21, +Ἔστι+.--Citation que Montaigne a fait précéder de sa
traduction.--Cette pensée d’Euripide a été utilisée, comme forme et
comme fond, par Arnobe, Descartes, Bossuet, Pascal et d’autres: «Ce que
l’on appelle veiller (être éveillé), n’est peut-être qu’une phase du
sommeil perpétuel.» ARNOBE.--«Qui sait si cette autre partie de la vie
où nous pensons veiller, n’est pas un autre sommeil, peu différent du
premier.»
24, +Eloise+.--Eclair. Le mot est encore employé couramment dans les
campagnes du S.-O. de la France; vient du latin _elucere_, briller,
comme le mot éclair lui-même.
29, +Melissus+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 24.
32, +Protagoras+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 51; SÉNÈQUE, _Epist._ 99.
35, +Mansiphanes+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 88.--Est mis ici, par erreur
de typographie, pour _Nausiphanez_, rectification que porte l’ex. de
Bordeaux.
=276=,
2, +Comprins+.--CICÉRON, _Acad._, II, 37; SÉNÈQUE, _Epist._ 88.
3, +Il m’a+.--Dans les éd. ant. ce passage commence par cette
précaution oratoire: _Ie ne sais si la doctrine Ecclesiastique en iuge
autrement, et me soubs-mets en tout et par tout à son ordonnance, mais
il m’a_.
11, +Grammariens+.--C.-à-d. viennent du fait des grammairiens;
sont «question de mots», dirions-nous aujourd’hui.--Cette influence
omnipotente de la grammaire, MOLIÈRE, dans _Les femmes savantes_, la
signale de la sorte:
«La grammaire qui sait régenter jusqu’aux rois,
Et les fait, la main haute, obéir à ses lois.»
«Quelque étrange que cette assertion puisse paraître, dit de son côté
Mgr DUPANLOUP, _Discours de réception à l’Académie française_, je ne
crains pas d’affirmer que la grammaire et le dictionnaire sont deux
colonnes de la raison et de la société humaine.»
16, +Hoc+.--Mot latin qui signifie «ceci», et par lequel commence la
formule de la consécration dans le sacrement de l’Eucharistie: «_Hoc
est corpus meum_ (ceci est mon corps).»--Allusion de Montaigne à la
querelle sur ce point des catholiques et des protestants, ceux-ci niant
la transsubstantiation, autrement dit le changement qui s’opère en ce
moment du pain et du vin en la substance même du corps et du sang de
N.-S. Jésus-Christ.
BOILEAU, dans sa Satire XII, _Sur l’Équivoque_, qui traite précisément
de la diversité des interprétations auxquelles prête le langage (satire
qui fut frappée d’interdit et ne parut qu’après la mort de l’auteur),
celui-ci faisant allusion aux disputes religieuses soulevées au IVe
siècle, entre les orthodoxes disant que le Fils est de même substance
que le Père «_homousios_», et les Ariens soutenant qu’il est d’une
substance semblable «_homoiousios_», mots qui ne diffèrent que par
la diphtongue _oi_, qui manque dans le premier et se trouve dans le
second, a dit:
«Et l’Eglise elle-même eut peine à s’en sauver...
Lorsque attaquant le Verbe et sa divinité,
D’une syllabe impie, un seul mot augmenté
Remplit tous les esprits d’aigreurs si meurtrières
Et fit du sang chrétien couler tant de rivières!»
Il avait d’abord écrit:
«Tu fis dans une guerre et si triste et si longue,
Périr tant de chrétiens, martyrs d’une diphtongue.»
21, +Donc+.--C’est le raisonnement désigné en scolastique sous le
nom de «Sophisme du menteur», attribué par les uns à Zénon (CICÉRON,
_Acad._, II, 29; AULU-GELLE, XVIII, 2; etc.), par d’autres à
Épaminondas, et qui a été le sujet de discussions innombrables: «Tu dis
que tu es un menteur; si tu dis vrai, tu mens; si tu mens, tu ne dis
pas vrai; donc tu n’es pas un menteur.»
