La nefviesme nouvelle, par Monsieur le Duc, d'un chevalier d

Note de Transcription

L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Les

erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. Une

liste d'autres corrections faites se trouve à la fin du livre. A l'

original, les Notes, le Glossaire, la Table des Matières et les Errata

sont imprimés à la fin du deuxième tome.

Tout groupe de caractères imprimés en exposant dans l'original et dont

l'abréviation n'est pas évidente ou non courante, est mis en accolade.

Marquage: _mots en italique_

LES CENT NOUVELLES NOUVELLES

Paris, imprimé par GUIRAUDET et JOUAUST, 338, rue S.-Honoré,

avec les caractères elzeviriens de P. JANNET.

LES CENT

NOUVELLES

NOUVELLES

_Publiées d'après le seul manuscrit connu_

AVEC INTRODUCTION ET NOTES

Par

M. THOMAS WRIGHT

Membre correspondant de l'Institut de France

TOME I

[Illustration]

A PARIS

Chez P. JANNET, Libraire

MDCCCLVIII

[Décoration]

INTRODUCTION.

Le recueil de contes publié sous le titre des Cent Nouvelles Nouvelles

est tellement connu, que nous croyons pouvoir nous dispenser de parler

ici de sa valeur littéraire. Par un hasard singulier, qui ne s'explique

pas facilement, on n'en connoissoit pas un seul manuscrit, et toutes les

éditions d'un ouvrage qu'on considère avec raison comme l'un des modèles

de la vieille prose françoise n'ont été jusqu'à présent que la

reproduction plus ou moins correcte des éditions imprimées dans les

dernières années du quinzième siècle. Cependant, on voit des indications

assez exactes de deux manuscrits des Cent Nouvelles Nouvelles. Dans le

Catalogue de la bibliothèque de Gaignat, publié par De Bure en 1769, en

deux volumes in-8, nous trouvons, sous le nº 2214: «Le livre des Cent

Nouvelles Nouvelles composées pour l'amusement du roi Louis XI,

lorsqu'il n'étoit encore que Duc de Bourgogne (_sic_), manuscrit sur

vélin, du quinzième siècle, en lettres gothiques, daté de l'année 1432

et décoré de petites miniatures assez jolies, petit in-folio, mar. cit.»

Vendu 100 liv. 1 sol. Un autre catalogue, mais beaucoup plus ancien,

l'Inventaire de la Bibliothèque des ducs de Bourgogne, publié dans la

_Bibliothèque protypographique_ (Paris, 1830, in-4, p. 283), nous

indique un manuscrit du même ouvrage qui en étoit probablement

l'exemplaire original. On y lit: «Nº 1261. Ung livre tout neuf escript

en parchemin, à deux coulombes, couvert de cuir blanc de chamoy,

historié en plusieurs lieux de riches histoires, contenant cent

nouvelles, tant de Monseigneur, que Dieu pardonne, que de plusieurs

autres de son hostel, quemanchant le second feuillet, après la table, en

rouges lettres: _celle qui se baignoit_, et le dernier: _lit demanda_.»

Voilà tout ce qu'on savoit des manuscrits des Cent Nouvelles Nouvelles,

et on les croyoit tous les deux irréparablement perdus, quand, par un

heureux hasard, durant une courte visite à Glasgow, j'ai trouvé un beau

manuscrit de cet ouvrage dans la précieuse bibliothèque du Musée

Huntérien, et qui répondoit assez bien à la description du manuscrit du

catalogue de 1769 d'un côté, et à celle du manuscrit des ducs de

Bourgogne de l'autre. Ma première idée fut que les trois manuscrits n'en

faisoient qu'un, et que j'avois devant les yeux l'exemplaire original de

ce célèbre recueil. En effet, je me suis bientôt convaincu que j'avois

entre les mains le manuscrit même qui avoit figuré dans le catalogue de

Gaignat.--Non-seulement la description de ce Catalogue s'appliquoit

parfaitement bien à notre manuscrit, mais la date 1432 s'y trouvoit. La

chose s'explique sans difficulté: le docteur Hunter, à qui l'Université

de Glasgow doit le musée et la bibliothèque qui portent encore son nom,

né en 1728, s'établit à Londres en 1763 et y est mort en 1793. Le

catalogue de Gaignat est précisément de l'époque à laquelle le docteur

Hunter s'occupoit le plus activement de l'achat des manuscrits. C'est

sans doute lui qui acheta pour 100 francs l'exemplaire des Cent

Nouvelles Nouvelles indiqué dans le catalogue de 1769.

Je ne pouvois donc plus douter que je tenois entre les mains le

manuscrit de Gaignat; mais je me suis également convaincu que notre

manuscrit n'étoit pas celui de l'Inventaire de la Bibliothèque des ducs

de Bourgogne, dont on avoit facilité l'identification, selon la manière

usuelle au moyen âge, en donnant les premiers mots du second et du

dernier feuillet. En effet, nous savons que le second feuillet du

manuscrit appartenant au duc de Bourgogne commençoit par les mots _celle

qui se baignoit_. Nous trouvons bien sur la première page de notre

manuscrit (le premier feuillet manque), dans le titre du premier conte,

les mots: «trouva _celuy qui se baignoit_ avec sa femme»; mais ils ne

sont pas les premiers mots de la page, et par conséquent du feuillet.

L'auteur de l'Inventaire a voulu sans doute nous informer que

l'avant-dernier feuillet finissoit par les mots _lict_, _demanda_, et

nous trouvons dans notre manuscrit (tom. II, p. 248, de notre édition)

les mots: «la vit couchée au _lict_, _demanda_ si pour ung seul, etc.»;

mais les deux mots en question ne sont ni au commencement ni à la fin du

feuillet. Le manuscrit de la bibliothèque des ducs de Bourgogne étoit

évidemment un exemplaire des Cent Nouvelles Nouvelles différent de celui

de Glasgow.

