CHAPITRE XXIX.

Ce chapitre est numéroté XXX dans les éd. ant. et l’ex. de

Bordeaux.

=344=,

20, +Excessiuement+.--Les éd. ant. port.: _immoderement_.

20, +Iuste+.--Les éd. ant. aj.: _et vertueuse_.

21, +Diuine+.--SAINT PAUL, _Ep. aux Romains_, XIII, 3.--«Ne sois pas

juste à l’excès et ne te montre pas sage outre mesure.» ECCLÉSIASTE,

VII, 6.

22, +Sage+.--MOLIÈRE, dans _le Misanthrope_, émet la même pensée:

La parfaite raison fuit toute extrémité,

Et veut que l’on soit sage avec sobriété.

C’est là encore une application de la maxime: «Rien trop» (N. =I=, 292).

24, +Sorte+.--Il y a probabilité que Montaigne veut parler ici de

Henri III, roi de France, qui, par des retours de conscience, alliait

à des débauches sans nom les pratiques de la religion la plus austère

et duquel le cardinal d’Ossat écrivait à sa veuve que «ce prince avait

vécu une vie aussi et même plus religieuse que royale»; tandis que

Sixte-Quint en disait: «Il n’est rien qu’il n’ait fait et ne fasse pour

être moine, ni que je n’aie fait, moi, pour ne l’être point.»

28, +Fils+.--Pausanias, roi de Sparte, trahissant la Grèce auprès des

Perses et ayant été dénoncé, se réfugia dans le temple de Minerve, pour

échapper à une condamnation à mort prononcée contre lui. Nul n’osait

violer cet asile lorsque Alcithée, sa mère, se présenta, dit-on, devant

le temple et, sans proférer une parole, prenant une brique qu’elle

avait apportée, la plaça sur le seuil de l’entrée et revint chez elle.

Les Lacédémoniens, adoptant son jugement, l’imitèrent et murèrent ainsi

la porte du temple. Pausanias fut réduit à y mourir de faim, =477=.

DIODORE DE SICILE, XI, 45; CORNELIUS NEPOS, _Pausanias_, 5.--PLUTARQUE,

citant également ce fait, en raconte un semblable survenu à Rome, lors

de la guerre contre les Latins, =341=. Un nommé Cassius Brutus avait

fait marché avec l’ennemi pour lui ouvrir les portes de la ville;

découvert, il s’enfuit dans le temple de Minerve auxiliatrice, où son

père le tint tant enfermé qu’il l’y fit mourir de faim et jeta son

corps sans sépulture.

30, +Reng+.--Dans une guerre entre les Romains et les Volsques,

Posthumius, dictateur, aurait fait tomber sous la hache la tête de son

propre fils qui, séduit par l’espoir du succès, aurait quitté son poste

et livré un combat d’où il était sorti vainqueur, =496=. En relatant

le fait, TITE-LIVE, IV, 29, dit ne pas y croire et qu’il doit y avoir

erreur chez les historiens antérieurs à lui qui le rapportent et auront

confondu avec l’acte analogue de Manlius Torquatus.--PLUTARQUE, dans

sa _Collation abrégée d’histoires romaines avec autres semblables

grecques_, prête, d’après Ctésiphon, la même conduite à Epaminondas,

en la mettant en parallèle avec celle de Manlius. Se trouvant en

présence des Lacédémoniens et rentrant momentanément à Thèbes pour

l’élection des magistrats, Epaminondas avait remis le commandement de

l’armée à son fils Stesimbrotus, en lui défendant de combattre. Les

Lacédémoniens, avertis de son absence, vinrent provoquer son fils,

lui reprochant de n’oser, faute de cœur, se mesurer avec eux, si bien

que, passant outre aux ordres de son père, il accepta le défi et

battit l’ennemi. Epaminondas, de retour, lui aurait ceint le front

d’une couronne, emblème de sa victoire, et trancher la tête pour sa

désobéissance.

33, +A coup+.--Tout à coup. MAROT a dit dans le même sens: «Si tu ne

veux qu’à coup, je perde l’âme.»

35, +Platon+.--Dans le _Gorgias_.

=346=,

13, +Endroit+.--Dans la _Secunda Secundæ_, 154, 9.

19, +Raison+.--Les éd. ant. aj.: _soit en l’amitié, soit aux effets

de la iouissance_.--C’est là une raison aussi étrange qu’inexacte.