36, +Que sçay-ie?+--Cette devise et la balance en équilibre, sont
devenues l’épigraphe des Essais. Elles figurent pour la première fois
dans l’édition de 1635, au-dessous du portrait de Montaigne. Elles
caractérisent du reste parfaitement sa philosophie, que peint également
bien cette maxime qu’il avait inscrite en grec sur les solives de sa
bibliothèque: «Il n’est point de raisonnement auquel on ne puisse
opposer un raisonnement contraire.» C’est ce «Que sçay-ie?» qui
indignait si fort Pascal et lui a fait dire en parlant de Montaigne:
«Il met toutes choses dans un doute si universel et si général, que
l’homme doutant même s’il doute, son incertitude roule sur elle-même
dans un cercle perpétuel et sans repos, s’opposant également à ceux qui
disent que tout est incertain et à ceux qui disent que tout ne l’est
pas, parce qu’il ne veut rien assurer. C’est dans ce doute qui doute
de soi, et dans cette ignorance qui s’ignore, que consiste l’essence
de son opinion. Il ne peut l’exprimer par aucun terme positif; car,
s’il dit qu’il doute, il se trahit en assurant au moins qu’il doute,
ce qui étant formellement contre ses intentions, il en est réduit à
ne s’expliquer que par interrogations, de sorte que, ne voulant pas
dire: «Je ne sais», il dit: «Que sais-je?» de quoi il a fait sa devise,
en la mettant sous les bassins d’une balance, lesquels pesant les
contradictions, se trouvent dans un parfait équilibre; en un mot, il
est pur Pyrrhonien.»--Et, ce disant, Pascal était bien dans le vrai,
car non seulement Montaigne était pyrrhonien, mais il en a convenu:
Lors de la reconstruction de son château, après l’incendie de 1885, on
a trouvé dans les décombres un jeton de cuivre dont l’empreinte figure
au Musée de Périgueux et porte: sur une face les armes de Montaigne
entourées du collier de Saint-Michel et l’exergue «MICHEL, SEIGNEVR
DE MONTAIGNE»; au revers, dans un écu, une balance dont les plateaux
sont horizontaux et la légende «42. 1576 Ἐπέχω» (Je m’abstiens), qui
est précisément le mot d’ordre et le principe essentiel de l’école des
sceptiques: le chiffre 42 indique l’âge que Montaigne avait alors,
en 1576.--Une autre épigraphe: «_Vires acquirit eundo_ (_ses forces
s’accroissent au fur et à mesure qu’il va_)», se trouve sur une édition
de 1598 et un grand nombre d’autres subséquentes. Elle est écrite de la
main même de l’auteur sur l’exemplaire de Bordeaux qui devait servir à
la réimpression de l’ouvrage, et cependant elle n’a été reproduite ni
sur l’édition de 1595, ni sur celle de 1635, ce qui porte à croire que
les éditeurs posthumes de Montaigne, s’inspirant probablement de sa
pensée qu’ils avaient été à même de connaître, ne l’ont considérée que
comme une idée à laquelle, à la réflexion, il n’aurait pas été donné
suite; si exacte fût-elle, puisque le texte primitif allait toujours
en augmentant, appliquée à son œuvre par l’auteur lui-même, elle eût
dénoté par trop de prétention, escomptant par avance une vogue qui
n’est venue que notablement plus tard.
=278=,
2, +Irreuerence+.--Dont il est question plus haut: «Dieu ne peut
faire ceci ou cela.»
6, +Ancien+.--Cet ancien c’est PLINE, II, 7, dont Montaigne, dans les
éd. ant., avait inscrit le nom que, finalement, il a rayé.
28, +Point+.--Ne le comprend point.--Du temps de Montaigne, le mot
appréhender, du latin _apprehendere_, prendre, saisir, n’était employé
que dans ce sens et absolument inconnu dans celui de craindre qui,
aujourd’hui, a tendance à prédominer.
32, +Poix+.--Montaigne, en philosophe, contredit ici l’auteur qu’il a
traduit et qu’il dit défendre: «L’homme, dit très orthodoxement Sebond,
est, par sa nature, en tant qu’homme la véritable et vivante image de
Dieu; de même que le cachet marque son empreinte sur la cire, Dieu a
empreint en l’homme sa ressemblance, etc...»
38, +Encore+.--C.-à-d. et je désire qu’aucun chrétien ne fasse comme
eux.
40, +Yeux+.--_Et mesurer à nostre mesure_, ajout. les éd. préc.