Mais, en comparant ainsi les manuscrits, une autre circonstance a fixé

mon attention. Les mots qui commençoient le second feuillet de

l'exemplaire appartenant aux ducs de Bourgogne sont identiques dans les

deux manuscrits (car je regarde le _celle_ de l'Inventaire comme une

simple erreur du compilateur), mais pas dans l'édition imprimée par

Verard, qui a changé un peu la phrase: «_le trouvoit qui se baignoit_

avec sa femme.» Nous devons conclure de cette conformité assez

importante dans le peu de mots conservés du manuscrit des ducs de

Bourgogne que le texte original des Cent Nouvelles Nouvelles est assez

exactement représenté dans le manuscrit de Glasgow, et par conséquent

que le texte de Verard et des éditions subséquentes est très imparfait

et très incorrect, car on n'a qu'à comparer quelques pages du texte de

notre manuscrit de Glasgow avec celui des éditions imprimées pour se

convaincre que le premier leur est très supérieur. Nous avons le droit

même de supposer que non-seulement Verard a tiré son texte d'un mauvais

manuscrit, mais encore qu'il l'a laissé imprimer avec beaucoup de

négligence; qu'on a continuellement changé les phrases qui sentoient le

dialecte picard plutôt que l'idiome parisien; qu'on a remplacé des

expressions vieilles ou triviales par d'autres plus modernes ou plus en

vogue; enfin, qu'on a fait des omissions assez considérables,

quelquefois par accident ou négligence, mais plus souvent pour abréger

le texte. Ces omissions deviennent beaucoup plus nombreuses et plus

importantes vers la fin de l'ouvrage qu'au commencement, et dans

l'édition de Verard, comparée avec le texte du manuscrit, le dernier

conte est abrégé presque d'un tiers. Le manuscrit de Glasgow nous permet

donc de donner le texte des Cent Nouvelles Nouvelles beaucoup plus

complet et plus correct que celui de toutes les éditions qui ont précédé

la nôtre.

Maintenant, qu'il me soit permis d'appeler l'attention des lecteurs sur

une autre circonstance qui me paroît d'une grande importance pour

l'histoire littéraire de l'ouvrage remarquable que nous publions. On

sait que, pour échapper aux poursuites de son père, Louis XI, alors

Dauphin de France, se retira, au milieu de l'année 1456, à la cour du

duc de Bourgogne Philippe le Bon, et qu'il y resta jusqu'à la mort de

Charles VII, en 1461. Philippe le Bon lui assigna pour sa demeure le

château de Génappe, et on prétend que c'étoit à la petite cour que le

Dauphin réunit autour de lui dans ce séjour qu'on répétoit les divers

contes que plus tard le duc de Bourgogne faisoit mettre en écrit pour en

conserver la mémoire. Telle étoit, selon ce qu'on dit, l'origine du

recueil des Cent Nouvelles Nouvelles; mais on n'a jamais nié que le seul

fondement de tous ces prétendus faits se trouve dans la dédicace placée

en tête de l'édition imprimée par Verard, à la fin de laquelle nous

lisons les mots suivants: «Et notez que par toutes les Nouvelles où il

est dit par Monseigneur, il est entendu par Monseigneur le Dauphin,

lequel depuis a succédé à la couronne et est le roy Loys unsieme; car il

estoit lors ès pays du duc de Bourgoingne.» Ce passage remarquable ne

paroît pas dans notre manuscrit, et il faut avouer qu'il présente tout

le caractère d'une addition émanant de Verard lui-même. Il me paroît

évident aussi que ce passage manquoit également au manuscrit original

indiqué dans l'ancien Inventaire des livres de la bibliothèque des ducs

de Bourgogne déjà cité, qui parle du manuscrit de cet ouvrage comme

«contenant cent nouvelles, tant de Monseigneur, que Dieu pardonne, que

de plusieurs autres de son hostel.» Je n'ai pas besoin de dire que la

phrase «que Dieu pardonne» indique que celui dont on parle étoit alors

mort, et qu'elle s'applique ici nécessairement à Philippe le Bon, mort

en 1467; et, certainement, si on devoit finir par avouer que les contes

attribués à _Monseigneur_ étoient du Dauphin, on n'auroit pas commencé

par dire qu'ils étoient du duc Philippe. Du reste, il me paroît certain

que, dans un ouvrage composé à la cour de Bourgogne et par un sujet du

duc, ayant rapport spécialement à des circonstances arrivées dans ses

Etats, le titre de _Monseigneur_, sans autre qualification, ne pouvoit

désigner que le duc de Bourgogne. Notre livre même le prouve

suffisamment. Les deux premiers contes de notre recueil sont donnés,

comme de raison, au duc Philippe. On ne donne le nom du conteur du

premier que dans la table; mais le second, que la table donne également

à «Monseigneur le Duc», porte, dans le texte du livre, qu'il étoit

raconté «par Monseigneur». Verard a donc eu tort de dire que le titre de

_Monseigneur_ s'appliquoit ici à Louis XI, et nous pouvons déclarer

qu'il ne se trouve pas un seul mot dans le livre des Cent Nouvelles

Nouvelles qui puisse faire croire que Louis XI étoit un des conteurs.

Tout ce que dit son auteur, c'est qu'à la «requeste et advertissement»

du duc Philippe, il avoit composé «ce petit oeuvre» en imitation de la

collection italienne des _Cento Novelle_, qui, publiée au commencement

du quatorzième siècle, étoit devenue célèbre, et qui lui avoit donné

l'idée de limiter son recueil au même nombre de cent Contes et de lui

donner le titre de _Cent Nouvelles Nouvelles_. Il ajoute seulement que

ces Nouvelles Nouvelles ne sont pas arrivées, comme celles du conteur

italien, en Italie, mais «ès parties de France, d'Allemaigne,

d'Angleterre, de Haynault, de Brabant et autres lieux», et qu'elles sont

toutes «d'assez fresche mémoire». C'étoit sans doute pour plaire au duc

Philippe que l'auteur a mis les différents contes dans la bouche de lui

et des individus les plus familiers de sa maison. Nous savons, du reste,

que cette habitude de s'amuser en racontant de telles «nouvelles»

entroit profondément dans les moeurs du temps, et que Louis XI, qui y

avoit sans doute participé souvent à la cour de Bourgogne, dans sa

jeunesse, en avoit conservé l'habitude toute sa vie. Nous n'avons aucune

raison de supposer que les contes de notre recueil étoient véritablement

racontés par ceux dont les noms y sont attachés; mais le goût bien connu

de Louis XI pour ces contes, en général assez libres, et son long séjour

à la cour de Bourgogne, pouvoient faire croire à Antoine Verard que ce

roi étoit l'un des conteurs, celui qui se présente si souvent sous le

titre de Monseigneur, un titre que le Dauphin auroit porté en France;

mais, sans doute, il auroit été distingué en Bourgogne par le titre de

Monseigneur le Dauphin.

Je regarde cet ouvrage, donc, simplement comme un recueil de contes

composé à la cour de Bourgogne, à la «requeste», comme dit la dédicace,

de Philippe le Bon.

