22, +La supportent... la vie+.--Var. des éd. ant.: _Ne la reçoiuent
ils pas de tout autre visage?_
27, +Tuer+.--En =295=, alors que ce philosophe était envoyé près de
lui, à titre de négociateur, par Ptolémée I, roi d’Égypte.
28, +Cantharide+.--CICÉRON, _Tusc._, 40.--Avec la cantharide,
insecte dont on fait grand usage en médecine pour les vésicatoires, on
composait un poison qui était assez employé chez les anciens.
30, +Populaires+.--Les éd. ant. aj.: _et communes_.
=444=,
8, +Ieusne+.--C’est le sujet d’une épigramme d’OWEN, I, 123.
21, +Errer+.--Les éd. ant. port.: _que de se departir de ses opinions
quelles qu’elles fussent_, au lieu de: «que se laisser... errer».
22, +Print+.--En 1477, lors de la mainmise sur l’Artois, par Louis
XI, à la mort de Charles le Téméraire.
26, +Gallee+.--Locution signifiant: «Vive le plaisir!» ou encore:
«Allons, tout est bien!» «Vogue la galée!» dit Panurge, dans RABELAIS,
se voyant sorti sain et sauf d’une tempête (V. N. =I=, 250: Galler).
Aujourd’hui on dit et on écrit par corruption: «Vogue la galère!» dont
l’étymologie est autre et la signification: «Advienne que pourra!»
différente.
=446=,
1, +Mesmes+.--On présentait à Mandrin, voleur fameux du XVIIIe
siècle, qu’on allait rouer, un religieux pour confesseur; il
répondit qu’«il le trouvait trop gras, pour un homme qui prêchait
l’abstinence».--Ce mépris de la mort, en pareille occurrence, n’est
pas l’apanage exclusif des scélérats; les honnêtes gens, victimes des
fureurs populaires, se sont montrés maintes fois aussi indifférents.
Les exemples en ce genre abondent sous la terreur: le général Biron,
entre autres, condamné par le tribunal révolutionnaire, au moment
d’être conduit à l’échafaud, se fit servir des huîtres et offrit un
verre de vin au bourreau, en lui disant: «Prenez, cela vous donnera du
courage; vous devez en avoir besoin au métier que vous faites.»
4, +Des leurs+.--Il en était de même en Thrace, au dire d’HÉRODOTE.
4, +Constamment+.--Avec constance, courage, résignation.
9, +Rescousses+.--De prises et de reprises.--Rescousse signifiait
secours, délivrance, d’où l’expression: «A la rescousse»; ce terme est
encore usité dans la jurisprudence maritime pour reprise d’un navire
dont on s’est trouvé dépossédé.
13, +Sepmaine+.--En 1520; sous François Ier, alors que les Français,
en possession du duché de Milan depuis cinq ans, et depuis le même
temps en lutte pour s’y maintenir, en étaient définitivement chassés.
18, +Nombre+.--PLUTARQUE, _Brutus_, 8.--En =42=. Après la mort de
César, Brutus et Cassius cherchèrent à se créer un centre de résistance
dans l’Asie Mineure. La ville de Xanthe n’accédant pas à leurs projets,
Brutus l’assiégea et s’en empara. Les Xanthiens se défendirent avec
acharnement, allant au-devant de la mort, se sacrifiant, eux, leurs
femmes et leurs enfants; si bien que, touché de compassion, Brutus
alla jusqu’à promettre une récompense à tout soldat qui sauverait un
habitant. A peine parvint-on de la sorte à en sauver cent cinquante
qui se décidèrent à accepter la vie à laquelle on s’efforçait de les
retenir.
19, +Vie+.--«Toute opinion peut être préférée à la vie, dont l’amour
cependant paraît si fort et si naturel.» PASCAL.
22, +Aux leurs+.--DIODORE DE SICILE, V, 19.--En =479=. Lors de la
deuxième guerre médique, les différents peuples de la Grèce, un peu
avant la bataille de Platée, s’unirent par un serment demeuré célèbre
dans l’antiquité et dont voici la formule: «Je n’estimerai pas la vie
plus que la liberté; je n’abandonnerai mes chefs ni vivants, ni morts,
et j’ensevelirai mes compagnons tués dans le combat. Vainqueur, je ne
contribuerai jamais à la destruction d’aucune des villes qui ont pris
part au combat. Je ne relèverai aucun des temples brûlés ou renversés;
je laisserai subsister ces ruines, comme un monument qui doit rappeler
à la postérité la fureur sacrilège des Barbares.»