41, +Nostres+.--C.-à-d. chrétien comme nous. Il s’agit ici de
TERTULLIEN, dans ce passage si connu et si souvent cité dans les
discussions théologiques: «_Quis negat Deus esse corpus, etsi spiritus
sit?_ (_Qui peut nier que bien qu’esprit, Dieu n’ait aussi un corps?_)»
ce qui, à tout prendre, n’est qu’une assertion de rhéteur qui n’éclaire
en rien la question.
=280=,
1, +Curant+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 35.--Ce que ce même
auteur a encore exprimé sous cette autre forme plus connue: «_De
minimis, non curat prætor_ (_le préteur_ [magistrat romain qui, dans
les provinces, était investi de tous les pouvoirs] _ne s’occupe pas
des détails_)»; maxime favorite de bien des paresseux et de bien des
ignorants, portés à en faire l’excuse de leur paresse et de leur
ignorance, par une application abusive et aussi une traduction fautive,
pour être trop littérale, son vrai sens étant: Le préteur ne se laisse
ni absorber ni arrêter par les détails, une fois sa décision prise et
l’action en train.
26, +S. Paul+.--_Ep. aux Romains_, I, 22 et 23.
34, +Faustine+.--HÉRODIEN, IV.--C’est par ironie que Montaigne
l’appelle «honneste femme»; ses débauches n’étaient ignorées, dans
l’empire, que de Marc-Aurèle, son mari.
35, +Cheuremorte+.--Porter quelqu’un ainsi, c’est le porter sur
le dos, ses bras entourant le cou, ses jambes, que l’on soutient,
enserrant le corps de celui qui porte.
=282=,
9, +Offre+.--PLUTARQUE, _Apophth. des Lacédémoniens_.
10, +Douzaines+.--LA BRUYÈRE a exprimé la même pensée: «Faites donc
seulement une goutte d’eau», dit-il, au lieu de: «Il ne sçauroit forger
vn ciron»; seulement l’assertion de Montaigne est toujours vraie,
tandis que les progrès de la science ont réduit à néant le défi de La
Bruyère.
10, +Trismegiste+.--Hermès Trismégiste; personnage fabuleux que les
Égyptiens et, d’après eux, les Grecs, regardaient comme le père de
toutes les sciences, le législateur et le bienfaiteur de l’Égypte,
et que l’on place dans le =XXe= siècle. Il existait sous son nom
quarante-deux livres sacrés, appelés «livres hermétiques», confiés aux
prêtres seuls et qui contenaient toute l’encyclopédie religieuse et
scientifique des premiers temps de l’Égypte.
13, +Faire+.--_Asclepius dialog., ap._ APULEIUM.
17, +Animal+.--Animé.--CICÉRON, _De Nat. deor._, III, 13, 14; tous
les arguments qui suivent sont tirés du même ouvrage, II, 6, 8, 11, 12,
16, etc.
=284=,
1, +Imbecillité+.--De faiblesse, d’imperfection.
8, +Desbastiment+.--Le théisme et l’athéisme, tous ces arguments pour
et contre la divinité, se forgent...
10, +Estirons+.--Étendons, allongeons.
21, +Mont Senis+.--Montaigne cite ici le mont Cenis, au pied duquel
il était passé en revenant d’Italie, comme représentant pour lui et
vraisemblablement son époque, le point le plus élevé de la terre, bien
qu’il n’ait que 3.600 m., tandis que son voisin le mont Blanc, sommet
culminant de l’Europe, en a 4.800. Mais on s’inquiétait peu alors de
ce dernier, perdu dans le massif des Alpes, non plus que de ces autres
absolument inconnus, il y a à peine quatre-vingts ans: le Kilimandjaro
(6.130 m.) en Afrique; le Sorata (7.900 m.), un des sommets des Andes
dans l’Amérique du Sud; le Gaurizankar (8.840 m.) dans l’Himalaya, en
Asie, la plus haute montagne du globe.--Quant à la profondeur des mers,
on n’avait pas sur elle de données plus approchées; ce n’est également
que depuis le siècle dernier qu’on a donné à cette étude une extension
de laquelle il résulte qu’à l’heure actuelle la plus grande profondeur
relevée se trouve dans l’océan Pacifique, en un point dénommé «Fosse du
Néro», où a été constaté un fond de 9.650 m.
22, +Astrolabe+.--Instrument pour mesurer la hauteur des astres
au-dessus de l’horizon.
