=432=,
+Malaisance+.--Difficulté d’avoir les choses.
2, +Remaschois+.--Au figuré, remâcher, c’est repasser à diverses
reprises dans son esprit.
2, +Mot+.--Les éd. ant. aj.: _et tres veritable_.--Cet ancien, c’est
SÉNÈQUE, _Epist._ 4.
5, +Preparez+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 4.
6, +Fruition+.--Jouissance; mot forgé, par Montaigne, du latin
_frui_, jouir.
9, +Estroict+.--Les éd. ant. port.: _ferme_.
15, +Parens+.--Danaé, fille d’Acrisius, roi d’Argos (Grèce), fut
enfermée dans une tour d’airain par son père, auquel l’oracle avait
prédit qu’il serait tué par l’enfant qui naîtrait d’elle. Jupiter
pénétra dans cette tour sous forme d’une pluie d’or (la toute-puissance
de l’argent a été connue de tous temps), et séduisit Danaé. De cette
union naquit Persée, qui plus tard, en effet, fut, par accident, le
meurtrier d’Acrisius. MYTH.
24, +D’autre+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 11.
28, +Sauce+.--Dans son poème _Les filles de Minée_, LA FONTAINE dit:
«La défense est un charme; on dit qu’elle assaisonne
Les plaisirs, et surtout ceux que l’amour nous donne.»
34, +Morsures+.--PLUTARQUE, _Pompée_, 1.
=434=,
6, +Ancone+.--La marche d’Ancône, province de l’Italie centrale, où
est le sanctuaire de N.-D. de Lorette en qui l’on croit posséder la
_Santa Casa_ ou maison de la S. Vierge et une statue d’elle, en bois
de cèdre, sculptée par l’apôtre S. Luc. Cette maison de la Vierge
aurait été transportée par les saints Anges de Nazareth à Lorette; à
l’encontre de cette tradition un érudit, le chanoine ULYSSE CHEVALIER,
a publié en 1906 que, d’après ses études, elle a tout simplement été
construite avec les pierres d’une carrière voisine, par des architectes
nommés Anges.
7, +Sainct Iaques+.--S.-Jacques de Compostelle à Santiago en Galice
(Espagne), où se trouvait le corps de l’apôtre S. Jacques.
8, +Liege+.--A Liège (Belgique). Non loin de là se trouvent les eaux
de Spa, appelées ici, par Montaigne, les bains d’Aspa.
10, +François+.--Par application du proverbe: «Nul n’est prophète en
son pays.»
12, +Autre+.--PLUTARQUE, _Caton d’Utique_, 7.--Caton, qui avait deux
enfants d’un mariage antérieur, avait consenti à se séparer de sa
femme Martia, dont il n’en avait pas, pour la céder à Hortensius son
ami, qui n’en avait pas non plus, ce qui était admis par les mœurs
romaines. A la mort d’Hortensius, autant par affection que pour ne pas
la laisser dans une position difficile, Caton reprit Martia par un
second mariage en règle, toutes choses qu’autorisait à Rome la faculté
illimitée du divorce; César néanmoins lui en faisait de vifs reproches
dans son _Anti-Caton_: «S’il avait besoin de femme, disait-il, pourquoi
céder la sienne à un autre; et, s’il n’en avait pas besoin, pourquoi la
reprendre? Cela ne montre-t-il pas une arrière-pensée: on prêtait une
femme pauvre à Hortensius, on espérait la retrouver riche». V. N. =II=,
586: Ieune Caton.
28, +Plus+.--La Fontaine disait à une courtisane chez laquelle il
était entré un jour par hasard et qui se laissait doucement caresser,
sans opposer la moindre résistance à ses désirs: «Je t’en prie,
repousse-moi un peu.»
37, +Amants+.--TACITE, _Ann._, XIII, 45.--Chez les Lacédémoniens, les
filles sortaient en public à visage découvert et les femmes voilées,
parce qu’il faut, disaient-ils, que les filles trouvent mari et que les
femmes gardent celui qu’elles ont; comme quoi, une même chose peut être
envisagée à deux points de vue complètement opposés.
41, +Bastions+.--Au propre, saillants de fortification; ici, pris
au figuré, allusion aux vertugadins, paniers dont les dames faisaient
alors usage dans leur toilette, sorte de jupons garnis de cercles de
baleine, assez analogues aux crinolines du second empire, soutenant les
jupes et rendant les robes bouffantes.
43, +Appetit+.--_Par la difficulté_, aj. l’éd. de 88.
=436=,
8, +Desbaucher+.--Porter à une gaîté licencieuse.
10, +Triompher+.--Add. de l’éd. de 88 et de l’ex. de Bord.: _de la
rigueur_.
14, +Haissent+.--Add. de l’éd. de 88: _mortellement_.
