Le 17 mai 1850 au matin, les quatre canons qui défendent l'approche du
monastère où réside le souverain du pays, saluèrent de 121 coups la
sortie de la grande procession en tête de laquelle marchait le nouveau
vladika vêtu des habits pontificaux, portant en baudrier un magnifique
damas couvert de pierres précieuses.
Les quatre canons qui saluaient l'avènement de Danilo ont été pris aux
Turcs. Le Tsernogorste aime à entendre leurs détonations, que l'écho de
la montagne Noire répercute de vallée en vallée. Les Monténégrins
mêlaient des cris de joie au fracas de l'artillerie.
Entouré de trente _perianitj_ (guerriers ornés de plumet) qui lui
servent de garde et qui appartiennent aux plus illustres familles de la
montagne, le vladika sort de l'église, placée à côté de la poudrière et
se dirige du côté de la _Riznitsa_. C'est ce qu'on pourrait appeler la
salle du trône et le garde-meuble de la couronne; c'est là qu'on
conserve les armes des vieux héros tsernogorstes, les trophées enlevés
aux pachas turcs.
Dans cette résidence, moitié militaire, moitié sacerdotale, on voit côte
à côte un clocher, une imprimerie, une poudrière. Les ouvriers de
l'imprimerie font pleuvoir sur la foule des bulletins de la cérémonie
qui va avoir lieu.
Maintenant, de cette longue maison bâtie en pierre mais recouverte de
chaume, voyez sortir cette file de guerriers à l'aspect grave et
majestueux. Ce sont les sovietniks qui se rendent à la _Riznitsa_ où ils
feront cortège au vladika.
Tous les moines et popes du Monténégro sont convoqués pour la cérémonie
de l'investiture. C'est au bruit de leurs cantiques qu'elle s'accomplit.
Le plus âgé des caloyers met ordinairement la toque sur la tête du
vladika. Un mois après son intronisation au Monténégro, il est d'usage
maintenant que l'évêque du Monténégro se rende à Saint-Pétersbourg pour
y solliciter du patriarche une espèce de consécration et de confirmation
de son autorité spirituelle.