18, +Dire+.--CICÉRON, _Acad._, II, 23; SEXTUS EMPIRICUS, _Hyp. Pyrrh._

21, +Ἔστι+.--Citation que Montaigne a fait précéder de sa

traduction.--Cette pensée d’Euripide a été utilisée, comme forme et

comme fond, par Arnobe, Descartes, Bossuet, Pascal et d’autres: «Ce que

l’on appelle veiller (être éveillé), n’est peut-être qu’une phase du

sommeil perpétuel.» ARNOBE.--«Qui sait si cette autre partie de la vie

où nous pensons veiller, n’est pas un autre sommeil, peu différent du

premier.»

24, +Eloise+.--Eclair. Le mot est encore employé couramment dans les

campagnes du S.-O. de la France; vient du latin _elucere_, briller,

comme le mot éclair lui-même.

29, +Melissus+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 24.

32, +Protagoras+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 51; SÉNÈQUE, _Epist._ 99.

35, +Mansiphanes+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 88.--Est mis ici, par erreur

de typographie, pour _Nausiphanez_, rectification que porte l’ex. de

Bordeaux.

=276=,

2, +Comprins+.--CICÉRON, _Acad._, II, 37; SÉNÈQUE, _Epist._ 88.

3, +Il m’a+.--Dans les éd. ant. ce passage commence par cette

précaution oratoire: _Ie ne sais si la doctrine Ecclesiastique en iuge

autrement, et me soubs-mets en tout et par tout à son ordonnance, mais

il m’a_.

11, +Grammariens+.--C.-à-d. viennent du fait des grammairiens;

sont «question de mots», dirions-nous aujourd’hui.--Cette influence

omnipotente de la grammaire, MOLIÈRE, dans _Les femmes savantes_, la

signale de la sorte:

«La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois,

Et les fait, la main haute, obéir à ses lois.»

«Quelque étrange que cette assertion puisse paraître, dit de son côté

Mgr DUPANLOUP, _Discours de réception à l’Académie française_, je ne

crains pas d’affirmer que la grammaire et le dictionnaire sont deux

colonnes de la raison et de la société humaine.»

16, +Hoc+.--Mot latin qui signifie «ceci», et par lequel commence la

formule de la consécration dans le sacrement de l’Eucharistie: «_Hoc

est corpus meum_ (ceci est mon corps).»--Allusion de Montaigne à la

querelle sur ce point des catholiques et des protestants, ceux-ci niant

la transsubstantiation, autrement dit le changement qui s’opère en ce

moment du pain et du vin en la substance même du corps et du sang de

N.-S. Jésus-Christ.

BOILEAU, dans sa Satire XII, _Sur l’Équivoque_, qui traite précisément

de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire

qui fut frappée d’interdit et ne parut qu’après la mort de l’auteur),

celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au IVe

siècle, entre les orthodoxes disant que le Fils est de même substance

que le Père «_homousios_», et les Ariens soutenant qu’il est d’une

substance semblable «_homoiousios_», mots qui ne diffèrent que par

la diphtongue _oi_, qui manque dans le premier et se trouve dans le

second, a dit:

«Et l’Eglise elle-même eut peine à s’en sauver...

Lorsque attaquant le Verbe et sa divinité,

D’une syllabe impie, un seul mot augmenté

Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières

Et fit du sang chrétien couler tant de rivières!»

Il avait d’abord écrit:

«Tu fis dans une guerre et si triste et si longue,

Périr tant de chrétiens, martyrs d’une diphtongue.»

21, +Donc+.--C’est le raisonnement désigné en scolastique sous le

nom de «Sophisme du menteur», attribué par les uns à Zénon (CICÉRON,

_Acad._, II, 29; AULU-GELLE, XVIII, 2; etc.), par d’autres à

Épaminondas, et qui a été le sujet de discussions innombrables: «Tu dis

que tu es un menteur; si tu dis vrai, tu mens; si tu mens, tu ne dis

pas vrai; donc tu n’es pas un menteur.»