25, +Castille+.--Ferdinand et Isabelle. Expression consacrée par les
Espagnols qui ne séparent pas ces deux noms; Isabelle était, de fait,
reine de Castille, mais son mari Ferdinand le Catholique y régnait en
son nom. Après l’expulsion des Maures, en 1492, ils prirent en commun
le titre de rois d’Espagne.
25, +Iuifs+.--En 1492. Cette expulsion anéantit le commerce et
l’industrie de l’Espagne; beaucoup se réfugièrent en Hollande et en
France.
31, +Escharcement+.--Chichement, avec trop d’épargne; de l’italien
_scarso_, qui veut dire chiche.
=448=,
5, +Païs+.--En 1497. Ce revirement chez Emmanuel fut dû à la reine,
fille d’Isabelle de Castille, qui en avait fait une condition absolue
de son mariage; la persécution qui s’ensuivit fut une des principales
causes des troubles et divisions qui ont agité le Portugal pendant
trois siècles.
20, +Religion+.--Le P. Jésuite MARIANNA dit, dans son _Histoire
d’Espagne_, XXVI, 13, qu’en vertu de cet édit, les enfants devaient
être baptisés de force, et il ajoute: «édit cruel, tout à fait
contraire aux lois et maximes chrétiennes».
27, +Prefix+.--Qu’il leur avait fixé; du latin _præfixere_,
déterminer.
34, +Opinions+.--En 1225. L’hérésie des Albigeois, dérivée de celle
des Manichéens, repoussait entre autres choses l’autorité du pape et
des prêtres. Née dans le XIe siècle, elle embrasa tout le midi de la
France, que les persécutions dirigées contre elle mirent à feu et
à sang. Cette guerre ne prit fin que vers 1229; mais aux croisades
auxquelles elle avait donné lieu, se substituèrent alors, dans la
région, pour y consolider la foi, l’Inquisition et toutes ses horreurs.
=450=,
2, +Mort+.--Il en est de même aujourd’hui: En France, du 1er janvier
1895 au 1er janvier 1905, on n’a pas relevé moins de 695 enfants de 16
ans et au-dessous qui se sont donné la mort, et voici quelques-unes
des raisons alléguées dans les billets laissés par certains d’entre
eux:--«Je me noye, mon père m’a grondé.»--«Je me suicide parce que
je n’ai pas eu de prix.»--«Je me tue parce que j’ai trois dents
cassés.»--Il en est qui se tuent par simple imitation ou bravade:
«Tiens, dit l’un, en apercevant un pendu, il faut que je me pende
aussi»; et il le fait séance tenante.--«Je me suis brûlé la cervelle
exprès», écrit un autre qui se tue pour montrer qu’il est capable
d’agir comme un homme.--En janvier 1907, à Paris, un collégien de
dix-neuf ans se noyait dans la Seine de dépit d’une réprimande; un
autre, de même âge, se tuait par chagrin d’amour.
3, +Ancien+.--Le fond de cette pensée est dans SÉNÈQUE, _Epist._ 70.
16, +Orage+.--DIOGÈNE LAERCE, IX, 68.
29, +Dernier+.--Var. des éd. ant.: _souuerain_.
30, +Effect+.--CICÉRON, _Tusc._, II, 13.
=452=,
2, +Mal+.--CICÉRON, _Tusc._, II, 25, raconte le fait un peu
différemment: Pompée venant de Syrie à Rhodes, où se trouvait
Posidonius, désirait l’entendre et lui exprimait ses regrets de
ne le pouvoir pas, le voyant affecté de douleurs aiguës: «L’état
de souffrance où vous me trouvez, lui répondit le philosophe, ne
m’empêchera pas de satisfaire à votre désir; il ne sera pas dit qu’un
aussi grand homme soit venu inutilement honorer ma retraite de sa
présence.» Réponse, ajoute Cicéron, qui fut suivi d’un discours, aussi
grave qu’éloquent, sur cette question qu’il n’y a rien de bon que ce
qui est honnête.