Cette prohibition, prononcée par nombre de législateurs de tous les

temps, est motivée par la dégénérescence physique et intellectuelle

qui résulte parfois pour les enfants de la consanguinité des parents à

un degré trop rapproché, ce dont il existe de nombreux exemples. Ces

mariages de nos jours se font rares: dispersé de bonne heure par les

nécessités de l’existence moderne, le milieu familial existe et dure

de moins en moins; et versant dans l’extrême opposé, on ne s’y marie

plus guère; on prend femme ailleurs là où le sort vous a porté, sans

prendre le temps de se connaître autrement que d’une façon banale,

sans rien savoir généralement des tenants et des aboutissants l’un de

l’autre, autrement dit sans garantie aucune; qu’ils sont loin de nous

ces dictons de jadis qui cependant n’ont rien perdu de leur vérité:

«Marie-toi dans ta rue, si tu veux; dans ta maison, si tu peux.»

«Qui va loin se marier, sera trompé ou veut tromper.»

«Homme de passage n’attrape femme sage.»

23, +Liberté+.--Syndiquer sa liberté, c’est l’aliéner, donner à un

autre des droits sur elle, d’où syndicat, mot qui aujourd’hui rend

si bien la chose; en ce que ceux qui en font partie abdiquent toute

volonté entre les mains de quelques-uns qui se font les porte-paroles

des revendications de tous ceux qui les suivent, parfois à regret,

parfois contre leurs intérêts, jusque dans leurs exagérations et leurs

violences, au risque parfois de tuer dans un avenir plus ou moins

proche la poule aux œufs d’or, autrement dit l’industrie qui les

fait vivre.--Les syndicats qui, en France, sont présentement (1906)

au nombre de 12.000, réunissant 2.000.000 d’adhérents, constituent

un mode d’association dont la puissance est énorme, par le nombre

et l’unité de volonté. C’est une force aveugle souvent, redoutable

toujours, d’autant qu’ils sont irresponsables, qui transforme de

craintifs mercenaires en hommes avec lesquels il faut discuter sur un

pied d’égalité; malheureusement leurs tendances despotiques dépassent

souvent le but, les excès qu’ils provoquent portent trop fréquemment

atteinte à notre industrie et à notre commerce et rendent peu enviable

le sort des patrons. La nécessité finira par amener une détente dans

ces rapports, on arrivera à comprendre que les intérêts de ceux-ci et

de leurs ouvriers sont de même ordre, que les uns et les autres ont

un maître commun, la clientèle seule régulatrice réelle des salaires,

mais que de désastres avant d’en être arrivés là! En attendant il

serait indispensable que les syndiqués portassent solidairement la

responsabilité des attentats aux personnes et aux propriétés qu’ils

commettent et que de ce fait leurs chefs soient passibles des peines

portées contre quiconque a incité à commettre les crimes et délits dont

sont l’occasion les désordres dont ils sont la cause première.

Leur action a du reste parfois des effets imprévus, bien différents de

ce qu’ils espéraient; c’est ainsi qu’en voulant réglementer les heures

de travail et les salaires, ils ont amené les patrons à restreindre

le nombre de leurs ouvriers, à ne garder que les plus capables et les

payer à la tâche. Les autres sont allés grossir le nombre déjà si

considérable des ratés de toutes sortes, et s’ils cherchent encore

à demander au travail quelques moyens d’existence, ils sont obligés

d’accepter à des prix dérisoires celui qu’ils arrivent accidentellement

à se procurer d’industriels éhontés qui exploitent leur misère et

contre lesquels leurs syndicats ne peuvent rien. G. LEBON.

25, +S’il s’en... acharnez+.--Var. des éd. ant.: «car il y a grand

dangier qu’ils ne se perdent en ce debordement».

28, +Obseruée+.--Montaigne traite ce même sujet, liv. III, ch.

V (=III=, 196).--Ce précepte devait être d’observation difficile

dans l’antiquité, là où il était dans les habitudes que les époux

couchassent nus dans leur lit, ce que mentionne Hérodote et dont on

trouve confirmation dans nombre d’auteurs anciens, dans S. Cyprien

entre autres. PAYEN.

29, +Illegitime+.--C’est dans cet esprit que l’Église prônant la

continence interdisait tout rapprochement entre les nouveaux mariés

durant les trois premiers jours de leur union, et aussi défendait

au mari de voir sa femme nue:--_Maritus non debet uxorem suam nudam

videre_.» PAYEN. Cette abstinence durant les trois premiers jours,

l’ange Raphaël la conseilla pareillement, pour conjurer le démon,

à Tobie épousant Sara, qui déjà avait eu sept maris, morts dès la

première nuit de leurs noces, sans l’avoir déflorée. _Livre de Tobie._

29, +Encheriments+.--Caresses, démonstrations d’affection, de cherer

ou cherir, caresser:

«Ne vous forcez de me cherer.

Chere ne quiert point violence.» MAROT.

Chérir est seul demeuré dans la langue, mais avec un sens plus

platonique.