36, +Que sçay-ie?+--Cette devise et la balance en équilibre, sont

devenues l’épigraphe des Essais. Elles figurent pour la première fois

dans l’édition de 1635, au-dessous du portrait de Montaigne. Elles

caractérisent du reste parfaitement sa philosophie, que peint également

bien cette maxime qu’il avait inscrite en grec sur les solives de sa

bibliothèque: «Il n’est point de raisonnement auquel on ne puisse

opposer un raisonnement contraire.» C’est ce «Que sçay-ie?» qui

indignait si fort Pascal et lui a fait dire en parlant de Montaigne:

«Il met toutes choses dans un doute si universel et si général, que

l’homme doutant même s’il doute, son incertitude roule sur elle-même

dans un cercle perpétuel et sans repos, s’opposant également à ceux qui

disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l’est

pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute

de soi, et dans cette ignorance qui s’ignore, que consiste l’essence

de son opinion. Il ne peut l’exprimer par aucun terme positif; car,

s’il dit qu’il doute, il se trahit en assurant au moins qu’il doute,

ce qui étant formellement contre ses intentions, il en est réduit à

ne s’expliquer que par interrogations, de sorte que, ne voulant pas

dire: «Je ne sais», il dit: «Que sais-je?» de quoi il a fait sa devise,

en la mettant sous les bassins d’une balance, lesquels pesant les

contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre; en un mot, il

est pur Pyrrhonien.»--Et, ce disant, Pascal était bien dans le vrai,

car non seulement Montaigne était pyrrhonien, mais il en a convenu:

Lors de la reconstruction de son château, après l’incendie de 1885, on

a trouvé dans les décombres un jeton de cuivre dont l’empreinte figure

au Musée de Périgueux et porte: sur une face les armes de Montaigne

entourées du collier de Saint-Michel et l’exergue «MICHEL, SEIGNEVR

DE MONTAIGNE»; au revers, dans un écu, une balance dont les plateaux

sont horizontaux et la légende «42. 1576 Ἐπέχω» (Je m’abstiens), qui

est précisément le mot d’ordre et le principe essentiel de l’école des

sceptiques: le chiffre 42 indique l’âge que Montaigne avait alors,

en 1576.--Une autre épigraphe: «_Vires acquirit eundo_ (_ses forces

s’accroissent au fur et à mesure qu’il va_)», se trouve sur une édition

de 1598 et un grand nombre d’autres subséquentes. Elle est écrite de la

main même de l’auteur sur l’exemplaire de Bordeaux qui devait servir à

la réimpression de l’ouvrage, et cependant elle n’a été reproduite ni

sur l’édition de 1595, ni sur celle de 1635, ce qui porte à croire que

les éditeurs posthumes de Montaigne, s’inspirant probablement de sa

pensée qu’ils avaient été à même de connaître, ne l’ont considérée que

comme une idée à laquelle, à la réflexion, il n’aurait pas été donné

suite; si exacte fût-elle, puisque le texte primitif allait toujours

en augmentant, appliquée à son œuvre par l’auteur lui-même, elle eût

dénoté par trop de prétention, escomptant par avance une vogue qui

n’est venue que notablement plus tard.

=278=,

2, +Irreuerence+.--Dont il est question plus haut: «Dieu ne peut

faire ceci ou cela.»

6, +Ancien+.--Cet ancien c’est PLINE, II, 7, dont Montaigne, dans les

éd. ant., avait inscrit le nom que, finalement, il a rayé.

28, +Point+.--Ne le comprend point.--Du temps de Montaigne, le mot

appréhender, du latin _apprehendere_, prendre, saisir, n’était employé

que dans ce sens et absolument inconnu dans celui de craindre qui,

aujourd’hui, a tendance à prédominer.

32, +Poix+.--Montaigne, en philosophe, contredit ici l’auteur qu’il a

traduit et qu’il dit défendre: «L’homme, dit très orthodoxement Sebond,

est, par sa nature, en tant qu’homme la véritable et vivante image de

Dieu; de même que le cachet marque son empreinte sur la cire, Dieu a

empreint en l’homme sa ressemblance, etc...»

38, +Encore+.--C.-à-d. et je désire qu’aucun chrétien ne fasse comme

eux.

40, +Yeux+.--_Et mesurer à nostre mesure_, ajout. les éd. préc.

41, +Nostres+.--C.-à-d. chrétien comme nous. Il s’agit ici de

TERTULLIEN, dans ce passage si connu et si souvent cité dans les

discussions théologiques: «_Quis negat Deus esse corpus, etsi spiritus

sit?_ (_Qui peut nier que bien qu’esprit, Dieu n’ait aussi un corps?_)»

ce qui, à tout prendre, n’est qu’une assertion de rhéteur qui n’éclaire

en rien la question.