27, +Temple+.--Le fait, rapporté par JOSÈPHE, _Ant. jud._, XVIII, 4,
qui parle d’Anubis, au lieu de Sérapis, se passa en l’an 32, sous le
règne de Tibère, qui fit crucifier les prêtres qui avaient pris part à
ce sacrilège, détruire le temple, jeter la statue du dieu dans le Tibre
et exila l’amoureux, lui accordant les circonstances atténuantes, en
raison de la violence de son amour.
38, +Diuins+.--PLUTARQUE, _Romulus_, 3, qui donne Taruncius, qu’il
nomme Tarucius, non comme un jeune homme, ce qui eût été plus généreux
de la part du Dieu, mais comme un homme déjà fort âgé.
39, +Estoc+.--Des deux côtés, du côté paternel et maternel.--Estoc,
ligne d’extraction, source d’une lignée, point auquel la lignée entière
rapporte son commencement. NICOT.
=286=,
2, +Neptune+.--Platon descendait au sixième degré, par sa mère, de
Solon qui, lui-même, tirait son origine de Neptune.
4, +Platon+.--PLUTARQUE, _Symposiaques_, VIII, 1, rapporte que,
d’après une tradition, Apollon aurait apparu à Ariston, lui défendant
d’avoir commerce avec sa femme, parce qu’elle était enceinte de son
fait, et qu’elle accoucha le jour même de l’anniversaire de ce dieu,
dont Platon était considéré comme étant fils. Voir aussi DIOGÈNE
LAERCE, III, 2.--C’est le cas identique, à quatre siècles d’intervalle,
à celui de Joseph et de Marie, au dire des saintes Écritures.
11, +Langue+.--Ce nom de «merlin» donné à ces enfants supposés nés du
fait d’un enchantement, d’un miracle, est probablement une allusion au
célèbre enchanteur de ce nom, qui vivait au Ve siècle et était issu,
disait-on, d’une religieuse et d’un démon ayant pris forme humaine pour
la circonstance, ce que l’Église (S. Cyprien, S. Augustin), et aussi
la science (Ambroise Paré), ont longtemps admis; aussi, les tribunaux
ecclésiastiques n’hésitaient-ils pas à pourchasser le démon en livrant
au feu sa victime, pour la débarrasser de son persécuteur.
23, +Figure+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, I, 18.
26, +Xenophanes+.--EUSÈBE, _Prép. évang._, XIII, 13.
28, +Nous+.--Cette réflexion de Montaigne rappelle cette boutade de
Fontenelle, répondant à quelqu’un disant devant lui que Dieu avait fait
l’homme à son image: «Celui-ci, depuis, le lui a bien rendu.»
36, +Mangent+.--Dans tout ce passage, Montaigne, qui combat les
idées de ceux qui estiment que tout a été fait pour l’homme, est en
opposition complète avec SEBOND, ch. 97: «Le ciel te dit (à l’homme):
Ie te fournis de lumiere le iour, à fin que tu veilles; d’ombre la
nuict, à fin que tu dormes et reposes; pour ta recreation et commodité,
ie renouuelle les saisons, ie te donne la fleurissante douceur du
printemps, la chaleur de l’esté, la fertilité de l’automne, les
froideurs de l’hyuer... L’air: Ie te communique la respiration vitale,
et offre à ton obéyssance tout le genre de mes oyseaux. L’eau: Ie te
fournis de quoy boire, de quoy te lauer. La terre: Ie te soutiens; tu
as de moy le pain de quoi se nourrissent tes forces, le vin de quoi
tu esiouis tes esprits, etc...»--BOSSUET, critiquant sur ce point la
manière de voir de l’auteur des Essais et son mode de discussion,
prend notamment à partie ce passage où il assimile l’homme à l’oison:
«Les hommes voudraient se persuader qu’ils ne sont que corps, et ils
aspirent à la condition des bêtes qui n’ont que leur corps à soigner;
ils semblent vouloir élever les animaux jusqu’à eux-mêmes, afin d’avoir
droit de s’abaisser jusqu’aux animaux et de vivre comme eux. Ils
trouvent des philosophes qui les flattent dans ces pensées: Plutarque a
fait des traités entiers sur le raisonnement des animaux qu’il élève,
ou peu s’en faut, au-dessus des hommes; c’est plaisir de voir Montaigne
faire raisonner son oie, qui, se promenant dans sa basse-cour, se dit
à elle-même que tout est fait pour elle; que c’est pour elle que le
soleil se lève et se couche; que la terre ne produit ses fruits que
pour la nourrir; que la maison n’est faite que pour la loger; que
l’homme lui-même n’existe que pour prendre soin d’elle et qu’enfin,
s’il égorge parfois des oies, ainsi fait-il bien de son semblable!»
