=442=,
19, +Hominibus+.--Dans l’_Évangile_ de S. LUC, d’où cette citation
est tirée, la phrase est complétée par ces mots: _bonæ voluntatis_
(_aux hommes de bonne volonté_).
23, +Diogenes+.--CICÉRON, _De Fin._, III, 17.
32, +Loüanges+.--«L’art de louer commença l’art de plaire.» VOLTAIRE.
36, +Fleurisse+.--Traduction d’un vers d’Homère, que CICÉRON a
également traduit, _De Fin._, V, 18.
39, +Acquerir+.--CICÉRON, _De Fin._, III, 17.
=444=,
5, +Cache ta vie+.--Ce précepte, dû à Nicoclès frère d’Épicure,
devint un des principes fondamentaux de l’école. Dans un de ses
traités, intitulé: _Si ce mot commun «cache ta vie» est bien dit?_
PLUTARQUE s’élève avec force contre cette maxime qu’il considère
comme destructive de tous intérêts sociaux, en détournant de se mêler
des affaires publiques, dont le tracas est incompatible avec la
tranquillité; elle est plutôt à entendre comme signifiant qu’exposés à
l’envie comme nous le sommes, il est prudent de cacher ses avantages
pour pouvoir en jouir à l’aise.
«Pour être heureux, n’excitez point l’envie.
Le secret du bonheur est de cacher sa vie.» DE LA BOUISSE.
8, +Celuy+.--Épicure.
23, +Hermachus+.--Cette lettre d’Épicure est dans CICÉRON, _De Fin._,
II, 30, qui dit Hermarchus; DIOGÈNE LAERCE, X, 22, la donne comme
adressée à Idoménée, autre disciple de ce philosophe.
=446=,
1, +Metrodorus+.--CICÉRON, _De Fin._, II, 31.
2, +Desirable+.--CICÉRON, _De Fin._, III, 17, attribue cette doctrine
aux Stoïciens, et ajoute qu’ils ne l’ont admise que parce que, sur ce
point, ils n’ont pu répondre à Carnéade.--Carnéade, député à Rome par
ses concitoyens, s’y était fait remarquer par son éloquence; mais une
fois, ayant parlé au Sénat avec un égal talent pour et contre une même
question, Caton fit décider de renvoyer au plus tôt un sophiste aussi
dangereux.
8, +Fuyr+.--ARISTOTE, _Morale à Nicomède_.
10, +Subiect+.--Ce traité de Cicéron sur la gloire est aujourd’hui
perdu; Pétrarque semble l’avoir possédé. C. DE M.
13, +Suitte+.--Marcellus avait élevé un temple à la Vertu, un autre à
l’Honneur, et il fallait passer par le premier pour arriver au second,
symbolisant ainsi que la vertu est le principe même de l’honneur.
18, +Philosophe+.--Montaigne, dont les critiques à l’égard de Cicéron
sont jusqu’ici pour la plupart justifiées, en arrive à l’exagération et
à l’injustice. Cicéron aimait passionnément la gloire, comme il aimait
la justice et aussi la liberté à laquelle il a fait le sacrifice de
sa vie. Il n’a pas dit que la gloire fût préférable à la vertu: «Si
la vertu, lit-on dans son _Discours pour Milon_, pouvait envisager un
prix, le plus haut de tous serait la gloire; elle seule nous console de
la brièveté de la vie par les longs ressouvenirs de la postérité; elle
nous rend présent où nous ne sommes point, elle nous fait vivre même
après la mort.»
26, +Toy+.--CICÉRON, _De Fin._, II, 18.
31, +Richesses+.--Plotius avait légué toute sa fortune à Peduceus,
à l’insu de sa veuve, à laquelle celui-ci la restitua. CICÉRON, _De
Fin._, II, 18.
34, +Cicero+.--_De Fin._, II, 18.--Un nommé Fadius Gallus, homme
extrêmement riche, pour éluder une loi qui limitait ce dont pouvaient
hériter les femmes, avait institué comme son légataire S. Rufus, mais
en le priant de transporter tout son héritage à sa fille Fadia. S.