=280=,

1, +Curant+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 35.--Ce que ce même

auteur a encore exprimé sous cette autre forme plus connue: «_De

minimis, non curat prætor_ (_le préteur_ [magistrat romain qui, dans

les provinces, était investi de tous les pouvoirs] _ne s’occupe pas

des détails_)»; maxime favorite de bien des paresseux et de bien des

ignorants, portés à en faire l’excuse de leur paresse et de leur

ignorance, par une application abusive et aussi une traduction fautive,

pour être trop littérale, son vrai sens étant: Le préteur ne se laisse

ni absorber ni arrêter par les détails, une fois sa décision prise et

l’action en train.

26, +S. Paul+.--_Ep. aux Romains_, I, 22 et 23.

34, +Faustine+.--HÉRODIEN, IV.--C’est par ironie que Montaigne

l’appelle «honneste femme»; ses débauches n’étaient ignorées, dans

l’empire, que de Marc-Aurèle, son mari.

35, +Cheuremorte+.--Porter quelqu’un ainsi, c’est le porter sur

le dos, ses bras entourant le cou, ses jambes, que l’on soutient,

enserrant le corps de celui qui porte.

=282=,

9, +Offre+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.

10, +Douzaines+.--LA BRUYÈRE a exprimé la même pensée: «Faites donc

seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger

vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie,

tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La

Bruyère.

10, +Trismegiste+.--Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les

Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de

toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte,

et que l’on place dans le =XXe= siècle. Il existait sous son nom

quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux

prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et

scientifique des premiers temps de l’Égypte.

13, +Faire+.--_Asclepius dialog., ap._ APULEIUM.

17, +Animal+.--Animé.--CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 13, 14; tous

les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12,

16, etc.

=284=,

1, +Imbecillité+.--De faiblesse, d’imperfection.

8, +Desbastiment+.--Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour

et contre la divinité, se forgent...

10, +Estirons+.--Étendons, allongeons.

21, +Mont Senis+.--Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel

il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et

vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien

qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet

culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de

ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres

absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro

(6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes

dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en

Asie, la plus haute montagne du globe.--Quant à la profondeur des mers,

on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également

que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension

de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur

relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du

Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.

22, +Astrolabe+.--Instrument pour mesurer la hauteur des astres

au-dessus de l’horizon.

27, +Temple+.--Le fait, rapporté par JOSÈPHE, _Ant. jud._, XVIII, 4,

qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le

règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à

ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre

et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en

raison de la violence de son amour.

38, +Diuins+.--PLUTARQUE, _Romulus_, 3, qui donne Taruncius, qu’il

nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux

de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.

39, +Estoc+.--Des deux côtés, du côté paternel et maternel.--Estoc,

ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière

rapporte son commencement. NICOT.

=286=,

2, +Neptune+.--Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de

Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.

4, +Platon+.--PLUTARQUE, _Symposiaques_, VIII, 1, rapporte que,

d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant

d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son

fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu,

dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi DIOGÈNE

LAERCE, III, 2.--C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle,

à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.

11, +Langue+.--Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du

fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au

célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu,

disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour

la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi

la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux

ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant

au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.

23, +Figure+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, I, 18.

26, +Xenophanes+.--EUSÈBE, _Prép. évang._, XIII, 13.

28, +Nous+.--Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de

Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait

l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»

36, +Mangent+.--Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les

idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en

opposition complète avec SEBOND, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme):

Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la

nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité,

ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du

printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les

froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale,

et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te

fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu

as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi

tu esiouis tes esprits, etc...»--BOSSUET, critiquant sur ce point la

manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion,

prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison:

«Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils

aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner;

ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir

droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils

trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a

fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève,

ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne

faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit

à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le

soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que

pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que

l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin,

s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»

38, +Region+.--Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe,

au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi

magnifiquement et de tant faire pour moi!»

=288=,

11, +Veteris+.--_Telluris iuvenes_, les Enfants de la Terre, appelés

aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale,

qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la

Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé

d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita

les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes

volcaniques. _Myth._

17, +Tenet+.--Neptune avait construit les murs de Troie; mais le

salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors

de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait

également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de

Pâris. V. _Lex._, Scæes.

22, +Territoire+.--HÉRODOTE, I, 172.

23, +Necessité+.--C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et

répartie suivant nos besoins; l’un guérit...--On peut en dire autant

des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement

honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas

spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui

est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos

jours.

28, +Ponant+.--Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe

siècle.

35, +Venerandus+.--Le texte d’Ovide ajoute _erat_, addition qui

figure également sur la plupart des éditions modernes.

41, +Mille+.--Ce renseignement paraît tiré d’HÉRODOTE, _Opera et

Dies_, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par

contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment

par MAXIME DE TYR, qui dit qu’ils sont innombrables, et par VARRON.--On

estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.

