Cette lettre terminée, pliée et cachetée, le chevalier se leva et alla à
sa fenêtre; mais, comme nous l'avons dit, celle de sa voisine s'était
refermée à l'apparition de l'abbé Brigaud. Il n'y avait donc aucun moyen
de faire passer à Bathilde la dépêche qui lui était destinée.
D'Harmental laissa échapper un geste d'impatience. En ce moment on
gratta doucement à la porte; l'abbé ouvrit et Mirza, qui, guidée par son
instinct et sa gourmandise, avait trouvé la chambre du jeteur de
bonbons, parut sur le seuil et entra en faisant mille démonstrations de
joie.
--Eh bien! dit Brigaud, dites encore qu'il n'y a pas un bon Dieu pour
les amants! Vous cherchiez un messager, en voilà justement un qui vous
arrive.
--L'abbé! l'abbé! dit d'Harmental en secouant la tête prenez garde
d'entrer dans mes secrets plus avant que la chose ne me conviendra!
--Allons donc! répondit Brigaud, un confesseur, mon cher, c'est un
abîme!
--Ainsi, pas un mot ne sortira de votre bouche?
--Sur l'honneur! chevalier.
Et d'Harmental attacha la lettre au cou de Mirza, lui donna un morceau
de sucre en récompense de la mission qu'elle allait accomplir, et moitié
triste d'avoir perdu pour six semaines sa belle voisine, moitié gai
d'avoir retrouvé pour toujours son bel uniforme, il prit tout l'argent
qui lui restait, fourra ses pistolets dans ses poches, agrafa son épée à
sa ceinture, mit son feutre sur sa tête, jeta son manteau sur ses
épaules, et suivit l'abbé Brigaud