Qui en étoit l'auteur? Nous savons seulement qu'il s'attribue cinq de

ces Nouvelles, les 51e, 91e, 92e, 98e et 99e, et qu'ainsi il a dû être

attaché à la cour de Bourgogne. J'avoue que je me sens porté à partager

l'opinion émise par M. Le Roux de Lincy, que cet auteur est Antoine de

La Sale, déjà bien connu par deux ouvrages remarquables, le roman du

Petit Jehan de Saintré et les Quinze Joies de Mariage; et cette opinion

me paroît confirmée par une circonstance que M. Le Roux de Lincy n'a pas

observée: La Nouvelle cinquante est attribuée à monseigneur de La Sale,

et la cinquante-et-unième porte le nom de «l'acteur» (l'auteur). Comme

ses autres Nouvelles se présentent ensemble deux à deux, il me paroît

assez vraisemblable que l'auteur a voulu faire la même disposition ici,

et qu'ayant mis son nom à la première, il s'est contenté de se désigner

modestement dans les autres par le seul titre de «l'auteur».

«Monseigneur de La Sale» se désigne, en supposant que c'est lui qui a

composé cet ouvrage, par le titre de «premier maistre d'hostel de

monseigneur le duc». En effet, Antoine de La Sale, né en 1398, en

Bourgogne ou en Touraine, après un séjour en Italie (il étoit à Rome en

1422), s'établit en Provence, où il fut attaché à Louis III, comte

d'Anjou et de Provence, et nommé viguier d'Arles. Plus tard, La Sale

passa en Flandres, où il fut accueilli favorablement par le duc Philippe

le Bon. La date de son arrivée à la cour de Bourgogne n'est pas connue.

C'étoit probablement durant son séjour en Italie qu'il avoit eu

connoissance des _Cento Novelle_, ouvrage beaucoup plus ancien, dont la

compilation des Cent Nouvelles Nouvelles est (par le propre aveu de

l'auteur) une imitation, ainsi que des _Facéties_ du Pogge, dont

l'auteur des Cent Nouvelles Nouvelles a tiré plusieurs de ses récits, et

qui avoient dû être publiées tout récemment, quand La Sale étoit à Rome,

et du Decameron de Boccace. On trouve dans les Cent Nouvelles Nouvelles

quelques allusions historiques qui se rapportent principalement aux

temps des guerres entre les Armagnacs et les Bourguignons. La Nouvelle

soixante-deux raconte des circonstances de la conférence tenue en

juillet 1440, au château d'Oye, entre Calais et Gravelines; et la

Nouvelle quarante-deux commence par ces mots: «L'an cinquante derrenier

passé», d'où l'on peut conclure que ce livre a été composé dans

l'intervalle de 1450 à 1460, et probablement pas longtemps après la

première de ces années. Cette date s'accorde parfaitement avec celle des

autres ouvrages d'Antoine de La Sale; car la date des Quinze Joies est

rapportée à 1450, et celle du Petit Jehan de Saintré à 1459. Le premier

de ces deux ouvrages est cité directement dans les Cent Nouvelles

Nouvelles.

De même que la plupart de celles qui figurent dans toutes les

collections de contes, les Cent Nouvelles Nouvelles ne sont pas toutes

nouvelles. La collection de Boccace et celle du Pogge y ont certainement

contribué assez largement, et, des récits que notre auteur donne comme

des anecdotes contemporaines, plusieurs sans doute sont empruntés aux

fabliaux des treizième et quatorzième siècles. Cependant on a remarqué

avec justice que notre recueil se distingue de tous les autres par un

bon nombre d'histoires qu'on ne trouve dans aucun des recueils plus

anciens. Cette partie des Cent Nouvelles Nouvelles est sans doute la

plus intéressante, et paroît être composée d'anecdotes que l'auteur

savoit ou croyoit être arrivées dans la première moitié du quinzième

siècle. En revanche, nul conteur n'a été si généralement mis à

contribution par les compilateurs qui l'ont suivi que l'auteur des Cent

Nouvelles Nouvelles. J'ai déjà eu occasion de dire que la première

édition imprimée de ce recueil est sortie de l'imprimerie d'Antoine

Verard; elle date du mois de décembre 1486, et on peut supposer que la

publication fut accueillie assez favorablement, puisque Verard lui-même

l'a réimprimée. Cette seconde impression est sans date. Un autre

imprimeur parisien, Nicolas Desprez, a donné une troisième édition des

Cent Nouvelles Nouvelles, achevée d'imprimer le 3e jour de février 1505;

et une quatrième, sans date, porte le nom du célèbre imprimeur Michel Le

Noir. On connoît encore une édition de Paris, sans date, et une autre

imprimée à Lyon en 1532. Nous ne connoissons pas d'autre édition de cet

ouvrage avant le commencement du siècle dernier. Il fut imprimé à

Cologne, en 2 volumes in-12, avec des gravures d'après les dessins de

Romain de Hooge. Cette édition, qui porte la date de 1701, a été suivie

d'une autre imprimée à La Haye en 1733, et, comme l'autre, en 2

volumes. J'ai déjà dit que le texte original des Cent Nouvelles

Nouvelles est assez mal représenté par celui des éditions de Verard, qui

a été encore détérioré dans les éditions subséquentes; mais le texte de

celles de Cologne et de La Haye est détestable, et ces éditions n'ont

aucun intérêt littéraire; on les prise seulement pour les gravures.

Dans l'édition que nous offrons à nos lecteurs, nous avons reproduit

littéralement le texte du manuscrit de Glasgow, sauf quelques exceptions

rares. Le manuscrit est en général très correct; mais, de temps en

temps, l'écrivain a fait des omissions de quelques mots, et même de deux

ou trois lignes, en passant, par négligence, d'un mot dans une ligne au

même mot répété dans la ligne suivante ou deux ou trois lignes plus bas.

J'ai été obligé de suppléer à ces lacunes d'après le texte de Verard,

qui a été reproduit avec soin dans l'excellente édition de M. Le Roux de

Lincy. J'ai indiqué les variantes les plus importantes du texte de

Verard dans mes notes.

Nous publions ainsi un texte de cet ouvrage remarquable qui est

entièrement nouveau, et qui en est probablement le seul bon texte

qu'aujourd'hui l'on puisse retrouver, et en même temps nous lui rendons

pour la première fois sa véritable place dans l'histoire littéraire du

quinzième siècle. Le livre des Cent Nouvelles Nouvelles n'est plus,

comme on croyoit autrefois, un souvenir de la visite du Dauphin de

France à la cour de Bourgogne. C'est un recueil de contes faits

probablement par Antoine de La Sale, auteur spirituel et bien connu, en

imitation des conteurs italiens, dont il avoit eu connoissance durant

son séjour à Rome. Notre auteur a composé son livre à la cour de

Bourgogne, sous le duc Philippe le Bon, qui, par un caprice sans doute,

a voulu qu'on mît les diverses nouvelles dans la bouche de ses

courtisans; car la forme de la collection, le style uniforme qui y règne

partout, les termes dans lesquels l'auteur en parle lui-même dans sa

dédicace, rendent très peu vraisemblable l'idée qu'il a voulu nous

rapporter une véritable scène de la vie intime de cette brillante cour.