38, +Region+.--Un poète anglais a émis la même idée: «Le crabe,
au fond de la mer, dit: Dieu est trop bon de me traiter aussi
magnifiquement et de tant faire pour moi!»
=288=,
11, +Veteris+.--_Telluris iuvenes_, les Enfants de la Terre, appelés
aussi les Titans, ou les Géants, êtres fabuleux, de taille colossale,
qui tentèrent, en entassant Ossa sur Pélion (deux montagnes de la
Grèce anc.), d’escalader le Ciel pour détrôner Jupiter, lequel, aidé
d’Hercule, les terrassa et, les frappant de la foudre, précipita
les uns dans les Enfers, et ensevelit les autres sous des montagnes
volcaniques. _Myth._
17, +Tenet+.--Neptune avait construit les murs de Troie; mais le
salaire convenu lui ayant été refusé, il se déclara contre elle, lors
de la guerre qui éclata entre ses habitants et les Grecs; Junon avait
également pris parti pour ces derniers par rancune du jugement de
Pâris. V. _Lex._, Scæes.
22, +Territoire+.--HÉRODOTE, I, 172.
23, +Necessité+.--C.-à-d. la puissance des dieux est partagée et
répartie suivant nos besoins; l’un guérit...--On peut en dire autant
des saints de l’Église romaine où beaucoup sont particulièrement
honorés dans certaines localités et certains invoqués dans des cas
spéciaux comme, par exemple, S. Antoine de Padoue pour retrouver ce qui
est égaré, pour ne parler que de l’un de ceux le plus en faveur de nos
jours.
28, +Ponant+.--Occident; ce terme était fréquemment employé au XVIe
siècle.
35, +Venerandus+.--Le texte d’Ovide ajoute _erat_, addition qui
figure également sur la plupart des éditions modernes.
41, +Mille+.--Ce renseignement paraît tiré d’HÉRODOTE, _Opera et
Dies_, 252; toutefois cet auteur n’en compte que trente mille; par
contre, son assertion est tenue comme beaucoup trop faible, notamment
par MAXIME DE TYR, qui dit qu’ils sont innombrables, et par VARRON.--On
estime à vingt-cinq mille environ les saints de l’Église catholique.
=290=,
5, +Physiciens+.--Médecins. Cette dénomination leur était fréquemment
donnée jadis dans les campagnes; elle leur est encore appliquée
parfois, dit-on, en Angleterre. PAYEN.
9, +Chrysippus+.--PLUTARQUE, _Des communes conceptions_, etc., 27.
13, +Creten+.--Jupiter avait été secrètement élevé dans l’île de
Crète, par les soins de sa mère et à l’insu de Saturne son père, auquel
Titan, frère aîné de ce dernier, avait cédé le trône sous condition
qu’il n’élèverait pas d’enfant mâle. _Myth._
18, +Fallitur+.--S. Augustin ajoute que Varron estimait que «là était
tout le secret des politiques et des ministres d’état». Les choses ne
semblent guère avoir changé depuis: l’homme le plus honnête, le plus
courtois dans la vie privée, perd absolument toute notion de probité et
de courtoisie dès qu’il est mêlé à la politique; de quelque parti qu’il
soit, mentir, tromper, manquer à ses engagements, caser ses créatures,
gaspiller les deniers publics, n’avoir d’autre règle en quoi que ce
soit que son intérêt politique et cela impudemment, sans la moindre
vergogne, sont pour lui une seconde nature; les débutants et les naïfs
se transforment rapidement et inconsciemment de la sorte; et, dès lors,
chez eux comme chez tous autres plus ou moins éhontés ou ayant déjà
vécu dans cette atmosphère cela devient calcul et parti pris.