17, +Instant+.--Louis Racine fait dire à ce propos à un épicurien:
«Plongeons-nous sans effroi dans ce muet abîme
Où la vertu périt, aussi bien que le crime;
Et, suivant du plaisir l’aimable mouvement,
Laissons-nous au tombeau conduire mollement.»
19, +Habet+.--C’est là une des assez fréquentes citations qui se
rencontrent dans les Essais, composées d’auteurs différents et que ne
distingue même pas la ponctuation: le premier de ces deux vers est de
La Boétie, le second d’Ovide.
21, +Craindre+.--Les éd. ant. port.: _Et à la vérité, ce que les
Sages craignent_, au lieu de: «Aussi... craindre».
34, +Homicide+.--Cela est vrai du mal de dents, mais non de la goutte
qui finit fort souvent par devenir mortelle.
39, +Estre+.--Observer, pour la compréhension du texte, que, dans ce
qui précède, Montaigne a fait parler ceux qui disent que la douleur
est un mal; et que, maintenant, il va répondre à leurs arguments, en
s’efforçant de prouver qu’il est en nous, sinon de faire que nous ne la
ressentions pas, du moins d’en réduire notablement la sensation.
=454=,
6, +Trampe+.--Var. de 80 et 88: _ie ne le croy pas_.
13, +Vulgaire+.--Cette phrase est encore une de celles qui témoignent
le plus que Montaigne a été aux armées et considérait comme sienne la
profession des armes.
32, +L’ame+.--Les éd. ant. aj.: _c’est d’auoir eu trop de commerce
auec le corps_.
34, +Attendre+.--De ne pas compter assez sur elle.--Certaines
éditions portent: fonder. Attendre est employé ici dans le même sens
que dans ces vers de LA FONTAINE: «Ne t’attends qu’à toi seul, c’est
un commun proverbe» (_L’alouette et ses petits avec le maître d’un
champ_).--«T’attendre aux yeux d’autrui, quand tu dors, c’est erreur»
(_Le fermier, le chien et le renard_).
=456=,
23, +Craint+.--dans le _Phédon_.
25, +Desclouë+.--Une très violente douleur, de même qu’une volupté
excessive, détache l’âme du corps, en ce qu’elle s’en empare en entier
et ne laisse plus à celle-là aucune action sur celui-ci, comme s’il
n’existait plus aucune liaison entre eux.
33, +Doluerunt+.--Add. des éd. ant.: _dict S. Augustin_.
37, +Inseruerunt+.--Montaigne détourne ici le sens de ce passage de
saint Augustin.
40, +Grandes+.--«Tu engendreras tes fils dans la douleur,» dit la
GENÈSE, III, 16.
=458=,
4, +Ægyptiennes+.--Que nous appelons aujourd’hui Bohémiennes, nom
qui varie suivant les pays, et qui se donnent elles-mêmes comme
étant de celui des Pharaons.--Les Bohémiens sont des bandes nomades
d’aventuriers qui se trouvent un peu partout et dont la véritable
origine est inconnue; les premiers qui vinrent en France, arrivaient de
Bohême, d’où leur nom. Ils ont une physionomie particulière, parlent
entre eux un argot spécial, vivent de petits métiers, disent la bonne
aventure; on ne sait trop quelle est leur religion; leur morale est
très relâchée et ils pratiquent volontiers le vol.
7, +Garces+.--Jeunes filles. Du temps de Montaigne, on disait une
jeune garce pour dire une jeune fille, et garçon pour jeune homme;
aujourd’hui ce mot garce est injurieux et ne se donne qu’aux filles
publiques, tandis que celui de garçon s’est maintenu dans la langue
avec sa signification primitive.
11, +Iumeaux+.--PLUTARQUE, _De l’Amour_, 34.--En 78, Sabinus,
seigneur gaulois, prit le titre de César, au commencement du règne de
Vespasien, et fut vaincu. Proscrit, il se fit passer pour mort et vécut
caché dans les ruines de sa maison, à laquelle il avait mis le feu.
Éponine, sa femme, vint l’y rejoindre et y mit au monde deux jumeaux.