Rufus nia cette clause, et, se retranchant derrière la loi, se borna à
abandonner à Fadia ce à quoi elle avait légalement droit.
36, +Hortensius+.--Quelques intrigants avaient apporté de Grèce à
Rome un faux testament d’un nommé Minucius Balbus, homme fort riche.
Afin de recueillir plus facilement la succession, ils s’étaient donné
pour cohéritiers Crassus et Hortensius, deux des hommes les plus
puissants de l’époque. Ceux-ci soupçonnaient bien la fausseté de
l’acte, mais ils n’y avaient pas trempé et ils ne se refusèrent pas à
profiter du crime d’autrui. CICÉRON, _De Off._, III, 18.
=448=,
16, +Vouloit+.--«La gloire suit la vertu, comme l’ombre suit le
corps.» CICÉRON.
=450=,
4, +Blessé+.--L’éd. de 88 aj.: _mais d’Hannibal ie sçay bien qu’on le
dit, et de Scanderberg_.--Alexandre l’a été maintes et maintes fois (V.
N. =I=, 486), parfois assez grièvement, notamment au siège de Tyr, et
dans son expédition contre les Malliens Oxydraques, peuplade du bassin
de l’Indus. Napoléon l’a été une fois à la cuisse au siège de Toulon,
une autre fois au talon à Ratisbonne, chaque fois sans gravité.--Une
blessure à la guerre ne prouve généralement pas grand’chose, sinon
qu’on y était, surtout actuellement avec la longue portée des armes;
bien rares sont celles reçues dans l’accomplissement d’un fait méritant
une mention personnelle. Napoléon, à Waterloo, avait un guide pris sur
place, suivant son habitude, les cartes n’indiquant que d’une façon
générale et sommaire les mouvements de terrain; ce guide, lié sur son
cheval, faisait mauvaise figure aux balles et aux boulets, il s’agitait
sur sa selle, détournait la tête, se courbait sur l’encolure de sa
monture, si bien que l’empereur lui dit à un moment: «Mais, mon ami, ne
remuez pas tant; un coup de fusil vous tuera aussi bien par derrière
que par devant et vous fera une plus vilaine blessure.» H. HOUSSAYE.
Dans ma jeunesse, un de mes camarades, fort brave du reste, qui depuis
a été tué en 1870 à Frœschviller, et qui avait fait ses premières armes
en Crimée où il avait été blessé deux fois et avait été décoré de la
médaille militaire, nous contait, en toute franchise, que sa première
blessure, il l’avait reçue alors que derrière une haie il mettait
culotte bas, et la seconde, alors que surpris par les Russes dans une
embuscade il fuyait à toutes jambes; pas plus dans un cas que dans
l’autre, il ne faisait face à l’ennemi.
40, +Faire+.--C’est-à-dire la satisfaction du devoir accompli. Mais
l’homme est homme; et, outre qu’il y en a peu qui n’aient besoin
d’être encouragés dans la voie du bien, c’est un impérieux devoir pour
ceux auxquels cela incombe, que de rechercher et récompenser ceux qui
demeurent ainsi dans l’ombre et de ne pas s’en laisser imposer par ces
autres, toujours prêts à se faire valoir, soit en s’exaltant eux-mêmes,
soit en recourant à autrui à charge de revanche; les sociétés
d’admiration mutuelle sont un des plus grands obstacles que le vrai
mérite rencontre sur sa route.
=452=,
18, +Demetrius+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 91.
=454=,
1, +Timon+.--Passage de SÉNÈQUE, _Epist._ 85, que Montaigne
paraphrase.
