XVII.

La haine du Turc ne s'éteint jamais au cœur du Monténégrin; il faut

même, de temps en temps, qu'elle trouve une issue. De là des expéditions

ou _tchetas_ très-souvent renouvelées sur le territoire ennemi.

Le vladika est impuissant à les empêcher. La réforme de Pierre II n'est

pas encore établie d'une façon tellement solide qu'elle laisse toute

liberté d'action au gouvernement. Trois révoltes successives eurent lieu

en 1833, 1835 et 1841. Elles furent réprimées dans le sang.

Pierre II avait créé, pour assurer l'exécution de ses décrets, une

troupe de gendarmerie mobile, connue dans le pays sous le nom de

_guardia_. Cette garde, qui aurait pu rendre de grands services, y était

sans cesse entravée dans l'exercice de ses fonctions par le respect

inviolable des Orientaux pour le foyer domestique. Renfermé chez lui, le

coupable échappait à la répression. Pierre II ordonna qu'on mît le feu à

la maison du révolté, puisqu'on ne pouvait s'emparer de sa personne. Il

périssait ainsi dans les flammes ou parvenait à se réfugier chez les

Turcs. Dès lors il perdait sa nationalité et ses biens étaient

confisqués.

Ces moyens de répression barbare et que nous nous garderons bien de

justifier, témoignent de la force qu'ont encore les anciens préjugés sur

cette terre à demi sauvage. Ce n'est qu'avec une prudence excessive que

doit procéder le pouvoir; il s'exposerait infailliblement à des révoltes

semblables à celles dont nous venons de parler, s'il s'opposait aux

_tchetas_ et voulait les rendre absolument impossibles.

C'est une de ces _tchetas_ qui amena, en 1852, Omer-Pacha à la tête

d'une armée turque sur la frontière du Monténégro.

Le colonel Kovalevski, cet infatigable propagandiste russe dont nous

avons entretenu nos lecteurs, avait préparé et dirigé cette levée de

boucliers contre la Turquie. La Russie voulait engager les hostilités

pour susciter des embarras à la Porte au moment où, par l'envoi du

prince Menchikof, elle allait soulever la question du protectorat.

L'Autriche empêcha la lutte.

Cette puissance ne saurait voir d'un bon œil tout ce qui peut donner de

la vie et du mouvement à la nationalité slave. La moindre étincelle

jetée sur les provinces serbes peut allumer un incendie. L'Autriche

intervint pour éteindre le feu. La Porte sut éloigner son armée de la

frontière du Monténégro, et les Monténégrins se virent obligés à rentrer

dans leur territoire.

On voit par ce que nous venons de dire combien la paix, quand elle

existe, doit être menacée et précaire entre les deux pays.

Les hommes de la guerre d'Orient 11: Le prince du Montenegro · 第 21 / 27 题