35, +Simple+.--Dans une annotation sur un exemplaire des Essais,

FLORIMOND DE RÉMON, auquel Montaigne avait vendu sa charge de

conseiller au parlement, avait écrit: «I’ai ouy dire à l’auteur,

qu’encore que plein d’ardeur et de ieunesse, il eut épousé sa femme

tres belle et bien aimable, si est ce qu’il ne s’estoit iamais ioué

auec elle, qu’auec le respect et l’honnesteté que la couche maritale

requiert, sans auoir vu oncques à decouuert que la main et le visage,

non pas mesme son sein, quoique parmi les autres femmes il fut

extrêmement folatre et débauché.»

37, +Seuerité+.--Saint Jérôme regarde la chasteté conjugale comme

plus difficile que celle de l’état de virginité ou de viduité.

BOURDALOUE.

38, +Consciencieuse+.--«La santé et la disposition morale des

époux, au moment de la conception, ont l’influence la plus grande

sur la santé, le caractère et les dispositions des enfants; et il

est très important de se pénétrer de la grandeur, de la sublimité du

mystère de la procréation et de ne jamais s’approcher de sa femme avec

indifférence et pensant à autre chose.» STERNE.

41, +Embrassement+.--Var. des éd. ant.: _cette accointance: cela

tiens ie pour certain qu’il est beaucoup plus sainct_ (sain) _de s’en

abstenir_.

=348=,

1, +Platon+.--_Lois_, VIII.

3, +Flueurs+.--Du latin _fluere_, couler; d’où par corruption et

ignorance est venu «fleurs», qui n’a aucun sens.--La loi de Moïse

punissait ce fait de mort, même en mariage légitime: «Si un homme

couche avec une femme qui a son indisposition menstruelle, ils seront

retranchés tous deux du milieu du peuple.» LÉVITIQUE, XX.

4, +Mariage+.--Épouse d’Odenath, un de ceux qui, de la captivité de

l’empereur Valérien à la mort de Gallien son fils, se proclamèrent

empereurs et sont connus dans l’histoire sous le nom des «trente

tyrans», bien qu’ils fussent loin d’être des tyrans et d’atteindre ce

nombre. Après la mort de son mari, en 272, Zénobie poursuivit, non sans

éclat, l’accomplissement de ses audacieux projets, déployant un grand

faste; elle finit par être vaincue par Aurélien, successeur de Gallien,

275. TREBELLIUS POLLION, 30.

7. +Deduit+.--Ce poète si mal qualifié c’est Homère (_Iliade_, XIV,

294); mais il se borne à dire que Jupiter, apercevant Junon, ressentit

la même ardeur que celle qu’il avait éprouvée lorsqu’il allait jouir

d’elle pour la première fois.

20, +Respect+.--PLUTARQUE, _Préceptes du mariage_.

25, +Capitaine+.--PLUTARQUE, _Instructions pour ceux qui manient

affaires d’État_.

30, +Chastes+.--CICÉRON, _De Officiis_, I, 40.

30, +Consciencieuse+.--Par motif de conscience.

34, +Concupiscence+.--SPARTIEN, _Verus_.--«Dans le mariage il n’y a

pas d’amour, parce qu’on ne peut aimer où il n’y a pas d’obstacle; si

Laure eût été la femme de Pétrarque, il n’aurait point passé sa vie à

rimer des sonnets en son honneur.» LORD BYRON.

37, +Desbordez+.--Le fait est rapporté par S. JUSTIN et se serait

passé sous Marc-Aurèle. S. JÉRÔME cite le cas de Fabiola, dame romaine,

mariée à un homme corrompu au point qu’elle le prit en aversion et le

quitta; encore jeune, elle se remaria et, après sa mort, fut canonisée.

Le fait de cette femme de Catalogne, mentionné par Montaigne, rentre un

peu dans ce cas. En France, en 19.., le tribunal de la Seine prononçait

un divorce pour excès d’amour.

=350=,

20, +Gallio+.--TACITE, _Annales_, VI, 3.

38, +Isthme+.--L’isthme de Corinthe, vers 1445. Amurat II fit la

conquête de la Morée.

=352=,

1, +Aage+.--L’Amérique, que venait de découvrir Christophe Colomb,

1492.

7, +D’autres+.--Au Mexique, avant la conquête espagnole. On fendait

la poitrine de la victime avec un couteau de pierre, et on en retirait

le cœur dont on frottait le visage de l’idole. A certaines fêtes,

des sacrifices humains avaient lieu où les prêtres écorchaient les

victimes et revêtaient de leurs peaux des ministres subalternes qui se

distribuant dans les divers quartiers de la ville, allaient chantant et

dansant.

20, +Guerre+.--Il s’agit ici de Montézuma qui immolait tous les ans

plus de 20.000 de ses ennemis ou de ses sujets rebelles; il se faisait,

à Mexico, des sacrifices qui, à eux seuls, coûtaient la vie à ce nombre

de captifs.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume IV · 第 390 / 504 题