=290=,

5, +Physiciens+.--Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment

donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée

parfois, dit-on, en Angleterre. PAYEN.

9, +Chrysippus+.--PLUTARQUE, _Des communes conceptions_, etc., 27.

13, +Creten+.--Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de

Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel

Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition

qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. _Myth._

18, +Fallitur+.--S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était

tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne

semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus

courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et

de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il

soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures,

gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce

soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre

vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs

se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors,

chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà

vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.

21, +Phaeton+.--Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le

char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les

chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée,

les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en

foudroyant l’imprudent conducteur.

25, +Fer, et+.--L’ex. de Bordeaux aj.: _auecq Anaxagoras_.--XÉNOPHON,

_Memor._, IV, 7, 7; PLUTARQUE, _De Plac. phil._, II, 20.

26, +Dit-il+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, II, 22.

32, +Socrates+.--XÉNOPHON, _Mém. sur Socr._, IV, 7, 2.

34, +Polyænus+.--CICÉRON, _Acad._, II, 38.

37, +Xenophon+.--_Mémoires sur Socrate_, IV, 7, 6 et 7.

=292=,

1, +Perscrutent+.--Qui recherchent, scrutent; mot forgé par

Montaigne, du latin _perscrutari_, chercher, rechercher avec soin,

examiner à fond.

7, +Herbes+.--Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les

plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions.

Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on

rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes

températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut

pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le

soleil.

8, +Point+.--Ce n’est pas précisément sur les questions de science,

auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre

de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne

sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné

tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à

s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont

l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie

de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions

polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on

sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant

l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la

météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande

sœur et presque encore en enfance.

24, +Ordo+.--Citation empruntée à la description du char du Soleil.

29, +Platon+.--_République_, X, 3.

34, +Acceptat+.--Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius

Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas

textuelle.--Les cinq zones dont il est ici question, environnant le

monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique

et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la

bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze

constellations. V. N. =I=, 254: _Aqua_.

=294=,

1, +Ainigmatique+.--Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni

même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il

dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile

à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».

9, +Descousu+.--_Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de

miracles_; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer

dans la traduction.--Timon est un poète satirique, cité par DIOGÈNE

LAERCE, dans sa _Vie de Platon_.

16, +Empruntée+.--Sous François II, Montaigne étant encore enfant,

les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté;

les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros

derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches

et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. _Essais historiques

sur Paris_, 1757.--Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières

postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai,

que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour

faire bouffer leurs robes?

19, +Epicycles+.--Cercles dont les centres se meuvent sur la

circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire

aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe

siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de

ces mouvements.

20, +Astrologie+.--Du temps de Montaigne, on entendait par là

l’astronomie.

22, +Subject+.--S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des

prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans

le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.--Alphonse, roi

de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se

croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.

25, +Platon+.--Dans le _Timée_.

32, +Rauissement+.--Rétrogradation, trépidation, ascension sont

autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée,

qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde:

reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.

34, +Petit monde+.--En grec: microcosme.

39, +Ame+.--Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une

rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois. C. DE M.

=296=,

1, +Imaginaire+.--Une république, un gouvernement imaginaire.

9, +Condonons+.--leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du

latin _condonare_, accorder, pardonner, remettre.

21, +Pieds+.--PLATON, qui dans le _Théétète_ conte ce fait, dit

seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour

contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement

intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir

fourni à LA FONTAINE le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse

tomber dans un puits», où il dit:

«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,

Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»

et encore:

«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères

Ce pendant qu’ils sont en danger,

Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»

24, +Plagas+.--Cette critique présentée par Montaigne, comme émise

par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci

et est dirigée contre le premier.--Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) LA

FONTAINE reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se

perd dans les cieux.»

27, +Platon+.--Dans le _Théétète_, là même où il est question de

l’accident de Thalès.

42, +Congé+.--Autorisation, permission.

=298=,

6, +Faucée+.--Du latin _fauces_, entrée, avenue, défilé, brèche,

pénétration.--Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une

impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la

partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de

la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De

nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet

de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard,

que du temps de Montaigne.

8, +Sçeu+.--Les éd. ant. aj.: _comme dict Salomon_.

9, +Pline+.--_Nat. Hist._, II, 37.

9, +S. Augustin+.--_De Civ. Dei_, XXI, 10.

33, +Autre+.--L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant

des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de

son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des

thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute

personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans

ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime

contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629,

cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la

philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique

reçue par l’Église. BAYLE.