On se trompe grandement si l'on croit que c'étoit seulement à la Cour de

Bourgogne qu'existoit l'usage d'égayer les loisirs de la vie féodale par

le récit de telles «nouvelles»; mais en Antoine de La Sale, en supposant

que ce recueil lui appartient, nous avons un des plus anciens, et, sous

beaucoup de rapports, le plus intéressant des vieux conteurs françois.

THOMAS WRIGHT.

[Décoration]

[Décoration]

A MON TRÈSCHIER ET TRÈSREDOUBTÉ SEIGNEUR MONSEIGNEUR LE DUC DE

BOURGOIGNE, DE BRABANT ETC.

_Comme ainsi soit qu'entre les bons et prouffitables passe-temps, le

trèsgracieux exercice de lecture et d'estude soit de grande et

sumptueuse recommendacion, duquel, sans flaterie, mon trèsredoubté

Seigneur, vous estes trèshaultement doé, Je, vostre trèsobéissant

serviteur, désirant, comme je dois, complaire à toutes vos trèshaultes

et trèsnobles intencions en façon à moy possible, ose et presume ce

present petit oeuvre, à vostre requeste et advertissement mis en terme

et sur piez, vous présenter et offrir; suppliant trèshumblement que

agréablement soit receu, qui en soy contient et tracte cent histoires

assez semblables en matère, sans attaindre le subtil et trèsorné

langage du livre de Cent Nouvelles. Et se peut intituler le livre de

Cent Nouvelles nouvelles. Et pource que les cas descriptz et racomptez

ou dit livres de Cent Nouvelles advindrent la pluspart ès marches et

metes d'Ytalie, jà long temps a, neantmoins toutesfoiz, portant et

retenant nom de Nouvelles, se peut trèsbien et par raison fondée en

assez apparente verité ce présent livre intituler de Cent Nouvelles

nouvelles, jà soit ce que advenues soient ès parties de France,

d'Alemaigne, d'Angleterre, de Haynau, de Brabant et aultres lieux; aussi

pource que l'estoffe, taille et fasson d'icelles est d'assez fresche

memoire et de myne beaucop nouvelle._

De Dijon, l'an M.IIII^{C}.XXXII.

[Décoration]

[Décoration]

_Sensuyt la table de ce present livre, intitulé des Cent Nouvelles,

lequel en soy contient cent chapitres ou histoires, ou pour mieulx dire

nouvelles._

COMPTÉ PAR MONSEIGNEUR LE DUC.

La première nouvelle traicte d'un qui trouva façon d'avoir la femme de

son voisin, lequel il avoit envoyé dehors pour plus aisément l'avoir; et

luy, retourné de son voiage, trouva celuy qui se baignoit avec sa femme.

Et, non sachant que ce fust elle, la volut voir; et permis luy fut de

seullement veoir le derrière: et alors jugea que ce luy sembla sa femme,

mais croire ne l'osa. Et, sur ce, se partit et vint trouver sa femme à

l'ostel, qu'on avoit boutée hors par une posterne; et luy compta son

imaginacion.

PAR MONSEIGNEUR LE DUC.

La secunde nouvelle, comptée par monseigneur le duc Philipe, d'une jeune

fille qui avoit le mal de broches, la quelle creva à ung cordelier qui

la vouloit médiciner ung seul bon oeil qu'il avoit; et du procés qui en

fut.

PAR MONSEIGNEUR DE LA ROCHE.

La tierce nouvelle, de la tromperie que fist ung chevalier à la femme de

son musnier, à laquelle bailloit à croire que son con luy cherroit, si

luy recoingna plusieurs fois. Et le musnier, de ce adverty, pescha ung

dyamant que la femme au chevalier avoit perdu; et dedans son corps le

trouva, comme bien sceut le chevalier depuis; si l'appela pescheur, et

le musnier cuigneur le nomma.

PAR MONSEIGNEUR.

La quatriesme nouvelle, d'un archier escossois qui fut amoureux d'une

belle gente damoiselle, femme d'un eschopier, laquelle, par le

commandement de son mary, assigna jour au dit Escossois; et de fait y

comparut et besoigna tant qu'il voult, le dit eschopier estant caiché en

la ruelle de son lit, qui tout povoit veoir et oyr.

PAR PHILIPE DE LOAN.

La cinquiesme nouvelle, par Philipe de Loan, de deux jugements de

monseigneur Talebot, c'est assavoir, d'un François prins par ung Anglois

soubz son sauf-conduict, qui d'aguillettes à aorner se defendit contre

le François, qui d'une espée le feroit, présent Talebot; et d'un qui

l'Eglise avoit robée, auquel il fist jurer de non jamais plus entrer en

l'Eglise.

La sisiesme nouvelle, par monsieur de Launoy, d'un yvroigne qui au

prieuré des Augustins de La Haye en Hollendre se voult confesser, et

après sa confession, disant que son bon estat estoit, vouloit mourir. Et

cuida avoir la teste trenchée et estre mort, et par ses compaignons fut

emporté, qui luy disoient qu'ilz l'emportoient en terre.

La septiesme nouvelle, par Monseigneur, de l'orfevre de Paris qui fist

le charreton coucher avec luy et sa femme; et comment le charreton par

derrière se jouoit avec elle, dont l'orfevre se parceut et trouva ce

qui estoit; et des parolles qu'il dist au charreton.

La huictiesme, par monsieur de la Roche, d'un compaignon picard

demourant à Bruxelles, qui engrossa la fille de son maistre; et à ceste

cause print congié de haulte heure et vint en Picardie se marier. Et

tost après son partement, la mère de la fille se parceut de l'encloueure

de sa fille, laquelle, à quelque meschief que ce fust, confessa le cas

tel qu'il estoit. La mère la renvoya devers le dit compaignon; et depuis

leur espousée, par ung accident qui au compaignon advint le jour de ses

nopces.

La nefviesme nouvelle, par Monsieur le Duc, d'un chevalier de

Bourgoigne, amoureux d'une des chambrières de sa femme. Cuidant coucher

avecques celle, cogneut que c'estoit mesmes sa femme, qui ou lieu de sa

chambrière s'estoit boutée. Et comment ung aultre chevalier, son voisin,

par son ordonnance, avecques sa femme aussi avoit couschié, dont il fut

bien mal content, jà soit ce que sa femme n'en sceut oncques riens, et

ne cuidoit avoir eu que son mary.