Découvert au bout de plusieurs années, sa femme implora vainement sa
grâce; ne pouvant l’obtenir, elle se mit à invectiver l’empereur,
demandant à partager le supplice de son mari, ce à quoi Vespasien eut
la cruauté d’accéder.
12 (+Car ils... malice+).--Var. des éd. ant.: (_car le larreçin y
estoit action de vertu, mais par tel si, qu’il estoit plus vilain
qu’entre nous d’y estre surpris_).
15, +Descouurir+.--PLUTARQUE, _Lycurgue_, 14.
18, +Mystere+.--VALÈRE MAXIME, III, 3, qui cite le fait, l’attribue à
un jeune Macédonien.
21, +Cicero+.--Dans les _Tusculanes_, V, 27.
34, +Brasier+.--TITE-LIVE, II, 12.--En =503=. Porsenna, roi des
Étrusques, avait pris en main la cause des Tarquins chassés de Rome
qu’il assiégeait. L’acte de Mucius Scevola, par la crainte de le voir
se renouveler, le décida à lever le siège et à faire la paix.
36, +Incisoit+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 78.
40, +Philosophe+.--SÉNÈQUE, _Epist._ 78.--Il semble être question ici
d’Anaxarque, que Nicocréon, tyran de Chypre, fit torturer et finalement
broyer dans un mortier, sans pouvoir vaincre sa constance (=IVe=
siècle). V. =I=, 626.
=460=,
4, +Peau+.--Les éd. ant. à 88 aj.: _et l’en surnommoit on Madame
l’escorchée_.
14, +Espagnolé+.--Pour avoir une taille élégante et svelte, comme
l’ont les Espagnoles.
16, +Mourir+.--Catherine de Médicis, dans le commencement de son
séjour en France, avait inventé de nouvelles parures, entre autres le
corset, «sorte de gaîne qui emboîtait la poitrine depuis le dessous
des mamelles jusqu’au défaut des côtes et qui finissait en pointe sur
le ventre» (_Galerie des femmes célèbres_, 1827). On ne faisait pas
encore usage pour cet ajustement de fanons de baleine, qu’on remplace
aujourd’hui par des lamelles d’acier; on se servait d’éclisses en bois
qui, pressées fortement, rendaient à la longue la chair insensible
et aussi dure que la corne ou le cal qui vient aux mains de certains
ouvriers.
20, +Luy mesme+.--Lorsque Henri III, qui était roi de Pologne, la
quitta secrètement pour venir occuper le trône de France à la mort
de Charles IX (1574), le grand chambellan de sa cour le suivit et
l’atteignit sur les frontières d’Autriche. N’ayant pu le déterminer
à revenir, au moment de se séparer de lui, il lui promit une fidélité
inviolable et, au grand étonnement du roi, il se donna un coup de
poignard dans le bras et suça le sang de la plaie, voulant par là
attester son dévouement et la sincérité de ses paroles.
21, +Blois+.--Ces États généraux, tenus à Blois en 1576, y avaient
été convoqués par Henri III, pour en obtenir la condamnation du
Protestantisme et des subsides pour le combattre, ce à quoi ils se
refusèrent d’une façon absolue.
24, +Poinçon+.--Longue épingle à cheveux dont usent les femmes,
encore actuellement, pour maintenir l’échafaudage de leur chevelure.
30, +Aspres+.--Monnaie turque qui vaut environ un sou.
35, +Croix+.--Lorsque l’empereur Honorius rapporta à Jérusalem la
vraie croix que les Perses lui avaient rendue et que leur roi Chosroès
II avait enlevée quatorze ans auparavant, il la porta lui-même sur ses
épaules jusqu’au haut du Calvaire (622).
36, +Foy+.--Le SIRE DE JOINVILLE, dans ses _Mémoires_, II.
40, +Nuict+.--On montre encore à Notre-Dame de Paris la discipline de
saint Louis.
