouvrir ne veoir du visage. Le
bon compagnon, tousjours la chandelle en sa main, fut assez longuement
sans dire mot. Et, quand il parla, ce fut en loant beaucop la trèsgrande
beaulté de ceste sa femme; et afferma par ung bien grand serment que
jamais n'avoit veu chose si trèsbien ressembler le cul de sa femme; et,
s'il ne fust bien seur qu'elle fust à son hostel à ceste heure, il
diroit que c'est elle! Elle fut tantost recouverte, et il se tire
arrière, assez pensif; mais Dieu scet si on luy disoit bien, puis l'un,
puis l'aultre, que c'estoit de luy mal cogneu, et à sa femme pou
d'honneur porté, et que c'estoit bien aultre chose, comme cy après il
pourra veoir. Pour refaire les yeulx abusez de ce pouvre martir, le
bourgois commenda qu'on le feist seoir à la table, où il reprint
nouvelle ymaginacion par boire et menger largement du demourant du
soupper de ceulx qui entretant ou lit se devisoient à son grand
prejudice. L'eure vint de partir, et donna la bonne nuyt au bourgois et
à sa compaignie; et pria moult qu'on le boutast hors de leans par la
posterne, pour plustost trouver sa maison. Mais le bourgois lui
respondit qu'il ne saroit à ceste heure trouver la clef; pensoit aussi
que la serure fust tant enrouillée qu'on ne la pourroit ouvrir, pour ce
que nulle foiz ou pou souvent s'ouvroit. Il fut au fort content de
saillir par la porte de devant et d'aller le grand tour à sa maison; et,
tantdiz que les gens du bourgois le conduisoient vers la porte, tenant
le boc en l'eaue pour deviser, la bonne femme fut vistement mise sur
piez, et en pou d'heure habillée et lassée de sa cotte simple, son
corset en son bras, et venue à la posterne; ne fist que ung sault en sa
maison, où elle attendoit son mary, qui le long tour venoit, trésadvisée
de son fait et de ses manières qu'elle devoit tenir. Véez cy nostre
homme, voyant encores la lumière en sa maison, hurte à l'huys assez
rudement. Et sa bonne femme, qui mesnageoit par léans, en sa main tenant
ung ramon, demande ce qu'elle bien scet: «Qui est-ce là?» Et il respond:
«C'est vostre mary.--Mon mary! dist-elle: mon mary n'est-ce pas; il
n'est pas en la ville.» Et il hurte de rechef et dit: «Ouvrez, ouvrez,
je suis vostre mary.--Je cognois bien mon mary, dit-elle; ce n'est pas
sa coustume de soy enclorre si tard, quand il seroit en la ville; allez
ailleurs, vous n'estes pas bien arrivé; ce n'est point séans qu'on doit
hurter à ceste heure.» Et il hurte pour la tierce, et l'appella par son
nom, une foiz, deux foiz. Et adonc fist-elle aucunement semblant de le
cognoistre, en demandant dont il venoit à ceste heure. Et pour response
ne bailloit aultre que: «Ouvrez, ouvrez!»--«Ouvrez, dit-elle, encores
n'y estes-vous pas, meschant houllier? Par la force sainte Marie,
j'aymeroie mieulx vous veoir noyer que séans vous bouter. Alez coucher
en mal repos dont vous venez.» Et lors bon mary de se courroucer; et
fiert tant qu'il peut de son pié contre la porte, et semble qu'il doit
tout abatre, et menace sa femme de la tant batre que c'est rage, dont
elle n'a guères grand paour; mais au fort, pour abaisser la noise et à
son aise mieulx dire sa volunté, elle ouvrit l'huys, et, à l'entrée
qu'il fist, Dieu scet s'il fut servy d'une chére bien rechignée, et d'un
agu et bien enflambé visage. Et, quand la langue d'elle eut povoir sur
le cueur trèsfort chargé d'ire et de courroux, par semblant les parolles
qu'elle descocha ne furent pas mains trenchans que rasoirs de Guingant
bien affillez. Et entre aultres choses fort luy reproucha qu'il avoit
par malice conclu ceste faincte allée pour l'esprouver, et que c'estoit
fait d'un lasche et recreant courage d'homme, indigne d'estre allyé à si
preude femme comme elle. Le bon compaignon, jà soit ce qu'il fust fort
courroucé et mal meu par avant, toutesfoiz, pour ce qu'il voit son tort
à l'oeil et le rebours de sa pensée, refraint son ire, et le courroux
qu'en son cueur avoit conceu, quand à sa porte tant hurtoit, fut tout à
coup en courtois parler converty. Car il dit pour son excuse, et pour sa
femme contenter, qu'il estoit retourné de son chemin pource qu'il avoit
oublyé la lettre principale touchant le fait de son voyage. Sans faire
semblant de le croire, elle recommence sa grande legende dorée, luy
mettant sus qu'il venoit de la taverne et des estuves et des lieux
deshonnestes et dissoluz, et qu'il se gouvernoit mal en homme de bien,
maudisant l'eure qu'oncques elle eut son accointance, ensemble et sa
trèsmaudicte allyance. Le pouvre désolé, cognoissant son cas, voyant sa
bonne femme trop plus qu'il ne voulsist troublée, helas! et à sa cause,
ne savoit que dire. Si se prend à meiser, et, à chef de sa meditacion,
se tire près d'elle, plorant, ses genoulz tout en bas sur la terre, et
dist les beaulx motz qui s'ensuyvent: «Ma trèschère compaigne et
trèsloyale espouse, je vous requier et prie, ostez de vostre cueur tout
courroux que avez vers moy conceu, et me pardonnez au surplus ce que je
vous puis avoir meffait. Je cognois mon tort, je cognois mon cas, et
viens naguères d'une place où l'on faisoit bonne chère. Si vous ose bien
dire que cognoistre vous y cuidoye, dont j'estoye trèsdesplaisant. Et
pour ce que à tort et sans cause, je le confesse, vous avoie
suspessonnée d'estre aultre que bonne, dont me repens amerement, je vous
supplie et de rechef que tout aultre passé courroux, et cest icy, vous
obliez, vostre grace me soit donnée, et me pardonnez ma folie.» Le
maltalant de nostre bonne gouge, voyant son mary en bon ploy et à son
droit, ne se monstra meshuy si aspry ne si venimeux: «Comment,
dist-elle, villain putier, si vous venez de vos trèsinhonestes lieux et
infames, est-il dit pourtant que vous devez oser penser ne en quelque
fasson croire que vostre preude femme les daignast regarder?--Nenny, par
Dieu; helas! ce sçay-je bien, m'amye; n'en parlez plus, pour Dieu», dist
le bon homme. Et de plus belle vers elle s'incline, faisant la requeste
pieça trop dicte. Elle, jasoit qu'encores marrye et enragée de ceste
suspicion, voyant la parfecte contrition du bon homme, cessa son dire,
et petit à petit son troublé cueur se remist à nature, et pardonna,
combien que à grand regret, après cent mille seremens et autant de
promesses, à celuy qui tant l'avoit grevé. Et par ce point à mains de
crainte et de regret se passa maintesfois depuis ladicte posterne, sans
ce que l'embusche fust jamais descouverte à celuy à quy plus touchoit.
Et ce souffise quant à la première histoire.
LA SECUNDE NOUVELLE,
PAR MONSEIGNEUR.