La dixiesme nouvelle, par monseigneur de la Roche, d'un chevalier

d'Angleterre, qui, puis qu'il fut marié, voult que son mignon, comme

paravant son mariage, de belles filles luy fist finance; laquelle chose

il ne voult faire, et s'excusoit; mais son maistre à son premier train

le ramena par le faire servir de pastés d'anguilles.

La onziesme nouvelle, par Monseigneur, d'un paillard jaloux qui, après

beaucop d'offrandes faictes à divers sainz pour le remède de sa maudicte

maladie, fist offrir une chandelle au deable qu'on mect communement

desoubz saint Michel; et du songe qu'il songea, et de ce qui luy advint

au reveiller.

La dousiesme nouvelle parle d'ung Hollandois qui nuyt et jour, à toute

heure, ne cessoit d'assaillir sa femme au jeu d'amours; et comment

d'aventure il la rua par terre, en passant par ung bois, soubz un grand

arbre sur lequel estoit ung laboureur qui avoit perdu son veau. Et, en

faisant inventoire des beaux membres de sa femme, dist qu'il véoit tant

de belles choses et quasi tout le monde; à qui le laboureur demanda s'il

véoit point son veau qu'il cherchoit, quel il disoit qu'il lui sembloit

en veoir la queue.

La tresiesme nouvelle, comment le clerc d'ung procureur d'Angleterre

deceut son maistre pour luy faire accroire qu'il n'avoit nulz coillons,

et à ceste cause il eut le gouvernement de sa maistresse aux champs et à

la ville, et se donnèrent bon temps.

La quatorsiesme nouvelle, de l'ermite qui deceut la fille d'une povre

femme, et lui faisoit accroire que sa fille auroit ung filz de luy qui

seroit pape, et adonc, quant vint à l'enfanter, ce fut une fille, et

ainsi fut l'ambusche du faulx hermite descouverte, qui à ceste cause

s'enfouit du païs.

La quinsiesme nouvelle, d'une nonnain que ung moyne cuidoit tromper,

lequel en sa compaignie amena son compaignon, qui devoit bailler à

taster à elle son instrument, comme le marchié le portoit, et comme le

moyne mit son compaignon en son lieu, et de la response que elle fist.

La seiziesme nouvelle, d'ung chevalier de Picardie, lequel en Prusse

s'en ala; et tandiz ma dame sa femme d'ung autre s'accointa; et, à

l'eure que son mary retourna, elle estoit couchée avec son amy, lequel,

par une gracieuse subtilité, elle le bouta hors de sa chambre, sans ce

que son mary le chevalier s'en donnast garde.

La dix et septiesme nouvelle, d'ung president de parlement qui devint

amoureux de sa chamberière, laquelle à force, en bulletant la farine,

cuida violer, mais par beau parler de lui se desarma et lui fist

affubler le bulleteau de quoy elle tamisoit, puis ala querir sa

maistresse, qui en cet estat son mary et seigneur trouva, comme cy après

vous orrez.

La dix et huitiesme nouvelle, racomptée par monseigneur de la Roche,

d'ung gentilhomme de Bourgoingne, lequel trouva façon, moyennant dix

escuz qu'il fit bailler à la chamberière, de couchier avecques elle;

mais, avant qu'il voulsist partir de sa chambre, il eut ses dix escuz et

se fit porter sur les espaules de la dicte chamberière par la chambre de

l'oste. Et, en passant par la dicte chambre, il fist ung sonnet tout de

fait advisé qui tout leur fait encusa, comme vous pourrez ouyr en la

nouvelle cy dessoubz.

La dix neuviesme nouvelle, par Phelippe Vignieu, d'ung marchant

d'Angleterre, du quel la femme, en son absence, fist ung enfant, et

disoit qu'il estoit sien; et comment il s'en despescha gracieusement

comme elle luy avoit baillé à croire qu'il estoit venu de neige, aussi

pareillement au soleil comme la neige s'estoit fondu.

La vingtiesme nouvelle, par Philippe de Loan, d'ung lourdault

Champenois, lequel, quant il se maria, n'avoit encores jamais monté sur

beste crestienne, dont sa femme se tenoit bien de rire. Et de

l'expédient que la mère d'elle trouva, et du soudain pleur du dit

lourdault à une feste et assemblée qui se fit depuis après qu'on lui eut

monstré l'amoureux mestier, comme vous pourrez ouyr plus à plain cy

après.

La vingt et uniesme nouvelle, racomptée par Philippes de Loan, d'une

abesse qui fut malade par faulte de faire cela que vous savez, ce

qu'elle ne vouloit faire, doubtant de ses nonnains estre reprouchée; et

toutes lui accordèrent de faire comme elle; et ainsi s'en firent toutes

donner largement.

La vingt et deusiesme nouvelle racompte d'ung gentilhomme qui engroissa

une jeune fille, et puis en une armée s'en ala. Et, avant son retour,

elle d'ung autre s'accointa, auquel son enfant elle donna. Et le

gentilhomme, de la guerre retourné, son enfant demanda; et elle lui pria

que à son nouvel amy le laissast, promettant que le premier qu'elle

feroit sans faulte lui donneroit, comme cy dessoubz vous sera recordé.

La vingt et troisiesme nouvelle, d'ung clerc de qui sa maistresse fut

amoureuse, la quelle à bon escient s'i accorda, pourtant qu'elle avoit

passé la raye que le dit clerc lui avoit faicte. Ce voyant son petit

filz dist à son père, quant il fut venu, qu'il ne passast point la raye:

car, s'il la passoit, le clerc lui feroit comme il avoit fait à sa mère.

La vingt et quatriesme nouvelle, dicte et racomptée par monseigneur de

Fiennes, d'ung conte qui une trèsbelle, jeune et gente fille, l'une de

ses subjectes, cuida decevoir par force; et comment elle s'en eschappa

par le moyen de ses houseaux; mais depuis l'en prisa trèsfort, et l'aida

à marier, comme il vous sera declairé cy aprés.

La vingt et cinquiesme nouvelle, racomptée et dicte par Monseigneur de

Saint Yon, de celle qui de force se plaignit d'ung compaignon, lequel

elle avoit mesme adrecié à trouver ce qu'il queroit; et du jugement qui

en fut fait.

La vingt et siziesme nouvelle, racomptée et mise en terme par

monseigneur de Foquessoles, des amours d'ung gentilhomme et d'une

damoiselle, laquelle esprouva la loyauté du gentilhomme par une

merveilleuse et gente façon, et coucha troys nuytz avec lui sans

aucunement savoir que ce fust elle; mais pour homme la tenoit, ainsy

comme plus à plein pourrez ouyr cy après.