7, +Absence+.--TITE-LIVE, XLIV, 22.--En =168=.--«N’ajoutez foi, dit
en substance Paul-Émile au peuple romain, qu’à ce que je vous écrirai;
n’accréditez pas, par votre crédulité, des rumeurs vaines et sans
fondement. Il y a des gens qui s’érigent en maîtres, critiquent tout
ce qui n’est pas conforme à leur manière de voir; cette habitude est
funeste. Je ne me crois pas infaillible, mais c’est de ceux qui ont
de l’expérience, qui sont sur les lieux et connaissent la situation,
que je prends avis. Si donc il est quelqu’un parmi vous qui se croit
à même de me donner quelque conseil utile, qu’il vienne avec moi,
je le défrayerai de tout; autrement qu’il se taise et sache que
les avis de mes compagnons d’armes me suffisent.»--Semblable propos
serait également de mise aujourd’hui en France; mais ce n’est pas à
un personnage ayant le courage de le tenir que l’on confierait le
commandement de nos armées; et en tout cas, si, y étant nommé, il se
révélait tel, de semblables exhortations de sa part demeureraient
lettre morte, et le premier prétexte venu, le moindre échec sans
conséquence, toujours possible, le feraient indubitablement tomber en
disgrâce.--Ce discours de Paul-Émile est donné par l’avant-dernier
chapitre de Tite-Live qui nous ait été conservé, car nous ne possédons
qu’une faible partie de son Histoire qui allait jusqu’à l’ère
chrétienne, et ce qui nous en reste s’arrête à l’an 166. Le pape
Grégoire, vers la fin du VIe siècle, le jugeant dangereux en raison des
fréquents prodiges qu’il rapporte, le comprit dans la proscription des
livres profanes qui lui est attribuée et fit brûler tous les manuscrits
qu’il en put découvrir.
8, +Destourbier+.--Trouble, obstacle, empêchement; du latin
_disturbare_, empêcher.
12, +Consentement+.--Fabius, par sa prudence, s’étant attiré beaucoup
de critiques et Minutius, son chef de cavalerie, ayant obtenu quelques
légers succès en combattant contre la défense qu’il lui en avait
faite, avait vu son autorité répartie entre eux deux, et pour ne pas
l’affaiblir avait proposé à son ancien lieutenant de commander à tour
de rôle. Celui-ci, pour rester maître de ses actions, avait préféré
répartir les troupes entre eux. Peu après, il se faisait battre et
n’était sauvé que par Fabius, auquel spontanément il fit amende
honorable, en même temps qu’il se replaçait sous ses ordres (=217=).
34, +Main+.--Il est ici question de l’anneau de Gygès. PLATON,
_République_, II, 3; CICÉRON, _De Off._, III, 9.--Gygès était le
favori de Candaule, roi de Lydie (Asie Mineure). Candaule, fier de la
beauté de sa femme, la lui fit voir toute nue; celle-ci, outragée, mit
Gygès dans l’alternative de périr lui-même ou de tuer le roi; il prit
ce dernier parti et épousa la reine et monta lui-même sur le trône
(=VII=e). Platon fait de Gygès un berger et raconte qu’ayant trouvé
dans les flancs d’un cheval d’airain un anneau ou bague merveilleuse
qui, en tournant le chaton à l’intérieur de la main, rendait invisible
celui qui le portait, il en profita pour séduire la reine et assassiner
le roi; et il ajoute que si un tel anneau était en la possession d’un
sage, il ne s’en prévaudrait pas pour faire le mal, les honnêtes gens
considérant si une chose est honnête et non si elle est ignorée.
=456=,
17, +Herostratus+.--Le temple de Diane à Éphèse (Asie Mineure),
qu’Érostrate brûla (=356=), dans le but de s’illustrer par quelque
moyen que ce fût, était regardé comme une des sept merveilles du monde.