30, +Seruist+.--VALÈRE MAXIME, II, 1, 4.--Cette assertion est-elle
exacte? ce qu’il y a de certain, c’est qu’à Rome les femmes étaient
assez libres et le divorce appliqué pour la moindre cause.--Toujours
est-il que son introduction en France est loin de confirmer la thèse
de Montaigne. Il y a été autorisé en 1884; de 1885 à 1890, la moyenne
annuelle des demandes a été de 9.300, suivant d’année en année une
progression ascendante constante. En 1901, 10.500 instances ont été
introduites se répartissant à peu près également entre gens ayant des
enfants et gens n’en ayant pas, 9.000 ont été accordées, à quoi il
convient d’ajouter plus de 2.000 séparations de corps. En 1904, il y
en a eu 9.860 prononcés en dehors des séparations de corps; en 1905,
10.019.--Il est à observer que les divorces pour cause d’adultère sont
presque en nombre double pour adultère de la femme, que pour cette
même faute commise par l’homme; ce n’est pas que celui-ci soit plus
respectueux de la foi conjugale, mais outre que dans son cas il n’y
a pas risque d’un enfant pouvant en résulter, cela tient encore à ce
que pour des raisons diverses la femme supporte plus facilement d’être
trompée et aussi qu’elle est plus facile à l’être. Et aujourd’hui que
le divorce est passé dans les mœurs, l’idée gagne de l’affranchir des
fictions judiciaires qui en restreignent l’obtention: les motifs légaux
n’existant pas, on les suppose, on va jusqu’à en créer les apparences
de commun accord; d’où la tendance à l’admettre par consentement
mutuel, et même sur la volonté d’un seul avec conditions de délai;
il y a bien la question des enfants, mais n’a-t-on pas déjà passé
outre! C’est là le seul point intéressant; et à l’encontre de ce qui
se pratique, il semble qu’il vaudrait mieux pour eux, quel que soit
le motif du divorce, au lieu d’être attribués à l’un, sous réserve de
certains droits concédés à l’autre, que celui auquel ils sont laissés,
les ait sans restriction ni obligation vis-à-vis de la partie adverse;
les obtiendrait celui en faveur duquel le divorce serait prononcé
dans les cas d’indignité, d’inconduite, de sévices et injures graves;
celui contre lequel la demande en divorce aurait été introduite dans
le cas d’incompatibilité d’humeur quand il sera admis, ce qui avec
les idées actuelles ne saurait tarder beaucoup.--Du reste, le mariage
lui-même tend à être réduit à sa plus simple expression. On voudrait
le rendre aussi facile que possible à contracter, ne le subordonner
à aucun consentement autre que celui de ceux qui veulent s’unir;
supprimer la puissance maritale, chacun des conjoints ayant mêmes
droits, toute liberté et toute indépendance; le régime de la séparation
de biens deviendrait la règle unique; l’adultère cessant d’être un
délit ne serait plus qu’une cause de divorce, dont l’obtention serait
du reste grandement facilitée, si bien que les seules différences qui
subsisteraient encore entre le mariage et l’union libre, se réduiraient
à la publicité donnée à l’union contractée, l’octroi de la légitimité
aux enfants nés pendant sa durée et la possibilité de liquider les
intérêts matériels de chacun après sa dissolution.
=438=,
5, +Serpunt+.--L’auteur parle ici des Juifs et de leur religion;
Montaigne applique son dire à un sujet tout autre.
8, +Moyen+.--Peut-être; mais l’excès contraire a plus d’inconvénients
encore; et, à notre époque, la peine de mort est tellement atténuée,
la prison si bénigne à tous ses degrés, la grâce et les réductions de
peine sont tellement passées dans les habitudes, que les malfaiteurs,
dont le nombre, ainsi que l’audace et la fréquence des méfaits, vont
croissant en proportion du besoin de bien-être et de luxe, conséquence
des progrès de la civilisation, s’en donnent à cœur joie. La publicité
des exécutions n’a plus de raison d’être, n’amenant plus chez le
spectateur que cette simple remarque: «Tiens! ce n’est que cela!»
En la supprimant, on ferait cette peine un peu plus redoutée; en
n’abusant pas du droit de grâce, en n’en usant que lorsqu’il y a des
circonstances atténuantes dont il n’a pas été tenu compte, ou qu’un
doute peut exister sur la culpabilité, en un mot comme correctif
d’une erreur possible du jury; en rendant beaucoup plus pénibles les
divers genres d’emprisonnement et réduisant d’autant la durée des
condamnations, on modifierait rapidement l’état d’esprit de nombre de
criminels qui, actuellement, se disent que ce qui peut leur arriver de
pis, c’est de vivre sans rien faire aux dépens de la société, dans des
conditions bien moins pénibles que s’il leur fallait gagner leur vie
par le travail, ce qui est bon seulement pour les honnêtes gens.--Et
pourtant, l’expérience est faite: Pour parer aux recrudescences de
crimes à certaines époques contemporaines, les Anglais, qui cependant
ont beaucoup plus que nous le respect de la liberté individuelle, n’ont
pas hésité à rétablir temporairement des moyens de répression tombés
en désuétude: le «_Treadmill_» où le condamné est mis automatiquement
dans l’obligation de coopérer, à l’aide des mains et des pieds, à
faire tourner une roue; le _Cat_ (le chat à neuf queues) qui consiste
à infliger matin et soir, pendant un nombre de jours déterminé, un
certain nombre de coups de fouet; ces procédés depuis mis de côté,
sans cesser d’être légaux pour le cas où le besoin s’en ferait de
nouveau sentir, eurent vite raison de ces associations de bandits qui
terrorisaient Londres en étranglant les passants, etc., tout comme
nos apaches parisiens en agissent actuellement avec le couteau et le
revolver. Mais, chez nous, gouvernants et législateurs ont plus souci
de jouir de la situation à laquelle ils sont arrivés, d’assurer leur
réélection pour continuer à vivre aux dépens de la chose publique,
que de satisfaire à leurs devoirs essentiels, faire régner la liberté
et refréner la licence, favoriser le bien, poursuivre et punir le
mal; assoiffés de popularité, imbus par calcul d’idées soi-disant
humanitaires, leurs actes démentent leurs paroles, leurs sympathies
vont de fait aux scélérats bien plus qu’à leurs victimes.