42, +Angleterre+.--Mariée d’abord avec Louis VII (1137), Éléonore
de Guyenne lui apportait en dot le duché de ce nom et d’importantes
annexes. Répudiée pour son inconduite (1152), elle épousa peu après
Henri, comte d’Anjou et duc de Normandie, qui, en 1154, devenait roi
d’Angleterre et, tant par lui-même que par son mariage, se trouvait
déjà avoir sur le continent une puissance territoriale surpassant
notablement en étendue les domaines directs de son suzerain le roi
de France. Cette situation a été le point de départ de la rivalité
qui, depuis, n’a cessé d’exister entre la France et l’Angleterre et
qui s’est traduite de la part de cette dernière par une opposition
constante à notre endroit, et à maintes reprises par des guerres de
plus ou moins longue durée; notamment:
En 1159, 1160, 1173, 1177, 1188, 1194, 1198;--de 1202 à 1206;--de 1213
à 1217, de connivence, marquée par la bataille de Bouvines;--de 1328
à 1340, bataille navale de l’Ecluse;--de 1345 à 1348, bataille de
Crécy, prise de Calais;--de 1350 à 1360, bataille de Poitiers, traité
de Brétigny;--de 1369 à 1375;--de 1378 à 1453, bataille d’Azincourt,
Jeanne d’Arc, combat de Castillon;--de 1521 à 1525 et de 1544 à 1546,
de connivence avec Charles-Quint;--de 1557 à 1559, de connivence avec
Philippe II, roi d’Espagne, marquée par la reprise de Calais;--de
1627 à 1629, pendant la guerre de Trente Ans, marquée par le siège
de la Rochelle;--de 1678 à 1679, jointe à la Hollande, à l’Espagne,
à l’empereur d’Allemagne et à l’électeur de Brandebourg;--de 1692 à
1697, faisant partie de la ligue d’Augsbourg, durant laquelle eurent
lieu les batailles navales de la Hougue et du cap Saint-Vincent;--de
1701 à 1712, unie à l’Autriche, la Hollande, le Portugal, la Savoie,
et où elle s’empara de Gibraltar sur l’Espagne notre alliée;--de 1742
à 1748, où, alliée de l’Autriche, elle ruina notre marine et notre
commerce;--de 1755 à 1763, où, alliée à la Prusse, elle nous enleva
à peu près toutes nos colonies dont les Indes et le Canada;--de 1778
à 1783, qui aboutit à l’indépendance des États-Unis d’Amérique, est
la seule où nous ayons été agresseurs vis-à-vis d’elle;--1793 à 1802,
coalisée avec l’Autriche, la Russie et les divers États d’Italie,
marquée par la prise de Toulon, le combat de Quiberon, la bataille
navale d’Aboukir, le siège de Saint-Jean d’Acre, la convention
d’El-Arisch;--de 1803 à 1815, avec la coopération successive des
diverses puissances européennes, marquée par la bataille de Trafalgar,
le bombardement de Copenhague, les batailles de Vittoria, de Toulouse,
de Waterloo, et enfin les traités de 1815.
Et depuis, si aucune guerre ouverte n’a plus eu lieu, parce que
toujours nous avons cédé, soit par faiblesse, soit par duperie, ayant
la trop généreuse habitude de traiter les affaires sans arrière-pensée
comme sans méfiance, que d’humiliations ne nous a-t-elle pas imposées,
que d’entraves ne nous a-t-elle pas créées?--En 1823, elle nous
contraint à aller combattre en Espagne les principes mêmes de notre
Révolution;--en 1830, elle nous oblige à presser notre expédition
d’Alger, pour qu’elle ne l’empêche pas;--Plus tard, elle est contre
nous dans l’affaire dite des «mariages espagnols»;--en 1854-56, elle
se sert de nous pour contenir la Russie, et cette alliance lui pèse
tant, qu’au lendemain d’Inkermann, dans un conseil tenu par ses
généraux, l’un d’eux émet l’avis que «l’armée anglaise se rembarque,
laissant les Français recourir à la miséricordieuse générosité de
l’empereur Nicolas»!--En 1860, en Syrie, elle paralyse notre action
et fait qu’elle n’aboutit à aucun résultat utile;--Puis elle nous
évince de la direction des douanes chinoises;--au Mexique, elle
nous abandonne;--elle nous élimine de l’accord primitivement conclu
pour la gestion des finances de l’Égypte en vue du paiement de sa
dette;--elle accapare les actions du canal de l’isthme de Suez,
construit par nous en dépit de son opposition et dont elle se rend
ainsi maîtresse;--elle nous immobilise en Extrême-Orient, durant la
guerre Russo-Japonaise, par le traité qu’elle conclut dans ce but avec
le Japon;--elle nous humilie au plus haut point dans l’affaire de
Fachoda et par ses prétentions et l’arrogant procédé qu’elle emploie
pour les faire triompher, qui n’a d’égal que la facilité avec laquelle
nous obtempérons à sa volonté et à ses menaces;--nos difficultés
continues avec le Siam sont son œuvre;--enfin, elle nous pousse dans
le guêpier d’Algésiras avec la pensée, d’une part, que nous nous
userons au Maroc, et de l’autre, nous faisant miroiter une alliance
sans grande valeur réelle dans la circonstance, que nous finirons, sous
l’effet de ses excitations, à en venir aux prises avec l’Allemagne, et
que s’entre-détruiront pour son plus grand avantage les deux seules
puissances qui, pour le moment, comptent pour elle en Europe, l’une
qu’elle jalouse et exècre depuis des siècles, l’autre qu’elle redoute
par l’extension que prennent son commerce et sa marine.