La vingt et septiesme nouvelle, racomptée par monseigneur de Beauvoir,

des amours d'ung grant seigneur de ce royaume et d'une gente damoiselle

mariée, laquelle, affin de baillier lieu à son serviteur, fist son mary

bouter en ung bahu par le moyen de ses chamberières, et léans le fist

tenir toute la nuyt, tandis qu'avec son serviteur passoit le temps; et

des gaigeures qui furent faictes entre elle et son dit mary, comme il

vous sera recordé cy après.

La vingt et huitiesme nouvelle, dicte et racomptée par messire Michault

de Changy, de la journée assignée à ung grand prince de ce royaume par

une demoiselle servante de chambre de la Royne; et du petit exploit

d'armes que fist le dit prince, et des faintises que la dicte demoiselle

disoit à la royne de sa levrière, la quelle estoit tout à propos

enfermée dehors de la chambre de la dicte royne, comme orrez cy après.

La vingt et nefviesme nouvelle, racomptée par monseigneur, d'ung

gentilhomme qui, dès la première nuyt qu'il se maria, et aprés qu'il eut

heurté ung coup à sa femme, elle luy rendit ung enfant; et de la manière

qu'il en tint, et des paroles qu'il en dist ses compagnons qui lui

apportoient le chaudeau, comme vous orrez cy aprés.

La trentiesme nouvelle, racomptée par monseigneur de Beauvoir, François,

de troys marchans de Savoye alans en pelerinage à saint Anthoine en

Viennois, qui furent trompez et deceuz par trois cordeliers, lesquelz

couchèrent avec leurs femmes, combien qu'elles cuidoient estre avec

leurs mariz; et comment, par le rapport qu'elles firent, leurs maryz le

sceurent, et de la manière qu'ilz en tindrent, comme vous orrez cy

après.

La trente et uniesme nouvelle, mise en avant par Monseigneur, de

l'escuier qui trouva la mulette de son compaignon et monta dessus,

laquelle le mena à l'uis de la dame de son maistre; et fist tant

l'escuier qu'il coucha léans, où son compaignon le vint trouver; et

pareillement des paroles qui furent entre eulz, comme plus à plain vous

sera declairé cy dessoubz.

La trente et deusiesme nouvelle, racomptée par monseigneur de Villiers,

des cordeliers d'Ostelleric en Castelongne qui prindrent le disme des

femmes de la ville; et comment il fut sceu, et quelle punicion par le

seigneur et ses subjetz en fut faicte, comme vous orrez cy après.

La trente et troisiesme nouvelle, racomptée par Monseigneur, d'ung

gentil seigneur qui fut amoureux d'une damoiselle, dont se donna garde

ung autre grant seigneur, qui lui dist; et l'autre tousjours plus lui

celoit et en estoit tout affolé; et de l'entretenement depuis d'eulz

deux envers elle, comme vous pourrez ouyr cy après.

La trente et quatriesme nouvelle, racomptée par monseigneur de la Roche,

d'une femme mariée qui assigna journée à deux compaignons, lesquelz

vindrent et besoingnèrent; et le mary tantost après survint; et des

paroles qui après en furent, et de la manière qu'ilz tindrent, comme

vous orrez cy après.

La trente et cinquiesme nouvelle, par monseigneur de Villiers, d'ung

chevalier du quel son amoureuse se maria, tandis qu'il fut en voyaige;

et à son retour, d'aventure la trouva en mesnage, la quelle, pour

couchier avec son amant, mist en son lieu couchier avec son mary une

jeune damoiselle, sa chamberière; et des paroles d'entre le mary et le

chevalier voyaigeur, comme plus à plain vous sera recordé cy après.

La trente et sisiesme nouvelle, racomptée par Monseigneur de la Roche,

d'ung escuier qui vit sa maistresse dont il estoit moult feru, entre

deux autres gentilzhommes, et ne se donnoit de garde qu'elle tenoit

chascun d'eulz en ses laz; et ung autre chevalier qui savoit son cas le

lui bailla à entendre, comme vous orrez cy après.

La trente et septiesme nouvelle, par monseigneur de la Roche, d'ung

jaloux qui enregistroit toutes les façons qu'il povoit ouyr ne savoir

dont les femmes ont deceu leurs mariz, le temps passé; mais à la fin il

fut trompé par l'orde eaue que l'amant de sa dicte femme getta par une

fenestre sur elle, en venant de la messe, comme vous orrez cy après.

La trente et huitiesme nouvelle, racomptée par monseigneur le seneschal

de Guienne, d'ung bourgois de Tours qui acheta une lamproye qu'à sa

femme envoya pour appointer, affin de festoier son curé, et la dicte

femme l'envoya à ung cordelier son amy; et comment elle fist couchier sa

voisine avec son mary, qui fut bastue, Dieu sçait comment, et de ce

qu'elle fist accroire à son dict mary, comme vous orrez cy dessoubz.

La trente et nefviesme nouvelle, racomptée par monseigneur de Saint-Pol,

du chevalier qui, en attendant sa dame, besoingna troys fois avec la

chamberière qu'elle avoit envoyée pour entretenir le dit chevalier, afin

que trop ne luy ennuyast; et depuis besoingna troys fois avec la dame;

et comment le mary sceut tout par la chamberière, comme vous orrez.

La quarantiesme nouvelle, par messire Michault de Changy, d'ung Jacopin

qui abandonna sa dame par amour, une bouchière, pour une autre plus

belle et plus jeune; et comment la dicte bouchière cuida entrer en sa

maison par la cheminée.

La quarante et uniesme nouvelle, par monseigneur de la Roche, d'ung

chevalier qui faisoit vestir à sa femme ung haubergon quand il lui

vouloit faire ce que savez, ou compter les dens; et du clerc qui lui

apprint autre manière de faire, dont elle fut à pou prés par sa bouche

mesmes encusée à son mary, se n'eust esté la glose qu'elle controuva

subitement.

La quarante et deusiesme nouvelle, par Meriadec, d'ung clerc de villaige

estant à Romme, cuidant que sa femme fust morte, devint prestre et

impetra la cure de sa ville; et, quand il vint à sa cure, la première

personne qu'il rencontra ce fut sa femme.

La quarante et troisiesme nouvelle, par Monseigneur de Fiennes, d'ung

laboureur qui trouva un homme sur sa femme, et laissa à le tuer pour

gaingner une somme de blé; et fut la femme cause du traictié, affin que

l'autre parfist ce qu'il avoit commencé.

La quarante et quatriesme nouvelle, par monseigneur de la Roche, d'ung

curé de villaige qui trouva façon de marier une fille dont il estoit

amoureux, la quelle lui avoit promis, quant elle seroit mariée, de faire

ce qu'il vouldroit; laquelle chose le jour de ses nopces il luy

ramentéust, ce que le mary d'elle ouyt tout à plain, à quoy il mit

provision, comme vous orrez.