(On désigne communément sous ce nom, sans toutefois que l’accord existe
à cet égard: 1º les jardins suspendus et les murs de Babylone; 2º les
pyramides d’Égypte; 3º le phare d’Alexandrie; 4º le colosse de Rhodes;
5º le Jupiter Olympien de Phidias; 6º le tombeau de Mausole; 7º le
temple d’Éphèse). L’incendie de ce temple eut lieu la nuit même de la
naissance d’Alexandre le Grand. Les Éphésiens, pour déjouer les calculs
du fou qui en était l’auteur, rendirent un décret qui défendait sous
peine de mort de prononcer son nom; c’était le meilleur moyen de les
réaliser.--La réflexion que relate Montaigne à son sujet, émane de
VALÈRE MAXIME, VIII, 14, et non de Trogue-Pompée.
17, +Capitolinus+.--TITE-LIVE, VI, 11.--Après la bataille de l’Allia,
Manlius, voyant Rome au pouvoir des Gaulois, se jeta dans le Capitole.
Cette forteresse elle-même allait tomber aux mains des Barbares qui
déjà en escaladaient les murs, lorsque Manlius, éveillé par le cri
des oies sacrées que l’on y nourrissait, prit les armes et précipita
l’ennemi du haut des murailles, ce qui lui valut le nom de Capitolinus
(=390=). Dans la suite, aspirant à la tyrannie et accusé devant le
peuple, il sut se faire absoudre en montrant le Capitole qu’il avait
sauvé; mais une autre fois l’assemblée s’étant réunie dans un autre
lieu d’où on ne pouvait apercevoir ce théâtre de ses exploits, il fut
condamné à être précipité du haut de la roche Tarpéienne (=384=).
20, +Parle+.--Nous avons plus de souci qu’on parle de nous, que de la
façon dont on en parle.
23, +Autruy+.--Il semble que pour être connu, il faille en quelque
sorte commettre sa vie...
26, +Fantastique+.--Boileau, dans une de ses épîtres, blâme également
cette tendance à trop agir avec la préoccupation de ce que les autres
pourront en penser:
«C’est là de tous nos maux le fatal fondement;
Des jugements d’autrui nous tremblons follement,
Et chacun, l’un de l’autre, adorant les caprices,
Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vices.»
=458=,
1, +Surnom+.--Ce nom d’Eyquem, que l’auteur qualifie de surnom
(mais au XVIe siècle, surnom s’employait souvent comme synonyme de
nom), était bel et bien son nom de famille, et il est le premier qui
l’ait abandonné.--Son bisaïeul, Ramon Eyquem, habitait le village de
Blanquefort en Médoc, à quelques kil. N.-O. de Bordeaux, et avait
dans cette dernière ville une maison de commerce de vins, de pastels
et de poissons salés, située près du fort du Ha (actuellement le
palais de justice), dans l’espace existant entre ce fort et l’église
cathédrale de Saint-André. Ce Ramon acheta, en 1478, la maison noble
de Montaigne (à environ cinq lieues en aval de Bergerac), dont son
arrière-petit-fils prit le nom à l’exclusion du sien, ce qui se faisait
et se fait encore communément.--Ce nom d’Eyquem, il est vraisemblable
que Montaigne ne l’a supprimé qu’après la mort de son père et après
avoir quitté ses fonctions de conseiller, car on trouve encore les
deux noms accolés dans le passage du testament de La Boétie où
celui-ci lègue ses livres et papiers à M. Michel Ayquem de Montaigne,
conseiller, etc.--Ce nom, qui semble venir du flamand _Ecke_ (_chêne_)
et du germain _Heim_ (_hameau_, _habitation_), existant en Gascogne
et se retrouvant en Angleterre, il est probable que c’est le fait des
alliances contractées entre Gascons et Anglais durant les trois siècles
pendant lesquels la domination étrangère s’est maintenue dans cette
partie du midi de la France.
4, +Place+.--L’autre nom de Montaigne, c’est Michel, son prénom qui,
en effet, pouvait et a dû être attribué à bien d’autres.
6, +Fauorir+.--Favoriser, donner du relief; du latin _favere_ qui
a le même sens; c’est un mot que comme un certain nombre d’autres
Montaigne a fait passer de son chef dans notre langue. Favorir
l’inanité, c’est favoriser le néant, donner de l’importance à ce qui
n’est pas.