Les Monténégrins sont en majorité schismatiques; ils font cependant
preuve de plus de tolérance que leurs coreligionnaires de la Serbie, de
la Grèce et de la Russie. Les catholiques latins exercent en paix leur
culte; les Turcs eux-mêmes ont une mosquée au Monténégro; ils forment
dans le pays une tribu qui a les mêmes droits et la même liberté que les
autres.
Les couvents sont assez nombreux au Monténégro; on cite parmi les plus
remarquables, ceux d'Ostrog et de Maratcha. Entrez dans un de ces
couvents où l'on accueille le voyageur avec une hospitalité pleine de
bienveillance, vous y trouverez tout au plus une vingtaine de moines. Un
seul religieux occupe le grand couvent de Tsetinié.
Le clergé séculier se compose de 200 popes environ. Ces prêtres ont
adopté le costume des guerriers; ils font partie des expéditions, et
comme l'Église grecque, ainsi que l'Église latine a horreur du sang, ils
ont des masses d'armes dont ils se servent pour assommer l'ennemi quand
ils sont las de prier pour leurs frères ou de les exciter au combat.
Le clergé régulier, au contraire, vit dans une paix et une austérité
profondes. Le moine monténégrin s'habille, comme le caloyer grec, d'une
longue robe de soie noire; aussi les Turcs ont-ils l'habitude de
désigner le vladika du Monténégro sous ce titre: _le noir Caloyer_. La
coiffure des moines du Monténégro est un fez rouge entouré d'une étoffe
de soie noire en forme de turban.
Les Monténégrins ont généralement des sentiments religieux assez vifs et
assez profonds. Cependant ils ne suivent pas toujours avec une
régularité parfaite les règles extérieures du culte. Dans notre langage,
on dirait des Monténégrins qu'ils ne pratiquent pas. L'Église,
d'ailleurs, repousse des sacrements tout montagnard nourrissant une
haine violente contre le prochain; si cette haine n'a pas craint de se
satisfaire, le coupable ne pourra pas mettre les pieds dans une église
avant d'avoir expié publiquement sa faute ou son crime.