La quarante et cinquiesme nouvelle, par monseigneur de la Roche, d'ung

jeune Escossois qui se maintint en habillement de femme l'espace de

quatorze ans, et par ce moyen couchoit avec filles et femmes mariées,

dont il fut puny en la fin, comme vous orrez cy après.

La quarante et siziesme nouvelle, racomptée par monseigneur de Thienges,

d'ung Jacopin et de la nonnain qui s'estoient boutez en ung préau pour

faire armes à plaisance, dessoubz ung poirier où s'estoit caiché un qui

savoit leur fait tout à propos, qui leur rompit leur fait pour ceste

heure, comme plus à plain vous orrez cy après.

La quarante et septiesme nouvelle, par monseigneur de la Roche, d'ung

president saichant la deshonneste vie de sa femme, la fist noyer par sa

mulle, la quelle il fit tenir de boire par l'espace de huit jours; et

pendant ce temps lui faisoit bailler du sel à mengier, comme il vous

sera recordé plus à plain.

La quarante et huitiesme nouvelle, racomptée par monseigneur de la

Roche, de celle qui ne vouloit souffrir qu'on la baisast, mais bien

vouloit qu'on lui rembourrast son bas; et habandonnoit tous ses membres

fors la bouche, et de la raison qu'elle y mettoit.

La quarante et nefviesme nouvelle, racomptée par Pierre David, de celui

qui vit sa femme avec ung homme auquel elle donnoit tout son corps

entierement, excepté son derrière, qu'elle laissoit à son mary, lequel

la fist habiller ung jour, présens ses amys, d'une robe de bureau et fit

mettre sur son derrière une belle piéce d'escarlate; et ainsi la laissa

devant tous ses amys.

La cinquantiesme nouvelle, racomptée et dicte par Anthoine de la Sale,

d'ung père qui voulut tuer son fils pource qu'il avoit voulu monter sur

sa mère grand, et de la reponse du dit filz.

La cinquante et uniesme nouvelle, racomptée par l'acteur, de la femme

qui départoit ses enfans au lit de la mort, en l'absence de son mary,

qui siens les tenoit; et comment ung des plus petiz en advertit son

père.

La cinquante et deusiesme nouvelle, racomptée par Monseigneur de la

Roche, de trois enseignemens que ung père bailla à son fils, lui estant

au lit de la mort, lesquelz le dit filz mist à effet au contraire de ce

qu'il lui avoit enseigné. Et comment il se deslia d'une jeune fille

qu'il avoit espousée, pource qu'il la vit couchier avec le prestre de la

maison la première nuyt de leurs nopces.

La cinquante et troisiesme nouvelle, racomptée par monseigneur l'amant

de Brucelles, de deux hommes et deux femmes qui attendoient pour

espouser à la première messe bien matin; et, pource que le curé ne véoit

pas trop cler, il print l'une pour l'autre, et changea à chascun homme

la femme qu'il devoit avoir, comme vous orrez.

La cinquante et quatriesme nouvelle, racomptée par Mahiot, d'une

damoiselle de Maubeuge qui se abandonna à ung charreton et refusa

plusieurs gens de bien; et de la response qu'elle fist à ung noble

chevalier, pource qu'il lui reprouchoit plusieurs choses, comme vous

orrez.

La cinquante et cinquiesme nouvelle, par monseigneur de Villiers, d'une

fille qui avoit l'épidimie, qui fit mourir troys hommes pour avoir la

compaignie d'elle; et comment le quatriesme fut saulvé et elle aussi.

La cinquante et sixiesme nouvelle, par monseigneur de Villiers, d'ung

gentilhomme qui attrappa en ung piege qu'il fist le curé, sa femme et sa

chamberière, et un loup avec eulz; et brula tout là dedans, pour ce que

le dit curé maintenoit sa femme.

La cinquante et septiesme nouvelle, par Monseigneur de Villiers, d'une

damoiselle qui espousa ung bergier, de la manière du traictié du

mariage, et des paroles qu'en disoit ung gentilhomme frère de la dicte

damoiselle.

La cinquante et huitiesme nouvelle, par Monseigneur le Duc, de deux

compaignons qui cuidoient trouver leurs dames plus courtoises vers eulz;

et jouèrent tant du bas mestier que plus n'en pouvoient; et puis

dirent, pource qu'elles ne tenoient compte d'eulz, qu'elles avoient

comme eulz joué du cymier, comme vous orrez cy après.

La cinquante et nefviesme nouvelle, par Poncelet, d'ung seigneur qui

contrefist le malade pour couchier avec sa chamberière, avec laquelle sa

femme le trouva.

La soixantiesme nouvelle, par Poncelet, de troys damoiselles de Malignes

qui accointées s'estoient de troys cordeliers, qui leur firent faire

couronnes et vestir l'abbit de religion, afin qu'elles ne fussent

apperceues, et comment il fut sceu.

La soixante et uniesme nouvelle, par Poncelet, d'ung marchant qui

enferma en sa huche l'amoureux de sa femme; et elle y mist un asne

secrettement, dont le mary eut depuis bien à souffrir et se trouva

confuz.

La soixante et deuxiesme nouvelle, par monseigneur de Commesuram, de

deux compaignons dont l'ung d'eulz laissa ung diamant ou lit de son

hostesse et l'autre le trouva, dont il sourdit entre eulz ung grant

debat, que le mary de la dicte hostesse appaisa par trèsbonne façon.

La soixante et troisiesme nouvelle, d'ung nommé Montbleru, lequel, à une

foire d'Envers, desroba à ses compaignons leurs chemises et couvrechiefs

qu'ilz avoient baillées à blanchir à la chamberière de leur hostesse; et

comme depuis ilz pardonnèrent tout au larron; et puis ledit Montbleru

leur compta le cas tout au long.

La soixante et quatriesme nouvelle, par messire Michault de Changy,

d'ung curé qui se vouloit railler d'ung chatreur nommé Trenchecouille;

mais il eut ses genitoires coupez par le consentement de l'oste.

La soixante et cinquiesme nouvelle, par monseigneur le prévost de

Vuatènes, de la femme qui ouyt compter à son mary que ung hostellier du

mont Saint-Michiel faisoit raige de ronciner, si y alla cuidant

l'esprouver; mais son mary l'en garda trop bien, dont elle fut trop mal

contente, comme vous orrez cy après.

La soixante et sixiesme nouvelle, par Philippe de Loan, d'ung tavernier

de Saint Omer qui fist une question à son petit filz, dont il se

repentit après qu'il eut ouy la response, de laquelle sa femme en fut

trèshonteuse, comme vous orrez plus à plain cy après.