9, +Argippées+.--HÉRODOTE, IV, 23, dit qu’il ne les connaît que par
ouï-dire; qu’ils sont chauves, ont le nez aplati et ne se nourrissent
que de fruits et de lait. Chacun habite sous un arbre que, l’hiver,
il recouvre d’une étoffe de laine blanche, qu’il a soin d’ôter l’été.
Personne ne les insulte, ils n’ont pas d’armes et sont considérés comme
sacrés.
19, +Violence+.--C.-à-d. peut-être la facilité qu’on a d’entrer dans
ma maison, contribue-t-elle à la mettre à l’abri de la violence.
32, +Frontieres+.--Ce n’est pas en effet des places frontières
qui sont à construire. La défense des frontières d’un état est le
propre des armées elles-mêmes; les fortifications ne devraient être
employées que pour couvrir certains points en nombre très restreint,
particulièrement importants en vue de l’offensive beaucoup plus
qu’en vue de la défensive, ceux où sont nos approvisionnements, et
aussi les grandes agglomérations plus particulièrement menacées
dont il importe, en raison des ressources qu’elles présentent, de
ne pas laisser l’ennemi s’emparer dès le début sans coup férir. Les
murailles de Chine n’ont jamais dans le passé satisfait à ce qu’on en
attendait, et y satisferont moins encore dans l’avenir, étant donnés
les moyens actuellement mis en œuvre, au nombre desquels il faut
compter l’envahissement du territoire de l’adversaire sans déclaration
de guerre préalable. Vauban, qui à l’époque de Louis XIV avait organisé
la défense de nos frontières sous l’empire de ces idées, reconnut, sur
la fin de sa vie, cette erreur, qu’après 1870 ses élèves, héritiers de
sa science mais non de son génie, ont commise à nouveau, nous amenant
à fortifier, une fois encore, outre mesure notre frontière de l’Est
au lieu de renforcer ses effectifs dans toute la limite du possible,
avec ceux qui, pour des raisons de clocher, demeurent disséminés dans
le reste de la France où ils n’ont que faire. S’il en eût été ainsi,
Nancy, bien que sans fortifications, serait à l’abri d’un coup de
main; et, ayant ces troupes stationnées ailleurs, on n’aurait pas
été tenté de les employer abusivement à des œuvres de police, pour
lesquelles l’armée n’est point faite, qui la discréditent, où se perd
la notion du devoir, auxquelles la nécessité fait que la masse se prête
à contre-cœur, non sans que cependant se produisent quelques rares
protestations, qui honorent leurs auteurs, mais ruinent leur carrière.
36, +Riches+.--Pauvres et riches s’intéressent au pillage que promet
une incursion sur un territoire étranger; les riches seuls le sont à
s’en défendre sur leur propre territoire.
37, +Faitte+.--Le père de Montaigne avait, en 1554, réédifié sa
maison, en la fortifiant selon les habitudes et les nécessités de
l’époque; Montaigne nous fait connaître ici que lui-même ne jugea pas
à propos de tirer parti de ces dispositions défensives. Cette maison
demeura telle jusqu’en 1859, où ses descendants s’en défirent. Déjà en
partie transformée par les changements que les acquéreurs y avaient
apportés, elle devint la proie des flammes en 1885, à l’exception de
la grosse tour et de quelques communs qui furent épargnés; elle a été
reconstruite depuis, mais sur un plan notablement différent: seules la
tour et la pièce constituant la bibliothèque de Montaigne qu’il décrit
=III=, 156, ont été maintenues dans leur état primitif.
=440=,
2, +Defortifié+.--Henri IV et surtout Richelieu firent en effet
démanteler quantité de ces forteresses particulières.
3, +Dangereux+.--Regrettable, triste, fâcheux.
6, +Infiables+.--Suspectes.
12, +Improuidence+.--Votre défaut de vigilance et de prévoyance à
pourvoir à votre sûreté.--Montaigne affectionne ces mots négatifs
formés avec un préfixe (dé, il, im, in, ir, suivant le cas), et les
forge fréquemment quand ils n’existent pas.
29, +Enregistrable+.--La maison de Montaigne, épargnée jusque-là,
finit par être pillée.
29, +Ans+.--Ces troubles avaient commencé en 1560.