La guerre est l'occupation favorite du Monténégrin, la guerre contre le
Turc surtout. C'est là la guerre sainte, la croisade qui lui vaudra le
pardon de ses péchés et les jouissances du paradis. On voit les
vieillards suivre leurs fils marchant contre les infidèles, et se
faisant porter pour tirer un dernier coup de fusil en l'honneur du
Christ. Les infirmes eux-mêmes se lèvent au bruit de la bataille, et les
enfants courent au combat, sinon pour frapper, du moins pour charger les
armes des combattants.
_Tes aïeux sont morts dans leur lit_, est la plus grossière injure qu'on
puisse adresser à un guerrier monténégrin; c'est _le noir meurtrier_ qui
l'a frappé, disent-ils, en parlant d'un homme qui a succombé à une mort
naturelle; ils s'éloignent en se signant dévotement, et en priant Dieu
qu'il les fasse mourir sur le champ de bataille.
Nulle part la femme n'est plus respectée qu'au Monténégro, non pas que
ce respect aille jusqu'à l'exempter du travail manuel, ce qui est
impossible chez un peuple presque exclusivement guerrier; mais personne
ne se permettrait d'attenter à l'honneur d'une femme. L'idée de
séduction par la ruse ou par la violence, est complétement inconnue des
Monténégrins, ils ne sauraient comprendre l'amour en dehors du mariage.
La femme qui tue un homme pour avoir violé sa promesse de mariage, est
d'avance acquittée.
La chanson suivante, qui fait partie des poésies populaires, donne une
idée parfaite du rôle que la femme joue au Monténégro.