La soixante et septiesme nouvelle, racomptée par Philippe de Loan, d'ung

chapperon fourré de Paris qui une courdouennière cuida tromper; mais il

se trompa lui mesme bien lourdement, car il la maria à un barbier, et,

cuydant d'elle estre despesché, se voulut marier ailleurs; mais elle

l'en garda bien, comme vous pourrez veoir cy dessoubz plus à plain.

La soixante et huitiesme nouvelle, d'ung homme marié qui sa femme trouva

avec ung autre, et puis trouva manière d'avoir d'elle son argent, ses

bagues, ses joyaux, à tout jusques à la chemise; et puis l'envoya

paistre en ce point, comme cy après vous sera recordé.

La soixante et neuviesme nouvelle, racomptée par Monseigneur, d'ung

gentil chevalier de la comté de Flandres, marié à une trèsbelle et gente

dame, lequel fut prisonnier en Turquie par longue espace, durant

laquelle sa bonne et loyale femme, par l'amonestement de ses amys, se

remaria à ung autre chevalier; et tantost après qu'elle fut remariée

elle ouyt nouvelles que son premier mary revenoit de Turquie, dont par

deplaisance se laissa mourir, pource qu'elle avoit fait nouvelle

aliance.

La septantiesme nouvelle, racomptée par Monseigneur, d'ung gentil

chevalier d'Alemaigne, grant voyaigier en son temps, lequel, aprés ung

certain voyaige par lui fait, fist veu de jamais faire le signe de la

croix, par la trèsferme foy et credence qu'il avoit ou saint sacrement

de baptesme, en laquelle credence il combastit le dyable, comme vous

orrez.

La septante et uniesme nouvelle, racomptée par Monseigneur, d'ung

chevalier de Picardie qui en la ville de Saint-Omer se logea en une

hostellerie, où il fut amoureux de l'ostesse de léans, avec laquelle il

fut trèsamoureusement; mais en faisant ce que savez, le mary de la dicte

hostesse les trouva, lequel tint manière telle que cy après pourrez

ouyr.

La septante et deuxiesme nouvelle, par monseigneur de Commesuram, d'ung

gentilhomme de Picardie qui fut amoureux de la femme d'ung chevalier son

voisin, lequel gentilhomme trouva façon par bons moyens d'avoir la grace

de sa dame, avec laquelle il fut assiegé, dont à grand peine trouva

manière d'en ysser, comme vous orrez cy après.

La septante et troisiesme nouvelle, par maistre Jehan Lambin, d'ung curé

qui fut amoureux d'une sienne paroichienne, avec laquelle le dit curé

fut trouvé par le dit mary de la gouge, par l'advertissement de ses

voisins; et de la manière comment le dit curé eschappa, comme vous orrez

cy après.

La septante et quatriesme nouvelle, par Philippe de Loan, d'ung prestre

boulenois qui eleva par deux fois le corps de nostre Seigneur, en

chantant une messe, pource qu'il cuidoit que monseigneur le seneschal de

Boulongne fust venu tard à la messe; et aussy comment il refusa de

prendre la paix devant monseigneur le seneschal, comme vous pourrez ouyr

cy après.

La septante et cinquiesme nouvelle, racomptée par monseigneur de

Talemas, d'ung gentil galant demy fol et non guères saige, qui en grant

aventure se mist de mourir et estre pendu au gibet, pour nuyre et faire

desplaisir au bailly, à la justice et autres plusieurs de la ville de

Troyes en Champaigne, desquelz il estoit hay mortellement, comme plus à

plain pourrez ouyr cy après.

La septante et sixiesme nouvelle, racomptée par Philippe de Loan, d'ung

prestre chapellain à ung chevalier de Bourgoingne, lequel fut amoureux

de la gouge du dit chevalier; et de l'aventure qui lui advint à cause de

ses dictes amours, comme cy dessoubz vous orrez.

La septante et septiesme nouvelle, racomptée par Alardin, d'ung

gentilhomme des marches de Flandres, lequel faisoit sa residence en

France; mais, durant le temps que en France residoit, sa mère fut malade

ès dites marches de Flandres; lequel la venoit tressouvent visiter,

cuidant qu'elle mourust; et des paroles qu'il disoit et de la manière

qu'il tenoit, comme vous orrez cy dessoubz.

La septante et huitiesme nouvelle, par Jean Martin, d'ung gentilhomme

marié, lequel s'avoulenta de faire plusieurs loingtains voyaiges, durant

lesquelz sa bonne et loyale preude femme de troys gentilz compaignons

s'accointa que cy après pourrés ouyr; et comment elle confessa son cas à

son mary, quand des ditz voyaiges fut retourné, cuidant le confesser à

son curé; et de la manière comment elle se saulva, comme cy après orrez.

La septante et neuviesme nouvelle, par messire Michault de Changy, d'ung

bonhomme de Bourbonnois, lequel ala au conseil à ung saige homme du dit

lieu, pour son asne qu'il avoit perdu, et comment il croioit que

miraculeusement il retrouva son dit asne, comme cy après pourrez ouir.

La huitantiesme nouvelle, par messire Michault de Changy, d'une jeune

fille d'Alemaigne qui de l'aage de XV à XVI ans, ou environ, se maria à

ung gentil galant, laquelle se complaignit de ce que son mary avoit trop

petit instrument à son gré, pource qu'elle véoit ung petit asne qui

n'avoit que demy an, et avoit plus grand ostil que son mary, qui avoit

XXIIII ou XXVI ans.

La huitante et uniesme nouvelle, racomptée par monseigneur de Vaulvrain,

d'un gentil chevalier qui fut amoureux d'une trèsbelle jeune dame

mariée, lequel cuida bien parvenir à la grâce d'icelle et aussi d'une

autre sienne voisine; mais il faillit à toutes deux, comme cy après vous

sera recordé.

La huitante et deusiesme nouvelle, par monseigneur de Lannoy, d'ung

bergier qui fit marchié avec une bergière qu'il monteroit sur elle afin

qu'il véist plus loing, par tel si qu'il ne l'embrocheroit non plus

avant que le signe qu'elle même fist de sa main sur l'instrument du dit

berger, comme cy après plus à plain pourrez ouyr.

La huitante et troisiesme nouvelle, par monseigneur de Vaulvrain, d'ung

carme qui en ung vilaige prescha; et comment, après son preschement, il

fut prié de disner avec une damoiselle; et comment, en disnant, il mist

grant peine de fournir et emplir son repoint, comme vous orrez cy après.

Les Cent Nouvelles Nouvelles, tome I · 第 1 / 22 段