21, +Phaeton+.--Avait obtenu d’Apollon, son père, de conduire le
char du Soleil; mais, l’entreprise étant au-dessus de ses forces, les
chevaux mal dirigés s’emportèrent, la surface de la terre fut embrasée,
les eaux desséchées, et Jupiter ne put mettre fin à ces désordres qu’en
foudroyant l’imprudent conducteur.
25, +Fer, et+.--L’ex. de Bordeaux aj.: _auecq Anaxagoras_.--XÉNOPHON,
_Memor._, IV, 7, 7; PLUTARQUE, _De Plac. phil._, II, 20.
26, +Dit-il+.--CICÉRON, _De Nat. deor._, II, 22.
32, +Socrates+.--XÉNOPHON, _Mém. sur Socr._, IV, 7, 2.
34, +Polyænus+.--CICÉRON, _Acad._, II, 38.
37, +Xenophon+.--_Mémoires sur Socrate_, IV, 7, 6 et 7.
=292=,
1, +Perscrutent+.--Qui recherchent, scrutent; mot forgé par
Montaigne, du latin _perscrutari_, chercher, rechercher avec soin,
examiner à fond.
7, +Herbes+.--Montaigne semble dire que le soleil ne tue ni les
plantes, ni les herbes; cela se produit dans certaines conditions.
Pour ce qui est de la pierre qui, dit-il, «ne luit point au feu», on
rend facilement incandescent aujourd’hui un caillou avec les hautes
températures que l’on obtient avec le four électrique, et on ne peut
pas plus fixer ces foyers de 3000° qu’on ne peut regarder fixement le
soleil.
8, +Point+.--Ce n’est pas précisément sur les questions de science,
auxquelles il était étranger, que la manière de voir de Socrate offre
de l’intérêt; toutefois sur ce point particulier, lui et Montaigne
sont bien dans le vrai. Certaines sciences, en effet, qui ont donné
tout ce qu’elles pouvaient et auxquelles il n’y a pas d’intérêt réel à
s’adonner davantage, sont encore pratiquées aujourd’hui: telles sont
l’astronomie poussée à outrance et réduite à étudier la topographie
de la lune et les taches du soleil, et ces explorations des régions
polaires inabordables actuellement, suffisamment connues pour qu’on
sache qu’il n’y a présentement aucun parti à en tirer. En citant
l’astronomie transcendante, nous n’avons pas entendu y comprendre la
météorologie, science bien autrement importante, dédaignée de sa grande
sœur et presque encore en enfance.
24, +Ordo+.--Citation empruntée à la description du char du Soleil.
29, +Platon+.--_République_, X, 3.
34, +Acceptat+.--Ces vers, rapportés par le grammairien Valérius
Probus, sont de Varron; leur reproduction n’est toutefois pas
textuelle.--Les cinq zones dont il est ici question, environnant le
monde, sont celles déterminées par les deux cercles polaires arctique
et antarctique, et les deux tropiques du Cancer et du Capricorne; la
bordure qui les traverse obliquement, c’est le zodiaque avec ses douze
constellations. V. N. =I=, 254: _Aqua_.
=294=,
1, +Ainigmatique+.--Platon ne dit ni que la nature est une poésie, ni
même qu’elle est énigmatique, ce qui néanmoins est de toute vérité; il
dit simplement, à propos d’un vers d’Homère dont le sens est difficile
à saisir, que «toute poésie est, de sa nature, énigmatique».
9, +Descousu+.--_Timon l’appelle, par iniure, grand forgeur de
miracles_; addition de l’ex. de Bord. que l’on a cru devoir insérer
dans la traduction.--Timon est un poète satirique, cité par DIOGÈNE
LAERCE, dans sa _Vie de Platon_.
16, +Empruntée+.--Sous François II, Montaigne étant encore enfant,
les hommes trouvèrent qu’un gros ventre donnait un air de majesté;
les femmes s’imaginèrent aussitôt qu’il en serait de même d’un gros
derrière: on eut alors de gros ventres et de gros derrières postiches
et cette mode ridicule dura trois ou quatre ans. _Essais historiques
sur Paris_, 1757.--Qu’est-ce autre chose qu’un de ces derrières
postiches, généralement dans de fort modestes proportions, il est vrai,
que cet ajustement, du nom de tournure, dont font usage nos femmes pour
faire bouffer leurs robes?
