CHAPITRE XIV.

7, +Iustement+.--Également.

10, +Faim+.--C’est le sophisme dit de l’âne de Buridan qui, supposant

un âne également pressé par la faim et la soif, placé entre une

mesure d’avoine et un seau d’eau et à égale distance, demandait: «Que

fera-t-il?» Si on lui répondait qu’il demeurerait immobile: «Il se

laissera donc mourir?» disait Buridan. On lui répliquait qu’il ne

serait pas bête à ce point. «Alors, concluait-il, se tournant d’un

côté plutôt que d’un autre, il a donc son libre arbitre.»--Ce sophisme

embarrassa fort, paraît-il, les dialecticiens de l’époque; il était

cependant aisé d’y répondre: Comment aurez-vous la certitude que

lorsqu’il se décidera l’animal sera au même degré pressé par un besoin

et par l’autre, et qu’il ne cède pas à celui qui, à votre insu, le

presse le plus?

11, +Stoïciens+.--PLUTARQUE, _Contredits des phil. stoïques_, 24.

28, +Circonference+.--Ces absurdités sont jeux d’écoliers, nous ne

connaissons pas le raisonnement captieux démontrant que «_le contenu

est plus grand que le contenant_».--Pour prouver que «_le centre d’un

cercle est aussi grand que sa circonférence_, on suppose le cercle se

déroulant suivant une ligne droite; sa circonférence se développant de

A en A’, [Illustration] le centre O vient en O´, or OO´ = AA´. De même acabit sont les

problèmes suivants:

«_Le diamètre d’un cercle est égal à sa demi-circonférence._»

Observons tout d’abord que dans un cercle les deux demi-circonférences

décrites sur les deux moitiés d’un diamètre sont au total égales à la

demi-circonférence qui les englobe; [Illustration] appliquant ce principe de proche

en proche à toutes les demi-circonférences intérieures que l’on peut

construire de la sorte, leur total reste égal à la demi-circonférence

extérieure en même temps qu’elles en arrivent à se confondre avec le

diamètre.--Si on considère que dans le problème précédent AA´ est égal

à trois fois le diamètre, et que la présente démonstration conclut à ce

que le diamètre est égal à la demi-circonférence, on en arrive à ce que

un égale deux.

Si un égale deux, «_deux égale trois_». Supposons trois nombres a, b,

c, tels que: a = b + c. Il en ressort que: 2a = 2b + 2c et aussi 3a

= 3b + 3c; de ces deux additions égales en inversant les deux termes

de la seconde, on a: 2a + 3b + 3c = 2b + 2c + 3a; de chacun des deux

termes de cette dernière retranchons 5a, elle devient 3b + 3c - 3a =

2b + 2c - 2a ou 3 (b + c - a) = 2 (b + c - a); supprimant le facteur

commun b + c - a, on a 3 = 2.

«Une bouteille vide égale une bouteille pleine.» On est en droit de

poser: ½ bouteille vide = ½ bouteille pleine; supprimons ½

facteur commun, et l’énoncé du problème est démontré.

«_Une flèche qui atteint le but, dit Zénon d’Élée, n’a pu cependant

franchir la distance_.» Divisons cette distance en deux parties; ce

qui reste également, continuons de la sorte indéfiniment, il restera

toujours quelque chose à diviser, et par suite à franchir.--C’est

une démonstration du genre de celle qui prouve que deux courriers se

pourchassant, si vite qu’aille celui qui poursuit, il ne peut rattraper

l’autre, si lente que soit l’allure de ce dernier et si faible que soit

la distance qui les séparait au début.

30, +Cercle+.--La recherche de la pierre philosophale (alchimie)

et de la quadrature du cercle (construction d’un carré de surface

équivalente à celle d’un cercle donné) sont deux problèmes insolubles,

qui occupaient beaucoup les esprits aux temps jadis.

32, +Pline+.--Les éd. ant. aj.: _Il n’y a rien de certain que

l’incertitude et rien de plus misérable et plus fier que l’homme_.

Cette addition est la traduction de la citation qui suit.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 447 / 504 题