Si longue que soit cette énumération sommaire des manifestations des
dispositions de l’Angleterre à notre égard, qui ne relate que ce que
tout le monde connaît, elle serait bien autre si elle était dressée en
toute conscience par notre ministère des Affaires étrangères!
Et cependant, se laissant prendre à des démonstrations qui seraient
flatteuses, si elles n’étaient aussi intéressées, si on pouvait
oublier que toujours dans ses alliances l’Angleterre n’a en vue que
de tirer de ses alliés le maximum de services possibles et s’évertue
à leur persuader qu’elle leur fait grand honneur en leur accordant
sa confiance et les faisant se battre pour elle, nos gouvernants
méconnaissant ces leçons de l’histoire, hypnotisés par l’orage qui peut
venir de l’autre rive du Rhin et qu’ils provoquent sans cesse, au lieu
de s’appliquer à le conjurer, donnent en plein dans le piège, ruinant
la France en entretenant un état militaire qui l’écrase et qui ne se
justifierait que s’ils étaient résolus à en user à bref délai, tandis
qu’au contraire, ils espèrent bien n’en jamais venir là! Au lieu de
maugréer et de surexciter les populations par l’idée d’une revanche qui
n’est pas dans leur pensée, que ne se résignent-ils, tout en réservant
l’avenir, ce qui est dans l’ordre naturel, et n’imitent-ils l’Autriche
après Sadowa? L’Allemagne détient l’Alsace-Lorraine, mais n’oublions
pas pour cela en quelles mains sont le Canada, nos anciennes colonies
des Antilles, des Indes et les îles dites Anglo-Normandes!
=462=,
4, +Seigneur+.--Ce pèlerinage fut entrepris par Foulques en expiation
de ses fautes; traîné sur une claie, il criait pendant qu’on le
flagellait: «Seigneur, ayez pitié de Foulques, traître et parjure.»
14, +Deuil+.--CICÉRON, _Tusc._, III, 28.
19, +Nourrice+.--Pendant l’allaitement fait hors de chez moi. De
son mariage avec Françoise de Chassagne, Montaigne eut six filles,
dont cinq moururent toutes âgées de moins de trois mois; une seule
survécut, Léonor, pour laquelle il n’était pas sans tendresse.--Cette
phrase lui a été vivement et souvent reprochée, et probablement à tort.
Elle ne figure pas dans les éditions antérieures; et l’exemplaire
de Bordeaux porte: «i’en ay perdu, mais en nourrice, deux ou trois»,
au lieu de: «mais i’en ai perdu en nourrice deux ou trois». Elle est
donc postérieure à 1588. Or, à ce moment il avait perdu ses cinq
enfants en bas âge; par suite ces mots «deux ou trois» ne s’appliquent
qu’au nombre de ceux qui avaient été mis en nourrice, ce placement
en nourrice n’étant qu’un détail auquel, avec raison, il n’attache
pas d’importance; si toutefois il le mentionne, c’est pour expliquer
que le regret de leur perte a été atténué, ce qui s’explique assez
naturellement, par ce fait qu’ils n’étaient pas élevés sous ses yeux.