19, +Epicycles+.--Cercles dont les centres se meuvent sur la
circonférence d’un autre de plus grand diamètre. En faisant décrire
aux planètes des orbites de cette nature, Ptolémée, astronome du IIe
siècle, expliquait leurs mouvements et les irrégularités apparentes de
ces mouvements.
20, +Astrologie+.--Du temps de Montaigne, on entendait par là
l’astronomie.
22, +Subject+.--S. Hilaire de Poitiers dit que l’orgueil caché des
prétendus sages les porterait, s’ils le pouvaient, à aller jusque dans
le ciel, changer et corriger les mouvements des astres.--Alphonse, roi
de Castille, auquel le système de Ptolémée déplaisait, disait qu’il se
croyait de taille à donner de bons conseils à Dieu.
25, +Platon+.--Dans le _Timée_.
32, +Rauissement+.--Rétrogradation, trépidation, ascension sont
autant de termes empruntés au système astronomique de Ptolémée,
qui tenait la terre comme fixe et en faisait le centre du monde:
reculement, ravissement y sont ajoutés par plaisanterie.
34, +Petit monde+.--En grec: microcosme.
39, +Ame+.--Quelques auteurs ont donné à l’homme deux âmes: l’une
rationnelle, l’autre sensitive; Platon en compte trois. C. DE M.
=296=,
1, +Imaginaire+.--Une république, un gouvernement imaginaire.
9, +Condonons+.--leur concédons; mot francisé, par Montaigne, du
latin _condonare_, accorder, pardonner, remettre.
21, +Pieds+.--PLATON, qui dans le _Théétète_ conte ce fait, dit
seulement que Thalès, marchant les yeux levés vers le ciel pour
contempler les astres, tomba dans un puits, et ne fait nullement
intervenir sa servante comme cause de l’accident. Cela semble avoir
fourni à LA FONTAINE le sujet de sa fable: «l’Astrologue qui se laisse
tomber dans un puits», où il dit:
«Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,
Penses-tu lire au-dessus de ta tête?»
et encore:
«C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères
Ce pendant qu’ils sont en danger,
Soit pour eux, soit pour leurs affaires.»
24, +Plagas+.--Cette critique présentée par Montaigne, comme émise
par Démocrite et reproduite par Cicéron, émane au contraire de celui-ci
et est dirigée contre le premier.--Dans sa fable (liv. II, fabl. 13) LA
FONTAINE reproduit cette citation: «Sans rien voir sur la terre, on se
perd dans les cieux.»
27, +Platon+.--Dans le _Théétète_, là même où il est question de
l’accident de Thalès.
42, +Congé+.--Autorisation, permission.
=298=,
6, +Faucée+.--Du latin _fauces_, entrée, avenue, défilé, brèche,
pénétration.--Le sens de la phrase est: «Mais savoir comment une
impression spirituelle peut exercer une action si intense sur la
partie matérielle de l’homme, connaître la nature des rapports et de
la connexité de ces admirables ressorts, jamais homme ne l’a fait.» De
nos jours, les médecins, les physiologistes disent que c’est un effet
de sympathie, ce qui signifie qu’ils n’en savent pas plus, à cet égard,
que du temps de Montaigne.
8, +Sçeu+.--Les éd. ant. aj.: _comme dict Salomon_.
9, +Pline+.--_Nat. Hist._, II, 37.
9, +S. Augustin+.--_De Civ. Dei_, XXI, 10.
33, +Autre+.--L’autorité d’Aristote fut toute-puissante pendant
des siècles, au point qu’en 1624, le parlement de Paris bannit de
son ressort trois hommes qui avaient voulu soutenir publiquement des
thèses contre la doctrine de ce philosophe, et qu’il défendit à toute
personne de publier, vendre et débiter les propositions contenues dans
ces thèses à peine de punition corporelle, et d’enseigner aucune maxime
contre les anciens auteurs approuvés, à peine de la vie; qu’en 1629,
cette même cour édictait qu’on ne pouvait choquer les principes de la
philosophie d’Aristote, sans manquer à ceux de la théologie scolastique
reçue par l’Église. BAYLE.
=300=,
1, +Diogenes+.--Diogène d’Apollonie. SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrr.
hypot._, III, 4.