=300=,

1, +Diogenes+.--Diogène d’Apollonie. SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrr.

hypot._, III, 4.

9, +Priuation+.--Montaigne énumère ici les principes essentiels que

chacun des philosophes qu’il mentionne avait imaginés pour expliquer

le système du monde:--Platon admettait l’existence de certains types

ou modèles qu’il appelait Idées;--Épicure expliquait tout par le

concours fortuit des Atomes;--Leucippe et Démocrite, par le Vide et les

Atomes en nombre infini doués d’un mouvement éternel;--Thalès posait

comme principe matériel de toutes choses l’Eau ou l’état liquide, et

y ajoutait l’esprit comme principe moteur;--pour Anaximandre, c’était

l’Infini;--pour Diogène d’Apollonie, c’était l’Air;--pour Pythagore,

les Nombres; le monde lui-même n’était qu’un tout harmonieusement

composé;--pour Parménide, il n’existait qu’un être, unique, immuable,

infini;--Anaxagore estimait qu’à l’origine, tous les éléments, en

nombre infini, étaient confondus, et que c’est par l’intervention

d’une intelligence suprême qu’avait eu lieu la séparation des éléments

hétérogènes et l’assemblage des éléments similaires.--Empédocle

admettait quatre éléments: le feu, la terre, l’air et l’eau, et deux

causes premières: l’amitié qui les unit, la haine qui les sépare;--pour

Héraclite, il n’existait qu’un principe, le feu, mais un feu pur et

subtil, bien différent de celui que nous voyons;--enfin Aristote,

estimant que les points de vue sous lesquels toute chose peut être

envisagée se réduisent aux éléments dont elle est composée, à sa nature

intime ou essence, à sa cause et au but ou fin vers laquelle elle tend,

distinguait quatre principes: la matière, la forme, la cause efficiente

et le principe final, lesquels doivent se retrouver partout et que la

philosophie a pour mission de déterminer.

15, +L’escole+.--Aristote, dont les éd. ant. mettent le nom.

21, +Boule-veuë+.--A première vue; comparaison tirée du jeu de

boules. Jouer à boule-vue, c’est agir sur un simple coup d’œil jeté

sur le jeu sans se donner le temps d’apprécier la distance ni de

calculer ce qu’il y a de mieux à faire.

26, +Volonté+.--«Appartenir à une école, c’est en épouser

nécessairement les préjugés et le parti pris.» LE BON. Cela est vrai

aussi bien en politique qu’en scolastique.

=302=,

9, +Philodoxes+.--PLATON, _Rép._, V (vers la fin), les définit ainsi:

Gens qui se remplissent d’opinions dont ils ignorent les fondements,

qui s’entêtent de mots, qui n’aiment et ne voient que les apparences

des choses.

15, +Philosophique+.--Il ne saurait cependant à de semblables propos,

être fait de réponses plus probantes.

40, +Essais+.--C’est aller un peu loin que de vouloir d’un philosophe

qu’il connaisse le pourquoi et le comment de toutes choses; il observe,

cherche à se rendre compte de tout, mais ne saurait être tenu d’en

donner, quand même, une explication.

=304=,

15, +L’aimant+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 24.--Combien aujourd’hui avec ce

que nous connaissons de l’électricité, qui n’est du reste qu’une forme

particulière du magnétisme ou aimantation, s’affermirait en eux cette

idée, bien moins singulière à la réflexion qu’elle ne semble de prime

abord.

22, +Dicæarchus+.--C.-à-d. la raison humaine a appris à Cratès et

à Dicéarque qu’il n’y avait absolument point d’âme et que le corps

s’ébranlait, etc. SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrr. hypot._, II, 5; CICÉRON,

_Tusc._, I, 10.

24, +Platon+.--_Lois_, X.

25, +Repos+.--Thalès ajoutait: «et qui se meut de soi-même».

PLUTARQUE, _De Plac. phil._, IV, 2; là, se trouve également rapportée

l’opinion d’Asclépiade.

27, +Parmenides+.--MACROBE, _in Somn. Scip._, I, 14.

27, +Empedocles+.--CICÉRON, _Tusc._, I, 9.

27, +Sang+.--Certains font dériver le mot latin _anima_, âme, du grec

αἷμα, qui signifie sang.

29, +Posidonius+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 156.

30, +Chaleureuse+.--Galien, tout en admettant cette idée, déclare

qu’en fin de compte il n’ose rien affirmer sur la nature de l’âme.

32, +Hippocrates+.--MACROBE, _in Somn. Scip._, I, 14.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 439 / 504 题