La famille est la base de la société dans cette république patriarcale
du Monténégro. Chaque famille choisit un chef auquel elle obéit
aveuglément. Les membres d'une même famille ne se séparent presque
jamais, aussi les familles deviennent-elles quelquefois assez nombreuses
pour peupler un village assez vaste d'individus sortis du même sang,
portant le même nom, et ne se distinguant entre eux que par le prénom.
Cet esprit de famille, qui a de grands avantages, offre cependant aussi
des inconvénients réels. S'il établit une solidarité puissante entre les
membres de la famille en particulier, il crée également, entre les
familles en général, une foule de ces haines vivaces et implacables que
les générations transmettent aux générations.
Il y a sans doute au Monténégro, comme partout ailleurs, des pauvres et
des riches, mais cette différence entre les fortunes ne détruit pas le
sentiment d'égalité profondément enraciné au cœur des Monténégrins. Les
mendiants sont inconnus dans ce pays. Le pauvre emprunte au riche, et
finit toujours par s'acquitter.