9, +Priuation+.--Montaigne énumère ici les principes essentiels que
chacun des philosophes qu’il mentionne avait imaginés pour expliquer
le système du monde:--Platon admettait l’existence de certains types
ou modèles qu’il appelait Idées;--Épicure expliquait tout par le
concours fortuit des Atomes;--Leucippe et Démocrite, par le Vide et les
Atomes en nombre infini doués d’un mouvement éternel;--Thalès posait
comme principe matériel de toutes choses l’Eau ou l’état liquide, et
y ajoutait l’esprit comme principe moteur;--pour Anaximandre, c’était
l’Infini;--pour Diogène d’Apollonie, c’était l’Air;--pour Pythagore,
les Nombres; le monde lui-même n’était qu’un tout harmonieusement
composé;--pour Parménide, il n’existait qu’un être, unique, immuable,
infini;--Anaxagore estimait qu’à l’origine, tous les éléments, en
nombre infini, étaient confondus, et que c’est par l’intervention
d’une intelligence suprême qu’avait eu lieu la séparation des éléments
hétérogènes et l’assemblage des éléments similaires.--Empédocle
admettait quatre éléments: le feu, la terre, l’air et l’eau, et deux
causes premières: l’amitié qui les unit, la haine qui les sépare;--pour
Héraclite, il n’existait qu’un principe, le feu, mais un feu pur et
subtil, bien différent de celui que nous voyons;--enfin Aristote,
estimant que les points de vue sous lesquels toute chose peut être
envisagée se réduisent aux éléments dont elle est composée, à sa nature
intime ou essence, à sa cause et au but ou fin vers laquelle elle tend,
distinguait quatre principes: la matière, la forme, la cause efficiente
et le principe final, lesquels doivent se retrouver partout et que la
philosophie a pour mission de déterminer.
15, +L’escole+.--Aristote, dont les éd. ant. mettent le nom.
21, +Boule-veuë+.--A première vue; comparaison tirée du jeu de
boules. Jouer à boule-vue, c’est agir sur un simple coup d’œil jeté
sur le jeu sans se donner le temps d’apprécier la distance ni de
calculer ce qu’il y a de mieux à faire.
26, +Volonté+.--«Appartenir à une école, c’est en épouser
nécessairement les préjugés et le parti pris.» LE BON. Cela est vrai
aussi bien en politique qu’en scolastique.
=302=,
9, +Philodoxes+.--PLATON, _Rép._, V (vers la fin), les définit ainsi:
Gens qui se remplissent d’opinions dont ils ignorent les fondements,
qui s’entêtent de mots, qui n’aiment et ne voient que les apparences
des choses.
15, +Philosophique+.--Il ne saurait cependant à de semblables propos,
être fait de réponses plus probantes.
40, +Essais+.--C’est aller un peu loin que de vouloir d’un philosophe
qu’il connaisse le pourquoi et le comment de toutes choses; il observe,
cherche à se rendre compte de tout, mais ne saurait être tenu d’en
donner, quand même, une explication.
=304=,
15, +L’aimant+.--DIOGÈNE LAERCE, I, 24.--Combien aujourd’hui avec ce
que nous connaissons de l’électricité, qui n’est du reste qu’une forme
particulière du magnétisme ou aimantation, s’affermirait en eux cette
idée, bien moins singulière à la réflexion qu’elle ne semble de prime
abord.
22, +Dicæarchus+.--C.-à-d. la raison humaine a appris à Cratès et
à Dicéarque qu’il n’y avait absolument point d’âme et que le corps
s’ébranlait, etc. SEXTUS EMPIRICUS, _Pyrr. hypot._, II, 5; CICÉRON,
_Tusc._, I, 10.
24, +Platon+.--_Lois_, X.
25, +Repos+.--Thalès ajoutait: «et qui se meut de soi-même».
PLUTARQUE, _De Plac. phil._, IV, 2; là, se trouve également rapportée
l’opinion d’Asclépiade.
27, +Parmenides+.--MACROBE, _in Somn. Scip._, I, 14.
27, +Empedocles+.--CICÉRON, _Tusc._, I, 9.
27, +Sang+.--Certains font dériver le mot latin _anima_, âme, du grec
αἷμα, qui signifie sang.
29, +Posidonius+.--DIOGÈNE LAERCE, VIII, 156.
30, +Chaleureuse+.--Galien, tout en admettant cette idée, déclare
qu’en fin de compte il n’ose rien affirmer sur la nature de l’âme.
32, +Hippocrates+.--MACROBE, _in Somn. Scip._, I, 14.