Mon caïque est superbe, tout de bois verni, avec un large liséré
noir,--pareil exactement au caïque de lady Falkland.--Ma maison fait
partie d'une pittoresque rangée de petites cases serrées les unes
contre les autres. On y accède par un perron de trois marches, qui
descend dans le Bosphore, et aussi par une porte de derrière, qui donne
sur un jardinet. Le rez-de-chaussée comprend deux pièces, mignonnes,
et l'étage, trois, minuscules. Les tapis de Mehmed pacha les habillent
toutes cinq magnifiquement. Entre les pilotis, un _caïk-hané_ permet
de loger une ou deux barques. Les fenêtres sont grillées jusqu'à
mi-hauteur par de petites lattes de frêne, comme la pudeur musulmane
l'exige. Et j'ai pour voisins, à droite et à gauche, deux bons vieux
Turcs à grandes barbes blanches, dont l'un est iman de mosquée. Tout
cela fait un ensemble accompli, et je prends en grande pitié les
pauvres gens qui couchent dans les auberges européennes d'en face, ou
dans les épouvantables villas «art nouveau».